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Doriens du Péloponèse. Repoussés de l'Attique après le dévouement de Codrus, les Doriens conservèrent cependant Mégares , qui resta pendant longtemps soumise à la suprématie de Corinthe. Ce ne fut qu'après de longues luttes qu'elle parvint à conquérir son indépendance , et dès lors , sa position intermédiaire entre le Péloponèse r t la Grèce propre lui donna une importance de plus en plus grande. Au vu1 siècle av. J. C.
c'était une des villes les plus florissantes de la Grèce, et elle comptait de riches colonies. Elle avait fondé, en 728, Mégares Hybléenne et Sélinonte en Sicile, en 712, Astacus en Bythinie, en 675, Cyzique dans la Propontide, en 676 et en 657, Chalcédoine et Byzance à l'entrée du Bosphore. La démocratie se substitua bientôt à l'oligarchie des conquérants Doriens. Théagène, chef populaire qui devint tyran de 630-600, embellit la ville et construisit l'aqueduc, qui existait encore au temps de Pausanias. Après lui, les partis aristocratique et démocratique se disputèrent le pouvoir. Mégares eut de fréquents démêlés avec Athènes, surtout au sujet de Salamine. On sait par quel stratagème Solon enleva cette lie aux Mégariens. (V.
p. 1-27.) Ceux-ci prirent une part assez glorieuse aux guerres médiques , ils combattirent à l'Artemisium, h Salamine et repoussèrent les Perses de leur territoire. 3000 Mégariens assistaient l'année suivante à la bataille de Platée. Une querelle avec Corinthe décida Mégares à recevoir une garnison athénienne : alors furent construits les longs murs qui joignaient la ville au port de Nisée. Mais, dix ans plus tard, les Mégariens, aidés par les Péloponésiens, chassaient les Athéniens :
ceux-ci, pour se venger, établirent une espèce de blocus qui ruinait Mégares, et devint une des causes principales de la guerre du Péloponèse. Cette guerre détruisit pour longtemps la prospérité de Mé-
gares. Sun territoire lut ravagé tous les ans, son port bloqué par le* Hottes athéniennes, qui établirent en 427 une station permanente dans l'Ile de Minoa, située en face de Nisée. En 4*24, le parti démocratique livra aux Athéniens les longs murs et Nisée, mais la ville de Mégares fut sauvée par Brasidas, général spartiate, qui rétablit le parti aristocratique dans la ville.
Quelques mois après, les Mégariens enlevèrent aux Athéniensïes longs murs au'ila rasèrent de fond en comble. Les Athéniens conservèrentNisée et Minoa, qu'ils réunirent par une chaussée construite dans la mer. — A partir de cette époque, Mégares est rarement nommée dans l'histoire. Elle se soumet à Philippe après la bataille de Chéronée. Après la mort d'Alexandre, elle reconnaît successivement l'autorité de Cassandre, de Démétrius Poliorcète et des rois de Macédoine. Aratus l'associe a la ligue achéenne, et Métellus la prend sans coup férir. Elle est mentionnée par Strabon, décrite par Pausanias et embellie par Adrien. Au v« siècle, ses fortifications sont réparées par Diogène, général de 1 empereur Anastase, mais à partir de cette époque elle tombe en décadence.
Mégares a donné naissance au poète élégiaque Théognis et au philosophe Euclide, disciple de Socrate, qui fut le chef de l'école mégarique, renommée surtout pour l'étude de la dialectique. Les Mégariens étaient célèbres par leur gaieté {megarensis mus) ; c'est chez eux, dit-on, que la comédie a pris naissance. Leur caractère a été souvent tourné en ridicule et peutêtre calomnié par les poètes athéniens.
État actuel. — « Les deux collines appelées Karia et Alcathoiis, dit M. Burnouf, sont faciles a reconnaître d'après les donnés de Pausanias et de plusieurs autres auteurs, mais on ne sait comment leurdistribuer leurs noms. La ville moderne occupe la plus occiden-
(iKECE. Ko 13 te 25)
talc des deux collines, qui est aussi la plus haute, et s'étend principalement sur son flanc méridional.
Cette hauteur est très-régulière et les maisons de Mégares, construites sans toit, s'élèvent en étages jusqu'à son sommet. Derrière elle dominent les monts Géraniens aux»
quels elle se rattache par des éminences non interrompues, comprises entre deux grands et profonds ravins. La ville moderne était fort étendue naguère ; aujourd'hui le plus grand nombre de ses maisons sont ruinées, et celles que les Mégariens ont rétablies sont jetées comme au hasard parmi les décombres. Cependant ses habitants passent pour riches ; c'est une population grecque et peut-être dorienne. v On cite les Méganennes pour la beauté de leur type.
Des temples décrits par Pausanias, et de l'aqueduc de Théagènes, il ne reste aucun vestige : la fontaine des nymphes Sithnides, qui alimentait la ville, était sans doute la grande fontaine au N. de la ville, où les tilles de Mégares vont encore à présent puiser l'eau dans des cruches de terre d'une forme antique. On voit encore « les restes d'une enceinte pélasgique que l'on suit aisément à travers les ruines modernes et dont il subsiste encore de grands morceaux; quelques tronçons de colonnes dispersés çà et là dans les rues et à la porte des églises; quelques fondations d'édifices dans la partie basse de la ville; enfin, et surtout, les restes des grands murs et quelques parties du fort de Nisée. Trois statues sont conservées à la Mairie, une quatrième est couchée sur le sable près de la mer; aucune d'elles n'offre un grand intérêt. »
On u'est pas exactement fixé sur ta position exacte du port de Nisée et surtout de l'ile de Minoa. Les lieux ne répondent plus à la description des auteurs anciens. En ellet il n'y a pas d'île en face du rivage, à moins que ce ne soit celles qu'on aperçoit en face du promontoire rocheux de Tikho. Mais
Kiht* ib. DE MEGAKES A COR IN THE.
celles-ci sont séparées du rivage
par un bras de mer trop large et trop profond, pour qu on ait jamais pu yjeter un pont. Il est donc très-probable , comme l'a établi M.Spratt, que l'île de Minoa n'est autre que Ja colline rocheuse, qui s'élève sur le rivage au S. de Mégares, et qui sans doute a été réunie à la terre ferme par les allumions. Cette colline est couronnée d une vaste ruine hellénique ;
quelques restes de colonnes et des fondations indiquent l'emplacement de Nisée. M. Spratt croit même avoir retrouvé des restes de l'ancienne chaussée, qui l'unissait à l'île de Minoa. (V*.
Smith, Dict. ofGr. and Rom.geogr.)
Il faut environ une demi-heure pourse rendre de la ville à la mer en suivant les longs murs.
On peut, en prenant une barque, aller miter, sur le promontoire le plus voisin de lUe de SaJamine, le célèbre couvent i. (V. p. 76.)
En sortant de Mégares, on s'avance vers la montagne qu'on aborde par le N. E., on traverse 10 m.) un ravin profond et rempli d'arbres, au delà duquel commence une montée très-rude, qui aboutit k 15 m.) une crête d'où l'on découvre la mer; puis on redescend k travers des rochers accidentés. Le sentier incline fortement vers la droite , et garde jusqu'à l'isthme une direction pa- «llele au rivage. Il est taillé en corniche sur le flanc de la montagne, et présente quelques mauvais pas, surtout aux endroits où les torrents l'ont emportés en partie. Il est alors prudent de descendre de cheval. D'un côté on est dominé par les grands rochers verticaux du mont Géranien, de 1 autre on aperçoit la mer sous ses pieds a une grande profondeur, à travers les arbres résineux qui Wdent la route. C'est là le fameux passage de la Kaki-Scaîa ou de» Roches Scironides, d'où le brigand Sciron précipitait les
voyageurs dans les flots : mais on a singulièrement exagéré ses difficultés. « La route dure ainsi pendant plus de deux heures, dit M. Burnouf, tantôt s'élevant trèshaut sur le flanc de la montagne ;'-200 mèt. , tantôt descexidanl jusqu'au sable du rivage. Elle n'est réellement dangereuse en aucun endroit, elle est belle partout, m On construit d'ailleurs une nouvelle route , qui sera praticable aux voitures. On atteint enfin (2 h. 35)
« Kinéta. v. ruiné et poste de gendarmerie, situé dans une petite plaine au bord de la mer. Continuantà suivre une plage assez bien boisée, on rencontre (1 h. 45) la chapelle d'Hagios Théodoros, qui occupe sans doute la position de l'ancien port de Krommyon. 11 n'y a pas de ruines remarquables ni aucun reste de port, et le rivage semble avoir éprouvé, depuis le»
temps anciens, une de ces élévations de niveau, signalées par la commission scientifique de Morée. On traverse {1 h.) une plaine assez profonde; on rencontre près d'un hameau ruiné (50 m.) 1 emplacement de l'antique Sidus. et l'on arrive à ('>Q m.}
Kalamaki (7 h. de Mégaresï. Ce hameau, qui répond sans doute à l'antique Schcnius. un des trois ports de Corinthc. a pris quelque importance depuis que le Lloyd autrichien y a établi une relâche pour ses bateaux à vapeur ; le lieu est insalubre, et le mouillage peu sûr. Le Lloyd a construit un bâtiment en pierre contenant une salle d'attente et des magasins.
Le paquebot venant du Pirëc touche a Kalamaki le vendredi vers 10 heures du. matin. Un service de voitures trunsporte voyageurs et bagages à Loutraki, sur le golfe de Corinthc, où les attend le paquebot de Patres. A l h. après midi, le premier paquebot repart pour lu Piree (traversée en *J à 3 h.)* Le bateau-poste grec venant du Pirée , touche aussi a Kalamaki le jeudi, et correspond avec le bateau grer du golfe de Corinthe.
Kala-
En quittant la plage de maki, on s'élève par une pente douce sur l'isthme de Corinthe, d'où 1 on découvre une belle vue hurle golfe et l'Ile d'Egine à 1E., et sur l'Acro-Corinthe, au S.-O. ; on laisse à droite 10 m.) la route de Loutraki , et l'on rencontre f 10 m.) les anciennes murailles de l'isthme, élevées sur les bords d'une sorte de ravin , qui n'est autre chose que le canal commencé par Néron. M. BeuJé (Etudes sur le Péloponèse, Paris, 1855, p.
473) établit que, pendant presque toute l'antiquité, on n'éleva sur l'isthme que des fortifications provisoires au jour du danger, « quand les Doriens, quand les Perses, quand les Béotiens menaçaient le Péloponèse. » L'empereur Valérien construisit la première muraille, qui fut réparée par Justinien. < Il est difficile d'attribuer à une époque plus reculée les ruines que l'on voit aujourd'hui.
Détruits plusieurs fois par les barbares, ces murs furent reconstruits à différentes époques, notamment par l'empereur Emmanuel en 1413, et par les Vénitiens au xv« et au xvii* siècles. Quant au percement de l'isthme, ce projet tant de fois révé dans l'antiquité, Néron fut le seul qui tenta de le réaliser; luimême voulut donner le premier coup de pioche, mais une conspiration le rappela a Home et interrompit les travaux. Aux beaux temps de la Grèce, on avait établi sur J'i6thme un chemin glissant nommé Diolcos , par lequel les vaisseaux étaient tirés à bras et transportés d'une mer à l'autre. A droite de la route, on trouve des vestiges importants de la ville de l'isthme ; une enceinte fortifié'.*, une petite église oui répond, selon Leake, au temnle de Falémon, et un assez grand nombre de débris de colonnes ioniques et doriques, qui sont surtoutabondantes à l'angle N.-E. de 1 enceinte. Les fûts de colonnes les plus petits, monolithe» et d'ordre dorique , semblent à M. Burnouf avoir ap-
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partenu au temple de Palémon.
I>es débris beaucoup plus grands semblent au contraire se rapporter au temple de Neptune. Ce sont des tambours, des lûts de colonnes doriques et ioniques d'un style fort ancien, <■ qui parait se rapporter plutôt au sicilien qu'à l'attique et à l'éginétique. »
M. Burnouf signale encore, à l'angle S.-O. et à l'angle N.-E, deux espèces de citernes circulaires d'environ 3 met. de diamètre. Un peu plus loin à TE., à gauche de la route, on reconnaît (10m.) l'emplacement du stade où se célébraient les jeux isthmiques, et un peu plu»
loin vers l'O. celui du théâtre. 11 ne reste aucune trace de gradins, ni de construction. Contre l'usage des anciens théâtres grecs, on n'y; jouissait pas d'une belle vue; aussi M. Beule n'hésite-t-il pas à attribuer ce théâtre aux Romains. C'est dans le stade de l'isthme que le proconsul romain Titus-Quinctius- Flamininus fit proclamer solennellement le décret d'indépendance* qui, rendant aux Grecs une liberté trompeuse, allait réveiller leurs discordes, et les livrer sans retour à la puissance romaine.
On traverse une région boisée, et 25 m.) on passe entre deux carrières profondes qui s'étendent parallèlement à la route pendant plus d'une demi-lieue ; ces carrières, après avoir fourni les matériaux des monuments de Corinthe, étaient devenues de vastes nécropoles, ou l'on a trouvé longtemps des vases funéraires, des médailles, qui déjà du temps des Césars étaient l'objet d'un commerce important. Plus loin 8 m l, on rencontre quelques tombeaux romains, et l'on découvre à la fois 15 mJ le golfe de Corinthe et le golfe Saroniuue. Continuant à suivre les carrières, on laisse à gauche (15 rfî.: un bâtiment ruiné, d'époque romaine, à en juger par sa construction en losange '>>pusreti~ cnlatum] et qui semble K> reste d'anciens bains. On aperçoit bientôt >:> m.} a droit*; de la route
'KOUTF. 26. )
LE MONT GERANIEN.
l'emplacement d'un amphithéâtre assez vaste, mais mal conservé, et I on atteint 15 m. 2 h. 30 de Kalamaki. Corinthe. V. R. 27.)
DE MÉGARES A CORINTHE
PAULS GEAKD DRRVEM DU MONT
(11 h. d< roote.)
.Sortant de Mégares du côté de la fontaine des nymphes Sithni- <le% on 'descend (10 m. dans un ravin, et on tourne à gauche JO m.) pour se rapprocher du mont Géranien. Après avoir rencontré plusieurs tumuli helléniques, on chemine sur la crête d'un chaînon qui s'a.lonpe entre les deux grands torrents de Mégares. Au delà de (2 h. 10.; quelques maisons ruinées qui répondent à l'antique Tripodiscoi, on s'élève par l'ancienne route turque, âpre et couverte de cailloux pointus, mais heureusement ombragée par deux haies d'arbousiers et de pins. On est dédommagé des fatigues de la montée par de beaux' aperçus sur le golfe Saronique et la baie de Livadostro, ou mer des Alcyons. Enfin on atteint 2 h. 25.) un passage resserré entre les deux sommets du mont Gtranien, où l'on trouve les restes d'anciennes murailles turques et d'une douane. C'est ce lieu qu'on appelle proprement le Grand-Derven. De là on découvre une vue fort étendue sur les deux flancs de la montagne, les deux mers, au S.
le Péloponèse et les ile3, au N. la chaîne du Cithteron, le Parnès et l'Hymette.
De la crête du mont Géranien, on redescend alors par une pente rapide, au pied de grands rochers calcaire* gris et jaunâtres, et l'un traverse une exploitation de pins, que les montagnards font rouler fur les pentes de la* montagne jusqu'à la mer près de Kinétu. Le pay» a été désolé par l'incendie de» forets. Arrivé ensuite ^55 m.)
sur un terrain coupé de torrents, où il est assez difficile de reconnaître les vestiges de la route turque, on s'engage dans une petite vallée fourrée de myrtes, de gre-
nadiers et
11 ti
lianes, et l'on arrive
(30 m.) au Khani ruiné de Mygais.
On y trouve une source et un grand platane, au pied duquel on peut faire une station. Le chemin devient alors moins difficile, et présente encore de beaux points de vue sur les deifx golfes. Après avoir laissé (25 m.) une fontaine a droite, on descend un dernier contre-fort, au pied duquel on atteint (1 h. 30.; la plaine de l'isthme, non loin de
Loutraki, l'antique Thermœ, ainsi nommée d'une source thermale oui sort du pied des rochers près des dernières maisons. C'est un petit port qui, comme Kalamaki, ne doit son importance qu'au transit des paquebots du Lloyd. La compagnie autrichienne y a construit un quai, des magasins, un bâtiment d'attente. Les navires y sont assez bien abrités contre les vents du N. et de l'E. par les rochers des monts Œniens (auj. Perakhora), mais ils ne sont pas suffisamment protégés contre le vent d'Ouest.
Le bateau du Lloyd venant de Patras touche à Loutraki, chaque jeudi soir ; il en repart le vendredi vers midi après avoir reçu la correspondance du bateau venant du Pirëe. Tous les 15 jours, le buteau grec, qui vient de faire le tour de la Menée* touche à Loutraki 1* mercredi, et en repari le lendemain.
Le voyageur qui descend du mont Géranien peut continuer à travers la plaine sans visiter Loutraki, et rejoindre ntir le rivage la route de Loutraki à Corinthe. Cett»* route, d'etiv. 2 h. 30, n'a rien d'intéressant; à moitié chemin, on rencontre l'extrémité O. des anciens murs de 1 isthme ; on chemine au pied de quelques dunes et l'on arrive à Corinthe V. R. 27].