ROUTE 9. BIARRITZ
tout à la fois plus admirable, plus puissante, plus fougueuse et plus soumise que sur aucune des côtes de la France.
Etudions . en nous dirigeant «hi nonl au sud, la topographie de cette côte aux aspects si variés et si intéressants.
Le phare de Biarritz s'élève pres- ({ue au-dessus de la chambre d'Amour et à l'extrémité du cap Snint- }fnrtin. La falaise rocheuse qui va se terminer au cap .Saint-Martin se nomme la côte du Coût. A l'endroit même ou, s'élève la villa Eugénie, commence la côte du Moulin, dominée par l'église neuve.
La côte du Moulin est une plage découverte, entourée de pentes gazonnées qui décrivent une l)elle courbe. Une longue ligne de baraques en iilanches, couvertes de tuiles rouges, s'y étend pendant l'été hors de la portée do la plus haute mer. C'est dans ces baraques que baigneurs et baigneuses échangent leur toilette de ville contre leur toilelte de bain : de lotigs vêtements de laine qui ne laissent voir ipie les extrémités des bras et des jaml)es.
On se baigne en commun. Le sabla est fin et uni, la lame généralement forte; mais, bien (jue la côte du Moulin ait été nommée (juebjuefois la côte dex Fous, on n'y court aucun danger, si l'on n'y commet pas d'imprudence: d'ailleurs une .société de sauvetage est établie à Biarritz, et ses membres sont toujours prêts à se dévouer j^tur sauver les nageurs fatigués (jui .se trouveraient en danger de périr.
.\ l'extrémité méridionale de la côte du Moulin, au pied de la falaise, s'abrite contre le roclier un établissemenf de bains chauds d'eau • le mer et d'eau douce.
Quand la mer est basse , on peut passer sous les rochers que surmonte un petit kiosque pour gagner le port des Pécheurs, anse étroite et resserrée où quelques pécheurs abritent leurs barques, et dont la plage s'appelle la Chinaougue.
Des sentiers pittoresques montent du j)ort des Pêcheurs au sommet de VAlalage. promontoire couronné des ruines d'un ancien château, et « semant tout autour de lui ses roches percées, ses écueils isolés, tous plus ou moins bizarrement façonnés par les vagues qui les rongent rapidement. » Atalaya e-^t un mot espagnol d'origine celtique, signifiant lieu élevé, heu d'observation. De ce point, en effet, on découvre au loin l'Océan et ses côtes, au nord juscju'au delà de i'emboucinire de l'Adour, au sud jusqu'à l'Espagne.
De l'Atalaye on descend en quelques minutes au Port-Vieux, autre anse étroite encaissée entre des rochers à pic et dominée au fond par un amphithéâtre de maisons pittoresques. De nombreuses baraques s'y entassent le long du rivage.
C'est, en effet, la plage préférée par la majorité des baigneurs, et conséquerament par la majorité des spectateurs, a Le Port-Vieux, a dit l'auteur des Souvenirs d'un naturaliste, ressemble à un bassin taillé de main d'homme pour la sécurité des baigneurs. A dr. et à g. , les deux pointes du cap brisent partout l'effort des vagues et neutra^ lisent les courants. La grève sablonneuse s'élève doucement vers la rive, que dominent les maisons du village et quelques-uns des principaux étabhssements destinés aux voyageurs. De petits sentiers eu zigzag courent tout autour du port ,
ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES
et, à l'heure du bain, se couvrent de promeneurs qui désertent pour ce spectacle les rochers de TAtalaye ou la falaise des Basques. »
Le promontoire qui forme au sud le Port-Vieux est couronné des débris d'une petite tour que les vieillos cartes nomment le fanal de Port- Hart. Ce n'était en effet qu'un feu .
ou plutôt une vaste cheminée dans laquelle, lorsque venait le mauvais temps, on faisait un grand feu et beaucoup de fumée pour rappeler les pêcheurs au port. Du pied de cette ruine , on découvre au sud la côte des Basques, que domine une belle ligne de falaises abruptes et blanchâtres, et, au delà de Saint- Jean-de-Luz, la côte escarpée de la Biscaye.
La r/)te des Bosqurs , — on y descend par un étroit sentier en pente rapide , pratiqué dans la falaise , et protégé par quelques rampes en bois, — est, comme son nom l'indique, réservée aux Basques seuls, qui dédaignent la placidité du Port- Vieux, et qui ne trouvent à la côte du Moulin ni assez de plaisirs ni assez de dangers. Ici c'est la grosse lame du large que rien n'amortit, et qui rencontre, au contraire , dans les basses roches semées sur la grève , des obstacles qui l'irritent et la rendent furieuse, môme en temps de calme. — fi Les Basques n'y viennent du reste qu'une fois l'an, au mois d'août, le dimanche qui suit l'Assomption, et descendent par bandes, de tous leurs villages du Labourd, de la Soûle et même de la basse Navarre. »
Malgré sa vogue actuelle, Biarritz est bien déchu de son ancienne prospérité. Au moyen Age ses hardis marins harponnaient la baleine dans les mers voisines, et les pro-
duits de leurs expéditions les enrichissaient. Mais les baleines . lasses d'être trop vivement poursuivies, allèrent chercher un peu de repos dans les mers du Nord. La pêche devint plus pénible et moins productive. Biarritz vit diminuer peu h peu le nombre de ses habitants et de ses maisons. Au commencement de ce siècle, ce n'était (ju'un misérable hameau composé de (juchiues cabanes. La mode en a fait un des bains de mer les plus célèbres et les plus fréquentés des côtes de France.
Aujourd'hui ses habitants exercent presque tous les professions de baigneurs, cochers, aubergistes, cafetiers, épiciers, etc. Biarritz est une vaste auberge qui s'agrandit chaque année, mais (|ui devrait bien se faire un peu plus élégante, plus co- ({uette, plus confortable, pour justifier la faveur extraordinaire dont elle jouit sur tout le continent. Toutefois ce qui manque principalement h Biarritz, ce sont des promenades, c'est de l'ombrage.
A la côte du Moulin succède, comme nous l'avons déjà dit, la côte du Coût, qui se termine aurap Saint -Martin , î\ l'extrémité duquel se dresse le phare. Pour aller de Biarritz au phare, il faut contourner l'enceinte de la villa Kugénie.
30 minutes sont nécessaires à un piéton. La distance n'est pas longue, mais la route monte, et on marche péniblement dans les sables du chemin , qui n'a pas encore été macadamisé. Le cap Saint-Martin domine le niveau ordinaire de la mer de ])lusde *20 mètres. Le phare a 47 mètres de hauteur; il est de premier ordre; son feu tournant, qui s'éclipse de demi-minute en demi-minute, a une portée de 27 kilomètres. On peut le visiter en s'a-