‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'océan à la Méditerranée [microform]Chapitre 262 sur 382 · ROUTE 70. SAINT-BERTRAND DK COMMINGES · texte numérisé non relu

ROUTE 70. SAINT-BERTRAND DK COMMINGES

parfums k la Vierge, atsise sur un siège orné de têtes de monstres. Ce bas-relief est évidemment moins ancien que le reste de la porte; d'après M. Cénac-Monoaut , il a dû être sculpté à la fin du xV siècle, lors de l'achèvement de la cathé-

drale. Au-dessus de la porte, on voit une tête de Jupiter antique; à dr., deux pierres tumulaires romaines sont incrustées dans la muraille.

L'intérieur de l'église , entièrement du style golliique, fut commencé par Bertrand de Goth en 1304, et terminé en 1352 par Hugues de Castellione. Il se compose d'une seule nef et de onze chapelles rayonnantes, à peu près à partir du milieu de sa longueur. Malgré la hardiesse de la voûte et l'immensité du vaisseau, l'absence de bas côtés lui donne un aspect triste et incomplet. Sa longueur est de GO met. et sa largeur de près de 16 met. a Ces proportions gigantesques s'expliquent, dit M. Durand, ï>ar l'intention qu'on a eu de conserver une partie des murs de l'ancienne église romane. •

Le rheret ne manque pas d'une cer taine élégance, grâce aux cinq chapelles qui rayonnent autour de la grande nef: ce's chapelles sont éclairées chacune par trois fenêtres élancées, mais pas une seule rosace ne répand son abondante lumière dans l'édifice.

Le buffet d'orgues, placé <lans l'angle N. E., est remarquable par la beauté de ses magnificiues sculptures en bois rei)résentant pres<iue toutes des sujets païens, entre autres les douze travaux d'Hercule.

Le chœur, qui est très- vaste et qui forme une enceinte réservée au milieu ile ré<lifice, ne laisse autour

de lui qu'un couloir de 3 met. <te largeur. Au-dessus de sa façade richement sculptée s'élève le juM, dont vingt niches à fond de coquilles occupent la frise supérieure aveo leurs statuettes d'apôti-es et de saifr» I tes. Une inscription qui règne sur toute la longueur du soubassement nous apprend que le chœur fut construit aux frais de M. de Mauléon et inauguré dans la nuit de Noël 15:15.

Les i»arois extérieures du chœur sont formées de panneaux séparés j^p d'élégantes colonnettes à fuseaux , richement ornementées.

Chaque panneau est surmonté d'une tôte de relief complet, s'avançant en dehors d'une fenêtre dans le goût du xvi" siècle. Mais on dirait (lue l'artiste a pris à tâche d'éloigner le spectateur de toute idée chrétienne; on n'aperçoit que châtelaines d'une allure dégagée, guerriers romains, seigneurs, bandits; on y remaniue aussi Lucrèce se perçant d'un poignard.

Fn pénétrant dans le chœur.

formé de 70 stalles, on est frappé d'abonl ])ar un tour de force de sculpture. La séparation du couloir et de la première stalle de droite représente un arbre généalogique de Jésus-Christ, du travail le plus ichevé. Le patriarche Jessé, couché au bas , sert de souche à un arbre qui sort de sa poitrine, produit à ses divers rameaux une vingtaine de rois de Juda. et se termine enfin par une fleur éi^anouie d'où sortent la Vierge et l'enfant Jésas, Le»

personnages représentés n'ont guère i.lus de 8 cent, de hauteur.

Us stalles renferment quelques détails de la plus grande richesse.

On y remar<iue des sUtues de patriarches, de martyrs, d'anges et de sibylles. Mille aral>es(iues fan-

ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES

tastiques décorent les intervalles de ces statues : guerriers, centaures, joueurs d'instruments, génies, animaux étranges, s'étalent dans ce chœur avec autant de liberté que dans les palais de Diane de Poitiers.

Le maître autel présente également des boiseries assez intéressantes, qui retracent l'histoire complète de la Vierge et de Jésus- Christ en 27 sujets, composés de 115 personnages de 18 cent, de hauteur, et un retable en pierre peinte et dorée dans le style de la Renaissance. Sur le côté méridional du chœur , à dr. du maître autel , s'élève le trône épiscopal,dont le dôme, soutenu par deux colonnes ornées de feuillages et d'arabesques, sert de socle à la statue de saint Michel terrassant le démon.

Le mausolée de saint Bertrand est placé dans le couloir derrière le chœur; il est très-dégradé et ne présente aujourd'hui qu'une arcade surbaissée, ornée de feuillages, sous laquelle est renfermée la châsse d'ébène; on y conserve également un petit coffret de bois que le saint portait toujours sur lui. Ce coffret porte les mots romans : Por Vamor de ma dona combat ah aquesta libra. « Pour l'amour de ma dame je combats avec cette livrée. »

La cathédrale renferme plusieurs autres tombeatix, parmi lesquels le plus beau est sans contredit celui de Hugues de Castellione. La statue de l'évoque , couchée sur le sarcophage en marbre blanc , appuie ses pieds sur im petit chien qui ronge un os auprès d'un lion. Les faces latérales du tombeau sont garnies de processions de religieux et de religieuses, de soldats, d'Écossais portant le plaid national.

On y remanjue un moine condui-

sant des pénitents revêtus de sacs; un évèque suivi de diacres, portant un drap mortuaire ; deux enfants de chœur avec leurs encensoirs; l'un d'eux souffle dans le réchaud , afin de rallumer la braise éteinte.

On montre sur plusieurs tombeaux d'étranges épitaphes, entre autres celle-ci consacrée au chanoine Dustou :

Arreste ici, passant, Ton cœur, tes yeux, les pas; Sur ce marbre pleurant, Le funeste trépas Du feu noble Kouger Dustou de la Mouleite, Grand archidiacre, cl Chanoine en ce chœur.

Ce noble, des vertus Et la gloire et l'honneur, Son corps tout majestueux.

Son âme chaste et nette, Elle sera à jamais Si pour le trépassé Tu dis dévotement :

Uequiescat in pace.

Une autre inscription moins louangeuse parle ainsi d'un prêtre :

Hic jacet in tnrba rosa mundi , non rosa

munda.

Non redolet, sed olet (juod redolere

solet.

Ci-gît dans la foulu, celte rose du monde, rose immonde. Elle ne sçnt pas bon , elle ne sent que le cadavre !

Eu pratiquant, pendant l'hiver de 1856, des fouilles dans la chapelle des cardinaux , on y a trouvé la tombe de l'évéque Bertrand de Miraraont, mort en l'285; le prélat avait près de lui une crosse en cuivre doré et émaillé, dans le style du xir siècle.

Dans la sacristie, on conserve deux très-belles châsses données par Clément V, au commencement du XIV» siècle, représentant des prophètes . des rois et plusieurs épiso-

Page 1