‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'océan à la Méditerranée [microform]Chapitre 261 sur 382 · ROUTE 70. SAINT-BERTRAND DE COMMINGES · texte numérisé non relu

ROUTE 70. SAINT-BERTRAND DE COMMINGES

gles prismatiques, offre les mêmes caractères du style de la Renaissance. Elle renferme au tympan l'écu de la famille Bridant, gravé sur bois et représentant une bride avec son mors, sa gourmette et ses

rênes'. »

Plusieurs tribus celtibériques chassées d'Espagne . et forcées de chercher un refuge dans les Pyrénées gauloises, s'organisèrent en corps de nation sous \e nom de Convenœy et fondèrent Lugdunum soixantesix ans avant Jésus-Christ. La beauté du climat, la fertilité du sol et le voisinage des eaux thermales, accrurent rapidement la nouvelle colonie, qui devint bientôt cité romaine et se remplit de monuments.

La citadelle, construite alors sur le sommet de la colline qu'occupe maintenant la cathédrale, dominait les quartiers populeux qui s'étendaient dans la plaine de Valcabrèreetde Tibiran (Tiberius), entre la courbe de la Garonne et la rivière de l'Ourse. A cette époque la population de la ville s'élevait, dit-on, à 50 000 hab. On aperçoit encore des restes de constructions qui ne i)ouvaient appartenir qu'à une grande cité. Ainsi, entre Saint-Bertrand et l'église de Saint -Just, on voit les fondements d'un arc de triomphe gigantesque, et, dans la direction du S. E., au pied du rocher, de hautes arcades indiquent l'existence d'un aqueduc, d'un cirque ou d'un théâtre.

Lors de l'invasion des Barbares, la métropole des Convenue fut tour à tour prise et reprise par les armées ennemies, et sa population diminua rapidement. En 585 , Gondebaud, bâtard de Clotaire, roi de Soissons, se fit couronner à Brives; mais, vivement poursuivi par Léo-

wigilde, général de Contran, roi d'Orléans, il se jeta dans Lugdunum. Le général gallo-romain Mummolus, auquel Gondebaud s'était confié , défendit d'abord bravement la ville ; puis , voyant que la résistance allait devenir impossible, il résolut d'acheter la vie par une trahison, et livra son maître. Celui-ci, pris par les soldats franks, fut précipité du haut d'un rocher situé au couchant de la ville, et qui, dans le patois presque espagnol du pays, porte encore le nom de Matacan (Tue-chien). Puis Lugdunum fut pillé ; plusieurs monuments devinrent la proie des flammes; tous les habitants et les traîtres euxmêmes qui avaient livré leur roi furent impitoyablement massacrés.

Alors la ville, presque déserte, tomba peu à peu en ruine, et pendant cinq cents ans cessa presque d'exister. Dans les premières années du XII* siècle , saint Bertrand vint la relever; il réédifia splendidement la cathédrale, bâtit un couvent pour les chanoines, et sa grande réputation de sainteté attira bientôt un grand nombre d'habitants. Pendant tout le moyen âge , les pèlerins affluèrent de toutes les parties de l'Espagne et de la France à Saint- Bertrand; car les habitants de cette ville avaient changé son ancien nom de Lugdunum contre celui de leur saint. Au commencement du XIV" siècle, le pape Clément V , qui avait été évêque de Comminges sous le nom de Bertrand de Goth, vint assister à la translation des reliques de saint Bertrand, et jeta les fondements de la cathédrale actuelle, terminée par Hugues de Castellione, mort

en 1352.

a Les guerres de religion, dU

ITTNléRAIRE DES PYRlÉN^ES.

M. Armand Marrast, répandirent leurs ravages dans le Comminges, et Saint-Bertrand en eut beaucoup à souffrir. En 1586, un corps de religionnaires commandé par Sus, capitaine au service de Jeanne d'Albret, essaya de s'emparer par la force de cette ville; mais les catholiques le repoussèrent. Il se présfflata alors avec un très-petit nombre d'hommes à l'une des portes, et ies catholiques, comptant écraser cette poignée de protestants, s'élancèrent sur eux. Sus battit en

longtemps été célébrée : ce qui n'empêcha pas Saint-Bertrand d'être encore pris par les huguenots en

Le siège épiscopal de Saint-Bertrand, supprimé îi la Révolution, n'a i)as été rétabli.

La cathédrale de Saint-Bertrand, classée parmi les monuments histori(iues, offre un singulier mélange de plusieurs styles d'arcliitecture :

la façade occidentale et les deuxpiliers qui soutiennent la tour sont de construction romane ; la nef en-

retraite, attira les ennemis dans la titire est du style gothique; presque

plaine, et alors toute sa troupe, sortant d'un bois où elle s'était cachée, enveloppa les catholiques, en tua un grand nombre, puis fit irruption dans la ville ouverte, où les huguenots vainijueurs s'emparèrent de richesses considérables et commirent de grands excès. Les catholiques parvinrent cei^endant à débusquer l'ennemi , moins désireux du reste de conserver sa position que d'emporter son butin.

« Trois ans après , les huguenots vinrent encore surprendre la ville de Saint-Bertrand et s'y installer.

L'évêque, qui résidait fort peu, avait, de loin, donné l'ordre de cacher toutes les richesses de son église; mais une femme le trahit, et les protestants profitèrent de la trahison. Us demeurèrent maîtres de Saint- Bertrand pendant plusieurs mois. Le vicomte d'Harcourt , qui vint les assiéger, rencontra la résistance la plus courageuse. Les hujiiienûts tinrent pendant quarante-Uuit jours les assiégeants en haleine; mais les habitants de la ville s'insurgèrent, et alors il fallut céder. Les catholiques entrèrent en vainqueurs le 8 juin, et l'on institua à celte occasion une fête qui a

tous les ornements et toutes les sculptures du chœur datent de la Renaissance, et çà et \h des pierres encastrées dans la muraille rappellent l'antique cité romaine.

La porte d'entrée s'ouvre dans une large tour, haute de 33 met., qui s'appuie extérieurement sur des contre-forts peu saillants. La façade, large de 17'",64, se tourne vers le couchant, conformément aux traditions chrétiennes , tandis (jue l'axe de l'église est droit et n'otTre pas cette déviation vers le che\'et qui doit indiquer l'inclinaison de la tête de Jésus-Christ sur la croix.

14 marches montent Ma porte, (lu'entourent 8 colonnes romanes aux chapiteaux historiés, (ju'une autre colonne, couronnée de quatre têtes de lions, divise en deux parties, et dont plusieurs sculptures, représentant des monstres fantastiques, des serpents, des diables armés de fourches, l'avare à demi englouti dans la gueule d'un dragon , décorent le pourtour. Dans le tympan qui surmonte le linteau, on renianiue la scène de l'adoration des Mages : les princes voyageurs sont agenouillés, à l'exception du dernier, et présentent les vases de

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