TOURNÉE DES CYCLADES
Syra est le centre naturel d'une tournée dans les Cyclades. Nous avons donné p. 857 l'itinéraire des bateaux à vapeur, au moyen desquels on pourra faire une course rapide dans 1* Archipel. Si Ton veut en prendre une connaissance plus approfondie, c'est encore à Syra qu'on trouvera les occasions les plus nombreuses pour accomplir ce voyage {Y- aussi p. 64).
Un caïq, monté de trois ou quatre marins , et pouvant porter deux ou trois voyageurs, se paye en moyenne 3 colonnades (16 francs) par jour, à moins qu'on ne le prenne pour un temps assez long. 11 est important pour le choix de l' embarcation de s'adresser au consul de son pays, et de n'accepter qu'un patron de bateau présentant des garanties suffisantes. 11 est d'usage de rédiger un contrat écrit, qui spécifie exactement le temps, le prix pour lequel le bâtiment est engagé, les points où l'on relâchera; le voyageur devra bien se réserver le droit absolu d'aller et de revenir à sa guise, et de ne relâcher que là où bon lui semblera. Le contrat devra également exiger que le bâtiment soit convenablement tenu et approvisionné : un tendelet, ou tente de dunette, doit être préféré en été à une cabine fermée. On renouvellera ses vivres dans les principaux ports. Dans tout l'Archipel, on ne trouve à se loger que dans des maisons particulières.
Nous ne pouvons, pour un pareil voyage* tracer de route fixe au voyageur, et nous nous bornerons à donner successivement un court aperçu de chacune des Cyclades, renvoyant pour plus de détails à l'ouvrage de M . Louis Lacroix, Les Iles de la Grèce, 1 vol. in-8, Univers pittoresque, t, XXXV11I,
GRÈCE.— LES ILES. [Route 55.]
I. < — Andros. — Cette lie , la plus septentrionale des Cyclades, située en regard de l'ile d'Eubée, dont elle est séparée par le canal d'Oro, mesure 155 kil. de tour, 34 de long et 13 de large. Sa population est d'environ J6 000 hao. Elle renferme des plaines et des vallées fertiles ; la culture des vignes, des arbres a fruits et la récolte de la soie sont sa principale richesse.
Le petit port de Gavrion , sur la côte S.-O., occupe l'emplacement de l'ancienne capitale de l'Ile. Un peu plus au S., à l'endroit nommé Palaaopolis, on trouve quelques restes de murailles antiques. Andros, la capitale moderne, est située sur la côte N.-E., et s'élève sur une petite pointe rocheuse.
Andros doit son nom à un général crétois. Alliée des Perses dans les guerres médiques, elle eut à subir de cruelles représailles de la part de Thémistocle.
Dans la guerre du Péloponèse , elle fut l'alliée des Spartiates.
II. Tinos. L'ile de Ténon ou Tinos (Ti$v9f), située au S.-E. d'Aodros, dont elle n'est séparée nue
par un canal étroit, pratic ab le seulement pour les petites embarcations , mesure 96 kilom. de tour. Elle est entièrement montagneuse, mais bien cultivée ; les eaux y sont abondantes. On y compte une soixantaine de villages: la population s'élève* h environ 20 000 hab., dont 8000 catholiques établis pour la plupart dans la partie septentrionale de l'ile.
La culture de la vigne, la soie, les marbres taillés forment leurs industries principales. « Le bourg de Tinos ou San-Nicolo, capitale actuelle de l'ile, est bâti sur les ruines de l'ancienne ville, sur la côte S. Au lieu de port , il n'a qu'une méchante plage. A 10 m.
au N. du bourg, s'élève la cathédrale grecque, la Panagia de I Bvangelistria. On y révère une madone trouvée miraculeusement en 1824, et qui est devenue l'objet d'un pèlerinage assidu.
« A 10 kilom. du bourg est l'an-
; Route 55.] GHIOURA , C
cienne forteresse vénitienne (Exoborgo) , située sur le sommet le plu9 élevé de l'île, et d'où Ton découvre une très-belle vue. Un peu avant d'arriver au château, on traverse un villagequi estabandonné; quelques maisons en ruines portent encore les écussons armoriés de leurs anciens propriétaires. »
Tinos possède un bon port sur sa côte N.-E., c'est le Porto-Panormo. Le mont Cycnias.Zikina), qui *e dresse sur la côte £., est creusé de grottes profondes qui étaient regardées, dans la fable, comme la demeure d'Éole.
Dans l'antiquité, Ténos est connue par l'épisode de la bataille de Salamine, où la trirème des Tér.iens. forcée de marcher avec les Perses, passa du côté des Grecs.
Au moyen âge, elle se signala par sa fidélité aux Vénitiens et son courage contre les Turcs. Elle prit aussi une part active à la guerre de l'Indépendance.
' III. Ghioura, anciennement Gyaros , située entre Andros , Céos ti Svra, n'est qu'un rocher aride et abandonné. Tibère lui-même la trouva trop affreuse pour en faire ud lteu de déportation.
IV. Céos (kcu,),auj. Zéa, située à 10. de la précédente, au S. de i Eubt'e, et à 21 kil. S.-E. du cap Sanium, est de forme ovale et mesure 22 kil. de long du N. au S., et 16 de large de l'E. à 10. Le mont Elie en occupe le centre et • élève à 568 mèt. L'île, feçtile et bien cultivée , compte environ 40OO hab. La vallonée, le vin, le miel et les fruits sont ses meilleurs iiroduits. L'abondance de ses eaux l'avait fait nommer Hydroussa: la légende en faisait le séjour du demi-dieu pastoral Aristée. Céos a vu naître les poètes Simonide -5r>6-167 avant J.-C.)et Bacchylide i72 :■, le médecin Erasistrate (300- '280> , et le philosophe Ariston ,ui« siècle avant J.-C). Son histoire est celle de toutes lesCyclades. Céos contenait dans l'antiquité 4 villes, dont M. fironsledt \})t Vile de Céos, Paris, lb"26) a dé-
EOS, KYTHNOS. 261
terminé la position. Le port de $ao-Nicolo, un des meilleurs de l'archipel, a remplacé l'antique Coressia. La ville de Zéa, située à une lieue du port, s'élève sur les ruines de l'antique loulis. Elle compte environ 550 maisons et 3000 hab. Son aspect rappelle le vieux Syra. A un quart de lieue de la ville est un lion colossal, taillé sur place dans le rocher, et qui se rapporte sans doute à une vieille légende de Céos, suivant laquelle les nymphes de l'île, effrayées par un lion, s'étaient réfugiées à Carysto. Le lion est couché sur le flanc gauche et redresse la téte. Il n'a pas moins de 9 mètres de long.
Dans la cour du couvent de Hagia-Marina, s'élève une tour carrée . de construction hellénique.
« Elle est divisée en trois étages, et l'ancien escalier existe encore en partie. C'est la plus belle tour antique qui existe actuellement en Grèce. » Au S. de l'île, au lieu nommé Tais-Polais, on trouve les vestiges d'un temple d'Apollon , qui appartenait à l'antique Cartncea. Les restes de Pœessa peuvent se voir à Condouro, au S.-O.
de l'île.
V.— Kythnos, aujourd'hui Thermia, au S. de la précédente, n'est pas escarpée comme la plupart des îles de l'Archipel : elle est fertile et bien cultivée. C'est auprès du port de Sainte-Irène, sur la côte N.-E., que se trouvent les trois sources thermales auxquelles l'île doit son nom moderne. Les eaux 6ont salines et ferrugineuses ; leur température est tres-élevéo : la source la plus froide est seule réservée aux malades, grecs et turcs, dont le nombre s'élève actuellement à quatre ou cinq cents chaque été. L'établissement thermal est encore fort mal disposé.
La ville actuelle de Thermia ou Kythnos est située à 6 kilom. environ du port Sainte-Irène : elle compte 2 000 hab.
c Kythnos renferme les ruines de deux anciennes villes: llévréocastro, au S.-O., sur le bord de la
mer. et Palajocastro, dans la partie S. de l'Ile. » Nous mentionnerons encore une belle grotte à stalactites, près du village de Sillaca.
VI. Sériphos (Serpho) et Siph- 008 fSiphanto), au S.-E. de Thermia, ne présentent rien d'intéressant au point de vue historique ou archéologique. Sériphos est une longue arête de rochers arides, qui ne contient qu'un misérable village ; la tradition y plaçait la légende de Danaé et de Persée.
Siphnos est plus fertile.
Kimolos ou l'Argentine, au S.-O.
de Siphnos, doit ce dernier nom à des mines d'argent qu'on y exploita jadis. Ce n'est aussi qu'un pauvre rocher, où l'on ne trouve que de Teau de citerne. On y recueille une argile blanche et grasse, la terre cimoléc, employée avec avantage par les foulons.