‹ Itinéraire descriptif et pittor. des HautesPyrénées françChapitre 9 sur 31 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Val de Lutour j val de Gaube j ascension et vue de Vignemale ;

chasse de l'izard.

Deux torrens assez considérables viennent déboucher dans le bassin de Cauteretz, qui, anciennement , n'étoit qu'un grand lac. Après avoir rompu leur digue naturelle, les eaux ont laissa tout le terrain à sec , comme en beaucoup d'autres endroits. Ces deux torrens forment , par leur réunion, le gave qui traverse toute la vallée : l'un descend des hauteurs de Vignemale et du port de Cauteretz , par deux branches principales qui se réunissent au pont d'Espagne; l'autre coule des montagnes qui forment le chaînon boréal de la vallée d'Ossoue, et traverse la gorge de Lutour, à l'embouchure de laquelle il tombe en cascade, tout près de celle de Mauhourat, que forme le premier gave. On arrive à ce point de jonction, après avoir passé le pont de bois qui traverse le gave, et l'établissement de la Raillère; la route nouvellement commencée , est formée par la juxta-position des énormes blocs de granit qui

encombroient la vallée. C'est une chaussée de géans, pour laquelle il a fallu employer les efforts des robustes Bigorrois de ces montagnes; et on pourroit la prolonger ainsi jusqu'en Espagne , à force de bras ; les matériaux ne manquent pas, et sont partout à pied d'oeuvre, ainsi que nous le verrons.

La chute du second torrent, moins forte, et le cours des eaux moins rapide, annoncent que le sol qu'elles parcourent, avant de s'épancher entre les hauteurs de Cambalès, de Pêterneille et de Marcadau, a moins de déclivité que celui de l'autre embranchement. En effet* il est aisé de remonter, le long de ce gave, à travers les bois verdoyans, les riches prairies, les gracieuses cascades qui se succèdent, jusqu'à celle du joli lac oV Estom ou. à'Estoum , d'où elle s'échappe avec une forte chute. Ce lac, moins grand que celui de G aube, plus froid et privé de poissons, mais plus pittoresquement situé , réfléchit , dans ses eaux d'un bleu foncé, les énormes monts de Culaous, Soubiran, Poey-Mourou , et les pics remarquables iVEstom et de Mey. On peut même , sans trop de fatigue , parvenir jusqu'aux racines de Poey- Vignati, de Pigaraillàre , et de la pêne de Succugnac, dont les neiges et les glaces, sources premières du torrent, offrent seulement quelques difficultés, lorsqu'on veut atteindre \*Hourq nette, qui conduit clans le val de Gaube , ou le Col de

Succugnac, qui communique avec VOulette et la vallée d'Ossoue.

Pour parcourir le principal embranchement de la vallée de Cauteretz, et atteindre les hauteurs de Vignemale, il faut prendre la gorge qui se présente à droite, et dès qu'on est un peu audessus du confluent des deux gaves , le chemin devient très-difficile ; il n'existe plus qu'un sentier inégal et montueux, pratiqué sur la rive droite du torrent, à travers des blocs de granit qui s'offrent ainsi, comme les projectiles du combat des Lapithes ou des Géans, dans toute l'étendue de la gorge, jusqu'au pont; d'Espagne. On y parvient après une marche de deux heures à peu près, soit à pied, soit en chaise à porteur, simple siège de paille établi sur deux brancards , que recouvre une toile cirée soutenue par deux cerceaux , pour garantir les dames de la pluie ou du soleil. De vigoureux porteurs, se relayant de distance en distance, courent plutôt qu'i ls ne marchent sur ces débris anguleux et inégalement inclinés , mais qui ne cèdent pas sous les pieds ; ils les ont tantôt nus, tantôt enveloppés d'une simple sandale en peau velue, en drap, en toile, ou bien de la flexible chaussure qu'on appelle espordilies formée de cordes natées, à la manière dont les Espagnols tressent l'espèce de jonc appelé sparte.

Tout le val de Gaube « est une chaîne de rochers, de torrens, de précipices plus etfrayans

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les uns que les autres : on n'y voit que des sapins, des ifs, de la verveine, et tout ce qui caractérise la demeure d'un magicien malfaisant; on n'y trouve pas un oiseau; le silence n'y est troublé que par la fonte des neiges, qui tombent du haut des montagnes avec un bruit épouvantable. La nature paroît gémir de l'horreur qu'elle se fait à elle-même. Je croyois toujours l'entendre me dire ces paroles : Pourquoi viens-tu m'offrir l'image de la galle? Tu es bien téméraire de sourire en ces lieux! Nos porteurs étoient des chèvres plutôt que des hommes, qui sautoient de rochers en rochers , qui descendoient dans des endroits si escarpés, que , si je ne m'étois pas cramponné contre ma chaise , je serois tombé vingt fois dans des abîmes : je n'ai pas été effrayé un instant (1). » A ces traits généraux, mêlés de quelques inexactitudes, et dont le ton porte l'empreinte d'un enjouement habituel, contrarié par la noble et imposante austérité de ces lieux, joignons une description pure et simple des objets qu'ils offrent, et que chacun est libre de voir comme il lui plaît, des yeux de l'imagination et à travers le prisme de ses goûts, de ses habitudes, de son humeur dominante.

Dans tout ce trajet, on a lieu de remarquer dif-

(1) Lettre au cher neveu Brûle-Gueule, datée de Barèges, le 1 9 septembre i 761 , par l'abbé de Voisenoii.

férens ressauts granitiques , à travers lesquels le torrent s'échappe , et forme des cascades de tout son volume. Le premier a lieu à l'endroit même où sont situés les bains du Pré, et il produit la cascade de Mauhourat , qui a pris son nom de celui de l'espèce d'antre par où s'écoulent les eaux minérales. Le second ressaut donne Ijeu à la cascade du Cériset, la plus jolie, la plus pittoresque de toutes, par le tableau enchanteur qu'elle présente , et le site terrible qui l'entoure. Pour îa considérer de près, on descend sur un tapis de mousse élastique , gonflée , humide, spongieuse, et l'on se trouve aussitôt enveloppé d'un brouillard épais semblable à un voile humide, qui plaît par sa fraîcheur, et tempère les ardeurs d'un soleil d'été en plein midi. A travers ce voile léger et ondoyant, dont la mobile substance ne cesse de se renouveler , sans altérer sa contexture , on aperçoit le torrent qui écume , s'élance , se précipite et rejaillit en vapeur, comme pour dérober h la vue la profondeur de l'abime tortueux que le spectateur a sous les pieds ; on l'aperçoit à la clarté douteuse des rayons solaires, qui se décomposent et étalent toute la richesse des couleurs de l'arc-en-ciel, mais brisées et se mêlant sans cesse, au gré des tourbillons que forment ces petits globules aqueux, prismes imperceptibles qui papillottent aux yeux comme les fragmens du miroir de l'oiseleur. Le mouvement de cette scène

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et le bruit des eaux, contrastent avec le morne silence de ce lieu de désolation, où quelques pins jetés ca et là, attestent seuls une nature vivante ; il en est qui ombragent la cascade , et semblent se nourrir de sa bienfaisante vapeur, qui ruisselé sur leur écorce , et retombe en pluie de leurs branches et de leur vert feuillage. Le troisième ressaut est nommé le Pas de l'Ours : là le gave tombe aussi en masse, mais d'une très -petite hauteur. Le quatrième ressaut forme la cascade du Boussès, la plus élevée de toutes. Ces divers ressauts sont séparés par autant de petits bassins fort étroits, tous encombrés de débris des montagnes. 11 y croît quelques sapins ; les flancs et les sommets des montagnes voisines en sont tout couverts, et la végétation y est assez belle.

Le pont d'Ëspagne qui termine cette première gorge, nommée, dans le pays, le val de Gerret, est composé de quelques sapins , de 20 à 5o pieds de long, qui traversent le gave, dans un lieu où il est très-profondément et très-étroitement encaissé par des rochers de granit coupés à pic , sur une profondeur de 20 mètres environ. Le cours du gave , en cet endroit , est très-rapide , et le tumulte des eaux produit une profonde impression , lorsqu'on observe cette scène du milieu du pont. Un ressaut considérable , et très-élevé , donne lieu à de larges napes écumantes qui se précipitant, rejaillissent en vapeurs, dont les globules décom-

posent les rayons du soleil, et les'bouillonneraens se prolongent j usqu'au dessous du pont,où l'on peut descendre. Il faut le traverser, pour mieux jouir de la cascade qui est du plus grand effet, vue d'un certain éloignement, près du confluent des deux gaves supérieurs ; là se trouve un petit pont branlant, sans cesse agité par le choc des eaux et de l'air, effet naturel et frappant , qu'on a souvent cherché a imiter, notamment dans le beau parc de Méréville, près d'Etampes, création de M. Delaborde. Une corniche naturelle conduit d'un pont à l'autre, et domine l'abîme , au fond duquel roule le gave , que le moindre faux pas feroit rejoindre , lorsqu'on se hasarde à ce trajet, fort périlleux, mais qui pique une audacieuse curiosité. "

Là aboutit le val du Marcadau ; et c'est dans cet embranchement, à droite, qu'est pratiqué le chemin qui conduit au port de Cauteretz, par où l'on communique avec l'Espagne. Ce port est situé au couchant de la montagne de Vignemale : c'est un passage assez facile. Le Marcadau offre une très-belle sapinière.

Le point de jonction du gave qui provient de cette gorge et de celui que fournit le val do Gaube, à gauche , est tout près du pont d'Espagne. On se trouve déjà à une assez grande élévation, puisqu'à côté des myrtilles ou airelles à baies succulentes, se voient les rhododendrons.

Pour parcourir le val de Gaube , on monte le

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ressaut par des rampes très-rapides, et l'on atteint bientôt le niveau du gave qui provient du lac de Gaube. Ce lac, auquel on arrive, après une heure de marche, offre un très-bel aspect; sa circonférence est d'une lieue et demie ou 6 kilomètres environ, et sa plus grande profondeur, de 5o mètres ; il abonde en truites. Ses eaux calmes et limpides, réfléchissent, par un beau jour, les rochers qui Pavoisinent et les hautes sommités qui forment sa grande enceinte. On voit sur ses bords du coté du couchant, des masses énormes qui l'ont en partie comblé 5 quelques débris ont roulé du haut des monts, jusque dans le centre de ce vaste réservoir; une barque d'une forme particulière, joli petit esquif, procure aux personnes qui vont le visiter, le plaisir d'une promenade par eau, au sein des plus hautes montagnes. Un pasteur et pêcheur à la fois, dont la cabane est sur le bord du lac , en fait les honneurs aux curieux et se plaît à raconter les visites antérieures : « les plus mémorables étoient celle d'un prince allemand, qui mangea trente-six truites , et celle de M. d'Etigny , célèbre intendant de la province, qui se fit accompagner d'une suite de cent personnes; il avoit amené jusqu'à des musiciens. Notre pasteur se souvenoit principalement de l'honneur que l'on avoit fait à une petite bergère, de la faire beaucoup danser, et de lui donner quarante-cinq francs, pour la remercier de s'être prêtée à cet hon-

neur(i). » Dans ce modeste asile, où on ne peut se tenir debout, et qui a été bâti en pierres grossières ramassées sur le sol, et couvert en chaume, on trouve des bancs de bois et quelques grossiers ustensiles; du lait, du pain bis, d'excellentes truites tirées toutes vivantes du lac , permettent au solitaire d'offrir au voyageur un repas frugal, à peu de frais, lorsqu'on n'a pas apporté de provisions soi-même. Je conseillerons du moins de se pourvoir de vin , celui du lieu étant plus acide que liquoreux.

On aperçoit très-distinctement des rivages du lac, la montagne de Vignemale, dont les glaciers éternels deviennent resplendissans, lorsqu'ils sont frappés par les rayons solaires, et semblent rapprocher cette grande masse du spectateur, qui la contemple avec admiration : c'est un grand et vaste tableau, dont le cadre et la surface sont également dignes d'intérêt; c'est une perspective

comparable à celle du Marboré ; mais le cirque (2),

(1) Un mois de séjour dans les Pyrénées, par M. Àzaïs, pag. 88. . ;

(2) Nous aurons lieu de remarquer plus d'une fois de semblables dispositions dans les Hautes-Pyrénées; et c'est une chose bien étonnante que ces amphithéâtres, ces cirques, ces ouïes, qui ne ressemblent en rien à ce que l'on rencontre au fond des vallées dans la chaîne des Alpes. Ces fonds représentent communément un entonnoir plus ou moins * évasé ; mais nos cirques qui occupent la place de ces entonnoirs , ne

quoique plus étendu, n'offre point ces gradins symétriques et ce contour régulier qui, ainsi que nous le verrons bientôt, caractérisent celui de Gavarnie. H y a plus.de rudesse, plus d'àpreté dans les formes, et l'on aperçoit comme des déchiremens qui sillonnent profondément, et de haut en bas, toute la surface de cette imposante barrière.

Pour approcher de la triple sommité de Vignemale, il faut tourner le lac a droite et suivre un sentier, à peine praticable, à travers des débris granitiques , dont l'existence est due sans doute à quelque grand ébranlement, et qui se présentent jusqu'au sommet de cette gorge ; ils proviennent tous du versant qui borne la vallée à droite. Du lac jusqu'au pied de Vignemale , on monte sans cesse, et l'on rencontre cinq ressauts successifs, toujours moins élevés, à travers lesquels le gave s'est ouvert un passage. 11 en est résulté autant de cascades; la première, qui se voit très -dis-

leur ressemblent pas du tout , ni par l'aspect, ni par la structure. La profondeur des excavations, et les roides escarpemens des montagnes qui les entourent, indiquent l'ancien séjour des eaux, pendant un temps plus ou moins long, séjour qui , joint aux grands bouleversemens qu'ont éprouvés les Pyrénées dans leur masse entière , a dû produire ce double phénomène sur un sol en grande partie calcaire : on peut juger du fondement de ces conjectures, par l'inspection des lieux où l'on trouve encore des lacs. i

tinctement des bords du lac , et porte le nom dé Splénome (1) , est la plus remarquable. Autant de vallons successifs, et dont l'étendue va toujours croissant, séparent ces chaussées naturelles, et sont le réceptacle des débris des montagnes; quelques pâturages peu fertiles, y alimentent des troupeaux dans la belle saison; le troisième offre à droite l'aspect d'une jolie cascade ; le dernier a une très-grande étendue; des fragmens considérables de quartz ocracé se présentent à l'entrée et du côté droit; plus loin, d'énormes blocs de pierre calcaire l'encombrent de toutes parts; toute sa surface est recouverte d'un gravier siliceux, calcaire et granitique , à travers lequel serpentent de nombreux filets d'eau, qui se réunissent à l'issue pour donner naissance au gave, après avoir baigné quelques pâturages humides et marécageux. Le fond de ce bassin est occupé par un énorme glacier, qui a 3o à 4o mètres d'épaisseur, dans la partie qui touche au mur contre lequel il s'appuie , et qui présente une inclinaison considérable ; toute sa surface est recouverte d'une couche de neige qui, à son tour, se transforme en glace cristalline et transparente , comme la grande masse dont on ne sauroit mesurer l'étendue. Elle offre, sur plusieurs points, des crevasses en forme

(1) D'autres disent Splumouse ou Spumouse, ce qui signifie en frauçois , écumeuse*

Je fissures, qui ont jusqu'à 10 mètres de profondeur, sur quelques décimètres d'ouverture.

Ce glacier se prolonge par de larges napes de neige , jusqu'auprès du sommet de la montagne, à travers les anfractuosités qui séparent les TroisPics inégaux, qui, de ce côté-là, surmontent l'énorme masse de Yignemate ; on les nomme les Sommités Jumelles : celle qui est à droite est la plus élevée; elle s'appelle, en langage du pays, elSown cVera Coste, le Sommet de la Côte 5 les deux autres, placées sur la même ligne, de l'ouest à l'est, n'ont point de nom; elles décroissent dans le rapport de leur éloignement du pic principal. Un énorme rocher est situé, comme une clef de voûte, entre le premier et le second de ces pics , à une grande distance de leurs sommités.

11 faut deux heures pour se rendre du lac de Gaube aux pieds du glacier, ou de la montagne. Elle est également accessible du côté droit, qui conduit au port d'Espagne , et , du côté gauche , par où on arrive au col de TOulette que domine le pic deCulaous, pour descendre dans la vallée d'Ossoue, par un sentier rapide, ou dans celle de Lutour, à travers un champ de neige que protège son exposition nord, ou enfin pour s'élever sur le plus petit des trois sommets que nous allons faire connoître.

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Ascension et vue de Vignemale.

Cette montagne , d'après les calculs de MM. Reboul et Vidal, n'est inférieure que de 26 toises au mont Perdu, situé sur le versant d'Espagne. Son élévation est de 1721 toises, ou même de 1728, selon M. Junker : c'est par conséquent le pic le plus élevé du Bigorre ; et , parmi les Pyrénées françoises, il ne le cède qu'à la Maladetta , dont il est en quelque sorte le pendant. C'est un groupe de sommités innombrables, entassées les unes sur les autres, et formant un noyau d'où descendent des prolongemens qui séparent les vallées d'Ossoue et de Cauteretz en France, celles de Broto et de Thena en Espagne ; ces prolongemens conservent encore une grande élévation, loin du noyau qui leur a donné naissance, et présentent plusieurs pics très-remarquables.

On peut se rendre à Vignemale , par le val de Gaube qui , comme on l'a vu , est un prolongement de la gorge de Cauteretz, ou par la vallée d'Ossoue qui débouche dans celle de Gavarnie. C'est par la première de ces vallées que je suis parvenu, en i8o5 , au plus petit des trois sommets de cette montagne, le seul que l'on puisse atteindre 5 et c'est de cet observatoire, qui n'est inférieur à la grande sommité que de 5 ou 4oo

mètres, que j'ai vu bien distinctement, et par le plus beau jour, toute l'ordonnance des monts qu'il domine ; M. de La Beaumelle y étoit montë quelques années auparavant, par la vallée d'Ossoue; le chemin que j'avois à suivre n'étoit pas encore connu; aucun des prétendus guides de Cauteretz n'étoit allé au-delà du glacier, et le mien, d'abord fort habile, à l'entendre, fut réduit à suivre mes traces; M. Dureau de La Malle fils , et plusieurs autres , y sont allés depuis.

On ne sauroit aborder en face , ce mur perpendiculaire, dont les fondemens semblent raffermis par l'énorme glacier qui se trouve à sa base , et qui offre une surface très-inclinée. 11 faut nécessairement, se diriger vers la gauche pour gravir sur le troisième pic. On monte très-rapidement dès le point de départ, à travers des amas de neige , que l'on rencontre à chaque instant, et des roches escarpées, sur lesquelles il faut s'élever comme par une échelle. Deux heures suffisent à peine pour atteindre le col qui se trouve à la base du pic, et d'où l'on domine sur le vallon de YOu* îette.

On voit alors en face et dans la ligne méridienne* ce troisième pic, sur lequel on peut gravir sans de grandes difficultés, à travers des fragmens calcaires qui couvrent tout le flanc de la montagne* Avant d'arriver au sommet, on traverse plusieurs tas- de neige qui se prolongent jusque dans l'enii. 7

ceinte du cirque, par une pente assez rapide, ce qui commande quelques précautions pour les passer. Il faut une heure de marche pour arriver au sommet, d'où l'on domine toutes les hauteurs voisines.

Parvenu jk ce point, on regrette peu de ne pouvoir atteindre aux deux autres pics, et l'on est frappé d'abord d'une secrète terreur, en contemplant le vaste abîmé qui s'offre au midi, à une profondeur que la vue ne sauroit apprécier, non plus que la quantité de neiges et de glaces accu muiées entre les sommités jumelles et les monts correspondait du versant espagnol, qui font partie de Vignemale; ils sont désignés sous les noms assez incertains de Cerbellona, Plan Daube, ou Plateau (lu Levant, et Mont ferrant. Le premier est à l'ouest, il répond au Soum dera Coste, et c'est le plus élevé ; le second est situé à l'est, ses flancs sont tous couverte de neige : on pourroit atteindre son sommet qui est fort haut, et voir de là lès restes du glacier et le versant d'Espagne , et c'est par la vallée di'Ossoue qu'il faudrait l'aborder; la troisième sommité est située entre les deux autres : elle paroît aussi être la moyenne en hauteur. A l'est de ces sommités est une échappée de vue* qui laisse apercevoir une partie de l'Espagne et plusieurs plans du versant méridional des Pvrénées. Un embranchement de la vallée d'Ossoue paroît offrir de ce coté, un passage facile

tpiï probablement conduit aux mêmes points que le port de Gavarnie, vers le quartier des fameuses pierres de Saint -Martin, connues des géographes sous cette dénomination. Là se voient dans toute leur étendue, ces larges ravins , ces immenses anfractuosités qui séparent les diverses sommités , dont les vives arêtes coupées à pic, ôtent tout espoir de communiquer de l'une à l'autre; chacune est entourée (Fune ceinture de glace, qui tient à l'énorme massé centrale. De cet océan de glaces et de neiges, partent comme autant de mers, des prolongemens qui s'étendent entre les différées mamelons des montagnes circonvoisines, et parviennent jusqu'aux sommets des vallées qui aboutissent à Vignemale , pour fournir à l'écoulement de divers gaves ou torrens : le plus considérable de ces prolongemens paroît être celui qui descend dans la valtëé d*Ossoue ; il est pro-^ bable que ceux qui se rdjrigent du côté de l'Espagne sont moi mires. Le- placier de Vignemale rivalise en étendue, avec ceux du Mont-Perdu et de la Maladetta. .

Pour opérer un changement de scène subit , et jouir du plus beau contraste, on n'a qu'à se retourner, et l'on croit passer des plages de la Sibérie aux riantes côtes de TAusonie. lin voit bien distinctement, à l'est et, sur le même plan, du nord au sud , d'abord lePiç~du*-Midt> qui ne présente aucun glacier visible; puis JSèouvielle dont

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le flanc occidental est panaché de neige; ensuite le Pic-Long et les montagnes de Troumouse, également blanchies; au loin et dans cette direction, le Pic-+de-Génos, qui se lie par des crêtes si élevées aux Montagnes Maudites , borne orientale des Hautes Pyrénées ; enfin , sur un plan un peu moins éloigné, le Piménée qui n'a point de glaciers, et le Mont- Perdu tout couvert de frimas. Plus près et sur la même ligne que le Mont- Perdu, d'orient en occident, on voit le Cylindre, le Marboré, ses gradins et la Brèche-de- Roland : vaste môle presqu'entièrement couvert de larges napes de neige; plus en-deçà sont le Pic-Blanc et le Pouey-Mourou ou Pic-Noir.

Directement au nord et sous les yeux du spectateur, se trouve l'arête de montagnes qui sépare le val de Lutour de celui de Gaube; on la nomme dans le pays Costa de l'Oume (Côte de l'Homme). A l'est du val de Lutour , se voient les montagnes de la vallée de Gavarnie, avec lesquelles se continuent celles du versant boréal de la gorge d'Ossoue, dont les sommités présentent une belle perspective. On remarque à l'extrémité, le pic de S/iccugnac qui paroîtpeu éloigné : il ne faudroit guère que deux ou trois heures pour aller du point où l'on est, par cette gorge, au village de Gavarnie, près duquel elle débouche.

Un peu à gauche, on voit dans tout son cours le val de Gaube, qui présente à son extrémité,

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sous le plus beau des aspects, le lac du même nom ; plus loin , la vue se repose sur les hauteurs qui bordent au nord le val de Gt>rret, et sur le monnè qui domine Cauteretz et montre sa grande élévation. Plus à gauche, est la crête qui sépare le val deGaube de celui du Marcadal, et dont les sommités portent différens noms dans le pay s , tels que Gaube et Illeu; au-delà sont les montagnes qui bordent à l'est la vallée d'Azun. Tout-à-fait au couchant, est le Pic- du-Midi de Pau, qui approche de la crête centrale. Vu de ce point, la bifuKCa* tion de sa sommité, que l'on nomme la Hourquelte (la Fourche) , paroît très-distinctement. La partie du côté droit a l'aspect d'une tour carrée; l'autre ressemble assez à un dôme de forme conique.

Tels sont tous les objets, tous les points de vuequi se présentent aux yeux.de l'observateur, placé sur la troisième sommité de Vignemale : c'est incontestablement , un des plus beaux aspects que puissent offrir les Hautes-Pyrénées; c'est celle de mes courses où j'ai éprouvé le plus de satisfaction pour les yeux, et deux incidens que }e vais Rapporter, y ajoutèrent de l'intérêt.

11 étoit plus de deux heures, lorsque feus terminé le croquis descriptif des divers aspects qui s'offrent à la vue sur le magnifique cône occidental, et il falloit songer au retour. Le compagnon de la plupart de mes courses étoit resté au>

lac, ne se sentant pas disposé ce jour-là à courir avec moi les aventures hasardeuses où je l'entraînai plus d'une fois depuis; je craignois qu'il n'eût quelques inquiétudes, à cause de mon retard; et voulant abréger le trajet à partir du col de l'Oulette , je proposai à mon guide de nous embarquer sur le glacier, par la pente la plus rapide, afin d'arriver plus vite au fond du cirque ; je me mettois en mesure de lui donner l'exemple, lorsqu'il s'écrie : Que faites-vous? vous êtes perdu /... Son accent, plus que ses paroles, m'arrête, et alors il me dissuade par de bonsraisonnemens, de mon imprudente tentative , et obtient de moi que nous suivions la pente la moins roide de ce même glacier, sur lequel il me précède, appuyé sur son bâton, comme moi sur celui dont je m'étois muni à dessein. Je lui laisse gagner cinquante pas en avant, et au milieu de notre rapide descente*, qui me rappeloit l'agréable ramasse du Mont-Cenis, il me crie : Prenez garde! et fait un saut , dont je Connus l'importance et que j'imitai spontanément, lorsqu'arrivé au même point, je vis $ous mes piëds une énorme crevasse d'un aspect vitreux, dont la largeur à l'orifice étoit de plusieurs mètres et la profondeur considérable : gt^uTre effrayant d'où nous n'eussions jamais pu revenir, et dont le souvenir glace encore ma pensée, Je n'en fus pas moins satisfait d'avoir parcouru en moins d'une demi-heure, un trajet qui

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m'avoit coûte plusieurs heures de marche dans îa matinée; et après m'être restauré sur les bords du lac, où mon jeune ami avoit fait la sieste pour tuer le temps, j'arrivai gaillard et dispos à Cauteretz, après douze heures de marche continue, par l'une des plus belles journées, il est vrai, dont on puisse jouir dans cette contrée.

L'autre circonstance est la rencontre que j'avois faite en montant , d'un troupeau d'izards : ce qui me donne lieu de dire quelque chose des mœurs de ces animaux et de la chasse que leur font nos montagnards, moins lestes mais plus adroits, et aidés du plomb meurtrier.

Chasse de l Izard.

Il est rare qu'on s'élève à de telles hauteurs dans les Pyrénées, sans rencontrer sur ses pas quelques troupes, ou du moins quelques individus de cette espèce indigène de quadrupède qu'on

nomme izard; et c'est dans cette région surtout qu'ils abondent le plus. En effet, à peine étions nous parvenus mon guide et moi à demi-trajet du col de POulette, que nous aperçûmes une bande de ces animaux, qui montoient en même temps que nous et pour nous fuir sans doute : ils furent bientôt hors de la portée de nos yeux et nous ne songions plus à eux, lorsque, gravissant le sommet du pic, nous entendîmes tout à coup un bruit

effroyable , comme si la montagne entière crouloit sous nos pas ; et des éboulcmens de roches calcaires, arrivant jusqu'à nous, sembloient nous menacer. Quelle fut notre surprise de voir l'explication de ce phénomène dans la subite apparition de nos agiles coureurs qui, séparés en deux pelotons, défilèrent de droite et de gauche avec la vitesse de l'éclair, mais à la distance de quelques pas seulement. L'un d'eux, entr'autres, pour m'éviter, passa sur la corniche au dessus du grand glacier où je crus le voir se précipiter; mais il regagna, sans accident, ses six compagnons, non moins effrayés que lui, et ils disparurent au loin, après avoir gravi sur le pic opposé. Nous vîmes bientôt que nous les avions comme forcés dans leurs derniers retranchemens sur Vignemale, et qu'ils n'avoient vu d'autre moyen de salut que de revenir sur leurs pas, malgré la crainte de trouver le chemin barré. Il nous eût été bien facile d'en tuer, si nous avions eu des fusils, et je regrettai beaucoup, dans cette circonstance, de n'en pas avoir.

L'izard (rupi-capra) , ainsi que le bouquetin, s'élève jusqu'au sommet des plus hautes montagnes, tandis que le chamois, s'il faut en croire Buffon et Conrad-Gessner, si dignes de foi à tous égards, n'en habite que le second étage; mais il ressemble à ce dernier par les habitudes, par l'intérieur du corps et par la position de ses cornes

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placées sur le devant du front et se terminant en bec à corbin,ce qui, dit-on, leur donne la facilité de s'accrocher dans le danger. Tous deux se fraient des chemins dans les neiges; tous deux franchissent les précipices, en bondissant de rocher en rocher, d'un pied ferme et assuré , avec un regard imperturbable et une justesse de mesure toujours infaillible. M. de Bufïbn, en remarquant que c'est Gaston Phœbus qui appelle izarus et sarris le chamois, croit que tous deux, ainsi que le bouquetin, ne font qu'une seule et même espèce : tous sont couverts, en effet, d'une peau ferme et solide , et vêtus en hiver, d'une double fourrure, c'est à-dire -d'un poil extérieur assez rude, et d'un poil intérieur plus fin et plus fourré; tous ont une raie noire sur le dos, et la queue de la même grandeur. Lorsqu'on les prend jeunes , ils s'apprivoisent et deviennent domestiques; mais ils ne vivent guère , et se reproduisent encore moins loin des montagnes , dont l'air vif est pour eux un élément nécessaire.

L'izard, naturellement indépendant, et libre comme l'air qu'il respiré dans les régions alpestres, vit cependant en troupe et dans une sorte de société avec ses semblables; et si ce n'est qu'on rencontre quelquefois une mère suivie de* son petit ou de ses petits, car elle en fait ordinairement deux , il est rare de voir des izards en moindre nombre que de quatre ou cinq ; et ce nombre s'é«*

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lève jusqu'à dix, douze ou même davantage. lis descendent la nuit dans les basses vallées, pour prendre leur nourriture ; et se réglant en quelque sorte, sur l'ascension même du soleil, ils montent ensuite, de station en station, jusqu'à la région des neiges, ayant toujours la précaution de se garder ët d'avoir comme des sentinelles, qui préviennent toute surprise et avertissent du danger, par une espèce de cri ou sifflement particulier. Aussitôt , le chef de bande , qui est un des plus âgés et des plus expérimentés , donne le signal du départ et sert de guide aux autres dans la fuite la plus prompte, que n'arrête aucun obstacle. On les voit gravir par les points les plus difficiles, les plus escarpés, et se précipiter quelquefois de plus de trente pieds, sans perdre leur à-plomb, tant est grande la justesse de leur vue, la force de leurs jarrets et l'habitude des âpres sommets, des arides écueils au milieu desquels ils se plaisent.

La chasse des izards se fait au fusil ; et ces animaux étant difficiles à surprendre, à cause des précautions qu'ils prennent, Onse voit contraint, le plus souvent, de les forcer, pour ainsi dire, de mont en mont, de glacier en glacier, jusqu'à une dernière sommité , d'où ils sont obligés de revenir sur leurs pas à cause des goufres et des précipices qui s'opposent à leur passage. C'est ainsi que le chasseur, trompé dans sa vigilance matinale et *

n'ayant pu atteindre sa proie au lever de l'aurore sans être aperçu, est réduit à la poursuivre toute une journée, sans aucune certitude de succès, mais avec cet espoir qui suffit à son courage bien souvent déçu, et cette ardeur naturelle qu'excitent les difficultés mêmes de ce genre de chasse; c'est ce dont ne peut se faire une juste idée, quiconque n'a pas chaussé la spardille ou les avouarques, et gravi ces monts escarpés, franchi ces écueils sourcilleux, dévoré d'une soif ardente la neige de ces glaciers, respiré enfin cet air éthéré, qui semble donner à l'homme une nouvelle vie , et lui communiquer la constance , l'agilité, la précision de l'animal même à la poursuite duquel il consume , sans s'en apercevoir, les heures entières marquées entre le lever et le coucher du soleil, « On conçoit cependant que la condition du chasseur d'izard est bien moins fâcheuse que celle du chasseur de chamois, et je n'ai point ouï dire que dans les Pyrénées, la passion de cette périlleuse chasse eut ses victimes. De même que les approches des monts sont moins difficiles, les hauteurs moins considérables, les neiges moins étendues; de même les froids de la nuit sont moins rigoureux, les ouragans moins longs, les brouillards moins opiniâtres; et, dans le cas où le chasseur est surpris par le mauvais temps, combien de dangers et de fatigues lui sont épargnés par cela seul, que les

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déserts sont plus bornés et les habitations plus

voisines (i) ! »

Les chasseurs de nos montagnes ne laissent pas que de fournir à une certaine consommation de cette espèce de gibier, dont le goût sauvage ne plaît pas à tout le monde ; mais avec des assaisonnemens convenables, et sous la main d'un habile cuisinier, il fournit des mets qui ne sont point à dédaigner. On en sert sur toutes les tables, et pendant toute la saison des eaux, dans les divers établissemens thermaux, soit en rôti, soit en civet, soit en pâté et sous d'autres formes encore , mais toujours après que la chair en a été marinée dans le vinaigre, et attendue le laps de temps nécessaire pour l'attendrir, et laisser dissiper sa trop grande venaison.

(1) M. ftamond , observations faites dans les Pyrénées > chap. i5,pag. 3a6.

( i°9 ) CHAPITRE VIL

Gorge de Pierrefitte ; rallon de Luz ; bains de Saint-Sauveur.

JCiN sortant de Pierrefite pour se rendre à Luz, on passe un pont , et la vallée se rétrécit considérablement : elle présente bientôt des beautés du genre le plus sévère. Là les monts sont si rapprochés, les escarpemens sont si roides, le gave est si profond, qu'il a fallu de grands efforts pour y pratiquer une route et rendre Barèges accessible aux voyageurs. Nulle part on n'a eu plus de difficultés à vaincre, ni un succès plus étonnant ; des rochers d'une hauteur immense encaissent , à leur base , un torrent furieux, qui roule les débris arrachés de leurs flancs , tandis que leurs âpres sommités limitent l'étendue de la voûte azurée; son élévation contraste avec la profondeur de l'abîme, et le silence qui règne en haut , avec le fracas des précipices que l'on domine. « Les vallées supérieures des monts du premier ordre, dit M. Ramond, présentent souvent des sites moins extraordi-

mûres que ces gorges inférieures, creusées par les torrens dans les rochers de leur base ; et l'étroite vallée qui s'élève de Pierrefite à Luz, rassemble des beautés et des horreurs étrangères à des vallées^plus élevées, Corinne la route du Schellemen-* thaï, au pied du Sainl-Gothard, en a que la partie supérieure du passage ne présentera plus. Il y a entre ces deux gorgesune extrême ressemblance; mêmes obstacles à vaincre , mêmes efforts de l'homme et mêmes succès. Des rochers d'une effrayante hauteur, resserrent de même un torrent furieux qui roule, tombé, fuit entre leurs débris, au fond d'un terrible précipice. Un chemin taillé dans les ilancs escarpés de ce$ rochers, soutenu souvent en saillie^ par des vpfttes qui le suspendent au-dessus du torrent, le franehitliQrsque tout appui lui manque et cherche sur les rocs opposés des rampes moins rebelles. Même fracas dans les profondeurs et même silence sur les hauteurs ; un ciel resserré de même entre des cimes âpres et menaçantes , comme

le torrent l'est entre; leurs profondes racines

Mais le dirai-je? continue-t-H , la nature, dans le Schellementhal , est encore bien plus grande, et l'homme est encore plus étonnant. Les précipices sont plus profonds, les sommités plus suspendues; c'est dans le plus dur granit que le Suisse. s ? est frayé une route , et pour atteindre le bassin de Luz, il n'y a pas de pont du Diable à passer, pas

de rochers de quatre-vingts pas d'épaisseur à traverser 1

La route de Barèges, malgré la justesse du pa* rallèle qui la subordonne à celle qui lui ressemble dans les Alpes , n'en est pas moins un monument à jamais mémorable de l'administration supérieure dans ces localités; etlle côtoie alternativement l'une et l'autre rive du gave, au-dessus duquel pa a jeté des ponts dont la tardiesse étonne. On ,en compte sept de Pierrefitte à Lu-z - trois sàr- le gave; dans la première moitié du trajet; un quatrième, à l'endroit le plus resserré, le pl^s sauvage (2), sur le torrent qui descend du versant gauche ç où se voit encore un ancien arceau appelé le pont d J £nfer; celui delà Hiellârdère, tout en belles pîerrés serpentines dont la reconduction a achevée en 1 809 , est le cinquième. Ce pont est surmonte" d'un obélisque, sûr lequél devroient éti % e oonsa- , crés les noms justement révérés dé MM. «de La Beauve et Bjétigny-, mtendssms de la généralité d'Auch. Le premier a fait ouvrir cette belle route^ le second l'a perfectionnée, en y joignant les deux embranchemens.de Caùteretzetde Saint-SauveuK

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(t) ObNmtMWftitf* dan S .lçs?yrénée S ,parM.B»mond, pae. 1 7 et 18.

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(2) Jusque dans ces déserts et sur ces roches infertiles,

naissent Fazërolîer , les chamœrisiers , les viornes, l'alisier, l'épi ne-vînette J le nerprun, les ntarias , les gemandrus et le hùplemïni. ( Voyoge dans les Pyrénées françoises , p. 1 4/.)

11 est peu de parties du Bigorre et du Be'arn , ou ce dernier n'ait laissé des traces d'un habile et zélé administrateur. Quel hommage de la reconnoissance publique fut donc plus mérité, que celui que nous proposons de rendre à ces deux bienfaiteurs du pays ! Un sixième pont, également en pierre, est sur le gave à l'entrée du vallon; le septième , jadis en bois et maintenant aussi en superbe serpentine , est sur le Bastan , aux portes même de la petite ville de Luz.

Le vallon de Luz , de forme triangulaire , est bien moins fertile que celui d'Argelés ; mais de tous côtés, néanmoins, il repose agréablement la vue et cause des sensations nouvelles: on y voit de belles et riantes prairies, de nombreux villages et beaucoup d'habitations éparses. Les deux gaves de Barèges et de Gavarnie , en confondant leurs eaux, diminuent de vitesse et parcourent lentement te site privilégié qu'ils n'abandonnent , comme nous venons de le voir,: que pour reprendre leur première impétuosité. C'est le vaste asile dés pasteurs et>de leurs ouailles , lorsqu'ils sont forcés de déserter les. hauteurs, au retour des frimas et des neiges. Les montagnes du voisinage sont parées d'une riche et abondante végétation , et l'on y voit des champs aussi bien cultivés que dans, le bas fond., On remarque ceux qui sont couverts de bled sarrasin, lors de la maturité de cette pjante , alors pourprée et se détachant sur la ver-

dure des prairies en compartimens semblables à une riche mosaïque.

De tous côtes, au sortir tles gorges étroites qui aboutissent à Luz , on se plaît à contempler Vêtent due du bassin, les riants plateaux, les amphithéâtres variés qui le bordent, les villages populeux qui l'animent et les pics élevés qui le couronnent. Parmi ces derniers se distingue celui d'JSyré qui a 1267 toises d'élévâtion, selon M. Ramond, et sur les pentes duquel M. Darcet a fait diverses expériences météorologiques ; sa cime , selon lui , est élevée de 877 toises au-dessus du seuil de l'Eglise de Luz. Nous devons mentionner aussi le pic de Bergons, composé d'un schiste micacé , et élevé de 1084 toises, selon M. Ramond, et de 1108, selon MM. Reboul et Yidal. Néanmoins, il est d'un accès facile , car on peut y monter à cheval , et l'on aperçoit très- bien , de sa cime, les hauteurs centrales de la chaîne d'une part, et de l'autre le Pic du Midi ; ce charmant belvédère est fréquenté chaque année par les moins intrépides des étrangers de Saint-Sauveur , qui jouissent, à peu de frais, d'une des plus belles vuesinté* rieures des Pyrénées.

Une curiosité du vallon de Luz est la fontaine pétrifiante, qui se trouve sur la rive gauche du gave, au-dessous de Saint-Sauveur, et que M. de Vaudreuil compare à celle de Saint-Aly re à Clermont* lie ruisseau qu'elle produit dépose sur le sol des in- 11. 8

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crustations calcaires en forme de dalles de pierre j les plantes , les racines, les mousses qui se trouvent sur le passage de Peau, et tout corps qu'on y expose, en sont enveloppés promptement. 1

La ville de Luz, distante de onze lieues de Tarbes et de trois d'Argelés, est le chef -Heu de toute la contrée. Tous les villages situés dans les vallées supérieures en dépendent. Elle est située vers le midi, au milieu et tout près du petit côté du triangleisocèle que forme le vallon, à une distance à peu près égale des gorges de Barègeset deGavarnie.

Les antiquités de Luz se réduisent à l'hôtel-deville qui tombe en ruines, et dont l'architecture n'a rien de remarquable , et à l'église paroissiale qui, dit-on , fut bâtie par les Templiers; elle est entourée d'un mur de fortification, qui présente des créneaux, des embrasures, et qui est surmonté d'une tour carrée , sous laquelle se trouve la porte d'entrée ; l'ancien cimetière est renfermé dans cette enceinte, à l'orient de l'église. On voit à la petite porte d'entrée , un tombeau découvert qui sert de bénitier. On y voit aussi une autre petite porte murée, par où entroient les Cagots , dans le temps de leur proscription.

Près de Luz se trouvent les ruines de l'ancien château cle^Sainte -Marie , placées sur un rocher très-élevé, qui domine tout le vallon et défend l'entrée de la gorge de Barèges. Le château de Sainte- Marie, que visita le Prince Noir, est resté en la

'puissance des Anglors quatorze ans de inoins que celui de Lourdes , et Jean de Bëarn en étoit aussi gouverneur pour leur compte. Ce fut Jean <\e Bourbon, comte de Clermont, lieutenant du roi en Gascogne, qui le reprit en i4o4, aidé par les Barègiens. Cette forteresse a défendu long-temps tout le Lavedan contre les incursions des Espagnols, et plusieurs capitaines s'y sont distingués par une vigoureuse résistance. H ne reste plus qu'une tour carrée et une tour ronde , réunies par un mur.

On voit aussi, à l'entrée de la gorge de Gavarnie, sur une élévation, d'autres ruines que l'on nomme VErmitage de saint Pierre. C'étoit anciennement une église , qu'on dit avoir été bâtie par les Templiers. Il y avoit également une habitation dont il ne reste plus que quelques vieux murs; elle a servi d'asile à plusieurs ermites, et il en est resté des traditions dans le pays.

Anciennement , l'infidélité entre époux étoit sévèrement punie par la coutume de Barèges , et la peine retomboit sur le séducteur. Le plus souvent , le coupable , conduit sur la frontière , étoit puni par l'ostracisme. Les femmes jouissoient en quelque sorte, du droit d'asile, car un article de la coutume de cette vallée, rédigée avant 600, accordoit la grâce au coupable qui s'étoit réfugié auprès d'une dame ; enfin, les femmes étoient servies à table par leurs maris , avec toutes les mar-

ques du respect (i). Cet usage chevaleresque & disparu de toute la contrée , et a été scandaleusement remplacé par un tout contraire. J'ai retrouvé plus d'une fois , les traces de ce dernier dans de très-honnêtes familles ; j'ai vu l'épouse préparer et servir le repas de l'époux et de L'hôte étranger, sans prendre place à table, et sans même que le maître du logis songeât à faire des réserves pour sa compagne. Cette servilité de la femme envers l'homme est dégradante pour tous deux ; c'est l'entière communauté des droits et des jouissances, qui fait le vrai charme de l'union conjugale , et qui caractérise l'état d'une parfaite civilisation.

La vallée de Barèges, dit M. Dulaur (2) , a la réputation d'avoir été habitée autrefois par des géants; M. Palassou, dans son Essai sur la minéralogie des monts Pyrénées , fît mention d'ossemens extraordinaires trouvés au village de Viscos ; et M. Pasumot a raconté sur ce même su jet « qu'il a existé à Viscos une famille de géants de la taille d'environ huit pieds. On les nommoit les Prousous y vulgairement les Esprasous, Prousous est un terme espagnol qui signifie grands hommes. Leur taille gigantesque inspiroit une répugnance à les épouser. Le dernier étoit le vieux Barrique,

(1) Voyage dans les Pyrénées françoises, p. 157 et i58.

(2) Description des principaux lieux de la France, t. III , p. 170.

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mort il y a environ dix-sept ans , âgé de io#à lia ans. Dans sa jeunesse, il avoit six pieds, son baptistaire existe à Luz, comme ceux de toute sa famille. On les enterroit dans des endroits séparés que l'on connoît encore.

« 11 est très-vrai que M. Cantonnet , curé de Luz, ayant fait fouiller le tombeau d'un de ces Prousous , on en tira une clavicule d'environ dix pouces de longueur, et un tibia de près de deux pieds qui furent envoyés à M. d'Hérouville. Un chirurgien fut présent à cette fouille , et on ne fut pas trompé sur l'espèce des os qui sont véritablement humains (1). »

Bains de Saint-Sauveur (2).

Les bains de Saint -Sauveur , dépendance de Luz, se trouvent à une très-petite distance, sur la rive gauche du gave de Gavarnie, qu'on traverse sur un pont jadis en bois, récemment construit eu belles pierres serpentines. On monte une superbe rampe , garnie de parapets le long des précipices, que l'œil contemple avec curiosité sans en être effrayé.

(1) Voyages physiques dans les Pyrénées, p. 3a4.

(2) Saint-Sauveur est élevé de 663 m. au-dessus du niveau de la mer, selon le minéralogiste M. de Charpentier, ou de 3q5 toises selon l'ingénieur Laroche. *

Les maisons , bornées pendant long-temps au nombre de dix ou douze , se sont accrues récemment, par l'industrie particulière, en raison de la fréquentation toujours croissante de ces eaux, qui reçoivent chaque année 200 baigneurs; elles sont bâties sur l'escarpement de la montagne, et rangées sur deux files, que sépare une rue assez large ; belles du côté droit sont adossées contre le rocher, tandis que celles de l'autre côté sont comme suspendues sur des pentes rapides , au bas desquelles le gave roule ses eaux mugissantes.

La découverte des eaux thermales est d'une date fort ancienne, et qu'on ne sauroit assigner ; mais leur emploi est assez récent, et tous les édifices de cet établissement, ainsi que le beau chemin en rampes spirales qui y conduit, sont de nouvelle construction. On raconte qu'un évéque de Tarbes , exilé à Luz , fit élever dans le voisinage de la source , une petite chapelle portant pour inscription : Vmhaur\êtis tiquas de fontibus Sahatoris. Voilà l'origine de la dénomination de Saint-Sauveur.

L'aménagement des eaux de Saint-Sauveur a été très-soigné, et on y a fait des ouvrages bien entendus, qu'on doit à l'ingénieur en chef du département, M. Moisset. On a construit du côté du gave une terrasse dont les fondemens sont très-profonds, et qui" garantît la solidité des édi-

fices. On pourroit prolonger cette terrasse le long de la maison Bezegua , et accroître ainsi le terreplein, pour déployer davantage remplacement des bains qui se trouve un peu resserré; par ce moyen, on pourroit aussi augmenter le nombre des baignoires ; mais celles qui existent suffisent au traitement des personnes qui viennent faire usage des eaux de Saint-Sauveur ; on y manque plutôt de logemens que de bains.

Les bains de Saint-Sauveur , peu distans de

ceux de Barèges, dont ils peuvent être regarde's comme une annexe, sont plus tempérés, et les eaux proviennent toutes d'une même source, qui a neuf centimètres de diamètre environ. *

11 y a maintenant une buvette , une douche à bain qui a 29 0 de chaleur, et treize baignoires, savoir : deux dites du Milieu, un peu moins chaudes que la douche ; deux de la Châtaigneraie , moins encore; trois de la Terrasse, toujours moins; trois de Bezegua, encore plus tempérées; enfin trois de la Chapelle , qui n\>nt que 3.5*.

Ces bains sont tenus avec beaucoup de propreté ; ils sont tous consacrés à l'usage des particuliers ; on n'y reçoit point de militaires : il faudroit tout créer, si l'on vouloity établir un hospice-, et le peu d'abondance de la source ne permettroit pas d'y fonder un grand établissement , car les baignoires qui existent ne peuvent être toutes remplies en même temps , à plusieurs reprises. Les

principes de cette source minérale , d'après Panaljse qu'en a donnée le médecin inspecteur Fabas, sont :

1° Sulfure alkalin et terreux. ..... 5 parties.

2° Matière grasse savoneuse 1 3

5° Terre vitrifiable ou insoluble

dans les acides 20

4° Terre calcaire ou soluble 4

5° Natrum, alkali de soude 20

6° Sel marin g

Total „ ?2 - '

11 y a une portion de fer , toute imperceptible qu'elle est dans l'analyse, puisque le sédiment de l'eau en grande masse, présente souvent sur la surface quelques taches de couleur ochreuse.

Les eaux de Saint-Sauveur ont un caractère onctueux qui leur est propre ; elles sont toniques et fortifiantes ; l'effet s'en fait ressentir sur la peau dès l'immersion , comme dans tout le système nerveux , lorsqu'on en a fait usage pendant quelque temps.

L'établissement des bains a pour promenade la terrasse ombragée d'arbres, lorsqu'on ne veut pas en aller chercher de plus éloignées ; mais il s'en offre de tous côtés d'une perspective plus étendue : l'aspect du vallon de Luz et de sa magique enceinte , se présente sous diverses faces, soit qu Ou

s*égare sur les tertres qui dominent la rampe , du côté du village de Sasies d'ancienne existence (1), soit qu'on se promène sur l'allée angloise bordée d'arbres.

On a voulu donner de l'agrément à Saint-Sauveur, par la plantation en bosquets ou jardins à l'angloise, des prairies situées tout le long et au bout de la seule promenade qui soit à proximité , et qui convienne habituellement aux personnes délicates et foibles , qui fréquentent ordinairement ces eaux. Les mouvemens de terrain s'y trou-» voient tout formés , et rien n'étoit plus facile que d'y placer des massifs, d'y dessiner des allées sinueuses, et de lier les pentes à la promenade su* périeure et aux bas-fonds de Cythère, dont les verts gazons s'étendent jusqu'au gave. Là, ses belles eaux reposent sur un lit de gravier , et leurs ondes semblent caresser les roches locales ou transportées accidentellement , qui bordent son bassin en forme de lac ; un petit pont le traverse.

Ce parc de la nature , déjà orné par elle d'abris délicieux , seroit susceptible des plus riches embellissemens : tels que de grands bassins artiste- . ment dessinés, de magnifiques jets d'eau alimentés par les torrens de la montagne , de quelque hauteur qu'on voulût les faire descendre dans des

(1) On voit le millésime 1002 sur l'antique croisée en ogive d'une maisonnette.

canaux et rejaillir dans les airs; de -jolies fabriques, de chaumières, de laiteries, de kiosques, de cafés , comme but de promenade ou rendezvous, comme stations ou points de repos pour lespromeneurs. Mais il est ù craindre que les efforts de l'art, quelques succès qu'ils obtinssent, parussent mesquins, au milieu des magnificences naturelles propres à ce site privilégié, car tous les environs de Saint-Sauveur sont des promenades délicieuses , surtout dans la partie alpestre qui le domine.

Une des plus justement renommées est celle que je me plaisois à désigner sous le nom rendu célèbre des Charmettes; elle est au-dessus du plateau de Trazères: on y arrive de terrasse en terrasse , et l'on y voit la plus belle des cascades environnantes tomber en nappe d'argent du haut d'un mur de rocher; elle répand ses eaux dans de vertes prairies , à travers des touffes de frêne et d'aulne , pour fournir à mille jets d'eau et aux cascades inférieures, qui se montrent de toutes parts et paroissent sortir des flancs de la montagne , comme d'un immense château-d'eau. Si , dans les premiers jours de septembre , de midi à trois heures , on s'assied au pied de cette cascade supérieure, on voit le soleil passer sur son orifice à travers le feuillage qui le borde, et l'on diroit alors qu'il s ? élance du disque radieux de cet astre, une gerbe de feux prête à embraser la terre :

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phénomène admirable , qu'il faut épier pour en jouir, et qui s'offrit par hasard à mes regards sw> pris, l'an 1812 !

Si l'on s'élève au niveau de la cascade , sur le promontoire d'où elle s'élance , on découvre d'autres points de vue , et comme un nouveau monde. On voit le gave à la profondeur de 4 ou boo toises, dessiner son cours tortueux, depuis son origine jusqu'à la gorge de Pierrefitte , tantôt impétueux et terrible, lorsqu'il traverse des gorges resserrées; tantôt calme et baignant mollement sesrives, dans divers bassins intermédiaires, parmi lesquels celui de Luz offre l'image des champs de l'Aréthuse , fertilisés par l'onde la plus pure.

Que d'aspects divers , que d'apparitions ou réelles ou fantastiques , que d'images tendres et voluptueuses environnent ce lieu vraiment enchanté, ce séjour si riant de Saint-Sauveur, où, pendant la saison des eaux, se trouve communément réunie une société choisie de jeunes et jolies femmes, d'hommes aimables et spirituels qui, sans se connoître, semblent s'y être donné rendezvous! Grâces en soient rendues aux docteurs de la faculté, qui s'accordent aujourd'hui à prescrire ces bains à toute cette classe , appartenant aux deux sexes, d'êtres (bibles et nerveux tout à la fois, doués d'une sensibilité exquise, qui sont Sujets aux affections de poitrine ou de gorge , aux spas-

mes nerveux , aux migraines vaporeuses , at* Spleen enfin, dont ces eaux-ci, non moins que celles de Spa , sont le vrai spécifique !

M. le chevalier Bertin , digne émule et noble rival de M. le chevalier de Parny , dans ce genre de poésies légères et erotiques,' où le premier de ces deux auteurs rappelle quelquefois Properce, et où le second égale toujours et surpasse souvent Tibule, est le plus marquant des beaux esprits que leur délicate santé ait conduit à Saint-Sauveur. En rappelant cet honorable souvenir, nous citerons quelques-uns des vers qu'il fit sur cette délicieuse résidence , d'où il put bientôt écrire à M. de Parny qu'il étoitplus qu'à demi-ressuscité... niais, hélas! pour trouver, en un même jour, sous le climat des tropiques , et l'hymen et la mort, à l'âge de 38 ans. Les changemens survenus dans les classes et les mœurs de la société, donnent déjà à ces vers un certain air d'ancien neté; mais ils n'en sont que mieux la peinture véridique de ce temps, déjà si loin de nous par les terribles événemens qui nous en séparent.

Sous une voûte ténébreuse „ Où pend et brille en perle un sel jaunâtre et dur, Des veines d'un rocher, recouvert d'un vieux mur, S'échappe à gros bouillons une onde sulfureuse , Qui, tombant dans le marbre ou sur la pierre creuse , Y dépose un 1 imon , doux , savonneux et pw.

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Debout, dès l'aube matinale, C'est là , qu'un thermomètre en main , Tout malade, en guêtre, en sandale, En mule étroite , en brodequin , Curé, juif, actrice ou vestale, Ou moine , ou gendarme , ou robin , Court s'entonner d'eau minérale , Et cuire à la chaleur du bain.

L'onde fume : on révère ensemble Ce pouvoir si caché qu'on invoque en ces lieux- La nymphe les entend ; et sur l'autel qui tremble , Soudain, penchant son urne, elle s'offre à leurs yeux j Sur ses pas marche l'allégresse, Fille et mère de la santé.

L'espoir trompeur, à son côté, Sourit malignement , fuit et revient sans cesse.

Elle dissipe la tristesse , Exerce, en l'amusant, la molle oisiveté, Rend un jour de printemps à la froide vieillesse, Et son premier éclat au teint de la beauté.

La pâle et débile jeunesse Lui doit un nouveau cœur et de nouveaux désirs} Enfin elle guérit les maux de toute espèce Par le seul charme des plaisirs (1).

(1) Lettre à M. le comte île Par**, écrite «les Pyrénées.

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