DE PERPIGNAN A PRADES
^3 kil. Roule de poste. 3 services de voilui"es publiques par jour ; voilures de louage.
Au sortir de Perpignan par la porte Notre-Dame, la route se dirige à l'O., à travers les fertiles campagnes qui s'étendent le long de la rive dr. de la Têt. Grâce aux nombreux canaux d'irrigation qui sillonnent cette plaine, l'agriculture n'a rien à redouter de l'ardent soleil du Midi, et, sur le même sol bien arrosé, la moyenne des récoltes est de deux par an; quelquefois elle s'élève à trois. Les champs que les eaux ne peuvent atteindre sont généralement plantés d'oliviers et de vignes, et séparés par des haies de grenadiers et d'aloès.
Après avoir aperçu à dr. , sur la rive opposée de la Têt, les villages de Saint-Estève (913 hab.) et de Baho (799 hab.), on traverse
y kil. le Soler (1161 hab.), et on voit de loin Pezilla delà Rivière, ▼.
de 1 458 hab. . situé sur la rive g. de la Têt. L'église de ce village renferme un cippe en marbre blanc, consacré à Apollon et à Diane, et décoré de bas-relicfsqui représentent une lyre,
un lévrier, un arc, un carquois et une biche.
4 kil. (13 kil.) Saint-Féliu d'Availl, V. de 1323 hab.
Autrefois, la route de Prades abandonnait ici la rive dr. de la Têt, allait raser la base des montagnes qui bordent la vallée du côté du S., et passait à Corbères, v. de 1481 hab. Dans le voisinage de ce village se trouve une grotte spacieuse, formée de galeries à plusieurs étages, et ornée de belles stalactites : on y entend le bruit d'un torrent qui se jette dans un abîme.
Rectifiée aujourd'hui , la route continue à longer la rive dr. de la Têt.
Déjà les montagnes sont plus rapprochées de la rivière, et la plaine commence à prendre l'apparence d'une vallée.
2 kil. i\h kil.) Saint-Féliu d'Amont, V. de 500 hab., possède une égUse fortifiée. En face, de l'autre côté de la Tôt , se trouve Comeilla de la Ririire, v. de 1334 hab., dominé par une vieille ruine et traversé par un important canal d'irrigation. Dans un petit vallon situé au N. , jaillissent les eaux thermales de Berne ou Laveme, qui jouissent d'une certaine réputation locale.
Après avoir traversé le Bolès, ruisseau qui descend des ravins de la Tour de Batère (1447 met.), se dirige au N., vers la vallée de la Tôt, puis sert de canal d'irrigation et suit parallèlement le cours de la rivière pendant une dizaine de kilomètres, on atteint
2 kil. (17 kil.) Milla», chef-lieu de canton de l'arr. de Perpignan, b. de 2090 hab. , dont les environs, remarquables par leur fertilité , s'appellent le Riverai. C'était jadis une place forte, entourée de murailles et flanquée de tours gothiques dont
il existe encore quelques débris. Les Espagnols la prirent en 1793, détruisirent les redoutes qui la défendaient, et emmenèrent une partie de l'artillerie.
10 kil. de Millas à EsUgel (Y. 1t. 90V, — deMillasà Elne parThuir(V. R. in).
3 kil. (20 kil.) Neffiach, v. de 1085 hab. De l'autre côté de la rivière, à la métairie du Mas de la Juliane, jaillit une belle source d'eau sahne faiblement minérale.
Un grand nombre d'habitants des villages voisins viennent tous les ans faire usage de ces eaux en boisson. Leur action est salutaire sur les organes digestifs. Une hauteur escarpée qui domine Neffiach du côté du N., et qui fait partie du chaînon compris entre les bassins de l'Agly et de la Têt, porte l'ermitage de Force-Real (Fort-Royal), construit sur les débris d'une ancienne forteresse romaine. La chapelle date du xv* siècle ; elle attire encore aujourd'hui un grand nombre de pèlerins.
De ce point , qui se dresse, comme un grand promontoire, audessus de la plaine de TE. et des vallées situées au N. et au S., on jouit d'une des plus belles vues du Roussillon. Au bas de la montagne, sur les deux versants du N. et du S. , jaillissent plusieurs sources ferrugineuses.
Au delà de Neffiach . on remarqué à dr. , de l'autre côté de la rivière, des falaises fortement ravinées, composées de couches de sable, d'argile et de marne; puis la route oblique à g. pour suivre un détour de la vallée.
4 kil. (24 kil ) ZUe (relais de I poste), chef- lieu de canton de l'arr. I de Pradesjûlie petite V. dp3260 hab.
ROUTE iOl. DE PERPIGNAN A PRADES.
bâtie à 142 met., dans une position délicieuse, entre la rive dr. de la Tôt et la rive g. du Bolès.
En 1598, 111e, qui appartenait encore à l'Espagne, soutint un siège mémorable. 3000 Français, arrivés inopinément sous ses murs, avaient fait sauter une tour pour pouvoir y pénétrer; mais les habitants , hommes , femmes . enfants, se précipitèrent hors de leurs maisons, arrêtèrent les Français à coups d'épées. de bâtons et de pierres : si bien qu'après deux heures de combat les assaillants furent forcés de se retirer, laissant les rues et les campagnes voisines jonchées de morts. En 1640, lUe se souleva contre le gouvernement espagnol et ouvrit ses portes au prince de Condé. Quelques troupes sorties de Perpignan vinrent l'assiéger; mais elle résista avec succès. En 1793, les Espagnols s'en emparèrent, et pendant deux mois et demi le gouvernement des Bourbons y fut rétabli.
L'église paroissiale est assez jolie ; ses murailles sont revêtues de marbre; mais l'intérieur n'est éclairé que par de petites fenêtres rondes. La chaire et les fonts baptismaux sont en marbre poli. Devant une maison de la ville, on remarque une charmante croix gothique de la fin du xiv siècle.
Les murailles et les tours de l'enceinte existent encore; elles sont entourées de jardins et de vergers qui produisent les meilleurs fruits de tout le département : les pêches d'IUe surtout jouissent dune grande réputation.
Au delà d'IUe , la vallée se resserre, et, cessant de suivre le bord de la Têt, on remonte la vallée du Bolès en longeant la rive g. de cet
affluent; puis on laisse à dr. un petit mamelon et à g. le village de Boule (925 hab.), où se trouvent des carrières de marbre.
Serrabona.
A 6 kil. au S. de Boule, sur le versant occidental de la vallée du Bolès, se trouve l'ancien monastère de Serrabona. M. P. Mérimée le visita en 1834, et c'est à lui que nous empruntons les lignes suivantes :
a Le site est triste et sauvage.
Les bâtiments qui dépendaient de l'ancienne abbaye s'élèvent à micôte sur une montagne aride , audessus d'une vallée profonde et étroite qui l'entoure de trois côtés.
Sur quelque point que la vue se porte . elle ne rencontre que des roches schisteuses d'une teinte sombre et verdàtre, parmi lesquelles quelques arbustes rabougris croissent comme à regret. Les murs sont construits de gros morceaux de schiste assemblés avec précision.
L'appareil de l'église, et surtout l'abside, est remarquable par la taille de ces pierres, que leur contexture feuilletée rendait très-difficiles à travailler. Aujourd'hui , les bâtiments dépendants du monastère tombent en ruine, et l'église ellemême est en très-mauvais état.
« Sa forme est celle d'une croix latine terminée par une abside , ornée à l'extérieur d'une petite arcature et de dents de scie. Cette forme de croix n'existe qu'à l'intérieur; car les murs qui terminent les collatéraux se prolongent parallèlement à ceux de la nef, formant ainsi de chaque côté une espèce de galerie qui ne communique point avec l'église. Du côté du midi, cette galerie est ouverte à l'extérieur avec des arcades en plein-cintre qui lui
HÉ^àtàim
ITINÉRAIRE DKS PYRÉNÉES.
donnent l'apparence d'une allée de cloître : elle senait sans doute de promenade d'hiver aux religieux de Serrabona.... Un portique très-bas, sombre, voûté, et soutenu par deux rangées d'arcades cintrées, communique avec les deux galeries latérales et précède la nef. Au-dessus est une tribune avec un escalier pour descendre dans l'église. Les colonnes du portique sont ornées de sculptures bizarres, parmi lesquelles on remarque des singes cynocéphales. Un mur s'élève devant la première rangée darcades, et ce n'est qu'à l'aide d'une torche que l'on peut distinguer les détails de sculpture qui en couvrent les archivoltes , les pendentifs et la corniche Le style des sculptures annonce les commencements de l'art byzantin, mais déjà très-éloigné des souvenirs romains et plein de caprice; d'ailleurs, nul goût, nulle proportion.
Je ne pense pas qu'on doive assigner à ce portique une date postérieure à la tin du xi' siècle.
a La nef est à voûte ogivale ; elle a probablement été bàiie vers le vm- ou ix« siècle, puis restaurée considérablement dans la suite. Les ruines et quelques arpents de rochers appartiennent aujourd'hui au chapitre de Solsona en Catalogne. .
Après avoir dépassé Boule, on quitte la vallée du Bolès et on gravit la côte de Ternère pour redescendre ensuite dans la vallée de la Tôt et franchir le Riu-Fagès, audessus de Rodés, v. de 631 hab.
Au S. de Rodez, dans le petit vallon de Bermdal, sur les bords du ruisseau le Corbère, jaillissent deux sources ferrugineuses connues dans le pays sous le nom signiticatif de
Font Roubillouse (fontaine rouille use). A 8 kil au S., sur une colline qui domine le vallon du môme ruisseau, se trouve Glorianes, v. de 221 hab., près duquel jaillit une autre source ferrugineuse renommée. Elle coule avec grande abondance dans un champ ombragé par de beaux arbres fruitiers. Les habitants de Glorianes en utilisent les eaux pour leur boisson habituelle et pour tous les usages domestiques.
10 kil. (34 kil.) Vinç«, chef-lieu de canton de l'arr. de Prades, petite V. de 2054 hab. , est située dans un vallon agréable, entouré de tous les côtés par des montagnes arrondies que domine la haute cime du Caniigou. De nombreux ruisseaux traversent les campagnes voisines et la ville elle-même , où ils entretiennent une délicieuse fraîcheur.
Vinça était autrefois une place forte, flanquée de tours rondes dont on aperçoit encore les ruines.
Le 26 juillet 1793, les Espagnols s'en emparèrent, mais ils en furent chassés après cinq jours d'occupation.
Les bains de Vinça (Ui de Koatm^
appelés autrefois Fonts dal sofre (fontaines du soufre), sont situés à moins de 2 kil. au N. 0. de Vinça sur la rive g. de la Tôt , cjui coule dans un lit encaissé. Le nom de Colline des bains {Conme d'als banys), que l'on donnait dans le j)ays à la montagne d'où jaillissent les sources sulfureuses, prouve que depuis longtemps on les avait utilisées sous forme de bains. En 1817.
M. Escanyé y construisit un établissement. L'édifie»', b;\ti parallèlement à la rivière, se compose de plusieurs étages; il sert à la fois à radium. siiation des sources et au lugemeu des baigneurs. Ceiu-ci
ROUTE iOl. SERRABONA. — VINÇA.
sontencore peu nombreux ; la température assez basse de ses eaux, et surtout le voisinage de Molitg et du Vernet, ont nui jus<ju'à ce jour à la prospérité de Vinça.
Dans la même direction que l'établissement thermal, mais à 2 kil.
plus loin, se trouve sur un rocher ande le petit v. de Marcevol, jadis fortitié, auprès duquel existait un prieuré de l'ordre du Saint-Sépulcre, fondé peu de temps après les croisades. Le portail de l'église est d'architecture romane ; selon une tradition locale , la mère du pape saint Lin , successeur de saint Pierre, serait entenée sous l'autel.
A 3 kU. au S. de Vinça, près du V. de Joch (306 hab.) , on voit les ruines pittoresques d'un château, dont le donjon est flanqué au sommet d'une charmante tourelle.
De Viuçtt au Caniguu, pai la vallée de laLeotilia (V IL 105).
A 2 kil. de Vinça, on franchit le ruisseau Lentiila ou Nantilla, dont le vallon remonte au S. vers les escarpements neigeux du Canigou; puis, se rapprochant de la rive dr.
de la Têt, on traverse
4 kil. (38 kil.) Marquixanes , v.
de 683 hab., en partie bâti sur la crête d'un rocher. Plus loin, la vallée s'élargit un peu, et on laisse à une certaine distance sur la dr. la Tôt qui décrit de nombreux méandres au-dessous des escarpements de sa rive g. couverts de vignes et d'ohviers. Enfin, après avo.r franchi plusieurs ruisseaux, on atteint
4 kil. (42 kil.) Pradc» (Ilôt. Januari, propre et bon), chel-lieu dun arrondissement des Pyrénées- Orientales, V. de 3074 hab., agréablement située à 5(X) m' t. au S. de U Tel, à une hauteur moyenne de 320 mèi. au-dessus du niveau de la
mer , et composée de cinq rues rayonnant autour d'une place centrale.
Prades n'a d'abord été qu'un simple monastère dépendant de l'abbaye de la Grasse. Une charte de Tannée 85.') y signale déjà une cellule. Vers l'an 1Ô88, elle se racheta de la juridiction bénédictine pour se mettre sous la protection directe du roi, à la condition de garder ses privilèges.
V église s'élève au centre de la ville, sur une place ombragée de beaux arbres où viennent converger les cinq rues principales. Le clocher, — tour carrée de construction romane, — haut de 35 met. , et en partie reconstruit , est surmonté d un atlreux carillon; on y a placé, en outre, une horloge non moins laide entre deux colonnes romanes.
La nef, unique et voûtée en pleincinlre, est partagée en deux par deux chapelles qui forment un transsept. Tous les autels sont décorés avec un mauvais goût déplorable. A l'un des angles de l'église de Prades, on remarque un lit où repose, sur un oreiller brodé et dans des draps bien blancs, une statue en bois de Jésus-Christ.
Prades possède un bel établissement de bains dont les colonnes sont ornées de chapiteaux , aux sculptures variées , provenant de l'abbaye de Saint-Michel de Cuxa.
Pour aller visiter labbaye de Saint Biichel de Cuxa, qui se trouve à 2 kil. de Prades, il faut se diriger au S. sur Codolet (325 hab.), où se trouve une jolie fontaine gothitiue, et pénétrer dans le vallon de la Taurinya, qui remonte directement vers le Canigou.
Cette abbaye fut fondée en 878 par des moines dont une inondation avait complètement détruit lo
IT1^ÉRA1RE DES PYRÉNÉES
couvent, situé à Exalada, sur les bords (ie la Tôt (V. R. 106). Plusieurs grands personnages y vinrent terminer leur vie, entre autres un (loge (le Venise, Pietro Orseolo, qui suivit l'abbé Garin dans cette solitude et mourut l'an 987 , en grande réputation de sainteté. Gn\ce aux munificences des fidèles, Saint- Michel devint peu à peu très-riche.
Kn 1011, le territoire de l'abbaye s'étendait sur le vaste espace cornpris entre le sommet du Canigou au S., et les rives de la Têt au N. ; en outre , plusieurs monastères situés en Cerdagne, dans le Toulousain, dans le Fenouillet (R. 90), en Kspagne, et jusque dans l'île de Minorque, dépendaient de l'abbé dç Saint-Michel, qui commandait en maître ;\ la fois temporel et spirituel , dans 42 paroisses et dans 234 villages, alleux et vallées. Il jouissait de tous les honneurs dus au rang d'évêque , et quelques auteurs affirment que les religieux avaient chacun leur maison et leurs domestiques. Au xiii" siècle, commença pour cette riche abbaye une période de décadence qui se prolongea jusqu'à sa chute.
Véglise, construite en 974, fut (détruite en 1794; c'était un bel édifice roman, et les ruines qui en restent encore sont classées parmi les plus belles des Pyrénées- Orientales. Presque toutes ses murailles étaient de marbre commun ; toutes les colonnes du cloître étaient en marbre rouge, provenant des carrières voisines; et plusieurs portails, ainsi que l'entrée de la maison abbatiale, étaient en marbre blanc.
« Ce qui reste de l'enceinte, a dit M. Edouard Barthélémy (Bulletin monumental, publié par M. de Caumont), est environné de murs sou-
tenus par des contre-forts et percé de plusieurs portes, dont une a conservé de curieux débris ; elle est entourée d'une épaisse et large bordure de marbre rose ; sur les montants, dans l'intérieur, sont sculptés saint Pierre et saint Paul; h l'extérieur , des sculptures représentent un hibou, des lions et des animaux fantastiques. Les sculptures, notamment celle des deux saints .
ont un singulier air de famille avec le style byzantin et semblent remonter au moins au xi« siècle. On entre dans une vaste cour toute jonchée de débris, et on arrive au cloître, c'est-à-dire à son emplacement , car il n'en reste que 9 arcades en plein-cintre, avec de magnifiques chapiteaux en marbre rose ; plusieurs de ces chapiteaux ont été transportés à Prades, où ils ornent un établissement de bains : un de ceux qui restent dans le cloître représente trois hommes bizarrement accroupis, les mains posées sur les genoux, supportant avec effort le poids de la corniche.
a Derrière le cloître est l'église avec transsept et nef à cinq arcades ; le chœur est du style ogival; tout le reste est en plein-cintre. Chacun des transsepts se terminait par une tour carrée h trois étages; mais, en 1839, l'une de ces tours s'est écroulée. En arrière du chœur est une chapelle carrée, à dôme, communi- (juant par une petite porte avec le maître autel, et éclairée parle haut; son état de dégradation ne permet pas de lui appliquer de date précise.
a A l'autre extrémité de l'enceinte était située la maison abbatiale, dont le portail en marbre, élevé sur un perron de plusieurs marches, présente encore un très-bel