‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 128 sur 511 · NAVARIN · texte numérisé non relu

NAVARIN

pays, où l'on ne voit pas trace de culture, conserve le même aspect jusqu'à (i h.) la rivière Skartas qui va se jeter dans le golfe de Coron.

On gravit alors le flanc du Khadzo- Vouni, dont les pentes gazonneuses sont parsemées de gros rochers et de bouquets de chênes rabougris. A mesure que Ton monte, la vue s'étend à droite et à gaucho surlamerlonienneetle golfe de Coron. Dépassant deux ou trois beaux caroubiers (45 ni.) qui couronnent la crête du Khadzo-Vouni, l'on arrive sur un grand plateau où commence la magnilique forêt do Koumbès. Au delk du (-20 m.) hameau de Arnaoutali, et non loin de Kroustési on rejoint (30 m.) la route de Nisi à Navarin [V . R. 39). On continue à traverser la forêt, dont les chênes atteignent des proportions colossales, jusqu'au (1 h. 30) khani de Koumbès. A gauche s'élève le pic du même nom ; à droiie se trouve la prise d'eau de l'aqueduc de Navarin construit par les Vénitiens. A mesure que l'on avance, la vue s'étend peu à peu sur la mer Ionienne, les rochers de Sphactérie et le port de Navarin. La roule s'abaisse par une pente insensible et longe en écharpe le flanc d'une montagne (2 h.); enfin une descente brusque et rapide conduit à (15 m.j Navarin (Néo -Kastro ou Néo- Avarinos , par contraction Navarin) ; (10 h. 25 de Messène. Khani médiocre. On reçoit les voyageurs dans une maison à droite en entrant dans la ville).

Cette ville, fondée au moyen âge par les seigneursfrancs, remplaça Palxo-Avarinos ou le Vieux-Navarin, situé au N. de la rade (voyez plus loin). Elle fut prise par les Turcs, en 1500, et plus tard par les Vénitiens, qui la conservèrent jusqu'en 1715. Navarin est surtout célèbre par le débarquement des troupes égyptiennes sous la conduite d'Ibrahim-Pacha, en 1825, t;t par la bataille navale de 1828. Les escadres anglaise , française tt russe, commandées par les ami-

raux Codrington, de KigoV et de lleiden, et fortes chacune de trois vaisseaux de ligne et d'un nombre proportionnel de frégates, s'étaient présentées devant fa rade de Navarin et avaient imposé à Ibrahim- Pacha un armistice qu"il n'avait pas observé; ses navires avaient essayé k deux reprises de forcer le blocus, et ses troupes de terre avaient recommencé à. ravager impitoyablement la Morée. Les trois amiraux résolurent d'entrer dans la rado môme de Navarin, espérant « par la seule présence imposante des escadres amener Ibrahim, sans hostilité et sans effusion de sang, »k la stricte observation de l'armistice. Le mouvement fut exécuté avec une rare précision. Les batteries turques laissèrent silencieusement la flotte alliée franchir la passe, et tout semblait éloigner l'apparence même du plus léger conllit. Un coup de feu isolé, tiré d'un brûlot turc, changea brusquement ces dispositions pacifiques et devint le signal d'une conflagration générale. Le courage aveugle des Turcs devait céder devant la discipline et la supériorité de l'artillerie européenne. Au bout de trois heures et demie, la flotte ottomane était réduite en cendres ; le sultan avait perdu 6000 hommes tués, 3 vaisseaux de ligne, 16 frégates. 2<l corvettes, 1* bricks et 5 brûlots. La flotte coalisée ne perdit pas une seule chaloupe et ne compta que \40 morts et 300 hles^'-y. Celte victoire imprévue sauvait la Grèce expirante, mais elle pouvait causer la ruine de la Turquie. Aussi, après le premier cri de triomphe, la bataille de Navarin fut-elle jugée sévèrement par tous les hommes politiques jaloux de maintenir l'équilibre européen.— La même année. Navarin fut occupé par le corps expéditionnaire français.

Description. Navarin est bati sur un promontoire rocheux peu élevé, au S. du golfe du même nom, et dominé au S.-O. par un contre-

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fort du moot San Nicolo, qui porte la citadelle. La ville a été reconstruite et agrandie par les Français; elle renferme quelques joliH édifices et une belle place publique, niais elle est aujourd'nui triste et silencieuse et n'a pu conserver la gaieté et l'animation que la présence de notre armée lui avait données pendant deux ans.

La citadelle est très*forte; elle a été construite par les Français sur les ruines d'un vieux chdteau vénitien; le gouvernement actuel y a établi une prison et une grande caserne.

Le port de Navarin & une lieue dans tous les sens. Il est compris entre le promontoire de Ooryphasium au N. et celui de Navarin au S.; l'île de Sphacterie (Sphagia) forme une longue jetée naturelle qui le protège du côté de TO. et masque la vue de la mer avec ses immenses rochers dentelés. Deux passes donnent accès dans la rade. La

firemière, au S. et sous le feu de a citadelle, n'a que 500 met. de large et se trouve encore resserrée par une petite chaîne de rochers à pic. La seconde passe, nommée Stkia, s'ouvre au N. entre Sphacterie et le promontoire de Coryphasium, ctn'aque200 mèt. de largeur. Son peu de profondeur la rend inaccessible aux grandes embarcations.

E.vcursion dans la rade, jusqu'à Pylos. — On prend une barque à Navarin et l'on traverse la passe du S., par laquelle les flottes alliées pénétrèrent pour aller se ranger devant la flotte ottomane embosséeauN. du port, près du promontoire de Coryphasium. A l'extrémité (15 m.) de l ile de Sphacténe et en vue de la haute mer se, trouve le tombeau d'un oflicier français, du capitaine Mallet. Ce monument fut renversé par les paysans grecs pour extraire le plomb qui avait servi a en sceller les pierre». On longe ensuite, vers Je N., les rochers nus et escarpés de Sphactérie jusqu'à (30 m., la grotte pit-

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♦oresque au fond de laquelle on irouve le tombeau du comte Santariosa, une des premières victimes de ia guerre de rind(;pendance. À droite, le rocher blanc de Koulormi brille au milieu de la rade.

Kn se dirigeant toujours au N., on aperçoit au fond de l'eau plusieurs i treasses de frégates turques, tris- Us débris du combat de Navarin.

On double ensuite la pointe et les rochers deTurlori, près desquels I eau n'a plus toutà coup que 1 mèt.

de profondeur. Puis, traversant la passe de .Sikia, on débarque près restes d'un môle antique, au ^:eJ du rocher Coryphasium, sur lequel s'élevait l'antique

Pylos i vieux Savarin).— Histoire.

Les commencements de la capitale du vieux Nestor sont peu connus.

A la fin de la deuxième guerre de Messénie, cette cité fut une des dernières qui opposèrent une résistance énergique aux Spartiates.

Eoviron trois siècles plus tard, elle devint le théâtre d'un des épisodes les plus intéressants de la guerre du Péloponèse. Le général athénien Démosthène rebâtit la vilîe ou plutôt construisit une forteresse sur remplacement de Pyios. Brasifias, à la téte des Spari.ates. vint l'y attaquer; mais les Athéniens le repoussèrent, détruisirent une partie de sa flotte et /emparèrent de l'autre. 430 Spartiates, avec un nombre double d'hoplites, parvinrent a se réfugier ■lans l'Ile de Sphactérie. où Démosthène les enferma quelque temps sans oser les attaquer. Le démaffojrue Cléon, renommé pour sa ràcueté et sa forfanterie, eritiqua ia pusillanimité de Démosthène et se vanta de ramener les Spartiates prisonniers dans 1 espace de vingt jours. Nommé général au milieu *ies rires du peuple d'Athènes, il partit pour Pylos, et, favorisé par an heureux hasard, réussit en effet a surprendre les Lacédémoniens.

Malgré les stipulations de la paix de Nicias (4îl;, les Athéniens gardèrent Pylos encore quinze ans.— £ette ville, rebâtie par Épaminon-

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' das , fut longtemps un objet de dispute entre les Messéniens et les Achéens. Elle devint plus tard membre de la ligue achéenne et s'appela Coryphasium. Au vi* siècle de noire ère, elle apparaît dans l'histoire sous le nom de Avarinos, qu'elle dut sans doute à la colonie d'Avares qui s'y établit.

Vers 1278, un seigneur franc, Nicolas de Saint-Omer, construisit le château d'Avarinos. Plus tard, la ville fut abandonnée par ses descendants, qui fondèrent le Nnvarin actuel.

Description. Le rocher Corypha- ! sium, que couronnaient l'antique I Pylos et l'Avarinos du moyen Age, I est borné à 10. par la mer Ionienne, au N. par la baie circulaire de I VoïdoKilia ljî'Aào*->àiu, ventre de i bœuf), à TE. par l'étang d'Osman- J Aga, situé au milieu d'une plaine sablonneuse, et au S. par la passe de Sikia. Ce rocher est coupe de tous les côtés par des escarpements abrupts, excepté au S.E., où il s'abaisse vers la mer par une pente rapide.

En partant des débris du mode antique, on monte par un vieux chemin vénitien fort escarpé, qui laisse à droite et à gauche des débris cyclopéens et helléniques.

On pénètre à travers les murailles franques (30 m.) dans l'enceinte d'Avarinos. Le sommet de la montagne où était bâtie la ville forme un grand plateau, qui se relève vers le N., et dont la partie la plus haute est occupée par les raines du château franc. Ses murailles reposent en plusieurs endroits sur des fondations helléniques qui appartenaient sans doute à l'antique acropole. En descendant l'escarpement N. de la montagne par un sentier, bon tout au plus pour les chèvres, au milieu de buissons d'érables et de figuiers sauvages, on atteint la grotte de Nestor. Elle a environ 20 mèl. de haut sur 12 de large ; sa voûte arrondie en cône est percée d'une ouverture qui communique avec le château et permet d'apercevoir le jour. C'est

dans cette grotte, mentionnée par Pausanias, que Mercure conduisit Jes vaches qu'il avait enlevées à Apollon.

En descendant toujours vers le N., on aperçoit des vestiges de murs antiques et des traces d'un escalier taillé dans^le roc qui domine le port de Voïdo-Kilia. On peut revenir au môle, qui a servi de point de départ, en suivant une route vénitienne resserrée entre l'escarpement du mont Coryphasium et l'étang d'Osman-Aga.

De Navarin à Modon, Coron et Kalamata , R. 39; — à Arkadia, Phigaiee et Andritsena, R. 49.

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