‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'océan à la Méditerranée [microform]Chapitre 242 sur 382 · DE TOULOUSE A BAGNÈRES DE LUCHON · texte numérisé non relu

DE TOULOUSE A BAGNÈRES DE LUCHON

136 kil. Route de poste; chemin de fer concédé jusqu'à Saint-Gaudens et Montrejeau. — Plusieurs voitures partent journellement de Toulouse : place du Capitole, i; rue Lapeyrouse, 6; rue Peyrolière, 18; rue de l'Écharpe, 3; rue Louis-Napolcon, 21. Voitures de correspondance du chemin de fer, 20 fr., 17 fr. et i4fr.

On sort de Toulouse par le faubourg de Saint-Cyprien, et l'on se dirige au S. en longeant à une certaine distance la rive g. de la Garonne. Après avoir traversé le ruisseau Récédébon , on laisse à. g.

10 kil. Portet, v. de 1075 hab., situé au confluent de la Garonne et de l'Ariége. Wellington essaya en vain d'y faire passer son armée en 1813. Ici la route se bifurque; l'un des deux bras , celui de g. , remonte la vallée de l'Ariége jusqu'à Foix (V. R. 78 et 89), tandis que l'autre, celui de dr. , continue à suivre la vallée de la Garonne. A peu de distance de cette bifurcation, on croise les deux chemins de fer de Toulouse à Foix et de Toulouse i Saint-Gaudens, puis on laisse à g.

3 kil. (13 kil.) Roques, v. de 201 hab. , et on traverse une plaine fertile, mais dépourvue d'arbres.

7 kil. (20 kil.) Muret (Hôtels :

de France , du Griffon d*Or} , cheflieu d'arrondissement du département de la Haute-Garonne , V. de

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4147 iiab. , siluée au confluent' de la Louge et de la Garonne.

La fondation de Muret date de la fin du XI* siècle. A cette époque, un certain Pierre de Raymonc^ s'engagea à construire, en payement de 200 sous toulousains, un petit château entouré de murs ou murets. Peu â peu des maisons vinrent se grouper sous la protection de ses créneaux, et, vers le commencement du xiu* siècle, Muret devint la capitale du comté de Comminges.

Ce comté , lors de sa plus grande prospérité , s'étendait vers le N.

de manière à enclaver les villes de Loj^ahez, de l'Ile-en-Dodon , l'Ileen-Jourdain, c'est-à-dire une partie considérable du pays d'Auch. Au S,, il avait sa limite naturelle à la vallée d'Aran et ^ l'Espagne \ à ro. , il remontait bien au delà de ^.Annemezan , jusqu'à 2 lieues environ de Tarbes ; à l'E. , il embrassait le Volvestre , Saint-Girons et le Custillonais.

« Les montagnards de Comminges, dit M. Armand Marrast, descendants des Conienx de Pompée, étaient de franc-alleu; ils avaient leurs communautés gouvernées par des consuls choisis par le vote libre et populaire. La part de dignités et de pouvoir faite au clergé était honorable; mais il fut toujours tenu d^ns ses limites , sans qu'on lui permît de les dépasser. Les uobles étaient maîtres sur leurs manoirs, forts par l'épée , brillants à la guerre , et le peuple les avait bravement secondés, quand il s'agit de détendre l'indépendance des opinions religieuses si ardemment poursuivies dans la croisade contre les Albigeois ; il les suivit encore au combat, quand il s'agit de secouer la domination anglaise j mais, la guerre

finie , nobles et clerç^:» reprenaient leur place, et l'on ne souffrit pas ici que le manteau de la gloire couvrît la moindre usurpation. — A chaque avènement nouveau , le pays de Comminges, comme s'il eût eu Iq pressentiment de cette sorte de.

gloutonnerie inhérente à l'esprit de conquête, s'empressait de réclamer de nouvelles assurances pour le respect de ses droits. Lorsque la monarchie française s'incorpora , en 1490, le Comminges et le Nébouzan , elle trouva dans la province la pratique des ^issemhlées publiques, et l'histoire atteste que, pour garder paisiblement ce pays, les nouveaux maîtres durent confirmer par leurs ordonnances les droits dont la nature donne surtout le sentiment, et dont uu long exercice avait ici donné l'habitude. »

Les plaines monotones qui s'étendent au N. de Muret rappellent un événement terrible dans l'histoire du Midi: 40000 Albigeois et Espagnols, sous les ordres d'Alphonse, roi d'Aragon, et du comte de Toulouse, y furent complètement vaincus, le 12 sept. 1213, par Simon de Montfort. Alphonse et beaucoup de ses chevaliers restèrent parmi les morts, et Simon de Monllort, qui, la veille , était assiégé dans la ville de Muret, devint le maître du Toulousain. Un poète du Midi raconte ainsi cette funeste journée :

a Simon de Montfort liiit dans Muret crier par toutes les albergues de seller les chevaux et de leur mettre leurs bardes sur le dos, afin de voir s'ils pourront prendre au piège ceux de dehors. Il ordonne que tout le monde se réunisse à la porte de Salas ; et quand ils sont tous dehors, il se prend à discourir: « Seigneurs, b<^(ons de France,

ROUTE 69,. MURK;f.

t ]e ne s^is vous dire autre chose, a sinon que nous sommes tous ve- « nus ici nous mettre en péril. Je a n'c^i fait, toute cette nuit, que ré- « fléchir ; et mes yeux n'ont pu ni n dormir, ni reposer. Qr voici ce a qu'en réfléchissant j'ai trouvé :

« Il nous faut suivre ce chemin, et a marcher droit aux tentes, comme % pour livrer bataille. S'ils sortent, « r^Ju§ ^ nous tenir tête , et « si nous ne pouvons l|es ç^iasser a dç Içurs tentes , il ne nous çoste oc qu'à nous enfuir tout droit à Haut- « villar. » Ils s'en vont droit aux tentes, à travers le marais, bannières déployées et pennons flottants ; d'écus, de heaumes dorés, de hauberts et d'épées reluit toute la prairie. Quand le bon roi d'Aragon les aperçoit, il les attend avec un petit nombre de compagnons ; mais tous accoururent, aussi les hommes de Toulouse, sans écouter nullement le roi ni le comte, sans savoir de quoi il s'agit, jusqu'au moment où lés Français sont là, qui s'élancent tous là où le roi d'Aragon était inconnu, t Je suis le roi 1 » s'écriet-il; mais on ne l'entend pas; e^ il est si cruellement frappé et blessé , que son sang a coulé jusqu'à terre et qu'il tombe là étendu mort. Les autres, qui le voient, se tiennent pour perdus. Qui fuit çà, qui fuit là: personne ne se défend ; les Français les poursuivent, les exterminent et leur font si dure guerre, que celui qui leur échappe vivant se croit sauvé par miracle. Le carnage dura jusqu'à Rivet. Ceux de l'host de Toulouse restés aux tentes étaient là tous ensemble , comme hommes éperdus, lorsque don Dalmace d'Entoisel s'est élancé dans l^9au , en criant : « Au secours !

« grand mal nous est arrivé, le bon

a ^oi d'Aragon est abattu et mort l % e\ avec lui sont mopts tant d'aua très barons, que jamais perte si a grande ne sera réparée. » Parlant ainsi, il est sorti de l'eau de la Garonne, et aussitôt tous les hommes de Toulouse , les principaux , les moindres, ont couru tous ensemble vers la rivière : ceux-là la passent qui peuvent ; mais beaucoup restent en deçà, et l'eau , qui roule comme torrent , en a englouti plusieurs.

Dans le camp est resté tout le bagage , et grande en retentit la perte par le monde ; et ce fut aussi de maint homme qui resta là mort étendu, grand dommage. »

A une demi-lieue de Muret, dans le petit jardin d'une maison de campagne, se trouve un tombeau élevé seulement de 30 cent, au-dessus du sol, couvert de ronces : c'est là, suivant la t,r^dition qui s'est conservée dans la famille des propriétaires de cette habitation, qu'aurait été déposé le corps du roi d'Aragon.

En 1794, la ville de Muret se révolta contre la République et prit le nom de capitale des États du Roi .

Comptant sur l'enthousiasme des habitants , le général improvisé , Auguste d'Aguin, enrégimenta les femmes et leur confia la défense des murailles. Malgré la bravoure de ces héroïnes , la ville ne se défendit pas longtemps; elle fut prise au pas de course , et les 400 prisonniers patriotes qu'on retenait dans les prisons furent délivrés.

V église de Muret a été complètement transformée dans les derniers temps : c'est à peine si elle conserve ses contre-forts du xiv"= siècle et son clocher du xv« couronné par une galerie d'où s'élance unQ belle flèche de briques avec des balustrades à jour. On remarque au

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sommet de la tour huit figures de monstres , projetées en dehors de la muraille. L'intérieur possède encore une petite chapelle ogivale décorée (le nervures du style de la Renaissance.

Vis-à-vis de Muret on voit les ruines d'un pont construit en 1203, mais il ne reste aucun vestige de l'ancien château.

Le pont suspendu, jeté sur la Garonne , a été construit en 1833 , renversé par une inondation en 1835 et reconstruit en 1836.

Au sortir de Muret, la route continue à remonter, parallèlement au chemin de fer, la rive g. de la Garonne.

8 kil. (28 kil.) le Fauga , v. de 584 hab.

5 kil. (33 kil.) Koé, b. de 947 hab. , relais de poste. L'église , de construction romane , n'offre d'autre intérêt que sa date assez ancienne , probablement le x" ou le XI' siècle.

Au delà de Noé , on passe de nouveau à la dr. du chemin de fer, et , au lieu de suivre la courbe que décrit la Garonne jusqu'aux hauteurs boisées du S. 0. , on traverse la plaine en ligne droite. On laisse à g. la route de Carbonne, bourg de 2444 hab., situé sur la rive g. de la Garonne à 43 kil. de Toulouse (V.

R. 89), puis à dr.

11 kil. (44 kil.) Ia/«fe (567 hab.).

3 kil. (47 kil.) Saint-ÉHx, v. de 705 hab. , est situé à 200 pas de la route. Son château, curieux spécimen des constructions aristocratiques du temps de François 1", a été élevé pour Johanne d'Ariche , maîtresse de ce roi. Il forme un grand carré de 25 met. , flanqué à chaque angle d'une énorme tour ronde , comme celles du château de Cham-

bord , et entouré de fossés de 8 met.

de largeur qui en suivent les contours, en ménageant des terrasses à la base des tours et du bâtiment central. Des toitures presque perpendiculaires, comme on les aimait à la fin du moyen âge, recouvrent tous les bâtiments, et des sculptures fort médiocres ornent les mansardes. Le parc, dessiné sur un plan de Le Nôtre , est très- vaste et planté d'arbres magnifiques.

En continuant à suivre la grande route, bordée de cerisiers, on laisse à g.

3 kil. (.50 kil.) Lavelanet, v. de 034 h. , puis on traverse la Berède et l'Houride, qui vont se jeter à l'E.

dans la Garonne. A l'embouchure de l'Houride, à 3 kiL environ de la route, se trouve la petite ville de Cazères (2663 hab.).

Cependant les Pyrénées, qui n'apparaissaient que comme une ligne bleuâtre , commencent à devenir plus distinctes ; on approche de leurs dernières ramifications, et bientôt on voit la large plaine de Muret se terminer entre des collines boisées.

A l'extrémité de cette plaine se trouve la petite ville de

10 kil. (60 kil.) Martres (Hôt.

d'Espagne ) , ancienne Angonia , voisine de la ville de Caîagorris Conienarum , cité romaine, détruite dans le vi* siècle pai les Vandales , aujourd'hui bourg de 877 hab.

Angonia lui servait de citadelle, comme le prouvent sa double enceinte de remparts, le chemin de ronde qui l'entoure, et un fossé d'origine romaine, qui existe encore au N. du bourg.

Vers le milieu du ix* siècle, un duc d'Alençon, fait prisonnier par les Sarrasins , s'était fait échanger contre son fils Vidian. Celui-ci,

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