II
depuis la mort malheureuse de son mari , elle légua tous ses droits Sur le Bigorre à sa soeur Marguerite, épouse de Bernard-Roger, comte deFoix, et à leurs hoirs à perpétuité , se réservant la possession et l'usufruit tant qu'il lui plairoit (1). Cet acte est de l'an 1286.
L'église du Puy, revenant alors sur la cession qu'elle avoit faite à Henri 111, fit revivre ses prétentions à des droits qu'elle n'avoit jamais eus, et Jeanne, femme de Philippe-le-Bel , héritière de Navarre depuis la mort de son père Henri-le- Gros, frère de Thibaut, dont elle étoit l'enfant unique, prit aussi le titre de comtesse de Bigorre , en vertu de la cession de Simon de Montfort.
Cette princesse commença par favoriser les réclamations de l'église du Puy , concernant la suzeraineté immédiate du comté de Bigorre. Le parlement de Paris donna gain de cause à l'église du Puy, et le séquestre du roi d'Angleterre fut annullé. L'arrêt du parlement à ce sujet est de l'année 1290. Constance, rentrant dans la propriété du comté dont il n'avoit pas été question , en reprit aussitôt possession ; et elle le garda pendant deux ans; mais il lui fut enlevé par l'intervention de la reine Jeanne, qui, en 1292, le 1". novembre, fit rendre un nouvel arrêt par le parlement de Paris, portant ce que les droits de l'église du Puy sur ce
(1) De Marca, liv. VII, chap. 27.
a comté ayant été reconnus contre les prétentions «c du roi d'Angleterre , et Constance, fille de Gas^- «ton, ci-devant vicomte de Béarn, soutenant «c qu'il lui appartient, on en saura la vérité. » En conséquence, le comté fut séquestré entre les mains du roi de France. Eustache de Beaumarchais , sénéchal du roi à Toulouse , et Alby , commissaire exécuteur de l'arrêt, déposséda Constance, malgré ses oppositions et celles des états de Bigorre , qui déclaroient que le comté appartenoit à Constance , et nonobstant les protestations du comte de Foix. Les procureurs de Jeanne , reine de France et de Navarre, furent mis en possession, du consentement de l'église du Puy, à laquelle ils firent hommage au nom de Jeanne, tous les droits du roi réservés, comme premier suzerain. C'est ainsi que Philippe recouvra de l'église de Sainte-Marie la suzeraineté de fait du Bigorre, qui appartenoit de droit à la couronne de France.
11 fut fait néanmoins, par les diverses parties, des instances à la cour du roi sur la propriété du comté, qui resta indécise : car la possession de la reine ne fut réellement qu'un séquestre dans la main du roi , conformément à l'arrêt du parlement; et c'est par oubli des droits réels, que le Pigorre devint l'apanage de Charles-le-Bel , et fut regardé comme réuni à la couronne jusqu'à sa tardive restitution a la maison de Foix,'i55 ans après.
C'est en suite de la saisie du comté entre les mains du roi, que son conseil, désirant connoître l'état du pays , donna commission au sénéchal de Toulouse, l'an 1000, pour faire faire une enquête sur la valeur du comté de Bigorre et de ses fiefs et arrière-fiefs. Cette enquête est assez curieuse à connoître, quoique les choses ne soient envisagées que sous le rapport des droits seigneuriaux.^ et on peut en inférer quelques données sur sa population, sa richesse, la valeur des denrées (1) , les revenus seigneuriaux et les appointemens à cette époque.
Le comté de Bigorre étoit partagé en sept baillies ou vigueries , savoir : Tarbes avec ses dépendances, Bagnères, Mauvezin , Goudon , Lavédan, Barèges et Vie. Quant à la terre de Rivière-Basse, il fut dit qu'elle avoit appartenu autrefois au Comté , mais que Gaston de Béarn l'en avoit distraite par la force des armes, et qu'elle étoit possédée par le comte de Foix. Relativement au château de Lourdes , on observoit qu'il faisoit partie du comté, quoique le roi en eût pris possession comme d'une dépendance du royaume de Navarre.
C'est sur des revenus assez modiques en apparence, que le comte vivoit, après avoir payé,
(1) Le cartel de froment se vendoit alors 3 sous morlans , «t celui Je seigle e*. de millet 1 sou.
comme gages, 100 livre» tournois au ctiâtefatiî <îç Mauvezin; 5 sous par jour à celûi : de 1 Cajripàri ; 7 sous par four à celui de Sainte -Marie de Barrages , qui devoit entretenir^quatre soldats • autant à celui de Vidalos. Quant au château de Lourdes il étoit gardé par une bonne garnison payée sur la recette de Toulouse. * r
Il >y a voit en Bigorre douze -barbes ainsi nommés: Arnaud et Pélégrin de Lavédan, Arnaud- Guillaume de Barbazan , Bos de Bénac, Raimond- Aimery de JBazilhao, Thibaud des Angles, Arnaud, Raymond et Rierre de Castelbajac; Contebo A'Antin, Pierre et ÎBernard-Ràimond d'Esparros , et Bernard" d*Asté. Le revenu de toutes ces baronies, qui n'étoiettt quau nombre de neuf, puisque trois puînés avofent le titre de barons, se mobtoièDtàl,i85 livres morlanes.
Il y a voit quatre-vingt-quinze gentilshommes appelés dans l'enquête dominicelli, parmi lesquels quelques-uris étoient chevaliers , milites; leur revenu étoit de ],223 livres morlanes, 1 8 sous. Dix-huit gentilshommes relevoient des barons de Lavédan, d'Asté, de Bénac, de Bazilhac et d'Antin. Le revenu de ces areière -fiefs mon toit à 90 livres morlanes et 10 sous.
La cite de Tarbes, séparée du bourg par des murailles et des fossés, appartenoit à l'évêque de Tarbes, avec les châteaux de Caixon et de Mar-
seilhan, U y avoit trois abbés, ceux de Saint-» Seyer deRustap, de Saint-Savin et de la Réolë, outre les prieurs de Saint-Lézer* de Bordères et d'Ajureilhan. L'abbaye de Saint-Péétoitdéjàemla possession du Roi y. cérame dépendante du châ-» teau de Lourdes:
Les lieux de la terre de Rivière-Basse, qui appartenant au comte , étoi-ent Mdubourguet , Gistelnau , Ladevèze i Sauveterre, Auriébat, Mazères ; la moitié 'du Bourg de Tasqiie et Villefranque j Le revenu étôit de, 3oô lrritainorlanes. Il y av.oitdix-neuf géutilshommesdansle pays de Rivière-Basse. , tels que Tronsens, Estirac, Som~ brun, etc., et un vicomte du nom de Rivière^ et; appelé aussi seigneur; de Labatut. 11 y avoit un abbé q Tasque et un prieur à Madiran.
Nous avons vu précédemment que la haute jus-* tiçe appartenoit au comte ien tous lieux* même cnccuj, des barons , .ainsi que les amende* qui excédqient cinq sou» mprlans. il faut excepter Saint-Séver de Rustan, aa l'abbé jouissoit de la moitié des amendes, et de.Caixon, où l'évéque de Tarbes exereoît la justice. Les bieris des condamnés appartenoient aux héritiers, à la réservé de l'amende de 7 5 sons morlans pour le comte, si c'étoit en sa terre , et de 60 en celle des nobles, qui ne prenoient que l'amende de 5 sou$..
Après cette enquête, Philippe-le-Bel confirma,
par lettres-patentes de l'an i5oî, tous les privilèges que le comte Centulle avait accordés autrefois aux villes du comté. D'autres lettres- patentes des années i3a5 et i3o6, après la mort de la reine Jeanne , adressées au sénéchal de Bigorre , confirmèrent encore ces privilèges. L'an 1607, l'jévêque elle chapitre du Puy cédèrent authentiqueraient leurs prétentions au roi Philippe>le-Bel, qui leur donna en échange la somme de 3oo livres de rente. C'est après l'avènement de Louis X ou Hutin , que son troisième frère , Charles-le-Bel fut apanage du Bigorre, se disant dominant en la comté ; et lorsque ce dernier monta sur le trône en i322, on regarda le Bigorre comme définitivement réuni au domaine des rois de France. Philippe de Valois, qui le remplaça en i325, donna vers i34o, par l'organe de Jean, évêque de Beauvais, son lieutenanten Languedoc, en Gascogne et en Saintonge, des lettres portant remises aux communes de toutes amendes et de tous droils comtaux, moyennant une compensation de 4,ooo liv. tournois envers le trésor royal. La noblesse et le clergé dévoient contribuer pour leur part contingente au recouvrement de cette somme répartie par feux., Ces lettres contiennent ensuite divers réglemens généraux de justice portant, entr'autres choses, que les Bigorrois seront maintenus dans leur for , que nul ne pourra exercer la judicature: dans le lieu de sa naissance, et que l'office de juge-
mage de Bigorre, sera réuni à la judicature ordinaire (1).
Vers i55o, une peste cruelle porta la désola** tion et la mort dans la ville de Tarbes. Plus de la moitié des habitans furent victimes de ses affreux ravages.
Mais tout le pays devint bientôt après la proie des Anglois ; il leur fut donné en toute souveraineté par le traité de Brétigny , en 1 36o , comme une partie de la rançon du roi Jean, contre lequel les Gascons avoient combattu à Crécy et à Poitiers (2). Les habitans prêtèrent foi et hommage à Edouard III, dans la ville de Bordeaux, en i56i ; Edouard, prince de Galles, confirma les privilèges de Tarbes, par lettres données àAngoulême, en 1066, mais les Anglois occupèrent les principales places, et firent diverses fortifications. Le château de Lourdes devint, par sa position , un fort important d'où ils dominoient toutes les vallées adjacentes et la plaine où elles débouchent. 11 en fut de même du château de Mauvezin , près de Bagnères (3). Jean de Grailiy , captai de Buch, obtint, l'an 1069, sous redevance, le comté de Bi-
(1) Essais Historiques sur le Bigorre, liv. V, ch. 4.
(2) Le jour de cette seconde bataille i356, si funeste à la France, le prince de Galles n'opposa que 8,000 Gascons à l'armée royale forte de 80,000 hommes.
(3) Froissart , vol. Illj-çliap. 3 etsuivans.
gorre , d'Edouard , qui f oulut éviter l'ajourne* ment du roi de France (1). Mais le comté fut reconquis sur les Anglois , par l'illustre Duguesclin , connétable , et par le duc d'Anjou. La ville de Lourdes fut prise d'assaut, l'an 1075. Le château résista , et il fallut lever le siège.
Les comtes de Foix n'avoi^nt cessé de réclamer ce comté auprès des rois; de France , et l'on en promit la restitution à Gaston Phœbus, qui s'étoit distingué contre les Angloy, sous les rois Jean et Charles V. Le duc d'Anjou appuya ses démarches près de son neveu le roi Charles VI , conformément au traité secret de i373. 11 en obtint des lettres-patentes de 1089, portant que le comté seroit délivré à Gaston, à moins que la cession n'en fût stipulée en faveur de l'Angleterre, dans le traité qui se négocioit avec cette puissance j mais que, dans ce dernier cas , on lui paieroit cin-« quante mille livres. Ces clauses firent naître des difficultés , qui portèrent le comte de Foix à refuser l'investiture du comté.
Le fort de Sainte-Marie fut enlevé en i4o4, par Jean de Bourbon , comte de Clermont , à la tête de la noblesse bigorroise et aidé des Barégiens, que commandoit le brave Auger Comte de Luz.
Celui de Castelnau d'Azun eut le même sort; il ne resta que Lourdes. C'est vers ce temps qu'un
(1) Ryinei», Acia publica, etc. , 66 , p. 627.
Bigorrois , Arnaud Guillaume , baron de Barbazan^ appelé le chevalier sans reproche , combattît en Saintdnge, entre Montendre et Blaye, à la tête de six chevaliers françois , contre six A ng lois, commandés par le chevalier de l'Escale, et obtint la victoire. 11 reçut de Charles YI un anneaud'or orné de pierreries , et une épée sur laquelle étoient gravés ces mots : Ut lapm gtaviore ruant (î). Barbazan mérita depuis le titre glorieux d© restaurateur du royaume et de la couronne de France , par ses services contre les Anglois, qui virent diminuer chaque année leurs possessions en France et dans le comté de Bigorre.
.,; Enfin, il fut rendu à Jean de Grailly, fils d'Archanibaud de Grailly , et son successeur au comté de Foix et à la vicomte de Béarn. Jean, en î4l8, avoit forcé la garnison angloise de Lourdes à capituler ; et» i4i9 , il fut nommé gouverneur-général de Languedoc , d'Auvergne et de Guienne ; Chartes VI, dont il avoit la bienveillance, ainsi que celle du Dauphin , lui accorda , par lettrespatentes, données le 5 mars , à l'abbaye de Saint- Sâron près de Meaux , la délivrance du Bigorre. 11 avoït pour conseil l'abbé Panorme , q*N Obtint en outre un arrêt du parlement de Paris, le 18 novembre i4n5. C'est ainsi qu'un descendant, par Elisabeth de Foix, sa mère, du comte
(i) Essais Historiques sur le Bigorre, liv> V, ch. 4.
Bernard qui, par une pieté mai entendue , avOiî fait hommage de son comté à i'églisè du Puy , et avoit donné lieu pat là à le faire entrer Sous une domination étrangère , recouvra le patrimoine dé ses ancêtres. Jean s'était distingué par sa valdur;' il avoit chassé le prince d'Orange du Languedoc. Les habitans du Bigorre Virent aVec joie le rétablissement d'un rejeton de leurs anciensr çprate^^j. , •-).''■ " ' xvî
Le retour de la dynaStw de Bigorre fut l'époque du rétablissement de la charge àejdgë-timgé supprimée sous Philippe! de Valois 5 et jugemage étoit un hommé de robe, lieu tenant -général du sénécW quiv plus anciennement , et oit chargé en; personne de radmimstrtftiott de ia justice comtale , au nom. du prince. Ces sériéchaux pris dans la plus haute nbWôssë et dans Tordre des chevaliers, avoientfini par dédaigner d'exercer par eux-mêmes leur office. Sous le règne de Gasjon XI , Charles Vllf f>ar un édit du mois d'avril . i4S4 , daté de, Motil-Liztour^ ordonna , article 125 , que toutes les coutumes locales dë son royaume fussent authentiquement constatées et fixées, polir, après l*examen et l'approbation de leur rédaction par le parlement , aToir force de loi dans les causes où elles pouvoient être invo-
(1) Il étoit, dit Olhagaray, patient, avare, peu religieux x grand homme d'état, bon capitaine et meilleur soldat.
quées ( i ). Le Bigorresuivoit presque généralement lft droit écrit ou commun , c'est-à-dire le code théodosien, combiné avec la charte de Bernard II, et les ordonnances des rois. La vallée de Barèges et la vicomté de Lavédan avoient seules des coutumes locales. Ces coutumes ne furent rédigées que long-temps après, l'une en 1670, et l'autre en 1704 (a)< Maïs comme elles n'avoient pas assez d'authenticité , de grandes difficultés se rencoQtrèrent dans leur application 5 les nobles surtout ne vouloient point, dans la disposition de leurs biens du Lavédan , reconnoîtrè l'empire d'une coutume à laquelle ils ne s'étoient jamais soumis. Les états de Bigorre supplièrent le roi de vouloir bien ordonner une nouvelle féirtacti on de ces coutumes , et pourvoir à leur exécution . Le monarque commit à cet effet deux conseillers du parlement de Toulouse. Le nouveau cahier, commun à toutes les terres coutumières du Bigorre , fait en présence des trois états de ces terres ^ fut achevé en décembre 1768 , et enregistré l'année Suivante, par le parlement de Toulouse.
(1) L'édit de Charles VII ne commença à être exécuté, dans quelques provinces que sous son petit-fils. (Essais Historiques sur le Bigorre, liv. VI, ch. 1".)
(2) Voyez cette coutume en onze articles. (Essais Historiques sur le Bigorre, liv. VII, ch. 2, note i3.