‹ Itinéraire descriptif et pittor. des HautesPyrénées françChapitre 30 sur 31 · LE DÉPART · texte numérisé non relu

LE DÉPART

âdiu , là bère Margoutou , Adieu, la belle Margoton,

Tu bas perde toun serbidou j Tu pas perdre tan serviteur;

Tou baû parti Je vais partir

Fer lou rey serbi :

Pour le roi servir:

Maudite sic là guerre f Maudite soit lu guerre !

Dens sas amous, Dans ses amours ,

Ta malburous Si malheureux

Nou'n bedeti sus la terre. JSe se voient pas sur la terre.

Dens moun estât bibi counten , Dans mon état je pivots content,

Non mancabi d*or ni d'aryen ; Je ne manquais d'or ni d'argent;

De bets chibaiis, Debeaux chevaux ,

De riches cabaiïs , De riches profits ,

Monn Diou ! b'éy lou grand gouey !

Mon Dieu ! que c'est un grand chagriné

Despuch l'agnere s'esbarri , Depuis quel' agnelle a disparu f

Yamey you n'ey pou dut dirourai ; Jamais je n'ai pu dormir;

Despuch enca soy demourat Depuis lors je suis demeuré

Coum u désenciat.

Comme un insensé.

d'un milicien.

Segu de ta tendresse..».

Sûr de ta tendresse...,*.

Toutb'eyperdut, Tout j'ai perdu,

Lou sort m'ey cadut ?

Le sort m'est tombé !

Las ! Diû , quine tristesse !

Hélas I Dieu, quelle tristesse /

You be' t'aïmi, et t'aïmerey , Je t'aime, et t'aimerai,

Margoutou, tan que jou biûrey j Margoton, tant que je vivrai;

Si pouch quilà, Si je puis quitter t

Betleu baû tourna ; Bientôt je vais revenir ;

Et penden la campagne , Et pendant la campagne ,

Si y a pape', S* il y a du papier ,

You be t'escriûré , .

Je t'écrirai,

Deû bouns de l'Allemagne.

Du fond de l'Allemagne.

Qu'auras recoumaudaitous , Tu auras recommandations ,

El nouvelles Je mas amout ; Et nouvelles de mes amours;

Toun uoum au cap ,

Ton nom à la tête,

Et Pierre sinnat

Et Pierre signé.

En lettres d'or, per adresse,

En lettres d'or, pour adresse,

Y aoura dessus * Il y aura dessus :

a Aquets monts sien renduts « Que ces mots soient rendus

a A ma hère mestiesse. »

« A ma belle maîtresse. »

Si ninuri , bère MargotUou, • Si je meurs, belle Margoton ,

Aco sera deù maû d'amou ,

Ce sera du mal d'amour,

You'n soy conten ;

J'en suis content:

Et per U siamen , Et par testament,

Bouy esta boulât en terre , Je veux être mis en terre ,

El sus lou clot Et sur la fosse

Que leyen , Margot :

Qu'on lise , Margot :

Cl-git toun amie Pierre.

Ci-git ton ami Pierre,

Ces poésies, que j'ai recueillies et publiées pour la première fois en 1806, dans V Annuaire du Département des Hautes-Pyrénées, ont été imprimées à Pau en 1820, sous le titre d'Elrennes Béarnaises, avec plusieurs autres compositions de M. Despourrins, tirées de manuscrits particuliers, et diverses pièces d'auteurs anonymes plus récens. J'y ai remarqué cette épitaphe épigrammatique :

d'û médeci.

d'vn médecin.

Aci débat aqneste peyre Ici dessous cette pierre

Repause lou plus grau de loutslous niédects, Repose le plus grand de tous les médecins, Qui de pou d'esta client besin*, Qui de peur de rester sans voisins , Eu a remplit lou cimeti-yre.

En a rempli le cimetière.

'lit** 1 , m •

( 4oo )

Et ce mot piquant d'Henri IV :

Lou nouste gran Henric, passan per û bilatye , Le nôtre graid Henri , passant par un village- >

Qu'estnn cnûmplimentat peu curé de l'cndret.

Il fut complimenté par le curé de l'endroit.

Peuden qui dtbisabe , auprès bet Asoulet Pendant qu'il débitoit, auprès un beau petit âne

Que coumenca tabé loti êou brin an leugatyé, Commence aussi le sien bruyant langage ,

En pinncltan tout autour au galop.

Un gambadant tout autour au galop.

D'àrridé , praiïbe Fleurie que nou poude pas tiene , De rire , le pauvre Henri ne put pas tenir,

lit qu'eûs digou :« Messins , sil bouKt bap*enténe,

Et illeur dit : ce Messieurs , si vous voulez que je voit* entendt

a Nou paiîct pas tout» on û cnp. »

« Ne parlez pas tous à la fois. »

Voici la chanson que chanta la reine Jeanne de Navarre en accouchant de Henri (1) :

Noustc Dame deii cap deii potin (2) , Adyudat-me à d'aquest' bore ; Pregats au Dioii deii ce a Qu'eni bouille Lié délîoura leii ; rVu mavnat qu'em hassie lou doun; Tout d'inqu'aiï haut dotis mounts rhnplore Nouste Dame deii cap deii poun , A.dyudat-nie à cTa qu.es l' hote.

« Notre Dame du bout du pont, secourez-moi à cette heure; priez le Dieu du ciel qu'il veuille bien

(1) Ce prince eut successivement buit pournees, à cause d'une épidémie qui aliligeoit alors le Be'arn ; euGn , la duebesse de Vendôme fît un bou choix dans la personne de Jeanne de 'Fourcade , femme de Jeau Lasausaa de Billères. ( M. Palaisou, Notice Historique fcnr la Ville cl le Château de Pau. )

(2) Au bout du pont du gave béarnois, éloit un oratoire dédie' à U

(4oi )

me délivrer promptement ; qu'il me fasse le don d'un garçon ; tout jusqu'au haut des monts l'implore ; notre Dame du bout du pont, secourez-moi à cette heure. »

11 existe aussi une traduction des Fables de La Fontaine en vers patois, propres à montrer toute la flexibilité et l'abondance du dialecte des Hautes-Pyrénées, que nous croyons avoir assez fait connoitre.

Sainle-Viefg* , qu'on regarnit comme célèbre par ptnstenr» miracles , *t où les femmes euceintes deposoient leurs vœux et leurs offrandes

pour obtenir un heureux accouchement

Il est vraisemblable que cet oratoire étoit situé de l'autre côté du gave. On pourroit d'autant plus le présumer, que j'ai lu dans des Mémoires relatif» à l'Histoire de Béarn, que cette chanson commeuçoit par les mots suivaus :

Nouste Dame delà lou poun.

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