CHAPITRE V
Vallée de Cauteretz ; ses bains.
C'est à Pierrefitte (i), éxtrémité méridionale du Lavédan , qu'a lieu l'embranchement de cette gorge qui se dirige au sud-ouest, et dont l'élévation au-dessus de la vallée principale, avec laquelle elle forme un angle d'à peu prè« 45°, est très-considérable. La région des montagnes qu'elle traverse, est aussi d'une hauteur remarquable, et c'est à sa partie supérieure , que la crête des Pyrénées commence à prendre sa plus grande élévation. Cette vallée est extrêmement étroite , et , par une conséquence nécessaire , les différens vallons qui terminent chaque défilé, sont peu étendus, ou plutôt il n'en existe point jusqu'à Cauteretz, parce qu'il n'y a point de torrent considérable, qui vienne grossir le gave pendant ce trajet, et qu'il n'a pu y avoir d'atterrissement formé par les eaux ; les différens rétrécissemens qu'on y remarque, ne sont que de simples sinuosités.
(i) Lieu élevé de 260 toises, selon M. Laroche.
Les flancs des montagnes qui bordent la vallée de Cauteretz , sont très-escarpés , et néanmoins ils sont couverts d'une assez belle végétation. Quelques petits hameaux , placés de distance en distance, sur des plateaux peu étendus, ombragés par des touffes d'arbres et entourés d'un territoire cultivé , ornent ce paysage agreste ; des forêts de sapins le couronnent, et des milliers de petits torrens y portent partout la fraîcheur, le mouvement et la vie, sans causer aucun ravage, parce que leur cours est sinueux et peu rapide. Le gave , au contraire , est fort impétueux , mais il est partout très-encaissé.
La rouie qui le côtoie , d'abord à sa rive gauche , puis à sa droite, commence par des rampes trèsrapides ; ensuite elle est assez unie , si ce n'est aux deux tiers à peu près, où l'on trouve de nouvelles rampes nommées le Limaçon. Elle est partout large et belle ; des frênes , des aunes , des tilleuls , des noyers l'ombragent sur plusieurs points; des ponts solides, des parapets, placés sur le bord des corniches qui présentent quelque danger, la rendent aussi sûre qu'elle est facile. La gorge s'élargit à mesure qu'on approche de Cauteretz , et il faut deux heures de marche pour y arriver. Durant tout ce trajet, on est agréablement distrait par la beauté du paysage : ici rien n'attriste et n'épouvante, tout est enchanteur, et les douces émotions s'y succèdent à chaque pas; les abords du chef-
lieu surtout, sont on riè peut puis riang et Varies: Après avoir passé le petit encombrement* de! roches calcaires , qui intercepte Ijàbat, où grand chemin de lafyaUée, on voit de toutes parts sur des tertres, sur des monticules, que la nature a pares" de toutes les richesses dé là végétatioti , des^aux qui jaillissent en cascades otî sortent en bouillonnant, des entrailles de la terW. Ces 1 eaux '^^^1^sent un dit pur, embaumé plr lès exhalaisons des plantes et des arbustes odoriférans , et? dont la douce température réjouît fous les seiiè £s£jour délicieux, véritable flyi&^ûï UëHt ihaiWqiïii promet à hv première vue , que '^n 'ne quitte qu'avec règret et où Ton trouve j' dans LaWsSfl des bains J les charmes de la société, réunïs à tous resattraîts de la nature. ; ; ' J ,în *
'm Cepèndaritlâ'mahiè^e d'en jugeir, dépend feiéa'ùcoup de l'humeur qu'on y apporte , et ce ne sont pas toujours leé' caractères les plus gais, qui s'y plaisent davantage et qui en pensent le mieux , témoin la lettre ci-après, -'écrite' de ces par" l'abbé de Voisenon à Favart, sous la date dil n i8 juin 1761. Cette lettre^ à côté d'une triste et fausse manière de voir, préséttte qûëlqùes traits ve'ridi^ ques de mœurs et de costumes : ce Mon cher neveu brûle-gueule , je suiswrivé hier en bôriHé'ianté • j'ai mal dormi , parce que la maison où je loge est sur un torrent qui fait un bruit aiFfèûx^j'èspère que je m'y accoutumerai. Ce pays-ci réssëmble à n. 5
l'enfer, comme si on y étoit , excepté pourtant que l'on y meurt de froid y mais c?est une horreur à la glace, comme ëtoit la tragédie de Térée (1). On y. est écrasé par des montagnes^ qui se confond dent avec le ciel ; on y volt de la neigé sur la cime ; plus^as, sont des fumées qui ressemblent aux fours à plâtre de Belleville,. De tous côtés, se trouvent des espèces de rochers énormes, qui ne tiennent à rien : les uns sont de marbre et les autres d'ardoise ; presque tous sont fendus pfcr des laves d'eau, qui s'échappent avec force et viennent ton,, ber dans ce torrent continuel qui est à côté du chemin. On voit de petits espaces, où sont bâtiesde petites cabanes, toutes couvertes d'ardoises. Les nipntagnards sont vêtus couleur de suie ; ils Ont , au lieu de chapeau , une grosse toque (a) de la même étoffe que l'habit; leur visage paroît brûlé; on croit réellement être avec les sujets dé M. Belzé^ buth. Les femmes y ont des coqueluchons (3) rouges, qui ressemblent à ceux des moines, avec de pejtits rubans cousus tout du long, Goinme elles sont trçs T curieuses, elles s'assemblent , elleàs!at^ troupent; l'on diroit que ce sont autant: de. religieuses, qui viennent savoir ce dont il s'agit dans
, (.) Pièce de Lemiei-r* \, de 1 761 .
(2) C'est le berret.
(3) C'est le capuUt. %
le monde. Cet ajustement sied assez bien à celles qui sont jeunes et jolies ; mais les vieilles ont l'air des trois Parques, d'autant plus qu'elles ont toujours le fuseau à la main. Nous laissâmes nos équipages à trois lieues d'ici, et des baragouineurs , à la mine démoniaque , nous portèrent sur des chaises de paille. Comme les miens alloient très-vite, à cause de là légèreté de ma personne, je me trouvai seul au milieu d'eux y j'eus grand peur qu'ils ne me dévalisassent, et ne me jettassent comme une plume dans le torrent; je leur disois qu'il falloit attendre madame la ducliesse de Choiseul, mais ils me répondoient que je n'avois encore rien à craindre. A une demi- lieue de là, ils me posèrent à terre et me dirent qu'ils alloient me demander quelque chose ; je leur promis de leur accorder tout ce qu'ils voudroient : c'étoit la préférence pour me porter, pendant tout le temps que je resterois ici. Je leur donnai bien vite ma parole, et de plus un écu de gratification, outre leur paiement. Aussitôt ces drôles-là dansèrent en me portant, de façon que j "a vois toutes les peines du monde à me tenir sur ma pauvre petite chaîne; ils chant oient Io bibero , io cantero , io saltero. Ils veulent me porter un jour sur le haut d'une montagne, pour me faire tuer un ours et une biche (1). Ce
(1) Il veut dire un chamois des Pyrénées, un isard. Il n'y a ni cerf, ni biche dans les montagnes.
sera la première fois que l'on aura couru une biche, en chaise à porteur. »
Cauteretz (1), situé à 4oo toises au-dessus du niveau de la mer, selon M. Pazumot, et à cinq lieues d'Argelés, tire son importance des sources d'eaux thermales qu'il renferme. La beauté du vallon n'ajoute pas peu de prix à ce précieux don d'une nature bienfaisante ; les habitations répondent, par leur élégance et leur propreté, à tous ces agrémens et les complètent. C'est un des établissemens thermaux dont le séjour est le plus recherché : on y trouve des remèdes efficaces contre plusieurs maladies, et tout ce qui peut récréer les sens et l'imagination, par le spectacle d'une nature gracieuse et sévère , à la fois imposante et romantique.
Le bassin de Cauteretz , loin du village abrité par des bois religieusement conservés , est exposé aux avalanches et aux débordemens, parce qu'i 1 est dominé par des hauteurs considérables, dont quelques-unes sont coupées à pic , et parce que le lac et les torrens qui fournissent les eaux du gave , extravasent souvent par l'abondance des pluies. Le premier phénomène n'a lieu que dans l'hiver, l'autre arrive souvent à la fin de l'automne , comme on le voit par le désastre qui eut lieu du temps de
(i) Ce lieu foit partie du canton d'Argete*; il y « "ne mairie et un bureau de* douanes. « » »
Marguerite, sœur de François I €r et reine de Navarre : elle s'exprimoit ainsi sur cet événement. « Le premier jour de septembre , que les bains des Pyrénées commencent à avoir de la vertu , plusieurs personnes, tant de France, d'Espagne que d'ailleurs, se trouvèrent à ceux de Cauidères , les uns pour boire , les autres pour s'y baigner , les autres pour # prendre de la boue. Vers le temps du retour, vinrent des pluies si excessives , qu'il fut impossible de demeurer dans les maisons de Cauldères , remplies d'eau. Ceux qui étoient venus d'Espagne , s'en retournèrent par les montagnes , du mieux qu'il leur fut possible. Les François , pensant s'en retourner à Tarbes, trouvèrent les petits ruisseaux si enflés qu'à peine purent-ils les passer à gué. Mais quand il fallut passer le gave qui , en allant, n'avoit pas deux pieds de profondeur, il se trouva si grand , si impétueux , qu'il fallut se détourner pour aller chercher des ponts ; comme ces ponts n'étoient que de bois , ils furent emportés par la violence des eaux. Quelques-uns se mirent en devoir de rompre la véhémence du cours. Les uns traversèrent les montagnes , en passant par l'Aragon , vinrent par le comté de Roussillon , et de là à Narbonne ; les autres s'en allèrent droit à Barcelone , et passèrent par mer à Marseille , Àigues-Mortes ; d'autres , pour prendre une route détournée , s'enfoncèrent dans les
bois , et furent mangés par les ours ; quelquesuns vinrent dans des villages qui n'étoient habités que par des voleurs L'abbé de Saint-Sa-
vin logea des dames et demoiselles dans son appartement ; il leur fournit de bons chevaux du Lavédan , de bonnes capes de Béarn , force vivres et escorte pour arriver à Notre-Dame de Sarrance,etc. » Cependant, sauf des événemens extraordinaires comme celui-ci, le terrain de Cauteretz a beaucoup de fixité; et parce que les hauteurs qui dominent sont assez boisées, les avalanches n'y sont pas dangereuses.
Ses habitans ne le quittent jamais dans l'h ver , le sol étant moins élevé et plus avantageusement disposé que celui de Barèges, qu'il faut déserter de bonne heure. De plusieurs côtés, s'offrent de riantes promenades, et certains lieux sont plus fréquentés par les étrangers qui , chaque année , affluent dans cet aimable et salutaire séjour. Tels sont : V ermitage de Pyn où, à l'ombre de jolis bosquets , sur la verte pelouse , on a vu donner d'éclatantes fêtes , et faire des dîners , des déjeuners fort agréables , en parties de pique-nique ; la cabane de la Reine , station plus agreste , qui domine tout le vallon et la gorge entière, jusqu'à Pierrefitte ; les jardins nouvellement créés par le docteur Labat, et qui s'étendent des bains Bruzeaux, jusqu'à l'ermitage de Pyn, lequel semble en être la continuation ; la nature en a fait les princi-
paux frais , par les mouvemens naturels du terrain et les charmans aspects qui s'offrent de toutes parts. De superbes terrasses , d'agréables allées, de jolis sentiers tracés au milieu de belles prairies et de bosquets délicieux, sont l'effet de l'art et du goût le plus délicat- Je dois citer enfin , \e Camp basque dominé parles pics, Dise au couchant, et du Montné ou Mounné) au nord.
Ce dernier pic, point dominant du chaînon qui sépare 1 a vallée de Cauteretz de celle de Bun, en Azun, est d'une grande élévation ; c'est autour de lui principalement, que s'amoncèlent les nuages et la foudre , dans les temps de pluie et d'orage ; il est le baromètre de la contrée, pour juger du beau ou du mauvais temps; il est tour- à-tour, l'ange tutélaire ou le démon exterminateur de ce séjour, tantôt doux , calme, ravissant, tantôt sombre, affreux , terrible. Cest sur lui que se porte le plus l'attention des curieux, qui en visitent souvent les approches et s'élèvent quelquefois jusqu'à sa sommité , d'où l'on jouit d'une vue très-étendue , dans divers sens.
Des sources thermales de Coûtent*.
La grande célébrité de Cauteretz vient de ses eaux thermal es, connues des Romains et très-fréquentées par eux.
Les eaux des Cabanes ou des Pères , les plus
anciennes de toutes , furent abandonnées après la découverte de celles de la Raillère, qui eut lieu en 1600 , par un troupeau de chèvres.
Celle du Roi ou des Espagnols , rappelle la guérlson d'Abarca , premier roi d'Aragon , qui , peutêtre , a aussi donné son nom à la chaussure des montagnards, nommée abarques ou avouarques.
Marguerite , sœur de François I", a donné son nom à la fontaine dont elle usoit fréquemment ;
Ce lieu reçut aussi , dans l'Age de l'amour , L ,i i niable Marguerite et sa folâtre cour ; Et , si souvent témoin de sermens infidèles , Sourit aux doux récits de joyeuses nouvelles. On croit qu'en dessinant ces fidèles portraits , La reine à son histoire emprunta quelques traits, Et que des mœurs du temps ces peintures naïves Sont de ses goûts légers les galantes archives (1).
Les eaux de Cauteretz qui , par leur renommée , rivalisent avec celles de Barèges, sont plus abondantes et plus élevées en température ; on ne sauroi t apprécier les différences qui peuvent résulter de la base des principes qui leur sont communs ; et quoiqu'on ait fait un usage plus borné de ces dernières pour le traitement des blessures , fc leur efficacité , dans des cas pareils , n'est point contestée. Ellessont préférées pour les maladies de l'estomac , du foie,
• *(i) Les Pyrénées , poëme par M. Dureau de la Malle fils,
Uigitiz
de la poitrine, dans la langueur, l'épuisement, le marasme, l'atrophie; elles sont plus diurétiques et moins sudorifiques; elles perdent plus dans le transport. Les eaux de Cauteretz ont à peu près le même goût et la même odeur que celles de Barèges.
Leur situation sur le penchant de la montagne, ou dans des ravins très-distans des habitations , en rend l'accès et l'emploi difficiles, et il. nécessite l'emploi continuel des porteurs, qui sont aussi nombreux que robustes. Mais ces inconvéniens sont bien compensés , par la douceur du climat , la beauté des sites, la fixité du sol et le grand nombre des sources, dont le produit est infiniment supérieur à celui d'aucun autre lieu des Pyrénées. Nous allons indiquer succinctement le gisement, la nature et la quantité de ces eaux salutaires.
Sources et Etablhsemens de l'Est.
11 y a dans cette région qui domine Cauteretz, à la distance de plus de cent mètres, quatre grandes sources, situées sur trois plans différens ; c'est là qu'étoitl' ancien Cauteretz, dont on voit encore quelques ruines. Des quatre sources de l'est, deux ont été concédées à des particuliers , et elles ont été exploitées avec quelque soin; ce sont celles de Canarie et de Pauze : les deux autres
sont celles de César et des Espagnols ; elles ne présentent que des établissements informes, quoiqu'elles soient les meilleures.
i° Sources de Canarie.
Les eaux de Canarie proviennent de deux sources , dont l'une étoit appelée la Source d'Amour , et l'autre , la Grande source ; elles donnent par jour 5a8 pieds cubes d'eau de 58 degrés de chaleur. Elles sont très anciennement connues. Les comtes de Bigorre , vers i52o , en firent la concession aux moines de Saint-Savin, qui y érigèrent un petit hospice , sous le nom de Cabanes des Pères; cet établissement fut acquis ensuite par Dupont-Canarie, dont il porte le nom ; il a été ultérieurement acquis de ce particulier, par M. Bruzaud de Cauteretz , qui a rapproché ces eaux de l'enceinte de la commune , et a fait un établissement, dont nous parlerons ci-après. L'ancien établissement de Canarie est abandonné , et il n'offre plus que des ruines.
a 0 Bains de Pauze.
La source de Pauze est très-abondante : elle donne 55a pieds cubes d'eau par jour, de 55 degrés ; elle alimentoit autrefois six baignoires, abritées par des planches. Cet établissement a été refait à neuf, sous la surveillance de MM. Labat ,
médecins-inspecteurs, qui ont fait fouiller la source de nouveau. Aujourd'hui, il y a treize cabinets, qui se communiquent par un beau vestibule pavé en schiste. Le cabinet du milieu contient une douche à six robinets fixes, plus élevés les uns que les autres , et de différens diamètres, appropriés aux divers cas maladifs. A l'entrée , et sur le vestibule , est une buvette à robinet. Quatre des autres cabinets contiennent deux baignoires chacun ; les autres n'en ont qu'une ; total 16 baignoires. Le réservoir qui leur est commun, se trouve derrière l'établissement. On a , à volonté , de l'eau chaude et de l'eau froide , dans tous les bains. Jamais la douche ni la buvette ne manquent d'eau , pendant que l'on se baigne , parce qu'elle provient de la source-mère, et non du réservoir, qui ne se remplit que par le trop plein de la source , lorsque la douche et la buvette ne donnent pas. 11 y a dans le vestibule, un chauffoir, qui a autant de cases numérotées qu'il y a de baignoires, afin d'empêcher la confusion des linges.
Ce bel établissement appartient à M. Cazenave- Manuguet^àe Cauteretz, qui avoit acquis la source de la vallée de Saint-Savin.
3° Bains des Espagnols.
La source des Espagnols est voisine de celle de Pauze , mais elle a 38 degrés de chaleur. Les deux
établissent eus se tiennent. Celui-ci, dont la construction est voûtée , paroît être de fondation romainejiln'y avoit autrefois qu'une piscine informe, qui ne recevoit de jour que par deux étroites fenêtres ; il y a maintenant une douçhe, qui sert aussi d'étuve ou de bain de vapeur , et deux baignoires latérales assez bien disposées. Cet établissement est susceptible de recevoir une grande extension.
4° Bains de César.
Les bains de César paroissent être aussi de construction romaine , comme les précédens; il y avoit autrefois une large piscine surmontée d'une voûte, et éclairée , sur le devant y par deux ouvertures de forme ovale. On y a fait un mur de séparation , et maintenant il y a deux baignoires , unç de chaque côté , et dèux buvettes qui coulent continuellement (i). On a joint à l'ancien édifice, un cabinet à douche. En 1804 il y fut établi une belle
(1) C'est là qu'on remplit presque toutes les bouteilles qu'on expédie chaque année , sur tous les points de la France ; on paie chaque bouteille cachetée a5 centimes. La boisson est gratuite aux sources de Cauteretz , comme dans tous les établissemens thermaux.
Le prix d'un bain ou douche, est un franc, dans les cabinets en pierre avec baignoires de marbre ; et 60 centimes, dans les baignoires en bois.
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douche, en i8o5 , les deux cabinets à bains furent réparés; deux baignoires en marbre y ont été mises, et l'édifice a été soutenu par une terrasse. Cet établissement est aussi susceptible d'une grande extension, par l'énormité de la source, qui donne chaque jour io55 pieds cubes d'eau à 09 degrés et demi.
5" Etablissement nouveau de Canarie, appelé Bains
de Bruzaud.
Ces bains sont au bas,de la montagne , et ils touchent à Cauteretz; ils ont été construits dans les années 1798 et 1799, en remplacement des anciens Canaries, dont les eaux ont été dérivées par un long aquéduc; les tuyaux sont en terre cuite, et ils ont douze ou quinze centimètres de circonférence. Ce transfert , joint au peu de soin que l'on a pris pour faire l'aquéduc , dont le diamètre est trop fort , eu égard au volume de la source , a beaucoup diminué la température de l'eau , qui n'a plus que trente degrés. '
L'établissement Bruzaud contient douze cabinets, dont les quatre extrêmes renferment chacun deux baignoires : il y a > en outre , un joli salon qui sert de pièce d'attente , une douche à quatre robinets de différentes grosseur et élévation, et une buvette fort commode. Un long péristyle recouvert, s'étend d'un bout des bains à l'autre, et il v a , comme à Pauze , un chaufToir à cases nu-
mérotées ; des terrasses , des jardins ombragés , des cabinets de verdure , achèvent d'embellir ce superbe établissement, qui se trouve à la portée des malades , même pendant le mauvais temps ; il a été construit sous la direction de l'inspecteur des eaux.
Si le Gouvernement se décidoit à former un grand établissement thermal à Cauteretz , toutes ces sources de l'est, qui sonttrès-rapprochées l'une de l'autre , seroient plus que suffisantes pour cela ; elles pourroient fournir sans peine au traitement de 5 ou 600 malades, à l'aide de piscines construites dans le goût de celles de Barèges.
Il est dommage que ces sources soient aussi distantes de toute habitation , et qu'on soit con- , traint, en quelque sorte, d'en faire le transfert pour le grand établissement projeté. Cependant, si l'on pratiquoit un chemin en rampes douces, pour conduire du vallon jusqu'aux sources, on pourroit bâtir sur l'endroit même qu'elles occupent, ou du moins s'en rapprocher beaucoup, et il y auroit toutes sortes d'avantages, car on ne sauroit choisir un lieu plus favorable : il est fort aisé de faire sur le flanc de la montagne, à l'aide de quelques escarpemens, une plate-forme assez étendue pour y construire un vaste hospice ; il seroit garanti de tout accident par la forêt, aux pieds de laquelle il se trouveroit situé ; et l'on pourroit y arriver par une avenue commode et
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plantée d'arbres. Ainsi employées sur les lieux, ou à peu près , les eaux ne perdroient rien de leur température , ni de leurs vertus ; et l'exercice que nécessiteroit Péloignement ou elles se trouvent, deviendroit salutaire aux malades, si au lieu d'un sentier rapide et inégal, il y avoit, pour y parve* nir, une route belle et ombragée. On pourroit même établir une communication de ces sources à celle de la Raillère, par une autre avenue pratiquée sur le flanc de la montagne ; cè qui prolongeroit la promenade et la rerfoVoit encore plus agréable. Telles sont, au reste, les vues qu'on à cherché à concilier, dans le grand plan soumis au ministère à ce sujet, et dans l'exécution duquel pourroit se déployer, comme à Bagnères, une grande munificence.
Sources et étabîissemetis du Sud.
On trouve, après le bassin de Cauteretz, en remontant le gave vers le midi, plusieurs autres sources très-importantes. Elles sont situées depuis i,5oo jusqu'à 5,ooo mètres des habitations : la première est celle de la Railtère, les autres sont celles du Petit Saint- Sauveur, du Pré, de Mauhouraty de Bayi rendes (Eufi et du Bois.
Source de la Raillère.
C'est la moins éloignée de toutes; c'est aussi la plus abondante : elle donne 3,ofio pieds cubes
d'eau par jour, à 34° ; l'eau en a 3o dans les bains*; L'e'tablissement , après avoir été mis en bon état en j8o5,fut incendié en i8o5, et rétabli provisoirement ; il n'étoit composé que de quelques baraques, qui abritoient une douzaine de baignoires en bois ; un bangardirecouvroit la buvette ; un bâtiment en pierre ^ qui avoisine ce hangard, contenoit trois baignoires : c'étoit ce qu'on appe<loit les bains de Richelieu, du nom de Ce duc, ancien gouverneur de Guyenne, qui s'y ; étoit baigné. On vient de construire, sur un grand et beau plan, un nouvel édifice, où vingt baignoires en marbre sont déjà placées 5 et l'abondance des eaux permettra de les doubler, quand la construction sera entièrement achevée. L'importance de cette source rend très-utile une semblable construc^ tion, dont les plans et devis avoient été envoyés, plusieurs années avant , au ministère.
Petit Saint-Sauveur.
C'est un établissement tout récent , situé après la Raillère , et à quelques toises des bains du Pié. La source, qui est très-foible , n'a que 24 0 de chaleur, et paroit provenir des infiltrations des sources supérieures. Il y a quatre baignoires.
Source du Pré.
Elle est située bien au-delà du pont, et avant Mauliourat , près de la cascade du même nom.
Le propriétaire est resté long-temps sans en tirer aucun parti , quoiqu'elle fût susceptible d'une grande fondation par son abondance et la haute élévation de sa température, qui est de 02 degrés. Une baraque, abritant quelques baignoires en bois, étoit tout ce qu'on y voyoit, avant que le propriétaire y eût fait un superbe établissement, sur le plan de ceux de Brusaud et de Pauze. Il y a une buvette, une douche graduée, seize bains, une étuve, un bain de vapeur, un péristyle, et tous les embellissemens que lés lieux pouvoient comporter.
Cette source et celles dont nous allons parler, étôient comme inabordables ; il fut fait , depuis la Raillère jusque-là, en 1807, sous la direction de l'inspecteur des eaux, une très-belle route, en blocs de pierres détachés des montagnes, qui maintenant , au lieu d'obstruer le passage , offrent une chaussée indestructible.
Sources de Mauhourat ( 1 ), cfe Bayard, et des Œufs.
Ces trois sources sont comme groupées à trèspeu de distance de là, et elles sortent du creux des rochers. On arrive à la première par un sentier tracé sur la rive droite du gave , et l'on par-
(1) Mauvais trou, en langage du pays.