BOUTE 69. SAINT-GAUDENS
Ville et , encore plus tard , on releva les cloisons, on recrépit les murs fendus de vétusté; on refit même une sorte de porte cochère, pour que le lieu connu sous le nom de l'Êvéché pût s'élever à la hauteur d'un hôtel de sous-préfecture. Saint- Gaudens n'en a pas moins conservé les traces de ses antiques annales.
Des promenades larges et bien tracées le long de ses boulevards, un nouveau palais de justice, une halle moderne , des fossés qui se comblent et la ville semblant sourire de ce côté à des constructions élégantes, telle est à peu près la part que la civilisation a conquise : celle de l'histoire est toujours la plus large; elle garde sa vieille église, son vieux cloître de l'hôpital , son hôtel de ville brisé, mâché, tombant, durant toujours; sa vieille halle avec son toit en forme de parapluie , et toutes ces maisons qui n'ont pas d'âge, pas de style, pas de nom d'architectes : maisons qu'on aurait dites bâties par des Bohémiens pour un jour de halte, et dont la boue, durcie par les siècles comme un ciment romain, semble jeter à tant de générations de passants le sourire d'une éternelle vieillesse. Tout cet aspect est pourtant sombre , et c'est un contraste désagréable pour le voyageur fatigué ou insouciant que celui d'une ville aussi ancienne au milieu d'un paysage aussi florissant. Mais il n'en est pas ainsi pour ceux dont le nid pend encore à quelques fentes de ces masures; leur antiquité les leur rend plus chères, et si, en remontant le cours des siècles, ils trouvent que là le travail fut honoré, la liberté bénie, le droit soutenu avec dignité, l'égalité pratiquée, la démocratie enfin comprise et respectée
dans son germe, ces ruines ne leur paraissent plus que le vestibule du grand édifice auquel travaille l'Europe*. »
L'auteur du Voyage archéologique et historique dans Vancien comté de Comminges et dans celui des Quatre- Vallées, M. Cénac-Moncaut, déclare que l'église de Saint-Gaudens est une des œuvres les plus pures et les plus complètes du midi de la France. Elle fut, selon lui, construite à deux époques différentes : la partie de l'E. au xi* siècle ; celle de l'O. au xii*. Elle reçut même une dernière modification au xv*, car la porte du N. présente tous les caractères du style flamboyant. Son vaisseau, de 34 met.
de longueur sur 20 met. de largeur, est formé de trois nefs, terminées chacune par une abside culde-four; trois fenêtres de la plus grande dimension éclairent celle du milieu, -qui ne s'élève pas jusqu'au sommet du grand comble du chœur, dans lequel on a percé deux ouvertures. Les chapiteaux historiés de toutes les colonnes , à l'exception de celles de l'entrée du sanctuaire , sont curieusement sculptés et représentent plusieurs scènes bibliques : Samson à cheval sur un lion dont il déchire la gueule, Nabuchodonosor paissant dans la prairie, AdametÈve cueillant la pomme, etc.
Le porche du couchant , que les artistes du moyen âge soignaient ordinairement avec prédilection, est la partie la plus néghgée' de l'édifice ; c'est une étroite ouverture de l'^jBO sans division intérieure. La plus johe porte est celle du N., située du côté de la halle , et qui offre , comme nous l'avons dit, tous les
I. Armand Marrast, Histoire des villes de France^ par Aristide Guilben.
ITINÉRAIRE DES PtRÉN^ES.
ROUTE 69. ENCAUSSÈ.
caractères du style ogival flamboyant. L'escalier par lequel on monte aux combles, du côté du N., est très-élégant et forme ^ dit M. deCaumont, une jolie tour romane cylindrique. Malheureusement cette curieuse église, classée parmi les monuments historiques, est entourée de masures, on a fait récemment quelques réparations à l'abside; mais on devrait bien jeter bas ces tieilles et hideuses bicoques qui cachent en partie les bas côtés.
Le monastère roman a été complètement détruit. Les sœuvs de charité ont maintenant un couvent près de l'établissement de bains fondé dans le hatit de la ville.
DespremenadesdeSaint-Gaudens, on jouit de points de vue admirables sur la plaine de la Garonne et le vaste amphithéâtre de montagnes qui s'élève de semmet eu sommet, d'abord boisé , puis nu, jusqu'aux glaces de la Maladetta.
DeSaint-Gaudeils à Tarl)es (V. R. 68;; —à Bagnèresde BIgorre (V. K. 68;.
De Salnt-Qandens h Encaasse.
10 kil. Roule de poste. Omnibus; plusieurs départs par jour; prix variables.
Au sortir de Saint-Gaudens , on descend rapidement dans la belle vallée de la Garonne, et l'on traverse le fleuve un peu en deçà de
I kil. Miramont^ b. de 18.Î7 hab.
Gravissant ensuite la chaîne de colhnes qui sépare la vallée de la Garonne de celle du Ger, on descend sur le versant méridional à
3 klL (6 kil.) Rieucaté, v. de 149 hab.; puis, laissant à g. Leipiteau, ▼. de 308 hab., et la route qui conduit à Aspet, en longeant la rive g.
du Ger (V. R. 77), on remonte sur la rive dr. la vâlléé du Joli, jusqu'à
4 kil. (10 kil.) Encausie (HÔtftis de Londret , du Midi. On ne loge pas • à l'établissement), v. de 654 haJa., situé à l'entrée de la vallée de €abanac, qui remonte, au S., vers les flancs boisés du Cagire.
Les thermes d'Encausse, visités eu moyenne par tjOO malades, sont connus depuis une époque très-reculée, et jouissaient autrefois d'une réputation relativement plus grande qu'aujourd'hui. Chapelle et Bachauniont les visitèrent et en parlent ainsi dans leur voyage badin :
c Encausse est éloigné de tout commerce, et l'on n'y peut avoir d'autre divertissement que celui de voir revenir sa santé. Un petit ruisseau qui serpente à vingt pas du village , entre des saules et les prés les plus verts qu'on puisse imaginer, était toute notre consolation. Nous allions teus les matins prendre nos eaux en ce bel endroit, et iesaprès-dlners nous promener. Un jour que nous étions sur les bords, assis sur l'herbe, et que, nous ressouvenant des hautes marées de la Garonne, dont nous avions la mémoire encore assez fraîche, nous examinions les raisons que donnent Descartes et Gassendi (lu flux et reflux de la mer, sortit tout d'un coup d'entre les roseaux les plus proches un homme qui nous avait apparemment écoutés ; c'était
tJn vieillard loUt blanc , pûlc et béo. Dont la barbe et la chevelure Pendaient plu.^ bas que la ceinturé, Ainsi qu'on peint MeUhisédecb ; Ou plulùi telle est la ligure D'un certain vieux évèque grec Qui, faisant la salamalec.
Dit à tous la bonne aventure; Car \\ poitait un chapitcad Comme uii Couvercle de lessive, Mais d'une grandeur èxceBsive^ Qui lui tenait heu de cbtpeai^.
El ce chapeau, dont les grands bord*
Allaient tombants sur ses épaules, f.tait fait de branches de saules, Et couvrait presque tout son corps.
Son habit de couleur verdàlre Etait d'un tissu de roseaux, le tout couvert de gros morceaux D'un cristal épais et bleuâtre.
a A cette apparition , la peur nous fit faire deux signes de croix et trois pas en arrière. Mais la curiosité prévalut sur la crainte, et nous résolûmes, bien qu'avec quelques petits battements de cœur, d'attendre le vieillard extraordinaire, dont l'abord fut tout à fait gracieux, et qui nous paila fort civilement de la sorte :
Messieurs, je ne suis pas surpris Que de ma rencontre imprévue Vous ayez un peu l'àme émue :
Mais, l(»rsque vous aurez appris En quel rang les destihsont mis Ma naissance à vous inronrioè, Et le sujet de ma venue, Vous rassurerez vos esprits.
Je suis le dieu de ce ruisseau, Qui d'une urne jamais tarie, Penchée au pied de ce coteau, breud le soin dans cette prairie l)e verserincessamment l'eaii Qui la rend si verte et fleurie. Depuis huit jours, matin fetsuir Vous me venez règlement voir, Sans croire me rendre visite.
Ce n'est pas que je ne mérite Que l'ou me rende oe devuir;
Dans ce petit vallon champêtre.
Soyez donc les très -bien venus :
Chacun de vous y sera maître; Et puisque vous voulez connaître Les causes du flux et reflux, Je TOUS instruirai là-dessus.
« Sa théorie exposée, il s'écoula d'entre nous deux , mais si vite , qu'il était à plus de vingt pas avant que nous nous en fussions aperçus.
Nous le suivîmes le plus légèrement que nous pûmes ; et, voyant qu'il était impossible de l'attraper , nous lui criâmes plusieurs fois :
Hé ! monsieur le fletiVe^ arrête».
Ne vous en allez pas si vite :
Hé! de grâce, un mot! écoulez I Mais il se remit dans son gîte,
et rentra dans ces mêmes roseaux dont nous l'avions vu sortir. Nous allâmes en vain jusqu'à cet endroit; car le bonhomme était déjà tout fondu en eau quand nous arrivâmes, et sa voix n'était plus
Qu'un murmure agiéable et doux{ Mais cet agréable murmure N'est entendu que des caiUouk :
Il ne le put être de nous.
Il même, sanâ vous faire injure, Il ne l'eût pas été de vous, i»
L'établissement d'Ëncausse laisse tnid ^ désirer. On doit le reconstruire entièrement. Dans son état actuel, il loiitientlSbaignoires et des douches.
LES EAUX
Kau thermale, saliiie.
Connue dès l'époque romaine , si l'on en croit la tradition locale.
Trois sources : Grande S. , petite S. , S. Dargut.
Débit en 24 heures : A été doublé par le captage qu"a opéré dans ces dernières années (1854) M. François , ingénieur des mines.
Densité : 10042 à 16».
Température : 22%20 (KillioL, 18.Î3), 28<* depuis le nouveau captape (Camparan).
Caractères particuliers : Eau limpide, incolore, inodore, saveur lé- ^'èrement amère; la petite Source plus atramentaire que la grande.
Du fond du réservoir se dégagent des bulles gazeuses, mélange d'azote , d'oxygène et d'un peu d'acide carbonique.
L'eau d'Ëncausse ramène légèrement au bleu la teinture de toufne- .^ol rougie.
Service médical : Un médecin inspecteur, M. Camparan.
Emploi : Boisson , bains, douches.
Situation : Environ 450 mètres au-dessus de la mer.
Climat doux, air très-pur.
Effets physiologiques : Eaux laxatives, toniques, excitantes; action marquée sur l'estomac et l'hématose. Elles passent pour faciliter l'expulsion des calculs et paraissent agir spécifiquement dans les fièvres d'accès rebelles.
Elles ne se transportent pas.
Classification chimique : Eau sulfatée à base de chaux avec forte proportion de chlorure sodique.
Analyse (Filhul.)
Eau 1 lii.
Grande S. S.Dargut.
Sulfate lie chaux 2,i390
dépotasse traces
de sonde 0,020*»
de magnésie... 0,5't20
Chlorure de sodium.. . . 0,3202
Carbonate de chaux.... o,0270
» de magnésie. 0,0155
Oxyde de fer traces
» de manganèse... traces
Acide sihcique
Silicate de soude traces
Silice en excès 0,0i00
Iode
Arsenic traces
Matière organique traces
2,1130 traces 0,0189 o.iieio
0,3225 0,0258 0,0150 traces
traces
traoos
Oxygène 'icc 5
Azote 19
Acide carbonique 5