ROUTE 104. LE VERNET. — SAINT-MARTIN DU CANIGOU
maisons du village, de colonnes, à chapiteaux sculptés , provenant des ruines de l'abbaye. Dans l'intérieur on montre , à dr. , le tombeau de Guifîred , sur lequel est gravée cette inscription moderne :
L'année 101*9 , la veille des Calendes d'août, mourut r.uifre, autrefois trèsillustre seigneur et comte, qui, sous l'invocation de saint Martin, fit bâtit au nom de J. C. ce monastère, dont il lut un des religieux pendant 15 ans. La dépouille mortelle dudit comte et celle de son épouse la comtesse Elisabeth fuient réunies dans ce même mausolée par les soins du seijjneur Bérenger de Colomer, abbé du couvent, l'année 1332.
Dans la maison du maire, on peut aller visiter un chapiteau très-curieux , qui représente plusieurs moines, et l'abbé })lacé derrière une table sur laquelle se trouve une colombe tenant un rameau d'olivier dans son bec; ce chapiteau provient également de l'abbaye de Saint- Martin.
A dr. de Castell, on voit un vallon aride et nu s'ouvrir dans la direction du S. ; en face, s'élève un curieux entassement de rochers verdàtres ; à g. . on aperçoit les zigzags du .sentier conduisant à l'abbaye; en se retournant , on découvre le Vernet , qui remplit tout le fond de la vallée , véritable oasis de verdure encadrée par des rochers arides.
(iravissant à g. un sentier taillé en partie dans le roc , on ne tarde pas à atteindre l'ancienne église de Castell, édifice en ruines, dont la tour carrée et les fortes murailles pourraient tout aussi bien avoir appartenu à un château qu'à une chapelle ; puis on s'élève, par divers lacets, au-dessus d'une gorge pittoresque, et, à 25 min. de Castell (Ih. ou 45 min. du Vernet), on ar-
rive à l'Abbaye de Saint-Martin du Cani^u, située sur un petit plateau , au bord d'un précipice à pic. La tradition donne à ce monastère l'origine suivante. Vers la fin du x* siècle , les Maures ravageaient la Cerdagne ; le comte Guiffred les laissa s'engager dans un défilé de montagnes , où il espérait les écraser tous jusqu'au dernier. Il avait donné l'ordre d'attendre son signal, lors- (jue son fils, d'autres disent son neveu, impatient de repousser les Maures qui entraient imprudemment dans les gorges d'Angoustrina , dont la garde lui avait été confiée , devança l'heure du combat et mit l'ennemi en déroute, en même temps qu'il le sauva d'une défaite totale.
Guifîred , irrité de perdre par un demisuccès tout le fruit de ses embuscades, arriva en toute hâte et tua son fils sur la place. Le pape Sergius IV imposa au coupable pour pénitence de bâtir un monastère de l'ordre de saint Benoît dans le lieu même où le crime avait été commis. Le comte posa la première pierre de ce couvent en l'an 1001 , et huit ans après il consacra l'église. Plus tard il éleva encore d'autres bâtiments, et une petite population de paysans vint se fixer sur ce plateau sauvage. Cependant le comte Guiffred n'était pas encore satisfait : il voulait que Saint-Martin du Canigou possédât (les reliques, et à cet effet, en 1014, il dépêcha des émissaires qui enlevèrent à Toulouse presque tous les ornements de Saint -Gaudérique, l>our lequel une chapelle fut construite à côté de l'église abbatiale.
Ln 1045, après avoir légué une grande partie de ses biens au monastère, il se fit moine lui-même, et mourut en 1049.
Pendant les xr et xir siècles,
ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES
l'abbaye rit s'accroître sa [jrospé- 1 rite, car les donations affluèrent; | mais aux siècles suivants, l'immoralité des moines, leurs dissensions intestines, les attaques de bandes armées , puis la peste et le tremblement de terre de 1428 , amenèrent peu à peu sa ruine-, en 1781 déjà, les cinq derniers moines se décidèrent à demander la sécularisation.
La façade, très-simple, de l'église est dominée à dr. par une tour carrée dont la partie inférieure n'offre qu'une seule porte arrondie en plein-cintre, tandis qu'aux étages supérieurs, elle est percée de deux rangées de fenêtres romanes.
L'intérieur, dont la voûte est à moitié effondrée, se compose de trois nefs de style roman, ayant une longueur totale de î;i",39 sur 3", 25 de largeur, et séparées par deux rangées de cinq arcades chacune : les colonnes ont 2 met. de fût et un diamètre de 0*,32 au milieu, «jui se trouve très-renflé; les chapiteaux sont des plus grossiers; au fond s'arrondissent trois absides. A dr. une porte donne accès, par un passage vortté, dans l'intérieur de la tour , où l'on voit encore des traces de peintures.
Au-dessous des ruines de cette ^lise se trouve une crypte à trois nefs assez basses, séparées par des piliers pleins en maçonnerie; deux de ces piliers situés au fond sont ornés de chapiteaux.
Les visiteurs remarqueront audessous de la voûte d'entrée «le l'abbaye une tombe creusée dans le roc, où avaient été ensevelis le comte Guifiredet son épouse; dans la cellule où il s'était , dit-on , retiré, on lit ces deux derniers vers
d'un quatrain tracé en lettres gothiques carrées :
Qyiï»QVlS.HEC.8ACRI.8VBlTIS PBNSTRALIA.
TFMPLI.
TITAM.HVNC.COELI.BLAIAM.HABET.
ATQL'B.QVIfclBM.
Depuis, les corps de Guiflied et de sa femme Elisabeth ont été transférés dans le village de Castell, ainsi que plusieurs pierres sculptées de l'abliaye (Voy. ci -dessus).
Du haut du rocher escarpé qui domine la tour, ou jouit d'une fort belle vue, sur les précipices aux formes bi/arres dont on est entouré et sur le bassin vert du Vernet.
Du Vernet au Canigou (V. K. lOâ); — à Frais de Mullo i^V. K. 110).
l/ascension du Canigou, qui, uu due de certain.-- t'o ri Nain b, fait courir a ceux qui l'entreprennent desdangers de mort, n'offie aucune difficulté sérieuse. En partant du Vernet, un peut niènie aller à cheval jusqu'à i h. env. du sommet. Ln guide est nécessaire et il faut empoi ter des protisions. Je reconmianderai k tous les touristes en gênerai, aux botanistes et aux géologues en particulier, Michel Nou, de Casiell, excellent guide, qui connaît admirahlemeni le groupe du Canigou. J'ai tait avec lui, le li septembre 1857 , l'ascension du Canigou et je n'ai eu qu'ë me louer de sou attention, de son intelligence et de sa droiture.
A» Par l«« <àr«nycii de CadU
5 h. 30 m. k 6 h. pour oiontei, et % h. l>our descendre. Ce chemin est le plus fréquente, parce qu'on peut aller à cheval ju»qu'a 1 h. du sommet. Il est, du resta, facile.
.Vu sortir de Castell, on remonte l»eiidunl 1 h. onviron, dans le lit du lorreul, la vallée aride et triste
qui s'ouvre directement vers le S., puis on continue à s'élever pendant 1 h. 15 min. dans une gorge latérale, au fond de laquelle on voit à ses pieds les ruines de l'abbaye Saint-Martin, jusqu'au col du Cheval mort, d'où l'on aperçoit le pic des Sefit fwmmes , l'un des premiers contre forts du Canigou.
A 5 min. de ce col, un laisse à dr. le chemin qui mène au Fia CMuilhem et h Prats de .Mollo (V.
R. 1 10) ; i)uis on gagne (10min.) le llandais, espèce de ferme habitée seulement pendant l'été, et entourée de quelques champs. On contourne alors un petit vallon supé rieur d'où descend le torrent (jui .
se dirigeant au N. , parallèlement à celui de Castell, va se réunir avec lui au village du Vernet. De rares bouquets d'arbres, surtout des genévriers et des bouleaux rabougris, tapissent les flancs de ce vallon autrefois magnifiquement boisé. Dans le fond de la gorge qui s'ouvre du côté du N., dominée par des rochers de formes bizarres, apparaît le Vernet, entouré de verdure.
Kn 30 min. de marche , on arrive aux pâturages de Serrât de Manalles, d'où l'on découvre une vallée supérieure qui se divise en deux bras, dont l'un continue à suivre la direction méridionale vers les hauteurs de Pla-Guilhem, tandis que l'autre remonte à l'E. entre les rochers vers le versant méridional du Canigou. Ag. , au fond d'une gorge rocheuse, on voit briller le torrent de la Lipandière ( ou II paudère. On descend en 20 min.
près de la jonction de ces deux vallées, et, traversant le ruisseau descendu du Pla-Guilhem, on gravit à g. une pente boisée assez roide qui aboutit à un petit col appelé le
Coi vert. On redescend alors dans le petit ravin du Cadi, au fond duquel coule un j)etit ruisseau qu'où traverse (10 min.) ; quelques arbres, restes des immenses forêts qui couvraient tout le versant méridional du Canigou , se montrent encore çà et là parmi les rocs ; de tous côtés se dressent des montagnes arides sans caractère. 1.5 min. après, on arrive aux granges de Cadi, situées aux pieds d'un vaste éboulis, où de petits arbres ont crû entre les rochers. Laissant cet éboulis à g. , on monte en 30 min. sur un vaste plateau désert, appelé le plateau de Cadi, où toute végétation arborescente disparaîtpeu à peu; on ne voit plus que de grandes pentes de gazons parsemées de rochers et dominées à g. par les croupes abruptes du Canigou. C'est à l'extrémité supérieure de ce plateau (30 min.) que les cavaliers doivent quitter leur monture et continuer l'a.scension à pied. Il faut encore 1 h. pour atteindre le sommet , d'abord par une' montée difficile et fatigante au milieu des roches éboulées, puis dans une cheminée étroite où la roche est disposée par assises semblables à des degrés. Quand on est arrivé au haut de cette cheminée entre les deux renflements du sommet du Canigou, on tourne à dr. , et en peu d'instants, on atteint la véritable cime, située à 2787 met. au-dessus du niveau de la mer.
La plate-forme du sommet n'a guère que 8 met. de long sur 3 de large; il s'y trouve deux cabanes, dont l'une a été construite pour MM. Mauvais et Petit, lors de leurs expériences sur le magnétisme de la terre. Autrefois on y voyait aussi !ine croix de fer qui fut plantée en 1739 par Cassini et Lemonnier,
à l'époque où ils exécutaient leur grand travail de la triangulation générale de la France,
« Placé sur le premier plan, dit M. de Chausenque , et presque isolé du reste de la chaîne, le Canigou domine tout l^pays, et lonj;temps on l'a regardé comme le plus haut pic des Pyrénées. Du côté du S. , se dresse une montagne qui le relie à un chaînon de pics très-élevés se dirigeant au S. 0.
vers la cime de Costabona, d'où la crête principale se prolonge à l'E.
par les Albères. Au delà de cette petite chaîne bleuâtre, on aperçoit au midi les âpres montagnes de la Catalogne, au milieu descjuelles s'élèvent les cratères éteints d'Olot et de Castel-Follit. A l'E., on suit, par un beau temps, les rivages de la Méditerranée , depuis Barcelone et Mataro jusqu'à la Nouvelle , Agde , Cette et Montpellier. Il serait même possible de voir Marseille à une distance de 300 kil. à vol d'oiseau, puisque, de la colline Notre-Dame de la Garde, en 1808, l'astronome de Zach vit distinctement le soleil se coucher derrière la double cime du Canigou.
« Au N. 0.1e champ de vue est trèsvaste et très-varié : de larges pentes neigées, et sans végétation aucune, descendent d'un seul trait jusque dans les fonds où sont le village de Castell et les eaux minérales du Vernet. En plongeant des yeux dans les sillons qui rayonnent du sommet et deviennent en bas des vallons dessinés par des traces de verdure , on arriva à la plaine du Confient, où se distingue Prades; plus loin, par delà les chaînons qui dominent l'Agly, s'étend le Haut -Languedoc, nivelé en apparence , excepté là où s'exhaussent les dernières rampes
des Corbières. La vallée supérieure de la Têt, étroite et profonde dans les défilés de Villefranche et d'Olette, ne se laisse deviner que par le croisement des pentes, et remonte vers le haut plateau vert de Montlouis et du col de la Perche, audessus duquel s'élèvent de belles montagnes drapées de neiges et de bois. On regarde avec plaisir ce peu de verdure : car ce qui frappe partout ailleurs, dans l'étendue visible du Houssillon, c'est la nudité absolue de la plupart des plans, où l'œil attristé ne rencontre partout que les teintes arides du schiste et du granit en décomposition. >•
Le Canigou est probablement la montagne de France où le botaniste peut le mieux observer les étages de végétation. M. Ch. Martins en parlait ainsi {Revue des Deux- Mondes , 1^' octobre 1856), en s'appuyant sur les observations de M. Aimé Massot :
« Le voyageur qui, partant du pied des Alpes ou des Pyrénées, monte sur un de leurs sommets, traverse des climats analogues à ceux qu'il rencontrerait en marchant vers le N. , sans quitter la plaine. (A mesure que l'on s'élève, la température s'abaisse, rapidement en été, plus lentement en hiver, mais en moyenne d'un degré centigrade pourlSOmèt. de hauteur verticale.) Il traverse aussi des zones de végétation semblables. Au pied du Canigou. par exemple, l'oranger mûrit ses fruits dans des jardins entourés de murs; puis le voyageur traverse des champs d'oliviers, de niiiïs, des bouquets de chênes- verts, des vignobles célèbres par leurs vins ; mais, à 420 met. de hauteur, l'olivier l'abandonne; à 550 met. la vigne s'arrête ; à 800 met., c'est le
châtaignier; à 1320 met., il rencontre les premiers rhododendrons , dont les touffes fleuries lui annoncent qu'il entre dans l'air pur des régions alpines. Les dernierschamps de seigle et de pommes de terre que l'infatigable Catalan va cultiver à l'extrême limite où il peut espérer une récolte, ne dépassent pas 1640 met. A cette hauteur, le hêtre, le sapin argenté, le pin, le bouleau ombragent le sol; mais leur taille se réduit peu à peu sous l'influence combinée du froid, du vent et du poids de la neige. Le sapin s'arrête à 1950 mot. ; le bouleau à 2000 met. ; le pin gravit la montagne jusqu'à la hauteur de 2430 met.
Au-dessus, s'étend une pelouse composée de plantes alpines ou polaires inconnues aux régions tempérées.
Le rhododendron ne dépasse pas 2540 met. Le genévrier seul, rabougri, couché sur le sol, monte jusqu'au sommet, à 2785 met., où les plantes du Spitzberg et du Mont- Blanc dorment ensevelies pendant neuf mois sous la neige, et croissent, fleurissent et fructifient en trois mois. »
En 1842, MM. François Arago, Laugier et Victor Mauvais firent un voyage à Perpignan dans le but d'observer l'éclipsé totale de soleil du 8 juillet; mais le lieu de leurs (tbservations étant très - rapproché du Canigou, ils profitèrent de cette proximité pour étudier certains problèmes relatifs à la physique du globe. Ils prièrent M. Petit, directeur de l'Observatoire de Toulouse, de les aider dans leurs travaux. Parmi les questions d'une égale importance qui s'étaient présentées à leur esprit, il s'agissait surtout de résoudre les suivantes :
Les varLitions diurnes que l'aiguille
de déclinaison exécut/e si régulièrement dans les plaines , se reproduisent-elles au sommet d'une montagne élevée dans les mêmes amplitudes et aux mômes heures ?
L'intensité de la force magnétique décroît-elle d'une manière sensible sur un lieu élevé? Enfin, sous une même latitude, l'inclinaison magnétique est-elle la même, quelle que soit la hauteur de la station?
MM. Mauvais et Petit, désignés par le sort, allèrent s'établir avec leurs instruments sur la cime la plus élevée du Canigou , tandis que MM. Arago et Laugier restèrent à l'établissement du Vernet, Les instruments, comparés entre eux la veille même de l'ascension , furent installés de part et d'autre avec toute la solidité désirable, et régulièrement consultés à des heures convenues à l'avance entre les physiciens.
Les observations constatèrent :
1° Une entière simultanéité de variations diurnes dans la marche des deux aiguilles. Le maximum de digression occidentale eut lieu 'entre 2 et 3 h. de l'après-midi , pour l'aiguille portée sur le sommet du Canigou , comme pour celle observée au Vernet.
2° Une inclinaison de l'aiguille plus faible environ de 5 minutes sur le Canigou que dans la plaine, tandis que, d'après les positions relatives des deux stations, elle devrait au contraire être un peu plus forte. Aucune circonstance locale n'a pu donner l'explication de cette irrégularité; car on .sait, par les travaux de M. Dufrénoy, que la quantité de 1er magnétique qui peut se trouver dans les environs est réellement très-faible.
ITIPî^RAIRE DES PYRÉNÉES.
3° Une intensité magnétique plus faible sur la montagne que dans la plaine : si l'on désigne par 1000 cette intensité à l'établissement du Vernet, 988 représentera celle que l'on observe sur le Cauigou. Ainsi il y a une diminution de plus de 1/100 pour une différence de hauteur de 21H3 mètres entre les deux stations.
4" Le décroissement rapide des amplitudes des oscillations au sommet du Canigou. Telle aiguille (jui, dans la plaine, faisait 400 oscillations entre deux limites d'ampli tude données, s'arrêtait au bout de 250 au sommet de la montagne.
En résumé, les forces magnéti- (|ues deviennent de moins en moins actives à mesure qu'on s'élève.
A, Par Salnt-Martlo du Canljcou.
^ 1). à S h . pour monter. 3 h. pour descendre. Chemin impraticable à cheval.
45 min. Du Vernet à Saint- Martin (V. R. 104).
Au delà des ruines de Saint-Martin, on continue à monter dans la direction du S. E. , en suivant un serftier conduisant au sommet dune arête qui sépare deux gorges.
A 2 kil. environ de Saint-Martin, ce sentier cesse tout à coup, et la pente devient beaucoup plus forte.
il faut franchir des ravins profonds en s'accrochant aux pierres et aux racmesdes arbres, et se diriger, en droite ligne, à travers des rochers ébêulés, vers une crête élevée qui cache le véritable sommet. Ce n'est qu'après 2 h. de fatigue qu'on peut atteindre cette première terrasse, au-dessus de laquelle on voit se dresser presque à pic la seconde crête du Canigou, hérissée de rocs entièrement nus et tachetée çà et là de larges flaq[ues de neige. Une
I i)etite source , qui jaillit dans un [ petit vallon près de la partie supé- ; rieure de la terrasse . est ordinaire- ; ment l'endroit que l'on choisit pour le déjeuner.
On côtoie ensuite un large vallon pour aller gagner le point culmi nantd'un ravin qui .semble descendre du sommet môme de la montagne. Les arbres commencent déjà à devenir rares; à |>eine ((iiebjues pins rabougris se montrent çà et là.
Bientôt on atteint l'extrémité inférieure d'une longue pente couverte déneige, et Ton s'élève sans danger sur la croûte épaisse et dure (jui se redresse de plus en jdus à mesuie qu'on approche du sommet; quau»!
la pente devient trop forte pour qu'on puisse en continuer l'ascension .
on gravit à g. une masse énorme de rochers écroulés formant une espèce de retranchement, et l'on se trouve sur un immense éboulis qui tapisse de ses blocs tout le ver sant septentrional du Canigou, delà cime à la base; presque toute trace de végétation disparaît; plus d'arbres, plus de fleurs, plus de verdure : rien que des pierres et quelques mousses couvrant les rochers comme de la rouille.
Il ne reste plus qu'à monter en droite ligne vers la cime qu'on voit se dresser au-dessus de soi ; les blocs écroulés forment une sorte d'escalier que l'on gravit en s'aidant des mains; après une a.scension fatigante d'environ 2 h., on atteint enfin le sommet.
On peut descendre du Canigou au Vernet : 1" directement en 3 h.; 2" par les granges et le ravin de Cadi en 4 ou & h On peut aussi aller le même jour coucher à Piats
de Mollo (V. R. 110), par le Pla- Guilhem (c'est une journée de marche longue et fatigante); enfin descendre soit à Vinça par Valmanya, soit au Vernet par Cornella, ainsi que nous allons l'indiquer.
Descente par Valmanya. Du Canigeu à Vinça.
k h. jusqu'à Valmanya i5 kil. {k\\.
env.) de Valmanya à Vinça.
On descend d'abord par une étroite arôle hérissée de débris, qui S6 prolonge vers le N. E. dans la directi(m du second pic; à dr. s'étend une immense fondrière de neige appelée Gouffre du Canigou -, on l'évite soigneusement, et l'on tourne à g. pour atteindre le plateau (le Bélach, terrasse herbeuse de :{00 met. de longueur sur .50 de largeur, située à 200 met. environ audessous du sommet. Plus bas, commence un bois de pins rabougris dominant les pentes d'un ravin escarpé qui plonge au N. vers le val de la Taurinya, dans la direction de Prades; on traverse ce bois, en ayant soin de toujours garder la dr. , et bientôt on arrive au col de la Pardiou, qui s'ouvre entre l'origine des deux vallées de la Taurinya à g. et de Valmanya, à dr. C'est au-dessous de ce col que commence quand on descend, que finit quand on monte, le sentier praticable aux mulets.
On continue à suivre des pentes où se montrent quelques pins rouges clair-semés, puis, quand on a dépassé deux cabanes d'été, on s'engage dans une gorge étroite qui s'enfonce rapidement entre de longues arêtes en ruines ; on entre ensuite dans un petit vallon herbeux, appelé Cloi d'Estaheil, et l'on traverse un bois de pins pour
atteindre une seconde terrasse plus vaste , connue sous le nom de Prats- Crahère.
Au-dessous de ces beaux pâturages, il faut descendre de nouveau une pente très-rapide par un sentier taillé en zigzag dans le roc vif-, en moins de trois quarts d'heure, on arrive enfin au fond du vallon , et un joli sentier, ouvert sur la rive g. de la Lentilla, mène en 30 min.
à Valmanya, v. de 355 hab. , situé à H'.A met. au-dessus de la mer.
On ne peut imaginer une solitude plus complète que celle de ce village , si bien enfermé de tous côtés par de hautes montagnes escarpée* , rju'on ne peut pas deviner le point où passe la Lentilla pour s'écouler vers la plaine. Le cimetière . au centre duquel s'élève la petite église, est entouré d'une fosse grillée , soigneusement maintenue, pour que les animaux ne puissent pas y pénétrer.
Dans les environs de Valmanya, on exploite des mines de fer. et la forge du village est très-renommée pour la supériorité de ses produits.
A moins de 1 kil. de Valmanya, la vallée de la Lentilla tourne à g.
dans la direction du N. 0. , et bieutôt après, un voit, à côté du chemin, une fontaine ferrugineuse connue, comme toutes les sources de môme nature, sous le nom générique de Fon-Rouhillouse. Le premier village qu'on rencpntre en descendant est
(4 kil. de Valmanya) Vallestavia (295 hab.) situé sur les deux rives du torrent. On y travaille également le rainerai de fer. On peut ensuite longer indifféremment l'une ou l'autre rive. Le chemin le plus court laisse à g. une autre Fon- Houhillouse, celle de Sahila, passe
ITINERAIRE DES PYRENEES
sur le versiint de ilr. , gravit les croupes qui «lominent le torrent du côté de l'E. , laisse à {?. Finestret (517 liab.),puis, après avoir traversé
8kil. (12 kil.) Joc/i,v. der>06hab., descend enfin une arête de collines plantées en vignes, avant d'atteindre
3kil. (ISkil.) VinraiW. R. 101).
Descente par Fillols et Cornella aa Yernet.
On descend d'abord au plateau de Belach; mais, au lieu de tourner à dr. vers le col de Pardiou, on prend à g. h travers les bois (jui recouvrent les pentes de la montagne. Bientôt après, on arrive à l'énorme éboulis du versant septentrional. D'après M. de Chausenque, « c'est un plan d'une inclinaison tellement roide qu'il serait inaccessible sans les débris qui le couvrent , descendant d'une largeur uniforme jusqu'à une profondeur de plus de 1200 met. , toujours accompagné d'une double muraille granitique festonnée de pics et de déchirures.»
Sur cette longue pente ne se voient nulle part ni herbe, ni arbustes; seulement tout au fond, au milieu d'un étroit bassin de verdure, on découvre Fillols. Au bas de l'éboulis, la rampe, subitement adoucie, se recouvre de prairies arrosées par des ruisseaux qui jaillissent du jtied des débris, et ombragées de frênes et de noyers. Dans cette charmante oasis sont éparses les maisons de Fillols, y. de 31 1 hab. On trouve dans les environs une source d'eau minérale froide, et des mines de fer qui occupent une cinquantaine d'ouvriers.
Fillols est à 3 kil. de Cornella; on s'y rend en longeant alternativement les deux rives du torrent.
2 kil. De Cornella au Vernet (V.