‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'océan à la Méditerranée [microform]Chapitre 61 sur 382 · ROUTE 11. SAINT-SÉBASTIEN · texte numérisé non relu

ROUTE 11. SAINT-SÉBASTIEN

de Saint-Jean, la plus importante (les églises du Passage, est une lourde construction sans intérêt; elle n'a pas de clocher.

Au delà de la retenue d'eau qui a été établie au-dessus du port, la route monte par une côte assez longue jusqu'au faîte ({ui sépare le bassin de lOyarçun de celui de l'Lrumea. De chaque côté s'élèvent des collines un peu arides, quoique couvertes çà et là de verdure. Parvenu au point culminant du Passage, on aperçoit, pour la première fois, la ville de Saint-Sébastien, que dominent deux collines de forme conique, couronnées, l'une par un télégraphe, l'autre par une forteresse. On traverse l'Urumea et ou longe la baie avant dentrer à

U kil. (61 kil. 1/2), Saim-Séba.tien (hôtels: Parador real;La\itt€, tenu par un Français), ancienne capitale du Guipuzcoa, ville maritime et forte de 12 000 hab. environ; très-pittoresquement située sur un isthme au pied de la colline conique d'Orgullo, entre deux baies assez grandes, l'une à l'est, i)rotégée par l'ile de Santa - Clara ; l'autre au nord. La i)remière de ces deux baies, offre un mouillage peu sur; aussi les navires qui fréquentent Saint-^ébastien sont-ils obligés de se réfugier dans un petit bassin entouré de môles et qui reste à sec à marée basse ; la barre de l'Urumea rend la seconde impraticable.

Saint-Sébastien est une ville entièrement neuve, dont toutes les rues, tirées au cordeau , se coupent à angles droits. Elle a été rebâtie, en effet, depuis une quarantaine d'années; car, en 1813 , les Anglais et les Portugais la détruisirent presque enti'jrement. J'emprunte les détails qui suivpnt. sur cnt évé-

nement fort étrange et fort mal connu, aux Souvenirs d'un naturaliste. Le savant et spirituel auteur de cet ouvrage, M. A. de Quatrefages, en garantit l'authenticité.

a Depuis cin(i ans les Français étaient maîtres de Saint-Sébastien, (juand le 28 juin 1813, les troupes du général Graham, et les trois bataillons de (iuipuzcoa, vinrent mettre le siège devant la place. Les Sébastianais accueillirent avec les démonstrations de la joie la plus vive cette armée soi-disant libératrice, et nombre d'entre eux s'échappèrent pour se ranger parmi les alliés. Du 23 au 29 juillet, les batteries anglo-portugaises détruisirent 63 maisons dans la ville; mais les habitants de la ville n'en faisaient pas moins des vœux pour le triomphe des alliés, et, quand le dernier assaut fut livré et la ville prise, ils s'empressèrent de courir au-devant des Anglais. Leur conliance devait être cruellement trompée.

a Pendant que les Français se retranchaient paisiblement dans la citadelle et aux abords du mont Urgullo. pendant qu'on négligeait à leur égard jusqu'aux j)lus simple.s précautions indiquées par l'art militaire , Saint-Sébastien était mis à sac par ses prétendus libérateurs.

Une soldatesque effrénée, et que pas un officier ne tenta d'arrêter, pillait les maisons , massacrait les habitants, outrageait lépouse sous les yeux de son époux, la tille sous les yeux de sa mère. Ici le mani l'esté publié après le siège par les habitants de Saint- Sébastien signale des actes d'une barbarie atroce.

Enfin lincendie vint couronner dignement ces effroyables scènes.

Dans la soirée , les soldats anglais pt porfnu'.iis mirent lo W\\ à une

maison de la Grande-Rue, puis sur d'autres points encore , et dansèrent à la lueur des flammes; ce fut en vainque quelques habitants demandèrent qu'il leur fût permis d'éteindre les flammes; ce fut en vain qu'un ordre dérisoire, arraché par les instances des alcades, fut donné dans ce sens. Les charpentiers (jui s'étaient offerts, bien loin de se voir escortés, furent maltraités, contraints d'indiquer les maisons où le pillage devait être le plus lucratif, et forcés de s'enfuir pour sauver leur vie. Ainsi. ])endant (jue la cité brûlait d'un côté, le viol, le meurtre, continuaient <le l'autre.

Le manifeste cite ici les noms de (pielques-unes des victimes les i)lus remarquables , et parmi elles on voit figurer des magistrats et des prêtres.

a Pendant toute la nuit , les portes de .Saint-Sébastien avaient été fermées. Enfin le jour parut, et, sur les vives instances des alcades, il fut permis aux habitants de quitter leur patrie en ruines. La plupart se hiUèrent de fuir. Une foule absolument .sans ressources, des femmes entièrement nues, des vieillards couverts <le bles.sures, s'échappèrent dans la campagne, où un grand nombre périrent. Quelques personnes restèrent, espérant que, la jiremière soif de pillage apaisée, elles pourraient sauver les débris •le leur fortune; mais l'incendie durait toujours, et, quand les alliés crurent n'avoir plus rien à prendre, ils trouvèrent que les flammes allaient trop lentement. Alors ils eurent recours à des cartouches incendiaires (ju'on leur vit jHéjja rer ouvertement dans la rue de Narrica. Grâce à l'emploi fle ces ;iiiifi('os destructeurs, le feu se

projjagea avec une effrayante activité. Saint-Sébastien tout entier fut détruit. Trente-six maisons demeurèrent seules debout, la plupart adossées aux rochers du Castillo qu'occupaient les Français, les autres attenantes aux deux églises qui .servaient d'hôpital et de ca- .serne aux vainqueurs. Livres, registres j)ublics et privés, archives civiles et ecclésiastiques, tout fut réduit en cendres, et l'on évalue à plus de 100 millions de féaux les pertes immédiates.

a Les troupes qui étaient montées à l'assaut ne prirent pas seules part au i)illage. Des soldats venus sans armes du camp d'Astigarraga , distant d'environ une heue, se joignirent à leurs compagnons. Les mulets qui suivaient l'armée servirent à enlever le butin, et les employés des brigades alliées aidèrent eux-mêmes à les charger. Les équipages de vaisseaux anglais mouillés au port du Passage eurent leur part, comme l'armée de terre.

Vingt-quatre jours après l'assaut, Anglais et Portugais fouillaient encore les cendres de Saint-Sébastien pour y découvrir quelque objet de la plus mince valeur, et, pendant ce long intervalle de temps, pas un effort ne fut tenté pour réprimer ces excès, pas un officier ne chercha à arrêter les soldats.

Rien jdus, les objets volés, quelle (jue fût leur nature, étaient étalés et mis pul)li(|uement en vente au quartier général de l'armée alliée.

En piésence de ces faits, attestés par une population entière, il est impossible de douter de la connivence des officiers; il est impossible de ne pas faire remonter jusqu'à eux , et surtout jusqu'au général (irahnm . la responsabi-

lité de cette incroyable destruction. ,

« L'incendie et le sac de baiul- Sébastien laissaient plus de quinze

ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES

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