GRECE. — LES ILES
peu élevées. L'Ile est aride et manque de bois et d'eau , mais elle produit pourtant de l'orge, des fruits et nourrit beaucoup de gibier. La ville, située du côté de f'O., compte env. 3000 bab. Son port est très-ouvert , mais présente un excellent mouillage.
L'Ile a encore deux petites criques : le port Panormo, sur la côte N., et le port Hagia-Anna, sur la côte S.-E. Elle est couverte d'églises grecques et de monastères, mais on n'y trouve aucun reste d'antiquités.
Mykonos a pris une part glorieuse à la guerre de l'Indépendance et donné asile en 1824 a une partie des habitants de Psara.
X. Naxos, aujourd'hui Naxia, située à 7 ou 8 lieues au S. de Délos et de Mykonos , est la plus grande des Cyclades, car elle mesure 29 ki). de longueur sur 19 de largeur. C'est une des lies les plus fertiles de l'Archipel; les céréales, les arbres à fruits et la vigne y viennent bien. Son commerce coosiste en émeri, coton, soie, vins, huiles, bestiaux, poissons, etc.; mais elle n'a qu'un port médiocre, celui des Salines. La population s'élève au plus à 1-2 001) hab.
appartenant presque tous ài'Éçlise grecque. La capitale occupe 1 ero-
fdacement de 1 ancienne ville sur a côte N.-O. ; vue de la mer, elle offre un aspect assez riant. Au milieu de la ville se trouve une tour carrée, seul reste du palais des anciens ducs, qui fut détruit par Barberousse. On remarque encore les restes d'une chaussée qui allait rejoindre le petit écueil de Palati, séparé de l'ile par un canal d'env.
50 mèt. de large. Cet écueil porte les débris d'un temple de Bacchus.
Il reste une belle porte de marbre d'une construction fort ancienne.
Le peu d'antiquités qu'on a trouvées dans l'Ile se rapportent à la même divinité. Des deux montagnes les plus hautes de l'Ile, l'une porte le nom de Coroni, de la nvmphe Coronis, nourrice de Bacchus ; l'autre Je nom de Zia, de
[Route 55. ;
Jupiter auquel elle était consacrée. Une fontaine voisine de la ville porte le nom d'Ariadne.
Naxos parait avoir été colonisée d'abord par des Thraces et surtout par des Cretois. C'est là que Thésée abandonna Ariadne, qui fut consolée par Bacchus. Une expédition des Perses contre Naxos, en 504 , précéda la révolte de l'ionie, et les guerres médiques auxquelles Naxos prit une part glorieuse. Soumise ensuite aux Athéniens, aux Romains, aux Byzantins, cette île devint, en 12Ù7 après J.-C., la capitale du duché de l'Archipel.
Naxos est entourée, surtout au S.-E., d'un grand nombre d'iloU connus sous le nom général d'iles Kouphonisia.
XI. Paros, située à l'O. de Naxos, dont elle est séparée par un canal de 11 à 1*2 kil. de large, a env. 58 kil. de circonférence.
Elle fui d'abord colonisée par des Crélois et porta le nom de Minoa.
Plus tard, un Arcadien, nommé Paros, lui donna son nom. Au vin* siècle av. J.-C, Paros était assez puissante pour envoyer une colonie dans l'île de Thasos. Au temps des guerres médiques, elle combattit avec les Perses; Miltiade, qui vint pour la châtier quand il eut battu les Perses à Marathon, échoua dans son entreprise. Mais Thémistocle la soumit après la bataille de Salaimne.
A la suite de la chute d'Athènes, elle fonda une colonie dans l'île de Pharos, dans l'Adriatique. Elle a beaucoup souffert de l'occupation des Russes pendant la guerre de 1770; mais elle a pris sa part à l'insurrection de 1821 . Paros & donné le jour au poëte satirique Archiloque, au po^te élégiaque Ëvénus, aux sculpteurs Scopas et Agoracrite, élèves de Phidias, aux peintres Arcésilas et Nicanor, contemporains de Polygnote.
L'Ile de Paros est fertile et bien cultivée; elle possède plusieurs portaoxcellcnts-.Parikia (llx^.'xîa), capitale actuelle, bâtie à l'O. sur
[Route 55.]
l'emplacement de l'antique Paros ; Naousa, sur la côte N. ; Drio, sur la côte O.; Sainte-Marie est le meilleur port de l'île. La population de 1 île ne dépasse pas 6000 âmes.
Paros ne contient pas d'antiquités remarquables. L'église de la Panagia-des-Cent-Portes, à Parikia, a été, dit-on, bâtie par l'impératrice Hélène ; mentionnons encore les ruines du château et celles d'une église nommée la Paoagia-tou-Stavrou. Ce qu'on visitera avec le plus d'intérêt, ce sont les carrières de marbre qui ont donné à l'île une si grande célébrité. Les premières, qui fournissaient du marbre à l'architecture, sont situées sur le mont Marpèse, au S. de la ville de Naousa et seulement à 30 m. au N. de Parikia. Elles étaient exploitées à ciel ouvert. A une demi-heure plus loin se trouvent les carrières qui fournissaient le marbre statuaire. Les trois pluj précieuses sont à 10 m. au N. du monastère de Saint- Mynas, dans une gorge profonde, parcourue en hiver par un torrent furieux. Deux de cescarnères sont percées dans le mamelon qui porte un moulin, la troisième s'ouvre de l'autre côté du torrent. C'est celle qui produitle marbre le plus blanc et du grain le plus fin. On y voit une galerie antique, dont l'exploitation a été à peine commencée :
on y a trouvé beaucoup de lampes de mineurs, et on y lit plusieurs inscriptions *du temps des Romains.
C'est à Paros qu'ont été découverts, en 16*27, les célèbres marbres d'Arundeî ou d'Oxford, ou Chronique de Paros, dont les inscriptions donnent la chronologie grecque depuis Cécrops jusqu'au temps d'Alexandre.
XIL Antiparos, ou Oliandros.
Cette île, dédaignée des anciens, doit uniquement sa célébrité à la magnifique grotte à stalactites qu'on y adécouvertedans les temps modernes, et qui a été visitée, en 1QT3, par M. de Nointel, ainbas-
PAKOS, ANTIPAROS, SANTOKIX.
sadeur de Louis XIV, par Tournefort et par Choiseul-Gouffier.
L'entrée de la grotte est à 6 kil.
du village, à env. 2 kil. S. de la mer, eu vue des iles de Ios, de Sikino et de Policandro. Il faut pour la visiter se munir de cordes et de torches. Après une descente qui offre bien quelques pas difficiles, mais pas un seul danger réel, on entre dans la salle qui termine ce souterrain. On a singulièrement exagéré les beautés comme les dangers de cette grotte. Toutefois , les stalactites sont extrêmement remarquables par leurs formes fantastiques , leur blancheur et quelquefois leur transparence. De belles stalagmites couvrent le soi et vont souvent rejoindre les stalactites. On admire surtout une grande stalagmite haute de 8 met. et dont la base a env. 7 mèt. de diamètre ; on l'a surnommée Y Autel, parce que M. de Nointel y fit célébrer la messe. Cette salle est à environ 80 met. de profondeur perpendiculaire, mais on dit qu'elle n'est pas encore l'extrémité de ce vaste souterrain.
La grotte d'Antiparos appartient aujourd'hui à notre compatriote M. Piscatory ;elle lui a été donnée pendant le temps de sa mission en Grèce.
XIII. — Ios ou Nio possède un assez beau port sur la côte S.-O.
Le bourg , qui occupe probablement l'emplacement de l'ancienne ville, présente un aspect assez agréable.
Ios passe pour avoir servi de sépulture à Homère. En 1773 un officier hollandais au service des Russes, le comte Pusch van Krienen, prétendit avoir retrouvé son tombeau.
XIV. — Sikino n'a rien à montrer que les restes d'un temple d'Apollon, placé au bord de la mer.
Pholégandros ouPolycandro n'a absolument rien d'intéressant.
XV. — Santorin ou Thira {vtpx et quelquefois <t»»j/5a, avec l'altération éohenne). Cette île volcani-
que, la plus méridionale des Cyclades, fut originairement peuplée par des Phéniciens, et nommée par eux la Belle (KaùÀfan;) ou la Ronde (ir poy/itïr^. Plus tard, elle reçut une colonie doricnne, sous la conduite de Tbéras.En 631 avant J.-C. elle était assez florissante pour fonder la ville de Cyrène en Libye. Elle ne résista pas aux Perses, et fut Talliée fidèle de Sparte.
Au 111e siècle après J.-C, elle prit le nom de Sainte-Irène, dont est dérivé le nom de Santorin.
Santorin est surtout intéressante par les révolutions géologiques dont elle a été le théâtre. Il est impossible de ne pas y reconnaître un immense cratère dont la mer a envahi le centre. Cette île figure, en effet, une vaste demilune, dont les falaises abruptes et sombres rappellent l'aspect de la Somma du Vésuve. Les îlots de Thérasia et d'Aspro-Nisi, qui complètent le circuit, se trouvaient autrefois unis à l'île principale , comme nous l'indique son ancien nom de Strongyle, et comme le démontre surtout la concordance des couches horizontales de diverses couleurs, qui se correspondent à une même hauteur et dans un ordre semblable. Pline rapporte que la séparation de Thérasia et de Théra ou Santorin eut lieu l'an 236 avant J.-C, à la suite d'un violent tremblement de terre. Ce fut alors sans doute que la partie centrale de l'île s'abîma sous la mer, par un de ces effondrements subits, qui ne sont pas rares dans l'histoire des volcans.
Plus tard, et a des époques successives, apparurent au milieu du golfe de nouveaux cènes volcaniques qui ont formé les îlots que l'on voit aujourd'hui. On sait d'après Strabon que Tan 197 avant J.-C.
donna naissance à l'île de Hirra, appelée aussi P alita -Kaimeni (n«- >«f« xarvuYvij ou xsetsoifvï}, l'ancienne île brûlée). L an 46 après J.-C apparut une nouvelle île trachytique, la Micra - Kaimeni. En 7*26 et en 1457,Palœa-Kaïmeni s'agrandit; en
LES ILES. [Route 55.]
1570 un abaissement subit du S.
de l'île submergea les ruines d'Ëleusis; en 1573, une courte éruption agrandit le cône S. de la Micra-Kaïmeni. Les deux éruptions les plus formidables dans les temps modernes furent celles de 1650 et de 1707. La première se manifesta à 5 kil. en dehors du golfe ; elle ne donna naissance à aucune île, mais elle éleva considérablement le niveau de la mer.
Cette éruption dura trois mois, et les flots qu'elle souleva allèrent porter leurs ravages jusqu'à Ios et a Sikino. En 1707 un nouveau cratère s'ouvrit entre Paleea et Micra-Kaïmeni , vomit pendant plus d'un an de la lave, des cendres, des flammes et de la fumée, et donna naissance à deux îlots, l'un formé de ponce blanche, l'autre de trachyte noir, qui de 1711 à 1712, furent réunis en un cdne de 100 mèt. de hauteur au-dessus du niveau delà mer : c'est la nouvelle ou la grande Kaimeni (JVea ou Me'gaU-Kaimeni). On remarqua après l'éruption que l'île entière de Santorin s'était affaisée ; c'est* cette époque que Miîo commença a être désolée par les vapeurs délétères dont nous avons parlé.
Enfin, de nos jours, on a constaté dans le golfe un plateau trachytique qui monte d'année en année :
le fond n'était plus qu'à 8 mèt.
de profondeur en 1830, et qu'à 5 mèt. en 1834. Depuis ce temps le soulèvement semble s'être ralenti. « On remarque aussi au S.- E. de la Mégali-kaïmeni une grande tache jaunâtre à la surface de la mer: c'est une source ferrugineuse très-puissante. » Ses eaux très-acides ont la propriété de nettoyer en peu de temps le doublage des navires qui viennent mouiller dans le voisinage.
Lorsque cette source cesse de donner, les insulaires s'attendent à un tremblement de terre. Pour ce qui concerne la structure géologique de l'île, et le mode probable dont s'est opéré l'effondrement du centre du cratère, nous
(RO0TB 55.j
renverrons aux ouvrages spéciaux ^Lyell, Principes de géologie, t. III, p. 250- — Virfct, Bulletin de la soc.
y toi. de France, t. III, p. 103.)
t La capitale actuelle, noinmée TJtira% dit M. Benoit : mémoire cite'),
est située au centre intérieur du croissant, au bord de la falaise, De petites maisons blanches et bâties en dûmes ou terrasses semblent se soutenir en étage les unes sur les autres, et courent le long de la crête avec une effroyable hardiesse Les bâtiments ne peuvent mouiller auprès de cette falaise, car au pied du roc où l'on débarque commence une mer sans fond. On n'y arrive qu'en canot.
Au bas de ce mur de rocher, on ce trouve qu'un quai étroit de béton et quelques huttes voûtées qui s'enfoncent sous les excavations de la montagne. Une rampe étroite monte en zigzag jusqu'à la ville. » La surface riante de W.e présente un contraste extraordinaire avec le sombre golfe de .Santorin. Des champs de vigne « étendent en pente douce sur un espace de plusieurs kilomètres jusqu'à, l'autre rivage. Du mont Saint-Elie, qui sTélève au S. de l'île, k environ 700 mèt. de hauteur, on jouit d'une vue magnifique. Les ruines de l'antique Théra se trouvent sur le Mésa-Vouno, au S. de l'iîe; mais presque toutes les sculptures précieuses ont <'té enlevées au siècle dernier, notamment par les Russes en 1770. La nécropole de Théra présente de beaux tom-