ROUTE 64. TOULOUSE
trains. De la gare aux bureaux et aux hôtels, '25 c. par voyageur, et 26 c. par colis ; à domicile, ko c. par voyageur, et 30 c. par colis.
YoiTCRES DE PLACES. La courso , 1 tV.
25 C ; l'heure, l fr. 50 c.
HÔTELS : Classés par ordre alphabétique, aucun ne méritant une mention spéciale ; Cnpoul ; Chaubart nu Casxet , Vidal y bien situé sur la place du Capitule ; de VEurope ou Bibent^ sur la place LaFayette; de France; du Grand Soleil; du Midi ; de Paris; SnuviUe^ sur la place du Capitole; de LondipSy eic , etc.
RESTAUKANTseï Cafés -.riro/ier, place du Capitole; Bibeiit , idem ; Dardignac, place Rouaix, 10 ; le Cnfé Dtran, place du Capitole ; Rouch , rue Saint-Kome , 30, etc.
Bains : A VHôtel de Londres, rue do la Pomme ; Laclau, rue des Couteliei s ; Stoll, au r.rand-Rond ; la Samaritaine, pont de Tounis.
Libraires. Arnauné et Cie, Bonnemaison, Bourdin, Delboy, J. M. Douladoure, Gimct, Nougucs, Privât, Brun vi Rey, Cluzon, Meissonnier, père et fils, Milhès et- Cie, Itié Amouroux ei Cie, y. Ferrt're,Bompard,Tressarieu, Dufour.
situation .
Toulouse est située à 146 met. de hauteur au-dessus du niveau de la mer, sur la rive dr. de la Garonne, qui la sépare du faubourg de Saint-Cyprien , et au point de jonction des canaux du Midi, latéral et SaiPt-Martory. Placée à michemin de la Méditerranée et de l'Océan, dans un pays fertile, elle forme comme le .sommet d'un triangle dont les Pyrénées sont la base , et dont tous les produits convergent nécessairement vers ses entrepôts.
Aussi sa population augmente-t-elle d'année en année. Elle n'était en 1831 que de 59 639 hab. , elle s'élevait en 1856 à 103 144. C'est encore une ville bâtie en grande partie de briques , laide , monotone , aux
rues étroites, tortueuses et mal pavées; mais elle s'embellit tous les jours et possède un grand nombre de monuments intéressants.
HISTOIRE
Les historiens ignorent l'époque précise h laquelle la villede Toulouse fut fondée. Seulement il est certain que, quatre cents ans avant la conquête des Gaules par César, la tribu kimrique des Tectosages s'empara de Toulouse et en fit une des villes saintes de la Gaule. Le Dieu Belen , l'Apollon gaulois, y avait un temple renommé. Un étang était spécialement consacré à ce Dieu, et c'est là que les Tectosages jetaient les trésors enlevés sur leurs ennemis. Les avides Romains saisirent la première occasion favorable pour attaquer cette ville où tant de richesses étaient englouties. Le consul Q. Servilius Cépion, ayant surpris Toulouse par trahison, tit fouiller le lac où , d'après Strabon , il trouva 15 000 talents, ce qui correspondrait à 85 millions .500000 fr.
de notre monnaie. Mais Tannée suivante Cépion fut attaqué par les Kimris sur les bords du Rhône, et 1*20000 Romains j)érirent égorgés sur le champ de bataille; on épargna seulement dix hommes pour porter en Italie la nouvelle de la bataille. Quelques années après, Marius vengea Cépion et réunit le territoire des Tectosages et leur cité à la Province. Sous Auguste , Toulouse devint colonie de droit latin , et graduellement elle s'éleva au premier rang dans la Gaule méridionale.
En 413, les Visigoths occupèrent pour la première fois Touh)U.se :
mais ils en furent bientôt chassés, puis, y étant rentrés on 419, ils en
firent la capitale de leur royaume.
Un siècle plus tard , Clovis y entra à son tour en vainqueur, et pendant deux siècles les Franks la gardèrent sous leur domination. A peine avait-elle reconijuis son indépendance, que les Sarrasins vinrent l'assiéger en 7*21 . Si une première victoire d'Eudes, roi d'Aquitaine, sous les murailles mômes de Toulouse, et la grande victoire de Cari-Martel, la sauvèrent du joug musulman, elle retomba en 767 sous le pouvoir détesté des Franks. En 864, elle fut de nouveau prise et saccagée par les Normands; mais peu à peu , grâce à la faiblesse de la dynastie carlovingienne, le Midi recouvra son indépendance et les comtes de Toulouse, nominalement va.ssaux du roi de France, devinrent plus puissants que leur suzerain.
Pendant les x'^ , xi= et xii" siècles, les opinions manichéennes s'introduisirent dans le Toulousain, et l'Egli.se catholique commença à sévir contre les hérétiques. Eu 1020, des manichéens furent brûlés vifs à Toulouse, et, depuis cette époque, la ville orthodoxe a donné souvent des preuves de son zèle pour les -aines doctrines de l'F^lise, en faisant rouer ou brûler les hérétiques.
Cependant le comte Raymond VI , qui monta sur le trône en l'an 1194, éprouvait une certaine répugnance h brûler ses sujets , et par cela môme devint très-suspect à l'Eglise.
Le pape adressa au comte plusieurs moines de Cîteaux pour l'exhorter à détruire l'hérésie par le fer et la flamme, et, comme Raymond hésitait toujours, le pape envoya pour renfort à ses fidèles l'abbé de Cî teaux lui-même, Armand Amaury.
« C'était, dit M. Henri Martin, un Wàù de Dieu envoyé dans un jour
de colère.... Cet homme avait sous sa robe de moine le génie destructeur des Genséric et des Attila. »,I1 s'adjoignit l'ancien troubadour Fouquet, et, d'accord avec cet apôtre, commença sou épouvantable mission de convertisseur. Saint Dominique aussi , le célèbre inventeur de l'inquisition, vint s'unir à eux et les aider de son zèle et de sa cruauté.
Il ne nous appartient pas de raconter cette guerre horrible qui en vingt ans détruisit une nationalité , et ramena la barbarie la plus effroyable dans le pays le plus policé de l'Europe.
La lâcheté du comte de Toulouse, qui poussa l'ignominie jusqu'à se croiser lui-même et à implorer avec larmes les saints inquisiteurs, ne sauva pas sa ville, et cinq foiî> Toulouse fut attaquée par les hommes (lu Nord. La première fois , la population se défendit avec une telle énergie que Simon de Montfori fut obligé de lever le siège au bout de quinze jours; mais, après la malheureuse bataille de Muret, où périt Pierre II, roi d'Aragon, qui venait au secours de son allié Raymond (voy. page 418), Toulouse fut occupée par les croisés (12l4).
Le fils de Raymond avait plus d'énergie que son père : il alla demander du secours h la république de Marseille, intéressa toute la Provence en sa faveur, et se trouva bientôt à la tête de 100000 combattants. A cette nouvelle , Toulouse se souleva de nouveau, et Simon vint l'assiéger pour la troisième fois.
Deux attaques successives dirigées par le comte en personne furent repoussées avec une telle vigueur, que les croisés résolurent d'en venir h bout par la trahison. Fouquet ,•
ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES
homme habile en perfidies, «envoya l'abbé deSaint-Sernin proposer aux citoyens de se remettre à sa merci, leur garantissant, au nom de Dieu, de YApostoile et de tout le cierge, qu'ils ne perdraient ni corps, ni biens, ni liberté, mais que, s ils refusaient, les otages pris par Simon seraient occis de maie mort.
Les Toulousains ne connaissaient nue trop la perfidie de l'évÔque Ils ne purent croire pourtant que Fouquet osât transgresser les terribles serments qu'il leur faisait de par Dieu, la Vierge et le corps du sauveur et n'eurent pas le courage de livrer K la mort quatre-vingts ou cent des notables de la cité, que Simon gardait au Château-Narbonnais. . Mais, dès que Fouquet et
Simon furent entrés dans la vi le ils tinrent la promesse mentale qu'ils s'étaient faite de violer leur serment. « Tous ceux des principaux bourgeois qm ne purent s é-
chapper de Toulouse dans le premier tumulte furent emmenés captifs, dispersés en terres étrangères, et entassés au fond des cachots ou
ua grand nombre périt de douleur et de misère, sans qu'on prit la peine de séparer les morts des vivants. » {Henri Martin).
Cette victoire de la trahison releva un moment les affaires de Montfort; il passa le Rhône pour aUer porter la guerre en Provence; mais, pendant son absence, Raymond VI marcha rapidement sur Toulouse et s'en empara facilement. Simon fut ol>lige d'accourir pour assiéger la ville une quatrième
fois. Le siège dura dix mois. «Or, voici, dit la chronique, qu 11 ^ avait dans la ville un pierrier sous unsorbier, prèsdeSaiivt-Sermn
et les femmes et les filles et les
épouses de ceux de la ville le bandèrent et tirèrent , et la pierre alla tout droit où il fallait. « Simon eut la tète brisée du coup. Les hommes du Nord proclamèrent le fils de Simon, Amauryde Montfort, comte de Toulouse, et tentèrent un dernier assaut, qui ne leur réussit pas mieux que les autres. Us furent forcés de lever le siège le 25 ]Uil-
leini8.
En 1219, le fils de Phihppe-Auguste vint en personne bloquer Toulouse; mais, après deux mois et demi de siège, il s'en alla comme il était venu, et en 1222, Ray^ moud VII succéda sans obstacle à son père. Il ne devait pas rester longtemps indépendant. En 1226, la guerre éclata de nouveau, et en i229, Raymond fut obligé d'implorer la grâce du roi de France ; Fouquel rentra en triomphe dans Toulouse, et l'inquisition s'y organisa d'une manière formidable, malgré quelques insurrections rapidement comprimées.
En 1562, pendant les guerres de religion il y eut de nouveaux massacres à Toulouse. On se battit dans les rues quatre jours entiers; mais lannée de Biaise de Moutluc donna la supériorité aux catholiques, et les huguenots, au nombre de 4 000, furent égorgés ou suppliciés. Dix ans plus tard, au signal parti de Paris le jour de la Saint-Barthélémy, trois cents huguenots furent égorgés dans les prisons par les élèves de l'université, et trois conseillers au parlement furent pendus. L'inquisition avait porté ses fruits naturels en ce pays comme en Espagne; et Toulouse, pendant longtemps, na plus guère fait parler d'elle que par la férocité de son orthodoxie. En 1618, le célèbre
Vanini fut traduit devant le parlement sous l'accusation de panthéisme , et condamné à être brûlé vif, après avoir eu la langue coupée. Cette atroce sentence reçut son exécution le 19 fév. 1619. En 1762, sous l'accusation injuste d'avoir tué son fils, un vieillard protestant, Jean Calas, fut roué vif. Personne n'ignore avec quel zèle infatigable Voltaire s'employa en faveur de cette famille infortunée, et le succès qu'il obtint après trois ans d'efforts. L'arrêt fut cassé , Jean Calas réhabilité, et ses enfants délivrés rentrèrent en possession de ce qui restait des biens de leur père.
Toulouse fut le théâtre du dernier combat livré en 1814 entre les Français et les alliés. La fortune offrit alors au maréchal Soult une chance de succès inespérée. Wellington avait jeté un pont sur la Garonne, en aval de la ville. Le 4 avril, il fit passer sur la rive dr. du fleuve le général Beresford, avec une division de 10000 hommes ; le reste de son armée devait passer le lendemain. Mais pendant la nuit, la Garonne s'enfla subitement et enleva le pont. L'avant-garde anglaise se trouva ainsi séparée du corps de bataille, sans artillerie , sans munitions , et livrée, sans espoir de secours, aux coups de l'armée française tout entière, laquelle ne demandait qu'à frapper. Wellington la crut perdue et songea un moment à la retraite, car ces 10000 Anglais étaient l'élite de son armée. Mais, pendant trois jours entiers, le maréchal Soult resta l'arme au bras et ne donna aucun ordre. Wellington eut le temps de rétabUr son pont, et ajouta, le 8 avril, 40000 soldats aux 10000 de Beresford. Les posi-
tions retranchées qui défendaient la ville furent attaquées le 10 au matin. Les divisions françaises firent en vain une résistance héroïque; après la prise de plusieurs redoutes, elles furent obligées d'effectuer leur retraite.
L'année suivante, le 17 août, le général Ramel, royaliste éprouvé, chargé par Louis XVIII du commandement militaire du département de la Haute-Garonne , fut massacré et littéralement haché en morceaux par la populace royaliste de Toulouse, dont il essayait de contenir les fureurs. C'est le dernier fait marquant de l'histoire de Toulouse.