CHAPITRE XIX
Sciences, littérature, î>eau^axte-, collège université* , aeadémies ; jeux floraux ; poésies béarnoises et bigordanes.
Nous avons termine le premier volume par un chapitré sur le langage des Hautes - Pyrénées ; nous compléterons celui-ci par quelques considérations sur la culture des esprits, et l'emploi de Fidiôme local dans des productions vraiment remarquables, dont nouS donnerons des échantillons.
11 ën est de l'esprit humain comme du sol; quelque" bon que soit le fond, il a besoin de culture pour'prbctuiré abondamment, et toutefois les productions spontanées XÎe l'un et de l'autre annoncent leur fécondité naturelle, et le parti qu'on en peut tirer. L'aptitude deshabitans des Pyrénées a tout ce que peuvent embrasser les facultés de l'entendement , ne fut jamais douteuse, quoiqu'elle n'ait pas produit tous les fruits qu'on pouvoit «n attendre.
Ils ne restèrent point étrangers à la culture des Gaules par les Romains, qui affectionnant cette
contrée, durent y développer quelque sentiment des lettres et des beaux-arts , encore en honneur dans l'empire. Les empereurs ne se bornèrent pas à favoriser les développemens de l'industrie matérielle (1), ils fondèrent des établissemens scientifiques et littéraires , qui eurent une grande efficacité sur l'imagination vive et en quelque sorte vierge de ces Gaulois, qui n'ayant ni langue formée , ni conséquemment de littérature , adopterent facilement celles du peuple conquérant.
Chrétiens et païens fréquentèrent, avec une noble émulation, l'école de Bordeaux, qu'Ausonne illustra par ses talens, après en avoir enrichi sa ville natale ; il eut pour élève l'empereur Gratien, qui de rhéteur le fit consul. Après la mort de ce prince, Ausonne se retira dans sa patrie , uniquement occupé de l'étude et de la fouie d'ouvrages qui sont sortis de sa plume. On l'a comparé comme homme de bien dans un temps de malheurs et de crimes , à Cassiodore , ministre de Théodoric ,
(1) La culture du lin étoit très- répandue ; des manufactures de divers genres s'établissoient j les verreries étoient nombreuses j un alliage de cuivre et d'étain, qui avoit l'apparence de l'argent , étoit employé à orner les harnois et les voitures \ en un mot, ces Gaulois, qu'un siècle auparavant, Diodore de Sicile nommoit les plus grossiers de tous les barbares , étoient industrieux et policés. Les mœurs romaines étoient devenues les leurs. ( Essais Historiques sur le Bigorre , liv. I, cba$>. 3 )
venu après lui. Le père d'Ausonne , natif de Bazas, étoit un savant médecin attaché à la personne de l'empereur . Valenti nien .
Saint PauHn , surnommé Métropius- Pontius- Anicius , élève d'Ausonne, qu'il égala en savoir et surpassa en vertus , étoit né à Bordeaux , vers 555, d'une famille distinguée dans l'Aquitaine. « 11 fut poète , consul , solitaire , prêtre , évêque , et mis après sa mort au rang des saints (1). Léonce étoit patriarche de Trêves , dans un temps où le titre d'évêque supposoit des talens. Ce concours de lumières sembloit annoncer un beau jour prêt à se lever sur l'Aquitaine, lorsque les peuples du Word inondèrent l'empire (2). »
Le Bigorrois Paulus-Axius étoit dans une si grande considération, qu'Ausonne lui confia la censure de ses ouvrages d'une manière également polie et pleine d'estime, lui adressant ces paroles: (( Vos ouvrages ne doivent point craindre la critique du public; mais des miens, j'en rougis au dedans de moi-même» (5). Ce Paulus, entr'autres
(1) C'est à tort qu'on lui attribue l'invention des cloches, bien plus ancienne que lui. Il étoit évêque de Noie , lors de l'invasion des Goths. Il épuisa son opulente fortune à racheter des captifs, employa sa puissance a protéger les foibles, et ses exhortations â consoler les malheureux; il mourut en 43i.
(2) Essais Historiques sur le Béarn, Introduction.
(3) Utere igitur ut tuis, pari jure, sed fiduciâ dispari;
ouvrages, composa la comédie ou poèmes, intitulés le Délire , dont Ausonne parle dans son épître XI. Voyez aussi Scaliger et Vinétus* Les agrémens dont Paulus jouissoit à Bordeaux, ne lui faisoient pas oublier sa patrie; comme nous le voyons dans cette même épître XI d'Ausonne , son habitation étoit in fundopalriœ Bigerritanœ ; c'étoit au lieu nommé Crebennus, dans un quartier dénué de vignes (1). M. de Marca affirme, avec raison y que le Bigorre a un' grand sujet de gloire, d'avoir nourri cet excellent orateur et poète (2).
Les esprits étoient tellement cultivés dans les Gaules, qu'on lit dans Juvénal, satire i5, Gallia causidicos docuit facunda Britannos. Et dans Ausonne , Mos. Edyl. 10, émula te latiœ décorât facundia linguœ; et en ce qui regarde proprement l'Aquitaine , Sulpice Sévère fait dire à un interlocuteur, dans un de ses dialogues: « Dum cogito me hominem gallum inter Aquitanos verba factu-
quippè tua possunt populum non timere ; meis ctiam intrà me erubesco. ( Ausonius Paulo suo , s. p. d. bissula édyl- Iium VIL )
(1) Epître 11 bilinguis. Sepositus ^wva^w «vi xpt&wti rare Aç-ayu).w ivî yapu. Scaliger établit cette campagne dans le Layédan. Larclier présume que ce pourroit être Capvern j mais rien n'appuie cette opinion.
(2) De Marca , liv. I, chap. 10.
rum , vereor ne offendat tllorum mmium urbanas aures sermo rusticior. »
Après l'invasion des barbares , les ténèbres alors presqu'universelles régnèrent particulièrement dans les Pyrénées , ou s'étoient foulées et refoulées les diverses hordes, en y détruisant toute trace, pour ainsi dire , de civilisation. L'es- Drit humain y reprit ses droits comme partout ailleurs, par les progrès survenus depuis ta renaissance des lois et celle des lettres: mais ses progrès et son empire se sont trouvés retardés par la privation absolue qu'a éprouvée pendant long- temps cette contrée purement agricole et pastorale , de toute communication avec les grandes cités et les contrées populeuses, où les richesses ont fait naître les arts et toutes les créations du génie, enfansdu luxe, des récompenses, de l'émulation et de l'oisiveté. A peine y a-t-il deux siècles que le Bigorre et les autres pays adjacens étoient encore privés des moindres aisances de la vie ; et il a fallu un long espace de temps avant que les pères de famille aient pu songer à cultiver les facultés naturelles de leurs enfans , à qui d'ailleurs les grands exemples, stimulant si efficace , ont toujours manqué.
Les contrées du sud-ouest, dont celle des Hautes-Pyrénées fait partie , ont fourni dans les armes Raymond de Toulouse, les Gaston deFoix
tes Montluc, les Thermes,les Thoyras, les Gassion t les Gramont y l e chevalier ôVÀssas , et d'autres héros moins connus (i),les d'Ossun (2), Roquepine, Caumont, Mazères. Les ancêtres des d*Estaings, des Grillons, des Duras, des Birons sortirent aussi de cette terre classique de la valeur, qui a produit de nos jours des guerriers qui, à leur tour, prendront rang dans l'histoire, et par-dessus tous, l'homme des siècles, Henri IV.
Ces mêmes contrées ne se glorifient pas moins d'avoir produit les troubadours Guillaume et Arnaud, de Marsan, la tendre et sensible Clémence Isaure, Marot qui fit passer dans la poésie Françoise ces termes vife, purs et concis, cette har-
(1 ) Tiregitette , homme d'armes du maréchal de Montmorency, étoit du Bigorre : faisant le guet une nuit que les ennemis venoient pour enlever le quartier de sa compagnie, il s'avança au-delà des vedettes, où il avoit ouï du bruit; enveloppé soudain et arrêté prisonnier, il ne laissa pas j\e crier à Parme , quoique les ennemis lui tinssent le pistolet à la tête pour le tuer, s'il ne se taisoit; toutefois , admirant son courage , plus heureux que le chevalier d'Assas, les ennemis lui accordent la vie. (Mémoires de Martin du Bellay, 1 ôa&)
(2) A la bataille de Dreux, que le prince de Condé perdit le 19 décembre i56a, le brave bigorroia, Pierre d'Ossun, qui s'étoit distingué à Ccrizoles, et dans toutes les guerres des règnes précédens, fut entraîné par son cheval avec les fuyards: il eut un si vif regret de cette fuite involontaire , qu'il en mourut de chagrin peu de jours après. Un autre seigneur d'Ossun combattit vaillamment à Jamac en 156'g.
monieuse prosodie du langage méridional, cette naïveté, cette grâce , ces tours heureux qui ne laissèrent plus désirer que de l'élévation, de la noblesse, de la dignité dans le style , pour les sujets sérieux ; ces derniers siècles ont vu paraître beaucoup d'hommes justement célèbres dans les lettres et dans les sciences : Montaigne , Scaliger , de Marca, Bayle , Cujas, Fermât, Pi brac, célèbre par ses quatrains , Pélisson , par sa belle prose et sa noble amitié, les papes Benoît XIV et Jean XXII , Duranti , Goudouly , surnommé emphatiquement Y Homère des Gascons / le père Navarre J Montfaucon, Campistron, Duhaillan, Bel, le père Le Comte, le frère Cosme, Montesquieu, Riquet, Dorbessan, le savant naturaliste Picot de Lapeyrouse , Cazalès , l'orateur de la nature comme de la fidélité.
, Quant à la région des Hautes-Pyrénées , outre les grands capitaines qu'elle peut revendiquer dans la liste donnée plus haut, elle a en propre ses hommes distingués dans la carrière civile ou dans les lettres. Michel de Castelneau , issu au milieu du seizième siècle, d'une famille de Toura/ine,, originaire du Bigorre, fut envoyé par la , cour en Savoie et à- Rome, puis en Angleterre y comme ambassadeur; il était regardé comme un des premiers hommes de son siècle , et il a laissé des Mémoires justement estimés. Le cardinal à'Ossat naquit le aS août i536, à l'Arroque en
Magnoac , dans le département des Hautes-Pyrénées; son père étoit maréchal ferrant. Il nous reste de lui des lettres où il se montre, ainsi qu'ori l'a vu dans sa vie, simple, franc, plein d'attachement au souverain, sachant allierles devoirs d'un ecclésiastique avec la probité et l'habileté dans les négociations. Ses lettres doivent entrer , dit le baron de Grimm (1), dans la valise d'un envoyé à la cour de Rome. Le marquis d'Ossun fut aussi un habile négociateur; c'est lui qui prépara entre les cours de France, d'Espagne, de Naples et de Parme le fameux pacte qui unissoit toutes les branches de la famille de Bourbon; ce traité fut signé à Paris, le 16 août 1761. Louis-Gille de Cardeillac d'Ozon fut un littérateur distingué; il étoit abbé de Saint-Serra, en Poitou, et mourut à Paris en 1752. Abbadie, profond théologien et métaphysicien, et Bordeu, l'un des chefs de la nouvelle école de médecine françoise, sont un beau titre d'illustration pour le Béarn qui a produit, de nos jours, M. Faget de Baure, légiste distingué et très-lettré, à qui nous devons des Essais historiques sur le Béant, remarquables sous l'un et l'autre rapport. Le Bigorre a eu aussi son illustration récente. Le père Corbin , principal du collège de La Flèche, décédé depuis peu d'années, fut instituteur du dernierDauph in de France ;
(1) Corr. Litt. novembre 1771.
il étoit natif de Tarbes, où il a une ncoAretuiè parenté. L'abbé Tomé, dont j'ai fait connoître ailleurs les malheureux travers, et qui fut préditcateur du Roi, publia, dans son Jeune âge , des élémens de mathématiques; il fit ensuite des serinions qui eurent un grand succès à la cour; il avoit de l'esprit et beaucoup d'instruction (i).
La peinture, la sculpture, U gravure, l'architecture ont toujours été très-imparfaitement connues dans les Hautes-Pyrénées; il faut s'en éloigner jusqu'à Toulouse , pour pouvoir citer, parmi les peintres», un Rivais, un Detroy, un Valenciennes , élève de Doyen qu'il a surpassé dans le paysage, laissant après lui de beaux ouvrages et d'excellens préceptes. L'école actuelle des arts de Toulouse, aidée d'un riche muséum, forme de
(1) L'amour de» lettres n'a jamais été, comme on rient de le voir, absolument étranger aux Hautes-Pyrénées , et je pourrois citer plusieurs littérateurs ou sa vans , qui vivent encore , et qui font honneur au pays qui les a vu naître j mais ils n'ont pas encore fourni toute leur carrière, et mon jugement seroit anticipé. Il existe à Tarbes une société agricole, savante et littéraire, à la restauration de laquelle nous nous faisons honneur d'avoir concouru ; nous y avons entendu plus d'une fois , outre des mémoires techniques très -bien faits , sur diverses branches de l'économie publique , des morceaux, en prose et en vers, d'un goût et d'une pureté de style, tels qu'ils n'eussent point été indignes d'un plus grand tbéàtre et de l'auditoire le mieux choisi.
bons élèves, comme sa belle bibliothèque, ses académies des sciences, inscriptions et belleslettres, et des jeux floraux, son école de droit y entretiennent le goût des! bonnes études.
Si on ne peut , dans ces divers genres, citer aucun artiste marquant qui appartienne à notre contrée ou par son éducation, ou par sa naissance , il n'en est pas de même pour la musique > puisque Lays , dont la juste célébrité s'est étendue dans toute l'Europe , est natif de Labarthe de Nestes, à l'entrée de la vallée d'Aure (1). llseroit superflu de parler des talens de cet acteur qui a porté si loin la noble simplicité du chant françois> et dont la voix aussi flexible qu'étendue se fait admirer des connoisseurs comme elle plaît aux plus ignorans. Mais il n'est pas indifférent de faire remarquer que Jêliotte , qui fut également célèbre dans son temps , étoit né dans le département des Basses-Pyrénées, d'où sont pareillement originaires deux frères , les MM. Garât, si Connus dans l'art agréable qu'ils ont professé à Paris avec tant de distinction; qu'enfin la ville de Pau a donné le jour à un autre virtuose, Lavigne, dont Paris et les provinces ont applaudi les sons éclatans , distincts et mélodieux.
(i) D'abord enfant de choeur à l'abbaye de Garaison, il passa dans l'église de Sainte-Marie d'Auch, et delà sur notre grande scène lyrique.
Ainsi , à défaut d'autres branches des beauxarts, le talent de'Ia musique est un de ceux que les habitans de ces contrées semblent appelés à cultiver avec un succès particulier. Les voix y sont d'une bonne qualité. 11 est assez commun d'y en trouver de très-étendues, de la plus grande justesse et du timbre le plus agréable. Parmi les jeunes gens , on distitingue des ténors et des hautes-contre y qualités de voix qui deviennent tous les jours plus rares. Souvent dans les soirées d'été, on entend r à la manière d'Italie, sur le seuil des maisons, sur les promenades publiques , de jeunes filles et de jeunes garçons chanter tantôt en duo, soit d'hommes, soit de femmes, soit des deux sexes ; tantôt à plusieurs parties ou en chœurs, des airs sur divers modes et en différens tons, avec un charme inexprimable. 11 semble résulter de là , qu'afin de conserver à notre académie royale de musique la supériorité sur les autres théâtres chantans de l'Europe , il seroit convenable que le Conservatoire cherchât à recruter des élèves dans les contrées qui peuvent en fournir le plus, et particulièrement dans le sud-ouest de la France, et vers les Pyrénées où la souplesse des organes et l'instinct musical se font remarquer plus que dans beaucoup d'autres départcmens.
Nous repousserons donc cette imputation injurieuse que , par nature , les Pyrénéens , en général, ne s'appliquent guère aux nohles exercices de
l'esprit , et surtout aux spéculations scientifique» qui exigent, avec un grand amour de la vérité , une force d'attention et une patience dont ils sont rarement doués; qu'on ne doit pour ainsi dire qu'au hasard le peu de talens distingués qui se sont montrés dans les Hautes-Pyrénées. On trouve au contraire , chez la plupart des hommes de la contrée, beaucoup de ce qu'on appelle esprit naturel, et non moins d'intelligence , de facilité, de promptitude à saisir les rapports des êtres et des choses.
Le collège de Tarbes y anciennement tenu • par les Doctrinaires, et où l'on comptoit plus de quatre cents élèves externes, tant du Bigorre que des contrées voisines, la plupart, il est vrai, se destinant à l'état ecclésiastique ; le collège des Jésuites de Pau , non moins renommé ; l'université de Toulouse n'y étoient pas restés sans influence ; l'école de droit spécialement, de même que le barreau des parlemens de Toulouse et de Pau y ont faitéclore quelques talens dans la jurisprudence j comme le voisinage du pays de la gaie science, en inspirant l'amour des lettres modernes , avoit fait établir à Pau, en 1720 et 1724, une académie et une université.
Les exercices des Jeux Floraux furent institués dans la Cité Palladienne^ l'an i3a4 (1), en com-
(1) Sept gentilshommes de Toulouse s'assemblèrent dans
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mémoration de ceux de l'ancienne Rome ; mais ils furent ennoblis par leur objet littéraire, tandis que les anciens, fondés en l'honneur du printemps et de la déesse Flore, n'étoient que des fêtes lascives dignes d'être dotées par la courtisane Flora (1) qui , dans Rome , trafiqua de ses charmes, comme Lais àCorinthe, et Phryné dans Athènes. Les fondateurs des Jeux Floraux, dès l'année suivante, s'appelèrent mainieneurs de l'académie, et ajoutèrent à la violette d'or de nouveaux prix : celui de Yéglantine et celui du souci , pour divers genres de poésie. Celui qui remportoit les trois « prix étoit proclamé docteur en gaie science. On y a ajouté depuis Yamaranthe.
Une obscure tradition fait participer , sinon à cette fondation, du moins à la restauration, dotation et conservation de ce noble institut, une dame célèbre, Clémence Isaure (2), dont le nom
un des jardins du faubourg Saint-Etienne; là, ils invitèrent par une épître en rimes provençales , tous les troubadours , ou poètes de la langue d'oc, de se rendre à Toulouse le i er . jour du mois de mai, pour y disputer le prix d'une violette d 3 or. Aussitôt les capitouls, interprètes de l'assentiment public , décidèrent que la ville feroit les frais de l'établissement et des prix, et que cette fête se renouveUeroit tous les ans. ( Voyei Annales de Toulouse. )
(1) Lactapce.
(2) Il est maintenant démontré par mes découvertes, qu'en 1496 , «lie distribuent des prix a«x poètes. Il est prouvé que ,
préside, cha<(ue atinée, depuis plusieurs sièclës, aux spirituelles et galantes solennités des lois d'amour unies à la joya de la violetta , double cachet des grâces et de la chevalerie , qui , dans le moyen âge , ont Concouru à adoucir les mœurs et polir les esprits. C'est ainsi que , sens l ? empire de la religion chrétienne, les usages abusifs du polythéisme • • • • . . .
-remplaçant les fronts et libéraux patrons de la fête des fleurs, <a)h fournit souvent , pendant sa vie, aux frais de l'institution des sept troubadours , et qu'en mourant, elle fonda le C*lrf lége de poésie françoise, érigé ensuite par Louis X\V eu académie; mais on ne sa voit pas que cette généreuse bte»f faitrice avoit elle-même cultivé les lettres.
Les derniers vers du planh d'amor nous apprennent qu'Isa ure dédaigna les hommages de tous ceux qui cherchèrent à lui plaire après la mort du bien-a imé. La fortune et la grandeur se présentèrent en vain; elle consacra le reste de sa vie à la mère du Dieu Sauveur: elle chargea les vierge* «le Toulouse dusoin de perpétuer son souvenir, et elle désira què, chaque année , le jour qui correspondroit à celui de son trépas , elles fissent entendre un chant funèbre , dont chaque y tance seroit terminée par ces vers :
Fuyant la pompe nuptiale , Isaure, hélas! n'a connu que le deuil!
Et la couronne \ *rgî nalo Brille enoor sur son froid oercueil.
(Jfti Du Mège, Notice sur les poésies de Clémence Isaurev im primées à Toulouse en 1 5o5. )
M. Du Mège se propose de publier incessamment uneédïtiott complète des poésies de Clémence Isaure , avec une traduction et des notes.
ont été épurés , en substituant les plaisirs de l'esprit et la délicatesse des sentiraens aux réjouissances grossières de la licence. On ne saurort douter que les Jeux 11 oraux aient encore une heureuse et utile influence sous le beau ciel du Languedoc, pour la culture des lettre», et que cette influence se soit étendue dans lé voisinage.
Si le Languedoc a eu son Goudouly , poète lauréat de Toulouse , les Hautes-Pyrénées ont aussi le leur , dont les productions, en langage local, méritent également ufie mention particulière et sont l'honneur et la gldh e littéraire propre du pays. M. DespoUrrins (1), grand-père de celui d'aujourd'hui , a fait , vers le milieu du dernier siècle , des . . '. • ...... ' • .
chansons patoises, où l'on trouve : des pensées vraiment poétiques, ornées de toutes les grâces du langage. Il a écrit dans cet idiome avec le goût et la finesse que pourroiënt comporter les langues les plus harmonieuses, les plus propres à jieindre les idées galantes et champêtres. Ses poésies sont répandues dans la contrée comme celles de nos troubadours l'étoient il y a quelques siècles ;
(1) 11 habitoit Miramont, lieu de plaisance situé près de Saint-Savin, dans le -vallon d'Argelès ; c'est là qu'il cultivoit sa muse, et qu'il se lirroit à son goût dominant. Il y lit construire une belle maison , qui devint un séjour enchanteur ; la société la mieux choisie étoit la sienne , dans le temps des eaux, et on alloit de Cauteretz, de Saint-Sauveur et de Barèges, visiter cet homme aimable. : ,
elles sont confiées à la mémoire et à !a tradition, comme autrefois eelles d'Homère et d'Ossian. Le poète des Pyrénées est , sans doute , resté fort loin de ces modèles, et ses poésies n'offrent pas le même intérêt; mais elles sont un monument pour le pays. Les étrangers qui fréquentent les eaux thermales en rapportent des fragmens qu'ils retiennent aussi de mémoire , ou qu'ils écrivent sous la dictée. Je vais donner quelques-unes de ces poésies avec la traduction interlinéaire pour ceux qui n'entendent pas la langue.
Poésies diverses de M. Despourrins.
CHÀHSON PASTORALE.
L.iraût sus la mountagae , u pasto u malbmous , Là haut sur la montagne f un pasteur malheureux,
Sedut aii pc d'u Laou , negat en plou» , Assis au pied d'un hêtre , noyé dans ses larmes ,
Souuyabe au cambiamen de sas amous, Songeoit au changement de ses amours.
Cô leûyé , cô boulatye , duc T infour tuuat, Cœur léger, cœur volage , disoit l'infortuné ,
La tendresse et l'amou que you t'èy dat, La tendresse et l'amour que je t'ai donné ,
Soun aco Lous rebuts qu'èy méritât?
Sont-ce là les rebuffades que j'ai mérité?
Despueh t'es acoustade dab yen de counditiou , Depuis que tu t'es acostée avec des gens de condition,