‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'océan à la Méditerranée [microform]Chapitre 60 sur 382 · FONTARABIE · texte numérisé non relu

FONTARABIE

EXCURSION b'miN A FGMTAr.ABIE.

Au sortir d'Irun on aperçoit les deux villes ennemies d'Hendaye et de Fontarabie, et l'embouchure de la Bidassoa, dominée par les pointes rocheuses de Saint-Anne et du Figuier. On traverse une plaine alluviale couverte de magnifiques champs de maïs, on laisse à gauche un ancien couvent de capucins, puis on atteint (l h. environ) le pied de la petite coUine que couronne

Fontarabie, en espagnol Fuenterabia, en latin Fons rapidus, V.

de 2500 hab. C'est la ville espagnole par excellence, avec ses toits qui se rejoignent presque au-dessus des rues , ses mai.sons noircies jiar le temps, ses balcons en fer ouvragé , ses fenêtres grillées à travers lesquelles regardent les jeunes filles, ses boutiques sombres. Ce qui lui donne surtout un aspect tout particulier, c'est l'état de ruine, de soUtude, de désolalion, dans lequel elle se trouve.

Ses fortifications et ses portes sont à demi écroulées. Eu certains endroits on ne voit que des décombres ; les débris des murailles sont percés à jour .par les boulets, et (jnelques gitanos habitent seuls ces ruines abandonnées. Rien de plus saisis.sant (|ue l'a-spect de sa rue principale qui monte à l'église, (juand on l'aperçoit après avoir franchi le .seuil de la dernière porte. Pour comprendre sa situation actuelle il faut connaître son histoire.

François P"" s'en empara en 1521 ; en 1G38 le prince de Condé et l'archevêque de Bordeaux l'assiégèrent, mais ils furent repoussés, et pendant la déroute ])lus de

ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES

ROUTE 11. FONTARARIE. — RENTERIA.

2(M>(» soldats Irançais se noyi-rent dans les eaux de la liidassoa. En 1794, défendue par 800 hommes et 50 bouches i\ feu , elle accueille par une décliarge ;\ mitraille :î(M) Français qui venaient, sous les ordres du capitaine Lamar- (|ue et du représentant (iarreau, venger la destruction d'Hendaye; le détachement républicain réi>oiid par une fusillade nourrie, s'empare d'une position qui domine la ])lace et la somme de se rendre. Deux capucins la défendaient. Lamarque leur déclare qu'ils seront, aussi bien que d'autres, passés au fil de répée, si la place n'est pas livrée «lansun délai de six minutes, et les capucins, qui ne se soucient pas qu'on tienne parole, n'essayent plus de la défendre. En ISOH. en en ISl.'i, en 1S23 et en 1837, cette malheureuse ville fut encore prise ou reprise. Il va .sans dire qu'elle s'est donnée les titres de innij noble, muy leal y muy ralerosa ciudnd.

L'église est du style gothicpie ;\ l'intérieur et du style de la Renaissance i\ l'extérieur • elle n'a de remarquable que les sculptures de l'autel. La sacristie offre un beau point de vue. Le chAteau fut construit par le roi de Navarre, Sancho Aharca, qui régnait vers 907. Il renferme deux parties bien distinctes : la façade du couchant, située du côté de la ]»lace, et qiii doit dater de la dernière partie duxvi' siècle tout au plus, et des constructions beaucoup plus anciennes qui dominent la Bidassoa.

La première partie, attribuée i\ Charles-Quint, et connue sous le nom de Palais de Jeanne la Folle, est d'une architecture lourde et massive ; maintenant elle tombe de vétusté. Du reste cette curieuse ville.

si morte et si ruinée, possède encore un grand nombre de palacios, «pii témoignent de son ancienne splendeur, a Leurs façades, timbrées d'écusson gigantes(|ue, offrent sur des dessins assez peu variés, dit M. Cénac-Moncaut, le caractère de lourdeur pompeuse et de solidité grandiose, fjui forme le cachet de la Renaissance espagnole, dans les églises comme dans les constructions civiles. Celui du comte de Torealta, entre autres, élève ces (|ualités et ces défauts à leur plus haute expression. »

Au nord de Fontarahie se trouvo le petit 2)0/7 de pécheurs de In Mndclciiu^. Plus loin s'avance dans la mer le cap ou -pointe du I iguier, d'où, pendant les temps clairs, on peut jouir d'une superbe vue sur la côte de France et l'embouchure de l'Adour.

Le port de Fontarahie est sur, mais dans les basses eaux il reste pres(pie à sec. On i)eut s'y procurer des bateaux pour traverser la Bidassoa, moyennant quelques ]>ièces de menue monnaie : (m va aborder h Hendaye, d'où Ton peut gagner directement, h travers des collines désertes couvertes de landes, Saint-.Iean-de-Luz, sans passer l)ar Béhobie (voy. ci-dessus).

D'Iran à Saint-Sébastien.

A peu de distance d'irun on quitte l'ancieime route de Bayonne à Madrid par Oyarçun , pour prendre à dr. la route nouvellement construite qui passe par Saint-Sébastien. On traverse, entre Irun et Fontarahie, une petite rivière tributaire de la Bidassoa et par une succession de côtes assez rapides on s'élève sur le plateau qui sépare la Bidassoa de

l'Oyarçun: alors on franciiit tnie espèce de col large d'environ 3kil., qui relie la base de la Haya au Jaizquivel. De \h on voit encore en se retournant les murailles grises d'Hendavc; mais bientôt la vallée de la Bidassoa disparaît. Quand on a dépassé une tianchée courte, haute de 15 met. environ et creusée dans le roc, on est dans un autre bassin; on descend par une jolie vallée j\

16 kil. (.-)0() met. .')0 kil. .500 met.). Renteria, bourg de 1057 hab. bien déchu de son importance passée.

On y construisait autrefois des navires de 8(M) tonneaux. La première fonderie de rKsj)agne y fut établie par le man^uis de Iranda. Il fait encore un assez grand commerce de clous et de quincaillerie.

L'église, construite dans le style simple, grandiose et un peu froid de celle d'irun, date du xvi'" ou du xvii'' siècle, et se trouve encore dans un état parfait de conservation. Sur le point le plus élevé du bourg on remarque un vaste bAtiment carré, ancien palais particulier ou maison de ville, dont la construction remonte évidemment, dit M. Cénac-.M(jncaut, au xv* siècle: du reste on trouve .*i Renteria un grand nombre de vieilles maisons du xv siècle, percées de petites fenêtres géminées ogivales.

Au delA de Renteria, sur la rive g. de la rivière d'Oyarçun , on gravit un coteau d'où l'on peut apercevoir, en se retournant, la Haya et les monUignes qu'elle domine ; à dr. , de l'autre côté de la rivière, on remarque une église entourée de quelques maisons en ruines. C'est le bourg de Leso. Autrefois de nombreux navires y apportaient les richesses des deux Indes. Son Christ de bois v attire

seul chaque année un grand nombre de pèlerins.

Bientôt la route incline à l'ouest, et l'on voit .se dérouler A ses pieds le giand bassin du Passage, alternativement rempli et vidé par la marée. Ce port est le plus sûr des côtes de la Biscave, mais les atterrissements de lOyarçun et d'autres petits ruisseaux le comblent graduellement, et sans doute peu d'années suffiront pour le rendre inutile. Il commimique avec la mer par une étroite emboucimre ouverte entre deux promontoires, et pourrait, s'il était nettoyé, devenir un port militaire de premier ordre. De ses chantiers sont sortis un grand nombre de navires pendant les xvi", xvn" et xvni' siècles. Six vais.seaux, qui étaient sur le point d'y être achevés, y furent brûlés en 1719 par le duc de Berwick. C'est du Passage que La Fayette partit pour l'Amérique.

Sur le promontoire qui domine l'entrée du côté de l'est, s'élève une tour ronde adossée à un bAtiment carré et construit peut-être sous Isabelle la Catholique, pour la défense du port; elle porte le nom de Sainte-Isabelle. La ville, pittoresquement située au fond de la rade, se divise en deux parties autrefois sé[>arées, Saint-Jean surla rive dr. et Saint-Pierre sur la rive g. Ses habitants sont tous pêcheurs. Les femmes sont renommées i)our l'habileté avec la- ([uelle elles manient l'aviron; les voyageurs qu'elles se disputent pour leur faire traverser le bassin, et (fui ne comprennent pas leur langage, pourraient se croire tombés en de fort mauvaises mains s'ils n'étaient assurés à l'avance de leurs bonnes intentions. L'église

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