‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'océan à la Méditerranée [microform]Chapitre 352 sur 382 · ROUTE 109. DE PERPIGNAN A LA PRESTE. — ARLES · texte numérisé non relu

ROUTE 109. DE PERPIGNAN A LA PRESTE. — ARLES

les mains, les élèvent en l'air. A côté, un cavalier resté seul i)Oursuit sa danseuse, (jui tout à coup s'avance rapidement, s'élance sur lui et bondit sur son épaule, ou reste soutenue en l'air sur ses poignets, pour n'en descendre qu'après deux ou trois pirouettes. Ces figures toujours mobiles et pittoresques, où les bonnets rouges des hommes sont toujours flottants; cette musique montagnarde si singulière, ces balcons espagnols, les physionomies brunes, expressives des acteurs, l'œil vif et agaçant de ces jeunes tilles à la taille svelte.

aux formes dessinées avec grùce, et toutes ces figures des spectateurs que le plaisir émeut, annoncent une peuplade émanée de la grande nation qui habite sous le soleil de ribérie, ardente et passionnée comme ses ancêtres. »

a Souvent, ajoute M. Henry, quand la danse est le plus animée, on lance un taureau qui poursuit les danseurs et les disperse; c'est une gloire que de montrer quelque égratignure faite par la corne de l'animal. Un prix est quelquefois donné à celui qui peut enlever une cocarde attachée à l'une des cornes du taureau; alors on noircit les cornes, afin que celui qui a su les toucher, puisse en montrer les marques glorieuses sur ses mains. »

D'Arles an Canigoa par Corsavi et Valmanya.

D'Arles à Corsavi. 6 kil. Rouiecarrossable. De Corsavi à Valmanya; sentier de montagnes. 5 h. de marche. De Valmanya au sommet du Canigou, 6 à 7 b .

Au sortir d'Arles , ou traverse un ruisseau assez abondant qui descend de la Tour de Batèrcs , au N. 0.;

puis, laissant ;i g. la route de la Preste, on gravit, par une pente assez roide, un escarpement dominant la vallée du Tech. On entre alors dans le ravin du JRiu Ferrer, qui remonte vers le N. 0. , et dont on suit le versant oriental en décrivant de nombreux zigzags.

A 4 kil. environ d'Arles, on voit près du chemin un gouff're creusé dans le calcaire, profond de 160 met., large de 50 met. entre les deux bords supérieurs, et de là 2 met. dans le fond , où coule bruyamment un ruisseau descendu de f un des contre-forts du Canigou.

Ce gouff're est connu sous le nom de la Fo.

2 kil. (6 kil.) plus loin, au détour d'une croupe parsemée de blocs de granit, on découvre Corsavi (90G hab.), et sa vieille tour, situés à 787 met. sous des pentes incultes remontant au N. vers la Tour deBatères, auN. 0. vers le Canigou.

Du plateau du village qui domine le Kiu Ferrer, on jouit d'une vue étendue, d'Arlesà Saint-Laurent de Cer dans et à Prats de MoUo; mais, de ce côté, toutes les montagnes sont basses et déboisées; seulement à ro., vers la source du Tech , apparaissent quelques forêts sur les contre forts de la haute montagne de Costabona.

Le village de Corsavi est célèbre par la fête des mulets qu'on y célèbre en grande pompe le jour de la Saint-Êloy. Ce jour-là, tous les mulets, dans leur parure de franges bleues et de pompons rouges, sont conduits à une grand'messe et font partie d'une procession précédée de la musique et suivie du clergé. La principale industrie des habitants du village consiste dans l'exploitation des mines de fer. Le territoire

InNÉRAlRE DES PYRÉNÉES.

de la commune abonde en truffes eicellentes.

De Corsavi il est diflicile de gravir directement le Canipou. qui se dresse au N. O. derrière un contrefort escarpé. Pour en atteindre la cime, il ne faudrait pas moins de 10 à 12 h. d'une marche pénil)le à travers des déserts où l'on ne rencontrerait ni bergers ni bûcherons; il vaut mieux franchir l'arête de montagne qui sépare les deux bassins du Tech et de la l'èt , et attaquer le Canigou par la gorge de Valmanya.

En sortant du village de Corsavi , on continue d'abord à suivre vers e N. 0. le contre-fort escarpé sur equel on se trouve. Après avoir contourné ensuite, en le laissant à dr., le vallon de Lecca que dominent des parois perpendiculaires de plus de 100 met. de hauteur, on se dirige au N. , puis àl'E. Au N. , se dressent les pentes nues de la four de Batères , où sont clair-seraés quelques vieux ifs, espèce presque détruite dans les Pyrénées; ou les gravit par des sentiers eu zigzag, puis on passe à côté d'une petite fontaine, et bientôt après, on atteint , au col même, les mines de fer , dont les produits alimentent la forge de Vaimanya. Le minerai s'y trouve dans un schiste tendre, de sorte qu'il est facile de le dégager au moyen du pic seulement . tandis que plus à l'E., vers le sommet de la Tour de Batères (1447 met.), on est obligé d'employer la poudre pour extraire le fer du granit qui l'enveloppe. Près des mines, se montrent des veines d'un beau marbre blanc.

Quand ou a suivi pendant ((uelque temps les rampes allongées du plateau, on atteint tout à coup le haut des parois rocheuses qui do-

minent le vallon de la Lentilla, où paraît dans le lointain le v. de Vaimanya. 2 h. sont nécessaires pour descendre dans ce grand précipice par des pentes roides et monotones.

De Vaimanya au sommet du Canigou. 6 à7 h. (V. R. 105).

D Arles aCostnjas.

'21 kil. Koute de voitures jusqu'à

Sailli- l.uureni. 17 K.il.

Après avoir laissé à dr. le chemin (jui monte vers Corsavi. on suit la route de Prats de MoUo, le long de la rive g. du Tech, et l'on traverse le Kiu Ferrer. De tous côtés .s'élèvent des montagnes en partie grises et nues, en partie vertes et cultivées : l'une est célèbre dans le pays par la grande pierre druidique qui en couronne le sommet : elle s'appelle Falet de Uoland. On raconte encore comment l'immortel paladin s'amusait à jeter cette énorme pierre de sommet eu sommet. La rivière et la route décrivent de grands détours; du haut d'une côte escarpée on découvre, en se retournant, Arles-et-Kort les Bains. Un cultive encore des oliviers dans cette partie de la vallée du Tech.

A 6 kiL d'Arles, on quitte la route de Prats de MoUo pour tiu verser le Tech sur un pont de pierre de 3 arches, et on remonte la rive dr. par une route sinueuse jusqu'à l'embouchure de la Quéra; pénétrant alors dans le ravin, d'où descend ce torrent , ou en remonte le versant oriental par de nombreux

zigzags.

17 kil. Saint -Iiaurent de Cardans, cliel-lieu de canton (arr. de Céiet), bourg iudustrieux de 2141

ROUTE 109. SAINT-LAURENT DE CERDANS. — COSTUJAS. 651

hab. , situé sur la rive dr. de la Quéra. dans un riant bassin planté de châtaigniers, entre deux montagnes, dont l'une, qui s'élève au S.

0., est couronnée par le bois de la Ville. En 1159, ce bourg n'étnit qu'une cellule dépendante du mo nastère d'Arles; il fut ensuite peuplé par une colonie des vassaux du monastère qui avaient habité les hauteurs ilu col de la Perche (V. R. 107).

C'est par Saint-Laurent de Cerdans que les Espagnols envahirent les l'yrénées-Orientales, en 1793.

A Ikil. environ au S. de Saint- Laurent, le ravin de la Quéra se divise en deux bras : l'un remonte vers le col facile de la C arrêtera (en français, chemin de charrettes) , d'où l'on descend à la rivière de la Muga, qui forme les limites de la France et de l'Espagne : l'autre se dirige à l'E. ; on le suit le lonj; de la rive dr. du ruisseau, que l'on traverse seulement pi es de

4 kil. (21 kil.) Costujas, v. de 587 hab. , situé à moins de 1 kil. de la frontière de la Catalogne, sur une hauteur qui domine deux vallées descendant , l'une vers la France, l'autre vers l'Espagne. C'est l'ancienne Costudia, fondée par les Romains pour surveiller l'ibérie; elle devint un gros bourg du temps des Goths; mais depuis, souvent dévastée par les Sarrasins, les Normands, les Aragonais, les Catalans et les Français, elle a perdu peu à peu son ancienne importance.

Léghse de Costujas est un édifice remarquable, datant probablement du IX* siècle. « L'appareil, dit M. Mérimée, est de gros morceaux de granit assemblés avec précision.

Du côté du midi, la teinte de ces pierres, d'un orangé foncé, est admirable. » a Son plan , ajoute M. Tay-

lor, est un parallélogramme rectangle terminé par une abside; sa longueur extérieure est d'environ 33 met., et sa largeur de 13; une partie de 7 met. , prise sur la long'ueur, est séparée de l'édifice par une forte muraille, formant le prônnos. Pour entrer dans la nef, on descend deux marches, puis on en remonte trois pour arriver à l'autel.

Deux colonnes grosses et courtes sont placées en avant de l'ouverture de l'abside, et sont couronnées de chapiteaux corinthiens modifiés par des ornements romans; elles supportent une voûte d'arête plus basse que la voûte de la nef, formant une légère ogive.

a La porte principale est encadrée par quatre colonnes à chapiteaux corinthiens romans qui supportent une grande archivolte , couverte de moulures et d'ornements : palmettes, oves, rinceaux, tètes plates de monstres fantastiques, fleurs, fruits de pins, feuilles d'acanthe :

ces sculptures paraissent appartenir à deux époques différentes. Le clocher, placé à dr. du chœur, a 13 met. d'élévation : c'est une tour carrée percée de fenêtres à pleincintre. Il y avait autrefois une crypte sous l'église, mais elle est comblée depuis longtemps. »

De Co^lujas, par le col de la Creu de Canoje, le vallon du Uio Mayor et la vallée cie la Muga, a San Llorenzo de Muga,

D'Arles à la Preste.

D'Arles à la route de Saint-Laurent de Cerdans (Voy. ci-dessus).

Après avoir laissé à g. la route de Saint-Laurent de Cerdans, on abandonne la vallée du Tech pour en- I trer dans un vallon latéral*, dont

iriNÉKAlHE DES PYRENEES.

on remonte le versant N. pendanl j kil. ; on en traverse le torrent souvent à sec, puis on s'élève, par une forte côte, sur l'arête de cul Unes qui sépare ce vallon du Tech.

De ce point, on jouit d'une vue magnifique au S., sur de beaux vallons verts de iorèts , à 10. sur la vallée du Tech , au N. sur le Canigou et la Tour de Batères, à l'E. sur la Méditerranée. On laisse à dr. les ruines d'un vieux château et Montferrer, v. de 833 hab. , situé à 781 met., renommé pour ses excellentes truft'es, et possédant une église romane construite en granit ; puis on descend par de grands lacets dans la vallée du Tech, au confluent d'un ruisseau traversé par un pont de pierre.

1 kil. au delà, la vallée se bifurque; l'un de ses bras, arrosé par le Galdaras et admirablement boisé, remonte au S. O. vers le village de Serralonga (900 hab.), dont les forges ont une certaine importance, et vers Mariera, que dominent àl'E.

les deux tours ruinées du château de Cahrinsj l'autre, celui du Tech proprement dit , se dirige h l'O.

vers la base du Costabona. C'est ce dernier que l'on suit en longeant, à des hauteurs et à des distances inégales, la rive g. du Tech.

12 kil. d'Arles (54 kil. ) Le Tech .

iiam. dépendant de la commune de Prats de Mollo, est situé à l'em bouchure d'un cours d'eau descendu de l'arête de montagnes (jui unit le Pla-Guilhem au Canigou. Au delà , la route continue à remonter la rive g. du torrent , en offrant «'i chaque contour de beaux points de vue sur les montagnes cultivées et boisées qui forment la vallée. On franchit un ruisseau près d'une petite chapelle, ?0 min. a\aut d'atteindre 7 kil. (61 kil.) PraU de Wollo

(auberge), chef-lieu de canton de l'arr. de Céret, V. de 3435 hab., bâtie en amphithéâtre, à 798 met.

au-dessus delà rive g. du Tech, sur le penchant d'une montagne dont l'église paroissiale couronne le sommet : un souterrain bien voûté conduit de cette église au fort la Garde, construit par Vauluin . et dominant la ville.

Prats de Mollo n'était encore qu'un village au xV siècle. Don Martin, roi d'Aragon, accorda, l'an 1410. à ses habitants, le droit d'abattre les arbres de la forêt royale dans un layon d'un «juart de lieue autour de l'église, pour éloigner les ours et les h)ups ({ui en rendaient l'abord dangereux. En 1428, elle essuya un violent tremblement de terre, qui causa de grands dégâts, et ses campagnes furent ravagées par une grande inondation; mais, grâce i\ .ses immunités et à sii constitution presque républicaine, elle ac(iuit peu à i»eu une plus grande importance ;lesconsuls seulsavaient le droit de convoquer Vhost et la chevauchée, et les habitants devaient être à tout jamais exempts du payement des gabelles.

• En Ui42,dit M. Taylor, LouisXIV voulut les rétablir; le peuple s'y opposa; on eut recours à la force.

Les agents du fisc furent massacrés, et les soldats refoulés au bas de la vallée. Deux bataillons arrivèrent pour réprimer et punir les révoltés; les habitants battirent ces troupes et restèrent maîtres du terrain. Le maréchal de Noailles fit alors marcher deux régiments, qui tournèrent le Canigou en passant par Pradeset la vallée de Py (V. R. 104); il fallut céder à la force. On imposa une taxe de guerre en sus des gabelles, el tout rentra dans l'ordre, ain»i

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