‹ Itinéraire descriptif et pittor. des HautesPyrénées françChapitre 6 sur 31 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Val d'Azun.

Le val cVAzun a son "embouchure dans la vallée primitive, au couchant d'Argelés, et se dirige vers le sud-ouest, jusqu'à la crête centrale, où il avoisine , par ses dernières ramifications , celles de même ordre qui appartiennent aux vallées deCauteretz et d'Ossau (Basses-Pyrénées). Il est très-élevé , et son fond présente un attérissement considérable , provenant des sommités voisines, ce qui en a fait un large vallon d'une très-riche culture; les sommités qui le dominent , sont toutes dépouillées de leurs antiques forêts, dont on ne voit que quelques restes épars ; mais elles n'offrent pas la nudité ni l'aspect de désolation , que présentent la plupart des vallées secondaires. Le gave , qui a creusé profondément son lit , au milieu des attérissemens , coule arec rapidité sans dévaster ses rives (i).

(1) Avant la révolution, les habitans de cette vallée , par un usage immémorial, offroient chaque année , la veille de la

( 55 ) , En fartant d'Argués, on monte assez rapidement,' par un beau chemin vicinal, pratiqué sur la rive gauche du torrent et qui est ombragé par des noyers et des chênes ; il se prolonge jusqu'au village d'Arrens, situé à la distance.de deux lieues. On arrive d'abord à celui d'Aucun , près duquel , N sur une montagne , à droite , est le puits d'Aubès , gouffre effrayant d'où s'exhale,de temps en temps , une odeur de marée, qui a fait croire aux habitans qu'il communique avec l'Océan. Ce gouffre est sur le chemin qui conduit de la vallée d'Azun aux Ferrières, village dépendant du même canton, et qui tire son nom des belles mines de fer qu'on exploite de l'autre côté du gave de Louzou, lequel forme en ce lieu les limites des départemens des Hautes et des Basses-Pyrénées. Un chemin difficile dans toutes les saisons, traverse les vastes montagnes qui séparent la vallée d'Azun, des Ferrières. Ces mines de fer alimentent les forges de M. le marquis d'Angosse , situées à Asson en Béarn , ainsi que nous l'avons vu.

D'autres villages populeux se présentent ensuite; et il est une foule de hameaux, diversement situés, qui décorent les pentes des monts. Tous sont en-

Pentecôte, à saint Bertrand, évèque tle Coraminge, tout le beurre qu'on faisoit ce jour-là dans la vallée ; l'évêque siégeant et les chanoines se le partageoient. Cette pieuse redevance étoit estimée 4a à 5o écus. ( Histoire manuscrite du Bigorre, lit. ÏT, chap. 7 )

vironncs de prairies et de champs bien cultives. Parvenu au village d'Arcizans , on voit la vallée se bifurquer , et présenter au confluent des deux gaves le village de Sireix et celui de Bun , situé sur un beau plateau.

La branche qui se dirige à gauche est la plus rétrécie : lorsqu'on la parcourt, on trouve dans le bas-fond quelques champs et de belles prairies; mais les pentes supérieures n'offrent que des pâturages couronnés çà et là par quelques bouquets de bois. 11 existe encore , sur le versant gau*çhe de cette gorge, vis-à-vis et au-dessus du village de Labat de Bun , quelques restes d'antiques sapinières. Elle se prolonge jusqu'au centre de la chaîne , où des hauteurs considérables la dominent , et où elle offre un passage qui conduit en Espagne , et que l'on nomme la Hourquetle de Bun, dominée par le pic de Badescure de i6i5 toises d'élévation , selon MM. Vidal et Reboul. Le torrent qui la parcourt , prend sa source au lac (FEstaig, qu'entourent les montagnes de Bun et de Gaillagos, et qui abonde en bonnes truites.

L'autre branche , qui paroit être le prolonge-r ment de la vallée , dont elle conserve la largeur et la direction jusqu'à Arrens, offre une belle végétation et des sites ravissans. Les superbes villages de Marsous et $ Arrens, font suite à celui d'Aucun , et sont placés à égale distance , dans la vallée. Mais le spectacle le plus frappant, est celui

de la montagne d'-Arrens, dont la pente insensible s'élève en amphithéâtre, d'une grande hauteur. Elle est couvertfrd'habitations bien ombi-agées, de belles prairies où paissent de beaux troupeaux, de champs cultivés, dont les tardives moissons ne se récoltent que deux mois après celles de la plaine.

On arriveenfinaumonticuledePow^/rt//ttc(i), point extrême de ce grand vallon, d'où l'on peut jouir des rianïes perspectives qu'il offre de tous côtés. Là, se trouve un bel édifice, consacré à JSotre-Dame. Un roc de granit, taillé avec le ciseau en forme le sol. La voûte en est remarquable; et l'on est frappé de la richesse des dorures de cette eghse , ou l'on se rend en dévotion , à certaines époques de l'année ; des autels votifs s'élèvent devant son enceinte , sous les ombrages de vastes bouquets de noyers et de châtaigniers , portique magnifique, décoré des mains de la nature. Les bons montagnards y déponent en offrande , du beurre , du lin et .des agneaux; C'est une fondation religieuse, digne d'attirer les regards et d'exciter les sentimens de piété du voyageur, étonné d'autant de luxe, en un lifcu si agreste. 11 a été visité en 1825 par la fille des rois, Madame, duchesse d'Angouléme , pendant son séjour dans les Pyrénées. L

( 1 ) On trouve souvent dans les Hautes-Pyrénées le nom de Pouey, donné à des pics, des lieux élevés , des tertres : du mot latin podium, ou de l'italien poggic, tirés du grec ttoJwv, 7ra 7 <*.

Tout est spectacle pou rlesryeiix, dans ce site admirable. À l'est d'Arrens, dans la direction de la gorge de'fcabat , est un second promontoire appelé Monl-Joy^ qui fait perspective, et on l'on peut all«r jouir d'un nouveau point de vue, d'où l'on embrasse tout le panorama de la vallée. Au sud, s'élève ma*jestueusement le pic du Mwli d'Azun , et au nord se fait remarquer le pic de Gubùos, (fui n i3*o toises d'élévatibn ; il sépare le vnl d'Azun de celui d'Asson. Au couchant, sont 'des • montagnes surbaissées , dont la croupe s'élève en pente douce, et présente de nombreuses habitations, sur tut i immense chafmp de verdure. Un passage conduit dans la vallée d'Ossau, par la gorge des Eaux* Bonnes.

Pour aller de là : aux Eaux* Bonnes , on passe derrière la chapelle de Poney la Hue, et l'on s'élève insensiblement Sur les pentes voisines , par un joli chemin, au travers des prairies, qui se prolongent jusqu'à la cime du chaînon de montagnes, formant l'enceinte du superbe bassin d'Arrens j et c'est de cette cime, qu'on jouit de sa plus beh*e perspective. Mais aussitôt la scène change vers l'ouest ; en continuant sa route, on rencontre un ravin qu'il faut gravir et qui tient lieu de chemin. Parvenu sur la hauteur, on domine une espèce de désert aride , parsemé seulement de quelques bruyères et tapissé d'une mousse pâ(e , décolorée. C'est la partie supérieure de la gorge des Ferrières

d'Arbeost, appelée Cabazou y où se voient des espèces de marais, formés par l'infiltration continuelle des eaux de neige , avant qu'elles forment un ruisseau ; elles proviennent des monts supérieurs , dont il faut franchir la cime , qu'on aperçoit au loin , et qui offre deux brèches praticables, celle du col de Tortes , à gauche , et celle du col d'Arbaze ou d'Arbatz, à droite.

On descend le revers de la montagne d'Arrens, en tournant les marais de peur de s'y enfoncer, et l'on arrive à la base des monts de Penne-Blanque. Alors il faut gravir presque pic, au travers des éboulemens de la montagne ; on rencontre à la moitié de l'élévation , des gazons parsemés de quantité de touffes de houx, qui s'en détachent en forme de tentes et présentent l'aspect d'un camp. Mais ce camp est désert, et à peine remarque-i-on dans celle solitude , quelques traces d'hommes et d'animaux. Parmi ces légers vestiges, produits par les pas routiniersdes berge rs et de leurs troupeaux, et qui, se croisant, se mêlant, se confondant, sont plus propres à égarer qu'à guider le voyageur, se distinguent pourtant deux directions principales, qui conduisent aux deux brèches, entre lesquelles il faut choisir. Celle d'Arbaze, plus accessible, conduit à Biost et à Laruns , et pour parvenir à Bonnes , il faudrait revenir sur la gauche , à travers les rapides pâturages de Hans,<\u\ sont en face de formes. Le col de Tortes, d'un plus difficile ac-

ces , est le vrai chemin de Bonnes. Lorsqu'on a atteint ce col , à travers des lieux frappés de stérilité , et après beaucoup de fatigues, on retrouve pour dédommagement, dont la nature n'est jamais avare dans les Pyrénées , un aspect comparable , etpeut-être supérieur à celui d'Arrens. Nous avons fait connoître le trajet des Eaux-Bonnes, couvert de superbes ombrages, jusqu'au revers occidental de Penne-Blanque , revenons au principal embranchement de la vallée d'Azun. /

A partir de la chapelle de Pouey la Hue , cette vallée se prolonge eitcore plus de trois lieues au midi. Mais ce n'est plus qu'une gorge trèsétroite, que parcourt un torrent rapide, et qui n'offre qu'un étroit sentier , à peine praticable pour un mulet chargé. Ce sentier conduit à un col , par où l'on communique avec le val de Théna , en Espagne \ on le nomme la Hourguette d'Arrens. Au bas de ce col et des hauteurs qui le dominent, est le lac éPArrens, ou de Suyen, qui est très -considérable et qui abonde en truites. Celui d y A rtouste est dominé par le pic de ce nom. Les monts qui avoisinent les deux Hourquettes de la vallée d'Azun, sont d'une très-grande élévation. Le pic d ' Arrieu-Grand a 1 54 1 toises, selon MM. Reboul et Yidal ; ces monts présentent plusieurs amas de glaces et de neiges permanentes , dont la fusion , pendant l'été , fournit à une multitude de sources ou de fontaines périodiques, et aux divers

gaves, réduits au tiers de leur volume, après le "mois de septembre jusqu'au mois de mai. Des mines d'argent, de cuivre, de fer, de plomb et de zinc (1) , sont autant de richesses perdues pour cette contrée, où la culture et la dévastation ont détruit le combustible, dont la nature n'avoit pas été moins prodigue envers, elle.

Aujourd'hui , la belle et intéressante vallée d'Azun est, par nécessité, uniquement pastorale ; on y cultive fort peu de grains, mais beaucoup de lin et de millet ; elle renferme dix villages , dont la plupart sont très-considérables. Leurs industrieux habitans ont fertilisé , par une culture bien entendue , tous les bas-fonds et toutes les pentes de ce beau bassin, où ils ont de vastes prairies ; leurs superbes troupeaux paissent sur les hauteurs, où une nature féconde produit d'abondans pâturages. Il s'y fait aussi un peu de commerce avec l'Espagne.

On peut, après être allé à Arrens par la route

(i) La vallée d'Azun possède plus de vingt mines, indépendamment de celles qu'on ne connoit pas. Le plomb est le métal le plus abondant dans les Pyrénées ; les montagnes de Bats, du pic du Midi , de Soulom , et celles du chemin de Barèges en recèlent, avec du cuivre pâle et jaune. On voit aujourd'hui une nouvelle fonderie à Nestalas , et une autre établie [à Arras. V. M. le baron d'Iétrich, tom. II. (Voyage dans les Pyrénées françoises, page i3i , an 1789. )

la plus directe, se procurer au retour, le plaisir de voir la gorge de Bun, et se ménager, comme surprise , la vue complète de l'incomparable paysage d'Argelés, déjà décrit, en descendant directement sur le plateau de Saint-Savin.

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