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CHAPITRE XVIII

Fin du Précis historique du comté de Bigorre; Maison de Bourbon; troubles religieux; Etats du Bigorre.

Ici l'histoire du Bigorre se fond dans celle des états des comtes de Foix, vicomtes de Béarn, et rois de Navarre, dont nous avons fait connoître les principaux traits dans le précis- sur le Béarn. Nous ne ferions que nous répéter en suivant les règnes de ces princes à l'occasion du Bigorre, qu'ils gouvernèrent au même titre , et de la même manière que le reste de leurs possessions, et qui en partagea le sort , assez paisible sous les derniers princes de la maison de Foix et sous les d'Albret (1). Les guerres de la Navarre, qui touchèrent le Béarn, restèrent comme étrangères au Bigorre, au sujet duquel nous retracerons seulement quelques événemens locaux, produits

(1) Voyez, pour la généalogie de cette famille souveraine, issue de la race de Clovis , les Essais Historiques du Bigorre , liv. VI, ch. i er i note "16.

par les troubles de religion ; ils causèrent en Bigorre de grands maux , dont on peut se faire une idée par le récit des faits et gestes de Montgommery et de Montluc, sous la dynastie des 11 oui-bons.

Ce beau nom étoit déjà connu dans les Pyré nées, avant que la principale souche de cette famille du sang royal de France préludât à la souveraineté de ce royaume, par celle deFoix, Béarn, Bigorre, et Navarre. Un rameau bâtard de la branche aînée possédoit le Lavédan , dont elle avoit hérité comme on va le voir.

La première maison vicomtale de Lavédan étoit la plus puissante du Bigôrre , et tenoit le second rang après celle du seigneur-comte , dont elle relevoit; elle datoit du dixième siècle. Les premiers seigneurs connus de Lavédan , sont Anermans et Anerila, vivant en g45 , et mentionnés avec le titre de vicomtes dans une charte de l'Abbaye de Saint-Savin. La terre de Castelloubon avoit aussi le titre de vicomte comme apanage d'un puîné , ce qui explique pourquoi deux princes de Lavédan portoient à la fois le titre de vicomfe (1). Cette maison , dit l'avocat de Mazières, a été relevée par l'accessoire d'un grand nombre de terres , et seigneuries qui lui sont échus de divers endroits , et s'est abaissée par la distribution desdites seigneu-

(i) Voyez la généalogie de cette faipille , Essais Historiques sur le Bigorre, liv. V, ch. i* r , note 23.

ries entre les puînés et le'gitimaires. Le se'jour habituel des vicomtes étoit le château île Beaucens.

Ces vicomtes eurent souvent des démêlés avec les comtes de Bigorre , ce qui prouve leur puissance. Raymond-Garcie II, fils d'Arnaud I er , voulut refuser l'hommage au comte Pierre de Marsan , en 11 45, et même se saisir de sa personne ; mais il fut lui-même assiégé dans son château de Barbazan , et obligé non - seulement de faire hommage , mais de rendre au comte et à ses successeurs, tous ses châteaux , trois fois l'année , lorsqu'il les réclamerait, apaisé ou courroucé. En 3228, Raymond Garcie III, successeur de Fortaner 11, avoit des prétentions sur le château de Vidalos; Bozon de Math as en obtint l'abandon , au moyen de la cession de quelques terres dans le Lavédan. Raymond-Garcie IV traita en 1272, avec Esquivât, comte de Bigorre, de la cession de la vallée de Barèges, pour diverses terres de la plaine et des 'coteaux , dans le Bigorre.

Ce fut Raymond-Garcie VII qui maria sa fille Jeanne, son unique héritière, à Gaston de Lyon, seigneur de Bézaudun. Ce Gaston n'eut lui-même qu'une fille appelée Louise, qu'il maria en i4#5 avec Charles, fils naturel de Jean II , # duc de Bourbon, qui devint vicomte de Lavédan, à la mort de son beau-père , en i4o,o.

Qiarles mourut en i5o2 , laissant trois fils; i° Jean, vicomte de Lavédan; 2° Gaston, sei-

gneur de Bazian , tige des barons de Bazian • 5° Menaud, baron de Barbazan Débat, mort sans postérité. Jean eut aussi trois fils; i* Anne, ou Gonzanne , vicomte de Lavédan; 2 0 Menaud, baron de Barbazan Débat, dont le fils, nommé Gonzanne comme son oncle n'eut que des filles; 3° le seigneur de Malause , tige des marquis de Malause. Le vicomte Gonzanne mourut en i5go, laissant quatre enfans : Jean-Jacques, vicomte de Lavédan , et trois filles. Après la mort du vicomte Jean- Jacques , en 1610, le Lavédan fut possédé par sa veuve, Marie de Gontaud Saint- Gêniez, qu'il avoit déclarée son héritière universelle ; il passa ensuite à lamaison de Montaut Bénac, dans la personne de Philippe II de Montaut, marquis de Bénac , époux de Judith de Gontaud Saint- Geniez , nièce de Marie , et son héritière par testament de i643 (1). Philippe II étoit fils de Phi-

(1) Essais Historiques sur le Bigorre, liv.YII, ch. 1 , note 3.

En i65o, Louis XI V érigea , en faveur de Philippe II , le Lavédan et la ba rouie de Beaucens en duché pairie. Philippe Il mourut en i654, laissant un fils , Philippe 111 , duc de Na vailles, pair et maréchal de France, mort en 1700* dont le fils Philippe IV , marquis de Navailles , étoit mort en 1698. Gabriel l • Eléonore, l'une des trois filles de Philippe III, héritière du Lavédan et de Bénac, fut mariée à Henri d'Orléans, marquis de Rothelin. Marie d'Orléans Rothelin, son héritière, porta en dot cette succession à son époux Charles de Rohan, prince de Rochefort , qui reçut en 1780, l'hommage de Castelloubon. ( Ibid. )

lippe I er , qui avoit épousé l'héritière de Navailles (i). Voilà comment s'éteignit la brandie de Bourbon-La védan; venons maintenant à la tige royale de INavarre , devenue souveraine du Bigorre par le mariage de Jeanne d'Albret avec Antoine de Bourbon ; et rappelons les événemens principaux de son règne.

Le roi de INavarre, Antoine de Bourbon, qui mourut à Andely, le 17 novembre i56a, avoit peu favorisé. les religionnaires, comme nous Favoris vu. La reine Jeanne d'Albret, au contraire, mit beaucoup d'opiniâtreté' dans la propagation du luthéranisme. Le Bigorre se souleva à' cette occasion, et en 1567, un bandit, nommé Jean Guilhem , descendit de la vallée d' Aure , à la tête d'une petite troupe, et vint se loger dans le village de Ger, sur les frontières du Béarn ; quelques ha bilans de Tarbes et de Babastens allèrent le joindre aussitôt, pour prendre part au ^pillage qu'il commença à exercer par tout le Bigorre/ Ces brigands portoient tout leur butin au. château de Mauvezin , dont ils s'étoient emparé ; et c'est à l'abbaye de l'Escaladieu que leur chef fut arrêté avec six de ses compagnons, d'où ils furent envoyés à Toulouse pour être exécutés. Le parlement de Toulouse prit aussitôt des mesures pour

(1) Voyez la Généalogie de la Maison de Montaut-Bénac , Essais Historiques du Bigorre , liv. VII , ch. 1 1 , note 2. 1

prévenir de nouveaux troubles ; il commit diflerens seigneurs, connus par leur catholicisme, pour tenir le pays sous l'obéissance , et le préserver des ravages des Huguenots. Ces seigneurs reçurent bientôt eux-mêmes , de la part du roi de France , l'ordre d'aller faire la guerre aux Béarnois dont ils redoutoient l'agression.

C'est alors que le féroce Montgomery, dont J'ai fait connoître l'origine et le caractère dans le précis historique du Béarn, commença, à la tête des protestans du pays de Foix , à exercer ses ravages sur tout le pays qu'il traversa avec de grandes forces, pour aller secourir le Béarn , dont il fit la conquête sur les François, en i56g.

Pour arrêter ce féroce guerrier, dans sa course dé vastatrice , on dépêcha contre lui les maréchaux de Damville et de Montluc, qui lui coupèrent toute retraite (1) ; mais il revint de Maubourguet sur la ville de Tarbes , que ses troupes prirent et saccagèrent. L'église cathédrale de Sainte-Marie

de laSède , l'église de Saint-Jean , le couvent des

(1) Biaise de Lasserai! Massoncome, seigneur de Montlnc, ne marclioit qu'accompagné Je bourreaux ; il s'en vante dans ses mémoires , manuel de cruauté soldatesque qui peint les mœurs militaires des époques de dissensions, lise van toit aussi d'avoir manqué à sa parole , d'avoir acquis beaucoup de biens des protestans , et d'en avoir fait passer par le couteau et par la corde plus qu'aucun autre catholique en France : trait caractéristique des temps de fureur religieuse.

Carmes , l'évêché , les maisons des chanoines et celles de plusieurs particuliers furent livrées aux flammes. Bagnères, Lourdes, lbos, Vie , Maubourguet , Castelnau-Rivière-Basse , éprouvèrent le même traitement , et leurs églises ne furent pas épargnées. Les monastères de l'Escaladieu , de Saint-Séver de Rustan , de Saint-Pé , de Larreule , de ïasque , n'échappèrent pas davantage à la fureur des troupes protestantes. Les églises des archiprêtrés de Tournay , Campistrous, Cieutat, Chelle , Orleix, Andrest , Montfaucon, Caixon, Montaner, les Angles , eurent le même sort. C'est dans cet lincendie général qu'on perdit les anciens titres et monumens du pays de Bigorre. Au premier passage de Montgomery, la ville de Trie avoit éprouvé les mêmes ravages.

Les Huguenots, quoique peu nombreux en Bigorre , y exerçoient de grands ravages , se sentant soutenus par ceux du Béarn ; ceux-ci pilloient les vallées voisines du Lavédan , tandis qu'un parti , établi au château de Bénac , faisoit des courses dans le plat pays, dont les habitans se mirent en défense.

Le vicomte de Montamat , que Montgomery avoit laissé en Béarn, ayant appris que les Catholiques se relevoient en Bigorre , résolut dé les chasser de nouveau de Tarbes. 11 parut , dît Mazières , le ao janvier 1670 , devant la place que commandoit le seigneur de Horgaes. CeVui-ci rem-

plit les fossés d'eau , et refusa de parlementer mais les Huguenots étant parvenus à les vider, les habitans, hors d'état de résister, désertèrent la ville pendant la nuit. Horgues ne voulut pas quitter son poste , et Montamat , admirant sa constance , le renvoya sans rançon à son château de Horgues. Lui-même se retira, ne voulant point occuper une place déserte. Les Tarbiens , longtemps dispersés, se décidèrent, sur les promesses du duc d'Anjou , à revenir, sous la protection toutefois de François Bonasse, qui commandoitle château de Lourdes , et qui se rendit à Tarbes au mois d'avril , avec une garnison.

Le baron d'Arros et Montamat reviennent assiéger Tarbes , dont les faubourgs sont abandonnés et brûlés , pour mieux défendre la place. L'artillerie de Montamat bat les murs du bourg vieux; la brèche est ouverte, dès le second jour, et l'on monte à l'assaut. Bonasse , animant les siens par son exemple , culbute les assaillans , dans les fossés, par deux fois $ Montamat, désespérant alors de prendre la place, recourt à la trahison. Un lieutenant de Bonasse , qu'on présume être de Pouyastruc , se laisse gagner , et introduit pendant la nuit, cinq cents Huguenots, dans la ville, par la porte du nord. Montamat tente en même temps un troisième assaut à la brèche : Bonasse y vole avec les siens, mais bientôt enveloppé, il voit qu'il est trahi , et ne songe qu'à se procurer une

mort glorieuse ; il succombe enfin, sous les coups qu'il ne peut plus rendre. Tarbes, est pour la troisième fois , saccagée par les religionnaires ; ils passent tous les habitans au fil de l'épée , et rasent les fortifications. Des -villageois vinrent ensevelir dans les fossés les restes de leurs généreux défenseurs, et leur rendre les derniers devoirs. « Depuis en çà, dit Mazières, la ville de Tarbes demeura sans habitans , et l'herbe creut par les rues comme en un pred, qu'estoit chose fort déplorable à voir; passèrent trois ans entiers durant lesquels n'y eut aucune garnison ; aussi n'estoit-elle défensable, à cause des ruines que le canon y avoit faites. » La paix de Saint-Germain-en-Laye, du i5 août 1570 , procura quelques momens de trêve aux Bigorrois.

Aux ravages de Montgomery succédèrent ceux de Montluc , son digne émule , qui fit le siège de Rabastens (1). La place fut prise d'assaut, le a3 juillet 1571 , et tous ceux qui étoient dedans, protestans ou catholiques , furent passés au fil de l'épée. L'acharnement de part et d'autre étoit à son comble. La blessure de Montluc l'empêcha de poursuivre ses conquêtes , et tous les.seigneurs qu'il avoit sous ses ordres s'étant retirés chacun chez soi , le projet de réduire le Béarn sous l'obéissance du roi échoua.

(1) Commentaires de Montluc:

Après la Saint-Barthélémy, en août 1 572, le roi Henri de Navarre , qui avoit succédé à Jeanne , sa mère, vint dans son gouvernement de Guyenne où il étoit à portée de pourvoir à la sûreté de ses possessions. Ses sujets catholiques , espérant que le nouveau règne leur seroit favorable, rentrèrent dans les villes avec les religionnaires; mais la haine réciproque des deux partis s'alluma de nouveau, et la guerre intestine recommença. L'an 1574, Tarbes tomba aux mains du partisan Lizier, qui dévasta tout le Bigorre, depuis Saint-Séver jusqu'à Bagnères. Ayant été surpris et tué, Tarbes fut repris par le comte de Gramraont ; mais la guerre ne continua pas moins, malgré les négociations des Etats en iSjS. Elle se soutint, comme le parti de la ligue , qui la réchauffait sans cesse , avec des succès alternatifs, jusqu'à l'avénement du vainqueur d'Ivry à la couronne de France, en i5q2.

C'est alors qu'Henri nomma gouverneur du Bigorre , le baron de Bazilhac , désigné par les états du pays pour ce poste éminent (1). Les ligueurs causèrent de nouveaux troubles cette même année, et il en vint du Comminges piller le Bigorre. Tarbes fut assiégée encore par des partisans , sous la conduite d'Henri, marquis de Montpezât, et dubaron Etienne Castelnau Laloubère(2),

(1) Voyez la généalogie des barons de Bazilhac , Essais Historiques sur le Bigorre , liv. VI , ch. 3 , note i4.

(2) Voyez la généalogie de la maison de Castelnau , issue

qui y appelèrent le marquis de Vdlars-Brancas. La ville , lâchement abandonnée par la baron de Bazillac, fut prise sans opposition , et les troupes, de Yillars, ayant trouvé de la résistance à Lourdes, passèrent en Béarn. Après cesévénemens, tout le Bigorre se trouvoit soumis au parti de la ligue, excepté Lourdes et son château, et ce ne fut qu'en i5q4 que M. de la Force capitula avec M. de Laloubère , qui commandoit Tarbes pour les ligueurs. Cette ville rentra enfin avec tout le pays sous l'obéissance du roi. La garnison fut congédiée, et les habitans rétablis dans leurs maisons. Les Etats ayant ensuite été convoqués à Lourdes, on se départit entièrementdu parti de la ligue ; on fit de part et d'autres des promesses de bonne intelligence, et tous crièrent vive le Roi ! Dès ce moment, le Bigorre jouit d'une profonde paix qui n'a pas été troublée depuis.

Le Bigorre n'avoit jamais goûté une véritable indépendance, comme le Béarn. 11 avoit presque toujours reconnu une suzeraineté quelconque.

Incorporé dès long-temps aux pays de Foix et de Béarn, il le fut, de même sans contestation, à la France. Henri IV, par son édit de 1606, le réunit à la couronne; mais, par un édit du mois d'août 1608, il assura aux habitans la jouissance

de la Tallcc cFAsun, Essais Historiques sur le Bigorre, liv.VI, ch. 3 , note 16.

de leurs anciens droits et privilèges, par la conservation des Etats qui ont subsisté jusqu'à la révolution.

La justice continua d'être rendue au nom du sénéchal , par ses officiers de robe longue : il fut toujours le chef de la noblesse, le lieutenant politique du souverain , et en cette qualité président des Eta|s, et peut-être leur syndic dans l'intervalle des sessions; il eut en outre le titre de gouverneur de Bigorre , sous l'autorité du gouverneur de Guienne.

Louis XIII expédia au mois d'août 1610, des lettres dç confirmation de toutes les franchises et immunités dont jouissoit le comté ; sa contribution en faveur du trésor royal , resta ce qu'elle étoit depuis long- temps, c'est-à-dire de i674livres tournois. L'année suivante , l'évêque de Tarbes obtint la présidence des Etats de Bigorre , au préjudice du sénéchal ; cet officier conservoit encore la prérogative de présider le corps de la noblesse ; mais en i634, il fut réduit aux simples fonctions de commissaire du roi, incompatibles avec la présidence et le syndicat général. Ce ne fut plus qu'une charge honorifique, sans attributions politiques et administratives.

Louis XIV confirma , par lettres-patentes du mois de juin 1 646, 'les privilèges du comté ; mais il établit, vers i656 , un présidial à Tarbes. Un édit royal de i665 supprima cette innovation, et

la cour du sénéchal fut rétablie dans son ancien état.

Louis XV démembra, des généralités de Bordeaux et de Montauban , quelques provinces pour en faire une nouvelle généralité. L'édit du mois d'avril 1716 l'établit à Auch , et le comté de Bigorre , dépendant auparavant de celle de Bordeaux, se trouva dans son ressort. Le commandant militaire fut dans les derniers temps, un autre que le sénéchal, supplanté aussi dans l'emploi temporaire de commissaire du roi, pendant la tenue des Etats. Ce commandant militaire resta toujours sous l'autorité des gouverneurs de Guienne.

L'ordre judiciaire se composoit : 1° de la cour du sénéchal, où la justice se rendoit en son nom, et de laquelle ressortissoient toutes les justices seigneuriales et communales , sauf quelques exceptions; 2 0 des tribunaux royaux civils établis dans quelques principales villes , Bagnères , Tournay f Trie , Rabastens. Ces tribunaux ressortissoient directement ainsi que le sénéchal , au parlement de Toulouse. Auprès de tous ces tribunaux étoient des procureurs et avocats du roi , qui correspondoient avec le procureur-général de Toulouse.

Les Etats des pays et comté de Bigorre étoient formés par les trois ordres, l'église, la noblesse et la roture. Le corps de l'église étoit composé de l'évêque de Tarbes (1) ; de quatre abbés com-

(1) Depuis Antonomarius , qui assista en 3i5 au concile

mendataires (1); de trois prieurs , l'un de Fontevrault et deux de Cluny , sécularisés, et d'un commandeur de l'ordre de Malte. Le corps de la noblesse , de huit barons (2) et de soixante-quinze seigneurs de terres ou fiefs, compris dans un rôle dressé en 1667 , par M. de Peliot, intendant de Guienne , qui fit une réforme considérable, et autorisée par arrêt du conseil-d'état. Pour être reçu dans le corps , il falloit faire preuve de quatre degrés de noblesse , devant des commissaires nommés par l'assemblée , en vertu d'un arrêt du conseil -d'état de 17 Si. Le tiers -état avoit vingt-neuf députés de villes et vallées, pourvus chaque année , de procurations des communes.

L'évêque de Tarbes étoit président-né , et il y

d'Elvire en Espagne , jusqu'à la révolution , on compte soixante-treize évêques, parmi lesquels plus de trente ont été pris dans les Maisons de Grammont , de Pardeilhan , de Castelloubon , de Palas , de Castelnau j l'un d'eux , Gabriel de Grammont, ambassadeur à Londres en 1527, chargé de négocier le mariage du duc d'Orléans avec Marie, fdlc unique de Henri VIII, accéléra la révolution et le changement de religion de toute l'Angleterre. (Rapin Thoiras, Hist. d'Angleterre, vol. VI , p. 2<io; Hume, vie de Wobey. )

(1) Savoir : ceux de Saint-Pé , de Saint-Savin , de Larreuîe et de l'Escaladieu.

(2) Qui étoient le vicomte de Lavédan et les barons de Barbazan-Dessus , de Barbazan-Dcbat , de Bazillac, de Luc, de Caslel-Viell, d'Anlin et de

avoit en outre, comme officiers, un syndic de la noblesse , un syndic du tiers-état , qui prenoit la qualité de syndic-général un secrétaire et un trésorier.

L'assemblée étoit ordinairement convoquée pour le premier lundi de novembre de chaque année , elle duroit douze jours.

Tous les vocables se rendoient ce jour-là , vers midi , au lieu de réunion , ayant à leur tête le premier abbé, suivant Tordre du tableau (l'évêque ne se trouvoit jamais aux séances avec le commissaire). Ils alloient prendre le commissaire du roi dans son hôtel, précédés d'une nombreuse musique et des gardes , en grands manteaux écarlates, sur lesquels étoient empreintes les armoiries de la province ; ils le conduisoient à l'église des Cordeliers, où l'on célébroit, après le J^eni Creator, une messe avec grande solennité; de là on se rendoit dans la salle des Etats ; le commissaire étoit placé devant un grand bureau, ayant à sa droite le corps du clergé, les barons à sa gauche; le syndic de la noblesse au côté gauche du fauteuil, et le syndic général au côté droit.

( i ) Dans les dernières années Je l'ancien régime, le syndic général des Etats, M. de Verges, étoit revêtu en même temps de l'office de subdélégué de l'intendant d'Auch. Mais c'étoit, ainsi cju'il le dit lui-même , une nouveauté regardée comme contraire aux principes. Tl y avoit deux subdélégués dans les derniers lemps.

L'assemblée étoit publique , le commissaire re~ mettoit au secrétaire sa commission , lettres-patentes et lettres de cachet , dont il étoit fait lecture ; il prononçoit ensuite un discours dans lequel il faisoit l'éloge du roi , un tableau de l'état de la France, et faisoit la demande de la donation au trésor de la couronne. Le premier abbé répondoit à ce discours, et le commissaire étoit reconduit à son hôtel dans le même ordre.

L'assemblée rentrbit dans la salle pour fixer les heures des séances. Tous les vocables étoient priés à diner chez le commissaire du Roi. Ils étoient défrayés par la province , suivant leurs qualités.

Le soir même , l'assemblée , présidée par l'évêque, et en son absence, par le premier abbé, suivant l'ordre du tableau, se constituoit et vérifioit les pouvoirs de ses membres. 11 étoit fait lecture, à cet effet, du rôle des vocables, écrit et , prononcé en patois , et des procurations données aux députés du tiers-état. L'assemblée étant for^mée , on délibéroit sur la donation à faire à Sa Majesté. Elle étoit ordinairement de sept mille francs. On procédoit ensuite à la nomination de différentes commissions.

Le syndic - général rendoit compte, dans les différentes séances, de l'exécution des délibérations de l'année précédente , de ses démarches auprès des ministres , de ses correspondances , de

tout ce qui s'étoit passé d'intéressant dans la province , pendant le cours de l'année , des fléaux qui avoient affligé les habitans des communes, des procès-verbaux d'estimation, des dommages occasionés par les grêles, inondations, incendies, épizooties , avalanches , et les indemnités étoient distribuées aux perdans, en pleine assemblée.

Les comptes du trésorier étoient rendus devant l'assemblée; toutes les pièces justificatives étoient lues à haute voix par le syndic-général; trois membres de la noblesse , et pareil nombre du tiersétai étoient nommés commissaires, pour tenir note -et faire le calcul de tous les articles de la dépense, £t les comptes étoient arrêtés, clôturés et signés par tous les membres. Les comptes étant terminés , il étoit procédé à l'imposition des contributions de l'année suivante. La province ne payoit ni taille , ni taillon. Ces impôts étoient remplacés par une ancienne redevance féodale de 176 francs pour l'entretien de trois lances et demie. Elle n'étoi% assujétie nia gabelle, ni à foraine ou équivalent , etc. Suivant les anciens privilèges de la pro* vince, il ne pouvoit être établi d'impôt que du consentement des Etats. Dès qu'ils étoient consentis par eux , ils traitaient de leur abonnement avec le contrôleur-général , et la répartition en étoit faite au marc le franc de la contribution foncière. La province payoit de 45 à 5o,ooo francs

d'intérêt des capitaux empruntés pour subvenir aux besoins du pays (1).

Les Etats avoient abonné la capitation pour soixante mille francs. La répartition de la quote qui compétoit à chaque commune, étoit faite par des commissaires nommés par les conseils généraux municipaux, et renouvelés tous les ans. Les plaintes, à raison des surcharges, étoient portées devant le syndic-général qui les jugeoit en dernier ressort. 11 rendoit les rôles exécutoires , et étoit chargé du contentieux en matière des contributions publiques. Les vingtièmes étoient abonnés pour cent vingt mille francs, et la répartition en

étoit faite au marc le franc de la contribution fon~

cière. Les Etats imposoient douze mille francs pour les ouvrages d'art sur les grandes routes ; six mille francs pour l'entretien et l'emplacement de quatorze étalons qui étoient envoyés pour la monte dans les différens arrondissement. Us exerçoient une surveillance dans cette partie d'administration,, par la voie du syndic-général, qui rendoit (les comptes particuliers à cet égard.

(1) L'exactitude des paiemens étoit JeUe , que chaque créancier trouvoit , le jour de l'échéance^ au bureau du receveur/ son argent compté et empaqueté avec ia quittance/ qu'A ne fiifloit que 1 signer. Aussi les Etats auroieut trouvé des millions à emprunter , même à quatre pour cent, .

Le total des contributions se portoit à environ trois cent mille francs.

Les Etats avoient l'administration des chemins vicinaux, en vertu d'un arrêt duconseil de 1 704 (1).

Les Etats avoient obtenu en 1688 , un règlement particulier pour l'administration des forets, qui permettait la coupe des futaies en jardinant, à la charge du remplacement de chaque arbre abattu par trois chêne taux de belle venue armes d'épines. Ils faisoient surveiller ces opérations par des commissaires. Les forêts étoient dans un si bel état, que la province fit en 1772 un don au Roi de soixante mille pieds cubes de bois qui furent transportés à Toulon» Les Etats ordonnoient chaque année la plantation de chênes dans le> places vide* des forêts et sur les biens communaux. Les consuls étoient obligés d'envoyer, au, syndic les états des arbres, plantés , et la vérification en étoit faite par des commissaires. ; \l

Les Etats avoient la manutention des bans des vendanges, de l'attache des chiens depuis le

(1) Il eboit nommé des commissaires pour tons les amoiidissemensj ,a£n de les vérifier , piquetter . faire rtiçun les

fossés , restituer les usurpations , faire construire en maçonnerie les aquéducs qui les traversoient , et sur le rapport des oontraTéntièBS et délits au syndic général , eclm-cî decerhoit des contraintes et amendes contre les réfrnetaires et les dèlinquans. •

i° septembre jusqu'après la récolte du maïs (1), Indépendamment de l'assemblée générale, il existait une commission intermédiaire appelée de la direction. Elle étoit composée de l'évêque , d'un abbé, d'un baron, de quatre députés de la noblesse, de cinq du tiers-état, et des deux syndics. La convocation en éloit faite sur la demande du syndic général. Les délibérations régloient la conduite du syndic, dans les affaires pressantes et imprévues.

Toutes les délibérations passoient à la majorité de deux corps contre un. Dans toutes les affaires susceptibles de discussions, les corps se séparoient. Le vœu de la noblesse étoit porté par son syndic, celui du tiers- état par le syndic -général qui le présidoit, et celui de l'église par le président. .

- Telle étoit cette administration du Bigorre , fondée sur des principes simples comme les besoins d'un peuple presqu'entièrement agriculteur et pasteur. Habitué de tout temps à une vie sédentaire et domestique, fier de sa liberté, mais docile à la voix de la raison et du devoir, il fut toujours prêt à obéir à l'autorité légitime, lorsqu'elle se

(î) Le syndic général décernoit des amendes contre les réfractaires et les délinquans ; ses ordonnances étaient exécutoires par saisie des meubles.

montroit accessible et n'employoit que les voies de la douceur, les représentations de la sagesse, les formes paternelles, en un mot. Le Bigorrois n'en connut jamais d'autres, et il sait les apprécier dans les chefs d'administration qui les possèdent et les emploient : moyen immanquable de succès près de tels administrés, et gage de la respectueuse considération qu'ils portent à leurs bienfaisans magistrats, comme organes du Souverain!

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