‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'océan à la Méditerranée [microform]Chapitre 351 sur 382 · DE PERPIGNAN A LA PRESTE · texte numérisé non relu

DE PERPIGNAN A LA PRESTE

69 kil. Route de voiiure.s jusqu'à Arles. Diligences tous les jours. Au delà, chemin de mulet.s, parcouru sur certains points par de petits chars.

38 kil. De Perpignan à .\mélieles-Bains (V. R. 108).

Après avoir traversé le Mondony et laissé à g. le village thermal,' la route contourne avec le Tech la colline qui porte le Fort-les-Bains , pas.se à 1 kil. sur la rive g. de la rivière à côté d'une forge, et franchit un petit ruisseau descendu des hauteurs dénudées du N. 0.

4 kil. (42 kil.) Arles (Arulr) , ancienne capitale du Vallespir (Vallis aspera), chef-lieu de canton de l'arrond. de Céret, V. de 22G7 hah. , plus espagnole que française, située à 277 met. de hauteur mnveniie.

ITINERAIRE DES PYRÉNÉES

au centre d'un petit bassin où se montrent quelques groupes d'arbres, et que dominent des montagnes pelées et grises. Son origine remonte à une époque fort reculée.

Selon certains historiens, elle doit son nom à quelques autels consacrés à des dieux païens ; cependant on n'y voit aucun vestige de l'époque gallo-romaine. Dans tous les cas, elle n'acquit une certaine importance qu'après la fondation de son abbaye de Bénédictins (778). En 1707, pendant la guerre de Succession, les Espagnols s'en emparèrent ; mais ils en furent chassés quelque temps après par les habitants. En 1793, l'ayant prise de nouveau, ils s'y maintinrent jusqu'après la prise du camp du Boulou par Dugommier

Le monastère d'Arles, fondé en 778 par un al)bé espagnol, nommé ou surnommé Castellanus, sur les ruines duu temple païen, fut dévasté parles Normands, en 860, et s'écroula quelque temps après. En 1048 , Guiffred , archevêque de Narbonne, consacra une seconde église qui tomba à son tour , à l'exception de la façade. Enfin , en 1K)7 ,Udalgérius, évèque d'Elne. procéda à une nouvelle consécration de l'église, reconstruite par les soins de l'abbé Raymond I" , et qui existe encore aujourd'hui; le clottre, également ■ conservé, date de la même époque.

Quant aux autres constructions du monastère, elles ont été détruites pendant la Révolution française.

Véglisp, actuellement paroissiale, est située dans la partie la plus élevée de la ville; on y monte par plusieurs marches. La porte de la façade est du style romano- byzantin ; sa partie supérieure est formée par uu seul morceau de marbre, taillé

en fronton, sur lequel sont gravés l'alpha et l'oméga; une archivolte cintrée, décorée d'une moulure à palmettes , couronne ce bandeau et s'appuie sur deux fragments de corniche; à la base de l'archivolte sont deux sculptures de lions dévorant des martyrs.

Au-dessus de la porte , on remarque une petite fenêtre romane au milieu d'une rangée d'arcades , bouchées et surmontées de longues pierres saillantes qui semblent avoir soutenu un balcon, puis deux fenêtres géminées et, sous le grand fronton triangulaire qui termine la façade, une rangée d'ouvertures inégales en hauteur. Le clocher, placé à la dr. du chœur, est de forme carrée ; ses fenêtres cintrées sont ornées de colonnes engagées.

L'intérieur, composé de trois nefs voûtées et soutenues par de fortes colonnes monostyles, ne présente aucun détail saillant; de chaque côté s'ouvrent trois chapelles, dont l'une à dr., consacrée aux patron.s de l'égUse, Abdon et Senneu (Voy.

ci-dessous) , est occupée par un retable en bois doré du xvii» siècle, retraçant les princi|)ales .scènes de la vie* de ces martyrs et contenant leurs reliiiues dans des bustes en argent.

Le cloUrc, situé derrière l'église, est du style roman ; ses arcades retombent sur de sveltes colonnettes de marbre accouplées , surmontées d'élégants chapiteaux à crochets, et se prolongeant jusqu'aux piliers des quatre angles, .sans piliers intermédiaires.

Le tombeau des patrons saints Ah-

doneiSennen, placé derrière une

grille, en dehors de l'église, près

(lu portail, consiste en un sarco-

I phagp en pierre, surmonté d'un

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couvercle prismatique et isolé du sol par des supports en pierre. Ce mausolée jouit , dit-on, de la propriété merveilleuse de produire de l'eau comme une fontaine, et tous les ans, on y puise plus de :iOO litres d'un liquide miraculeux, qui guérit toutes les maladies. Pendant la Révolution française, l'eau cessa ile couler; mais, depuis cette époque, elle a reparu de nouveau et jaillit maintenant avec la même abondance qu'autrefois. Voici comment M. Mérimée raconte la légende (le cette eau merveilleuse : ^ a II faut savoir qu'autrefois ,

je ne saurais dire précisément à .

quelle époque, le territoire d'Arles fut infesté d'une grande quantité de bêtes féroces, lions, dragons, ours, etc., (jui mangeaient les bestiaux et les hommes. La peste vint encore ajouter aux maux (]m affligeaient la contrée. Lu saint homme, nommé Arnulphe. résolut d'aller chercher des reliques à Rome, pour guérir l'épidémie et chasser les animaux féroces. Arrivé à Rome.

Arnulphe exposa au saint-père la misère de ses concitoyens et lui présenta sa requête. Le pape, touché de compassion, l'accueillit avec bonté, et lui permit de choisir parmi les reli(pies conservées à Rome, exceptant toutefois celles de saint Pierre et d'un certain nombre de saints dont il eût été imprudent de se dessaisir. Arnulphe était embarrassé pour se décider. Après avoir passé tout un jour en prières, il | s'endormit, et eut un songe, dans | le(iuel deux jeunes hommes appa- :

rurent à lui : « Nous sommes, di- ' a rent-ils, Alxion et Sennen, saints a tous deux. De notre vivant, nous u étions princes, la Perse »'St notre «* patrie. Nous avons été martyrisés

et à Rome, et nos corps sont entera rés en tel heu; exhume-les et « porte-les dans ton pays, ils feront « cesser les maux qui l'affligent. »

«Le lendemain, Arnulphe, accompagné d'une grande foule de peuple et suivi de travailleurs pourvus d'instiuments convenables, fit fouiller l'endroit indiqué. On trouva , bientôt les corps des deux jeunes gens, parfaitement conservés, reconnaissables pour saints à l'odeur.

11 les exhuma en grande pompe, et se disposa à les emporter. 11 pensa que, pendant le long voyage qu'il avait à faire pour retourner dans son i>ays, il pouvait trouver bien «les gens qui voudraient s'approprier le trésor qu'il portait, car on se faisait peu de scrupule alors de s'emparer, même par force, des rehques de veitus bien constatées. Pour détourner les soupçons, il mit ses saints dans un tonneau, enfermé dans un autre beaucoup plus grand qu'il remplit d'eau. Dès qu'il fut en mer. les matelots firent uutrou au tonneau , croyant qu'il contenait du vin ; mais s'étant aperçus qu'il n'y avait que de l'eau, ils ne poussèrent pas plus loin leurs recherches.

Arnulphe. débarqué à Reuss (d'autres disent à Cadaques), avec ses reliques en double futaille, entendit toutes les cloches sonner d'ellesmêmes et se garda bien d'expliquer la cause de la merveille. Le chemin de Reuss à Arles était alors, comme il l'est aujourd'hui , extrêmement mauvais et praticable seulement pour les mulets. Le tonneau est donc chargé sur un mulet, et le saint homme avec un guide se met en route. Dans un sentier dangereux, bordé d'affreux précipices, le muletier, homme grossier et brutal, crut qu'il fallait donner du courage

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à sa bête et làclia un gros jurou ; soudain le mulet tombe dans le précipice et disparaît. On juge du désespoir d'Arnulphe. Retrouver le muJet était impossible ; retourner à Home en quête d'autres reliques ne Tétait pas moins. Il prit le parti de poursuivre sa route et de rentrer dans sa ville natale. Quelle est sa surprise et sa joie, en entrant dans Arles, d'entendre sonner les cloches et de voir sur la place de l'église tout le peuple à genoux, entourant le mulet et son tonneau qui avait déjà opéré la guérison des pestiférés et fait déguerpir les lions et autres bêtes féroces. Arnulphe tira dabord les saints de leur tonneau, et quant à leau, il la versa bonnement dans un tombeau vide pour s'en débarrasser. Dr, un lépreux, qui vint s'y laver, fut guéri à l'instant. D'autres malades vinrent bientôt constater la vertu de cette eau miraculeuse. Avertis de sa propriété, les moines du lieu la renfermèrent avec som et n'en donnèrent plus que i)our de l'argent. Elle coûte encore vingt sous la fiole ; mais on n'en donne pas à tout le monde. Il faut en demander en catalan pour en obtenir, et pour avoir parlé gavache* . j'ai eu le chagrin detre refusé. «

Dans le mur de l'enceinte où se délivre leau miraculeuse, est encastré un bas-relief en marbre représentant un chevalier d'Homs qui fut guéri par elle dun cancer au nez. Il se lit moine et mourut vers 121)0. Deux anges de style byzantin ont été placés auprès de lui dans Tat-

I. Le niotf/arac/io, que les Espagnols appli»iuent aux Français par dérision, est piobablement dérive du mut arabe vahach , signiûant : détestable , laid, ordurier.

titude de l'adoration, uniquement par amour de la symétrie; ils proviennent d'un autre monument détruit.

Arles est une des villes où les Catalans français ont le mieux conservé leurs coutumes antiques, et nulle part, lors des fêtes locales, on ne voit éclater plus de cette joie folle et de cet amour du plaisir qui distinguent les méridionaux. Sur les places publiques, on danse encore le co7it râpas dans toute sa perfection.

« Toutes les maisons, dit M. de Chausenque, sont ornées de balcons à l'espagnole remplis de spectateurs; dans le plus apparent, sont réunis les jouglas ou ménétriers, qui avec des hautbois, des cornemuses, des flageolets et des tambourins, font entendre une musique agreste très animée.... Des couples indépendants dansent en tournant autour de la place et font assaut d'agilité : le comble de l'adresse est de passeilestement le pied })ar-dessus la tête de la danseuse et de retomber en mesure sans cesser de faire jouer les castagnettes. C'est ce qu'on appelle la camada rndona. Dans le mouvement général, les danseurs de cha(|ue couj)le, toujours en face, avancent, reculent, tournent autour l'un de l'autre en faisant claquer les doigts; ce sont les aimables agaceries de deux cœurs, les feintes jalousies qui donnent tout son charme à un prix disj)uté. Puis, se réunissant huit ou «lix ensemble.

ils forment des ronds, et au point d'orgue, tous les hommes, passant leurs mains sous les bras de leurs voisines qui sappuient sur leurs épaules et se courbent en avant, les élèvent à la fois sur leurs bras roidis. tandis que celles-ci, se prenant

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