ROUTE 11. SAINT-SÉBASTIEN
des événements une véritable omnipotence. Quelle raison pouvait motiver, de leur part, une conduite aussi' étrange qu'odieuse ? Certes-
Sébastien ^^^^-^^'^^^ '^" ;;; {, ^'obéissaient pas à un instinct cents familles sans '-^^'1^ sans ^^ ^^ ^^^^. ^^^^
pain , presque sans vêtements.
Quatre mois après, le tiers de cette population avait péri de misère et de faim. Les autorités civiles, retirées à Ziibieta , après avoir fait constater les faits par une enquête solennelle, demandèrent des secours temporaires et une indemnité qui leur permît de relever leurs babitations; mais en vain s'adressèrent-elles à Wellington, K la régence d'Espagne, au congrès national : l'un et Vautre leur furent refusés. Alors elles publièrent le manifeste et les correspondances d'où nous avons tiré ces détails. Elles en appelèrent à l'Europe entière, et ouvrirent une souscription piibUque, dont le montant devait servir à rel)îïtir Saint-Sébastien. Ici encore le mécompte fut aussi complet que possible. Seul, un négociant allemand, établi h Bilbao, s'inscrivit pour une demi-once. Après quelques mois d'attente , l'ayunlamiento dut remercier son unique souscripteur dont l'offrande isolée devenait inutile ; mais les registres de la ville constatent encore aujourd'bui que Saint-Sébastien, brûlée par ses alliés, abandonnée par ses compatriotes, ne trouva de sympathies que chez un seul homme et chez un étraii-
fier. ...
a On ne peut en douter, le 31 août 1813, Saint-Sébastien a été détruit par ses propres alliés, et sa mine était préméditée. La responsabilité de celte destruction retombe évidemment tout entière sur les généraux anglais qui commandaient l'armée assiégeante et qui tenaient
de barbarie gratuite, qui n'est nullement dans le caractère de leur nation. Au moment même où les soldats pillaient et massacraient leurs alliés espagnols, on les voyait accueillir avec une générosité chevaleresque les Français pris les armes à la main. Us n'avaient pasm.n plus à faire un exemple, i\ terrifier des populations hostiles ; comme toutes les provinces d'Espagne, le Guil^iizcoa les accueillait en libérateurs. Mais Saint-Sébastien était le chef-lieu d'une des provinces bas(iues où l'industrie et le commerce ont toujours tendu à se dével.)pper; elle avait été le siège de riches compagnies qui exploitaient les colonies espagnoles; le retour de la paix allait raviver les rapports actifs avec la France, que sa position géographique rend inévitables.
Pour cela seul peut-être, Saint-Sébastien devait périr. Tout en faisant la guerre à Napoléon , les Anglais profitaient de l'occasion pour assurer leur commerce, pour étouffer jusqu'aux moindres germes dont le développement aurait pu soustraire leurs alliés à ce vasselage industriel que subit encore le Portugal. En Catalogne et jusqu'aux portes de Madrid, les soldats de Wellington brûlaient les fabriques de draps, de cotonnades et de porcelaines; en AmUUousie, ils détruisaient les plantations de cannes à sucre. Le sac de Saint-Sébastien n'eut sans doute pas d'autre cause.
C'était toujours cette politique implacable qu'on retrouve au fond de tous les actes de l'Angleterre, et
(jui lui ferait brûler la moitié du monde pour être seule à vendre des cotons à la moitié restante. »
Fin 183fi, Saint-Sébastien fut assiégée ])arles carlistes, qui ne purent pas s'en emparer, grâce i\ la résistance fjue leur opposa la légion anglaise commandée par le colonel Arhiithnot. En 1848, Espaitero y reçut un accueil enthousiaste à son retour d'Angleterre.
M. de Quatrefages décrit ainsi ras{)ect de Saint-Sébastien vu du sommet du mont OnjuUOj haut de 134 met. :
M L'n ampiiitliéAtre de collines assez élevées pour mériter le nom de montagnes se courbe devant vous en demi-cercle et projette dans la mer, à gauche, la pointe et les falnises du mont Ulia: à droite, le phare et les rochers du mont igueldo. Une langue de terre étroite et basse se détache du continent, partage en deux parties à peu près égales ce bassin de trois quarts de lieue de large sur un quart de lieue fie profondeur, et s'élargit un peu en atteignant le mont Urgullo. C'est là qu'est bâti Saint-Sébastien. A l'est, au pied des remparts de la ville, vous voyez l'embouchure de l'Urumea, dont l'œil suit le cours tortueux jusfpi'à ce qu'il disparaisse à un redan de la vallée. La rade proprement dite est de l'autre côté. Protégée par les roches avancées du mont Orgullo, par J'ilot de Santa-Clara et la chaîne d'écueils qui rattachent ce dernier au mont iRueldo, cette rade ne présente à la mei" qu'un étroit goulet. Une magniti(jue plage l'entoure d'un demi-cercle <le sahle tin, interrompue seulement par la pointe rocheu.se où s'élevait avant les dernières guerres la chapelle de la Antigua. Celte plage, plon-
geant dans la mer sous une pente à peine sensible, est chaque été le rendez -vous de nombreux baigneurs, qui, de tous les points de l'Espagne, viennent chercher ici le j)laisir et la santé. Le port lui-même est placé immédiatement au pied du mont Orgullo , complètement abrité de toutes parts et couvert môme du côté de la rade par quatre jetées qui se protègent mutuellement.
a Des fortifications à la Vauban, un rempart élevé dont les fossés se remplissent à marée haute, occupent toute la largeur de l'isthme qui joint Saint-Sébastien au continent, et le i)rotégent du côté de la terre. Tapie au pied du mont Orgullo, comme si elle aussi cherchait un abri du côté du nord, arrêtée par ses murailles que la mer bat des deux côtés, la cai)itale du Guipuzcoa forme un carré irrégulier dont la surface est moindre que celle de l'entrepôt des vins de Paris: mais cet esi)ace étroit a été mis à profit autant que possible.
Deux églises })aroissiales, un couvent, un arsenal, une caserne, tels sont les [)rincipaux é<lifices publics, liresque tous lejetés sur les dernières pentes du mont Orgullo. Au centre de la ville, l'hôtel dera>'untamiento occu|)e tout un côté d'une jilace i\ arcades, espèce de Palais- Royal au petit ]iied. Le reste des terrains est entièrement occupé par de hautes maisons bordant des rues presque toutes en ligne droite, et dont la largeur semble avoir été strictement calculée d'après les nécessités de la circulation. Ici, point de jardins; à peine quelques cours intérieures. Grâce à cette économie du sol, plus de 10 000 âmes ont trouvé à se loger.
ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES
ROUTE 12. DE SAINT- SÉBASTIEN A PAMPELUNE. lUl
a Malgré cette accumulation d'habitants, malgré les professions assez sales de plusieurs d'entre eux, on voit régner partout une propreté bien rare dans nos grandes villes.
Ce fait s'explique surtout par le mode de répartition de la population. Saint -Sébastien n'a pas de ces rues, de ces quartiers, ramassis de masures et de bouges, qui défigurent nos plus riches cités et où s'entassent les classes peu aisées.
Partout les maisons sont à peu près semblables, et comptent des locataires de toute sorte. Le commerçant, le propriétaire, occupent le rez-de-chaussée et les premiers étages; le manœuvre du port, le pêcheur, l'artisan, se logent dans les greniers et dans les combles. »
Ce que Saint-Sébastien offre de plus curieux à un étranger, à part sa situation, c'est sa population :
pour la bien voir sous ses aspects les plus saisissants, les plus opposés, il faut aller sur la place de la Constitution, le matin, à l'heure du marché, le soir, ii Theure de la promenade. Parmi les édifices publics, Vcglise de Santa -Maria Fahricata mérite seule une visite. M. Cénac- Moncaut l'appelle un chef- d'œuvre de majesté : c'est, dit-il, l'édifice le plus irréprochable dans son en- .semble et dans ses détails que la • Renaissance ait élevé dans les provinces basques; elle a 52 met. de long sur 30 de large. Les nefs sont très-larges et très-élevées; le cVoro, auquel les Espagnols donnent tant d'importance dans l'ornementation de leurs églises, se fait . remarq\ier par son élégance ; malgré la lourdeur des autels , on ne peut se dispenser d'en admirer la majesté et la richesse. Cependant l'ensemble et les détails de l'édifice
semblent convenir à un monument civil plutôt qu'à une église catholique. L'église de San-Vincente est beaucoup moins belle que celle de Santa-Maria; ses détails intérieurs appartiennent à la Renaissance, mais l'extérieur est du style gothique. — En dehors de la ville se trouvent les Arènes destinées aux courses de taureaux.
L'importance commerciale de Saint-Sébastien est encore assez considérable : il entre dans son port environ 700 ou 800 navires par an. L'été, la ville prend une animation extraordinaire. Elle est, en effet, le Brighton ou le Dieppe de Madrid. Ses bains de mer y sont très-fréqucntés.
Les étrangers devront surtout s'empresser de gravir le mont OrguHo, du sommet duciuel on découvre les points de vue si bien décrits par M. de Quatrefages. La montée commence près de l'église de Santa-Maria. 45 min. suffisent pour atteindre la forteresse qui couronne le point culminant. Rien de plus charmant, de plus varié que cette premenade. A mi-côte on remarque parmi les rochers les tombeaux des officiers anglais qui périrent en 1836, en défendant Saint- Sébastien contre les carUstes.
De Saint-Sebastien à Pampelune fV.