‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 168 sur 511 · URE · texte numérisé non relu

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d'Andrinople. Clauses : limite du Prouth pour la Turquie e 1 1 a Rimie. — Protectora t par cette puissance, sous la suzeraineté du auitan, de la Moldavie et de la Valachie. —Ouverture des Dardanelles a toutes les nations. — Reconnaissance de l'indeDendance grecque.— Suite des réformes.— Fondation du Moniimr, adoption de mesures sanitaires, création de lazarets.

Mehémet-Ali, pacha d'Egypte, se rend indépendant.

183?. -Il prend Salnt-Jean-d'Acre — Bat à Konièh les troupes du sultan.— Intervention de la Russie sollicitée par Mahmoud.

1833 — Traitéd'Unkiar-Skélessf. Clause principale : le Bosphore interdit à toute puissance en guerre aveo la Russie. — Méhemefr-Ali s'arrête.

Mahmoud reprend le cours de ses réformes.—Création d une école militaire.

—D'une école de médecine.— Des quarantaine!.—Établissement d'ambassades permanentes à l'étranger.

183Û. — Soumission de la régence de Tripoli et (1837) des Kurdes.

1839.- Nouvelle révolte de Méhémefr- Ali.— Victoire d'Ibrahim-Pacha, son fils, à Nézib.— La nouvelle en arrive après la mort de Mahmoud.

1839.— Abdul-Medjld, son fils, sultan régnant.— Hatti-schérif de Gul-Hané qui contient en germe le tanzimat ou organisation [V. section îv).

Marche menaçante d'Ibrahim-Pacha,— Opérations des Anglais en Syrie, bombardement de Beyrout. — Guerre générale imminente.— Traites du 15 juillet 1840 et du 13 juillet 1841. — L'Egypte accordée à Mehemet-Aii et à ses descendants sous la suieraineté de la Port*.

184 1 - 1853,-Suite des réformes administratives.

18ô3.— Agression de la Russie.* - Intervention armée de lu France, de l'Angleterre, de la Sardaigne.

1851-1855. Siège et prise de Sébas-

. topol.

TI'HQUIE D'EUROPE.

IIP section : Architecture byzantine et musulmane * .

SI- — Origine et caractères du style byzantin. — La Grèce avait transmis à l'Italie les principes de l'art le plus pur; Rome, en se les appropriant et les modifiant suivant son génie particulier, couvrit à son tour la Grèce et l'Orient de ses constructions. Il n'entre pas dans notre plan de faire ici l'histoire de Part romain: car, sauf quelques ponts, quelques restes d'aqueducs, de citernes, de routes pavées, de murailles, ou d'inscriptions, on ne trouve plus en Turquie de monuments importants de l'époque romaine. Qu'il nous suffise de dire en peu de mots comment l'art grec modifié par les Romains donna naissance au style byzantin. Aux anciennes constructions monolithes, aux grands blocs réguliers des belles murailles helléniques, les Romains substituèrent peu a peu des matériaux plus petits et plus légers, liés par des ciments susceptibles d'acquérir beaucoup de dureté. Les constructions en briques prirent un développement de plus en plus grand, et les faces des murailles furent revêtues d'enduits, de stucs ou de plaques de marbre. « Leur architecture, dit M. Batissier (ouvrage cité, p. 209), a tiré son principal caractère de l'emploi de la voûte et des arcades introduites par eux dans toutes les constructions monumentales. Cette découverte eut d'immenses résultats. Avec l'arc, on pouvait unir des piliers très-éloignés, qui auraient exigé, pour être rattachés les uns aux autres, des pierres énormes d'un poids prodigieux, d'un transport difficile. Ils multiplièrent souvent les arcs en séries qui semblent interminables. Ici, ils ont couronné un mur cylindrique par des arcs concentriques formant une coupole; là, à l'extrémité d'un plan carré, ici autour d'un plan circulaire, ils ont couvert des demicercles par des demi-dômes (voûtes en cul-de-four) ; quelquefois ils ont renfermé de plus petits arcs dans de plus grands, ou, donnant à chacun d'eux une direction différente, ils les ont coupés et croisés par d'autres; il existe même des exemples de coupoles polygones.... partout, cependant, ils ont laissé à chaque courbe décrite un demicercle complet (plein-cintre). Par là ils ont conservé cette solidité qui semble le but principal de leurs constructions publiques. L'introduction de l'arc dans l'architecture modifia profondément le style grec. On conçoit que la roideur inflexible de l'architrave et la courbure de l'arcade, l'angle aigu du toit en pente et la convexité de la coupole, ne pouvaient exister ensemble. Dès lors toute l'ornementation particulière aux divers ordres grecs fut altérée.... La recherche dans les sujets de décoration, la profusion des ornements, la fausse application des meilleurs principes, dont l'intervention de l'ordre composite avait été le résumé, hâtèrent la décadence de l'art. Les profils perdirent chaque jour quelque chose de leur pureté ; les proportions furent altérées et les règles les plus sages méconnues. C'est ainsi que l'architecture, après avoir brillé d'un vif éclat sous la domination d'Auguste, des Flaviens et des Antonins, alla en dégénérant de plus en

1 Nous renverront encore pour ce paragraphe à l'ouvrage déjà cite de M. Bitumr, Hitt de Vart wonurnrtital.

ÀttCHITECTt'ttF. SfiO

plus jusqu'au règne de Constantin.... La plus grande entreprise de son règne est la fondation de Constantinople; mais la plupart des monuments qu'on y éleva furent exécutés avec une telle hâte, qu'ils eurent une courte existence et durent être réédifiés par ses successeur*. Un des caractères qui distinguent les constructions de ces temps de décadence, c'est qu'elles offrent des matériaux enlevés à des bâtiments plus anciens, et ajustés sans goût et sans art. »

Les grands édifices religieux du style byzantin ou néo-grec procèdent plus particulièrement de deux espèces de constructions romaines: 1° les basiliques, vastes bâtiments quadrangulaires, où originairement on rendait la justice, où s'assemblèrent ensuite les négociants, jusqu'au moment où le christianisme, mettant à l'intérieur du temple les tidèles que le paganisme laissait en dehors, en fit le type primitif de ses églises; 2° les rotondes, originairement consacrées k des temples très-petits ou à des monuments funéraires (mausolées d'Auguste, d'Adrien, de Cecilia Metella, à Rome), et qui devinrent, au temps de Constantin, des baptistères, des églises (Sainte-Constance à Rome, l'église du Saint-Sépulcre à Jérusalem). «Les constructions de forme circulaire, dit M. Bâtissier (ibidem, p. 383), couronnées par une couverture hémisphérique rappelant cette voûte de l'univers au sommet de laquelle est placé le trône de Dieu, furent surtout imitées par les chrétiens d'Orient ; mais elles ne présentaient pas une disposition hiératique qui les distinguât des rotondes païennes j en conséquence les architectes byzantins, en adoptant la coupole, l'inscrivirent au centre d'un carré divisé en deux nefs principales se coupant à angles droits par le milieu, de manière à ce que l'intérieur du monument ressemblât à une croix grecque, c'est-à-dire une croix dont les quatre branches sont égales. » Ils perfectionnèrent encore la construction de ces dômes ï au lieu de les faire reposer, comme la coupole du Panthéon à Rome, ou celle du Saint-Sépulcre k Jérusalem, sur un vaste cylindre placé entre elles et le sol, ils les élevèrent au-dessus de quatre grands arcs soutenus par quatre piliers disposés sur un plan carré (K. le plan de Ste-Sophie, annexé au plan de Constantinople). « On comprend (ju'en adaptant un périmètre circulaire à un périmètre quadrangulaire , on avait en surplus quatre angles. Chacun de ces angles fut alors racheté par une petite voûte en encorbellement , dont la surface est égale k un quart de sphère et qu'on ne peut mieux comparer qu'k une niche. Les dômes ainsi disposés sont dits en pendentifs. » « Pour que la coupole, dit M. Uope (Hùft. de l'archit., Paris, 1839), réunît autant que possible la légèreté et la solidité avec le plus grand développement, elle était construite avec des tubes cylindriques de terre agencés l'un dans l'autre. Des demi-coupoles fermaient les arcs sur lesquels n'appuyait le dôme central et couronnaient les quatre nefs ou bras de la croix ; l'une de ces nefs, terminée par l'entrée principale, était précédée d'un portique ou narthex, la nef opposée formait le sanctuaire, tandis que les deux branches latérales étaient coupées dans leur hauteur par une galerie destinée aux femmes; souvent encore il s'en échappait de petites absides couronnées de demi-dômes, ou des chapelles surmontées de petites coupoles ; enfin l'on perça des fenêtres à la

Orient. 17

*)0 1VKQUIE D'Kl.-KOl'K.

base des coupoles et des demi-coupoles qui couronnaient tomes les parties des églises grecques. » L'église était précédée d'un atnum ou cour carrée, entourée d'un portique quadrilatéral.

En môme temps que dans le plan général les courbes se substituaient partout aux surfaces rectilignes et angulaires de l'ancienne architecture grecque, les ornements subirent eux-mêmes des modification* sensibles. Les ordres antiques furent presque entièrement abandonnés. Le chapiteau des colonnes, de circulaire qu'il était, devint cubique, ou plutôt prit la forme d'un tronc de pyramide renversé, souvent surmonté d'un énorme tailloir de môme forme qui semble un second chapiteau. L'ancienne feuille d'acanthe fut remplacée par d'autres feuillages peu saillants, minces, aigus et souvent enlacés. La base des colonnes reste souvent semblable à la base attique (K. p. 34). c Les faces des moulures sont rehaussées aussi de feuillages sculptés dans le même goût, de méandres et de losanges, d'entre-lacs et de diverses combinaisons de lignes qui semblent empruntées, les unes aux plus anciens monuments helléniques, les autres aux tapis persans. » (Bàtissier). Les plaques de marbre et de métal, les peintures sur fond d'or et les mosaïques formaient le caractère de la décoration intérieure des édifices byzantins, dont Sainte-Sophie a été le modèle le plus magnifique. <x Nous devons consigner encore ici, ajoute M. Bàtissier, d'autres innovations qui appartiennent aux Byzantins. C'est en Grèce et chez lesÀrabes que l'on trouve les plus anciens exemples de colonnes engagées dans les pieds-droits qui supportent le cintre des arcades. L'arc outre-passé ou en fer à cheval parait appartenir aux Byzantins, auxquels les Arabes l'auraient emprunté. 11 en est de même de l'appareil en matériaux de diverses couleurs. Plusieurs anciens édifices néo-grecs présentent des archivoltes et des corniches en pierre alternativement blanche et noire, ou blanche et rouge. Dans une même arcade, on voit encore des voussoirs de pierre et des voussoirs en briques disposés symétriquement. Enfin l'invention des escaliers a vis remonte aux Grecs du Bas-Empire. >

Les'églises byzantines de la première période (du îv* au vm* siècle] ne présentaient qu'un seul dôme de forme écrasée, élevé sur un plan carré, k La façade offrait une niasse carrée, terminée à son sommet par une corniche horizontale, sans fronton qui indiquât la forme du comble, car la charpente, alors comme plus tard, ne fut jamais employée par les Grecs pour couvrir les édifices; on se servait seulement de terrasses et de dômes. Une ou plusieurs portes rectangulaires donnaient accès dans les églises; elles étaient généralement ornées do moulures très-refouillées, et leur linteau soulagé par un arc en décharge. Les façades latérales différaient peu des façades principales. Les absides, souvent au nombre de trois, étaient plus généralement demi-circulaires que polygonales. A l'intérieur, les nefs étaient toujours précédées d'un vestibule; les femmes avaient leur place réservée dans des tribunes régnant au-dessus des bas côtés, et s'arrétant auprès du sanctuaire. Cette tribune prenait jour extérieurement par des fenêtres per< .tes au-dessus de la porte principale et encore dans les façades latérales. » A cette époque appartiennent la grande et la

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petite Sain te-Sophie, et Sainte-Irène à Constantinople. Saint-Vital de FUvenne. etc. Nous avons indiqué (p. 41) les modifications subies par les églises grecques aux époques postérieures. Nous ne pouvons ici suivre l'art byzantin dans tous les monuments qu'il a élevés en Sicile, en Iialie, sur les bords de la mer Noire et en Russie; mais nous allons le retrouver servant de modèle à l'architecture musulmane. Aupara- Tant nous devons dire quelques mots de l'état des églises chrétiennes dans la Turquie d'Europe.

En général les églises n'ont pas de clocher, et, sauf certains cou* vents et certains lieux privilégiés, elles n'auraient pas le droit d'avoir des cloches non plus que des croix extérieures. Les églises grecques de Constantinople ne sont que des édifices massifs sans dômes, sans clochers, entièrement nues à l'extérieur, et qui semblent se dérober aux regards. Actuellement encore, dans plusieurs lieux» les églises sont cachées dans des lieux écartés et entourés de touffes d'arbres, ce qui prouve que les Turcs n'ont pas toujours été aussi tolérants que le disent aujourd'hui certains publicistes. Tous les ornements sont ré» sçrvés pour l'intérieur, où l'on trouve souvent des marbres sculptés, des autels surchargés d'offrandes et de peintures. L'intérieur est toujours divisé en trois parties, vestibule, église et sanctuaire. Ce dernier est séparé de l'église plus complètement que le chœur chez les catholiques. 11 y a encore des églises catholiques dans quelques parties de l'Albanie, en Bosnie, à Constantinople et à Salonique. Dans ces dernières années, les chrétiens ont obtenu une plus grande tolérance pour l'exercice extérieur de leur culte; des églises ont été bâties; mai* l'usage des cloches, bien qu'autorisé en principe, choque encore les préjugés musulmans, pour lesquels elles ont été longtemps un signal de rassemblements séditieux, si ce n'est d'insurrectiont

$11. — Architecture musulmane, mosquées, turbés , bains, bazars, khàns, fontaines, etc.— Les Arabes ne paraissent pas avoir eu d'architecture propre avant Mahomet. A l'époque du Prophète, la Kaaba de la Mecque fut réédifiée pardeux architectes étrangers. Sous les premiers khalifes, après la conquête de la Syrie, de l'Egypte et d'une partie de l'Asie Mineure, les Arabes convertirent en mosquées un grand nombre d'églises byzantines ; les monuments qu'ils élevèrent par euxmêmes furent édifiés par des architectes grecs. « Le témoignage des écrivains nationaux, dit M. Bdussier, no permet pas de douter que ce soit à l'école byzantine que les Arabes aient emprunté les principaux éléments de leur système architectonique. Il est certain cependant u'ils ont dù aussi s'inspirer des constructions persanes bâties sous la ynastie des Arsacides et des Sassanide*. Dire dans quel style étaient conçus ces monuments et quelles formes les Arabes leur ont empruntées est un problème qu'il ne nous est pas donné de résoudre; nous croyons pourtant que c'est aux Persans que les Arabes empruntèrent cette profusion d'ornements, cette pompe et cette magnificence que déployaient à leur cour les souverains des empires de l'Orient. ... Les plus anciennes mosquées sont bâties avec des matériaux enlevés à des édifices antiques. Presque toutes les colonnes qui en soutiennent les plafonds et les dômes appartenaient à des monuments grecs ou ro-

m TURQUIE D'EUROPE.

mains. Les chapiteaux nous offrent aussi une imitation plus ou moin*; dégénérée de la corbeille corinthienne. Toutes ces mosquées présentent une voûte en cuî-de-four ou des coupoles en pendentifs suivant le mode byzantin. Quant aux ornements, ils se composent d'inscriptions en caractères arabes d'une forme plus ou moins ancienne. Aucune nation ne'multiplia d'une manière plus variée et plus ingénieuse les combinaisons de figures géométriques, associées à des fleurs et à des fleurons, pour engendrer des formes applicables a la décoration des édifices. Les Arabes suppléèrent par ces différents enlacements de lignes et de plantes à la représentation des êtres animés, qui leur était interdite par la loi mahométane. Tous ces ornements sont rehaussés de couleurs éclatantes. Les mosaïques byzantines, en verre émaillé, occupent aussi une place importante dans le système décoratif de l'ancienne architecture arabe. Plus tard, elles furent remplacées pardes revêtements de briques émaillées de diverses couleurs, que Ton fabriquait en Perse depuis la plus haute antiquité. On taillait ces pièces en polygones variés, de manière à en former toutes sortes de dessins. Un autre élément architectonique, que l'on retrouve dans presque tous les monuments arabes, consiste en une série de petites coupoles en pendentifs, de petites niches superposées les unes au-dessus des autres, que l'on a comparées avec raison à des stalactites , et remplissant non-seulement le vide des angles rentrants que présentcnt'les constructions, mais encore formant quelquefois l'entablement supérieur des édifices. » L'arc en ogive, dont l'origine n'est pas bien connue, mais que l'on remarque déjà dans certains sarcophages antiques de la Lycie, dans certains édifices byzantins (Sainte-Irène à Constantinople, la mosquée d'El-Aksa bâtie par Justinien à Jérusalem) fut employé dans les plus anciennes mosquées du Caire, et devint d'un usage général dans les constructions élevées par les Turcs Ottomans à Brousse, à Andrinople, et enfin à Constantinople.

Les mosquées de Constantinople n'ont pas été bâties sur le plan des premières mosquées de l'islamisme , comme celle de l'Egypte ou de la Syrie. Celles-ci sont de grandes cours à ciel ouvert avec des colonnades ou portiques à jour ; les mosquées de Constantinople sont des bâtiments fermés. Presque toutes ont imité Sainte-Sophie, et l'ons' étonnera quelquefois, à l'Ahmedièh, a la Mohammedièh par exemple, de voir l'intérieur de ces mosquées figurer une croix grecque par la disposition de leurs piliers. ,

Dans toute mosquée, on trouve au fond et dans l'orientation de la Mecque, le Mihrab, qui est à la mosquée ce que le maître autel est à l'église catholique; le mihrab est une espèce de baie ou de niche pratiquée dans la muyaille, et ornée ordinairement de colonnettes et de marbres précieux, mais ne contenant ni images, ni rien de semblable à un autel. A côté du mihrab est le menbèr ou chaire à prêcher, surmontée d'un clocheton pyramidal ou conique qui sert d'abat-voix; on y monte par un escalier en pente rapide, h balustrade élégamment ornementée, De l'autre côté du mihrab se trouve la tribune réservée au sultan, désignée sous le nom de maksoura. En avant du mihrab, il y a souvent une autre tribune, khoutbah, où l'iman prononce la prière, et

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une plate-forme carrée et élevée, mastabah, sur laquelle les crieurs répètent l'appel à la prière.

La mosquée est précédée d'une cour à portiques ou harem, au milieu de laquelle coule la fontaine aux ablutions. Sur les flancs de la mosquée, on remarque aussi un grand nombre de petits robinets destinés au même usage. Les minarets sont aux mosquées ce que sont les clochers aux églises chrétiennes. Leur nombre est variable. Il n'y a que les mosquées de fondation impériale qui puissent en avoir quatre ; les autres n'en ont qu'un ou deux. Ce sont de hautes tours avec deux ou trois étages de galeries circulaires, où le muezzin monte quatre fois par jour pour appeler les fidèles à la prière. Ils sont surmontés en Turquie d'un cône de couleur noire, qui les fait ressembler quelquefois à des chandeliers coiffés- d'un éteignoir. Les grandes mosquées sont de plus entourées d'une vaste enceinte plantée d'arbres, où sont annexés des établissements divers, des khàns pour les voyageurs, des médressés ou collèges, des imarets ou asiles pour les pauvres, des bibliothèques, des bains, des fontaines, le turbe ou tombeau du fondateur, et souvent un petit cimetière. Ces établissements sont entretenus au moyen de riches dotations faites aux mosquées. Ce sont donc non-seulement des lieux de prière, mais des lieux d'asile, de secours, dVtude : on y dépose aussi des trésors appartenant aux* voyageurs, aux orphelins mineurs; on remarquera souvent des quantités de malles, de ballots de cette nature, amoncelés dans les mosquées, sans autre garde que la sainteté du lieu.

Outre les grandes mosquées, appelées djami, mot qui veut dire lieu de réunion, on en compte un grand nombre de petites nommées mesdjid (lieu de prière). C'est ce dernier .nom qui, changé par les Espagnols en mesquida, est devenu l'origine du mot français mosquée.

Les turbés, ou tombeaux des sultans ou des princes, ne sont pas toujours annexés aux mosquées : ils forment dans la ville des édifices pieux dont le service est assuré par des dotations particulières. On trouve dans ces turbés le catafalque du sultan recouvert d'étoffes précieuses ; du côté de la tête est un turban, et du côté des pieds un énorme cierge. A côté de ce catafalque, on en voit souvent d'autres moins importants, renfermant les dépouilles des frères, des fils du sultan qui n'ont pas régné , quelquefois celles de quelques sultanes favorites. — « On trouve encore dans les provinces une foule de tombeaux élevés en l'honneur des scheiks, ou des saints, qui sont un objet de vénération et un butde pèlerinage. Ces petits édifices, appelés santons, sont ronds, carrés ou octogones et couronnés par une coupole. »

Bains. — Les Orientaux ont construit partout des bains, qui ont conservé à peu près la disposition des thermes antiques. Ils se composent de plusieurs salles avec des fontaines ou bassins entretenus à des températures différentes au moyen d'un hypocauste, et de tuyaux de chaleur disposés dans l'épaisseur des murailles. Ces salles sont souvent recouvertes de coupoles élégantes, éclairées par le haut au moyen de nombreux verres ronds enclavés dans la coupole. Nous décrirons plus • loin (sect. V, $ 15) les diverses opérations du bain turc.

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Khdns, Caravansérdis. — Ces établissements , espèces d'hôtelleries situées dans les villes et sur les routes, sont de vastes édifices, quelquefois fortifiés à l'extérieur, et présentant à l'intérieur une cour à portique entourée de salles, de magasins, où les voyageurs ou marchands trouvent un abri moyennant une légère rétribution. Ces établissements n'offrent en général rien de remarquable sous le rapport architectural que leurs .grandes dimensions. Ceux de Constantinople sont de vastes entrepôts pour le commerce étranger. Chaque nation a le sien.

Les bnsars (tchartché) ne sont que de longuos galeries voûtées, des rues en arcades, ou quelquefois même seulement garnies de petites échoppes dont nous aurons à décrire plus tard l'aspect pittoresque (sect. V, * 15, et R. 58), mais sans mérite au point de vue de l'architecture. Il en est tout autrement de* fontaines (sébil) et abreuvoir* publics (houz) placés aux angles des mes, ou isolés sur quelques grandes places : ce sont des constructions semi-circulaires ou polygonales couvertes d'un dôme ou d'un toit chinois, etsouvcnt décorées de marbres finement sculptés , d'arabesques , d'inscriptions peintes ou dorées, et d'ornements en bronze. Les bassins se trouvent à l'abri du soleil sous une vaste arcade. Plusieurs de ces édifices légers comptent parmi les monuments les plus remarquables de Constantinople. Les aqueducs ou les citernes souterraines de cette capitale remontent à l'époque romaine ou byzantine, les Turcs n'ont fait que les conserver.

Maisons.— Palais. — Les maisons particulières de Constantinople ou de la Turquie d'Europe sont en général d'une grande simplicité : construites en bois, et peinte* à l'extérieur en rouge, en jaune, en vert pour les musulmans, de couleur Kombre pour les chrétiens ou les juifs, elles ont toutes à peu près la même hauteur, pour qu'on ne puisse pas voir de l'une dans l'autre. Elles sont divisée* a l'intérieur en deux parties, l'une pour le maître du logis, l'autre pour les femmes et la famille. Les fenêtres du harem sont garnies de grillages en bois nommés moucharahis. Les palais des pachas ou du sultan renferment dans leur enceinte des cours, des jardins avec des kiosques, des eaux jaillissantes, mais l'aspect extérieur est toujours très-simple. Les kiosques les plus élégants du sérail, ou des rives du Bosphore à Constantinople, ont en général adopté le toit recourbé en forme de pagode chinoise. Ajoutons que dans ces dernières années les Turcs ont construit, notamment dans la capitale, des édifices à l'européenne, d'un goût bizarre, d'un aspect généralement lourjl et disgracieux, et qui font un contraste désagréable avec l'architecture orientale. Ces constructions n'appartiennent à aucun style, ou plutôt tous les styles y sont confondus ; nous n'avons donc pas à nous en occuper ici. [V. Constantinople , palais do Dolma-Baghtchè, université , casernes, etc.)

IVe section : Turquie moderne.

§ I. Gouvernement. Maison impériale. — * Le gouvernement de la « Turquie, dit M. Ubicini Lettres sur la Turquie, Paris, 1851/, est une

1ÎOUVKKNEMENT. -295 monarchie, absolue dan» la forme, mais tempérée dans la realité, d'abord par les institutions et les conditions mêmes de la souveraineté, ensuite parles mœurs qui, là plus que partout ailleurs, modifient ou limitent même jusqu'à un certain point l'action du pouvoir. Dépositaire de la loi, le sultan ou padischah la fait exécuter et la modifie par l'intermédiaire du vézir. chef suprême de l'administration, et par celui du mufti ou ncheik-iil~i*lam (l'ancien de l'islam), dont l'interprétation de la* loi constitue la principale obligation. Chef du corps judiciaire et religieux des ulémas, le mufti sanctionne et rend exécutoire par son fetva toute ordonnance émanée de l'autorité suprême. * Les conditions que l'autorité suprême s'est faite à elle-même se trouvent résumées dans le hatti-chérif de Gul-Hanè, promulgué le 3 novembre 1839, quatre mois après l'avènement d'Abd-ul-Medjid, et qui porte sur trois points principaux : 1* garanties propres à assurer à tous les sujets de l'empire une entière sécurité, quant à leur vie, leur honneur et leur fortune: 2» assiette et levée des impdts; 3° levée des soldats et durée du service. Ce ne sont là que des principes abstraits ; le tanzimat ou organisation les a développés et convertis en loi. Il se divise en quatre parties : 1* conseils du gouvernement: 2° division administrative et financière; 3° offices judiciaires; 4° emplois de l'épée. Il serait exagéré de nier les heureux résultats déjà donnés par le tanzimat; mais la vérité oblige à dire que ses principes ont trouvé dans les mœurs une résistance dont ils n'ont pas encore triomphé.

Les ministres d'Etat, décorés du titre de muchir. ont des attributions à peu près analogues à celles des ministres dans les autres Etats de l'Europe. Assistés de deux fonctionnaires du premier rang, ils composent avec le scheik-ul-islam, et sous la présidence du vézir, le conseil privé, qui délibère sur toutes les questions d'intérêt général et de politique extérieure. Dix conseils supérieurs complètent cette organisation ; ce sont : 1" le conseil d'État ; 2° celui de l'instruction publique ; 3» de la guerre; 4* de l'artillerie; 5° de l'amirauté; 6* des comptes, 7* de l'agriculture ; 8° des mines; 9° de la police; 10* des fabriques militaires. Le divan ou chancellerie d'État comprend la généralité des emplois qualifiés emplois de plume.

Le sultan avait autrefois son trésor particulier (haznc), dont les ressources annuelles dépassaient celles de l'impôt. Il reçoit maintenant une liste civile, fixée, pour l'année, à 75 millions de piastres (17 250000 fr.), avec laquelle il pourvoit à l'entretien de sa maison. La modicité relative de cette somme fait pressentir combien doit avoir perdu de son c*elat le luxe, jadis proverbial, des sultans.

Les officiers qui composent la maison impériale, sont : 1° le kizlaragassi (chef des eunuques noirs), grand maréchal du palais; il a rang de muchir ; 2° deux imans ; 3' le grand chambellan et quatre chambellans ; 4' un premier secrétaire et quatre secrétaires ; 5" un premier aide de camp, secrétaire des commandements, et sept aides de camp; 6° un trésorier de la couronne et un trésorier particulier; 8° le chef des eunuques blancs; 9* le grand écuyer; 10" le grand maître de la •cour; 11* le maître de la garde-robe; 12" le premier page; 13° le chef des pag*»s 'ïfcA'vjMns'; 14" le chef du garde-reliques (l'étendard, le

i'.Hi TUtQUIK DLLROPE.

sabre et le manteau du Prophète); 15° deux référendaires; 16" le chef des huissiers.

Une liste civile spéciale (8400 000 piastres) est allouée à la sultane Validé (mère) et aux sœurs du sultan, mariées à des pachas.

§ II. Divisions administratives.— Le territoire de l'empire ottoman est divisé en gouvernements généraux (eualets), dont l'administrateur prend le titre de vali (vice-roi) ou mutesarrif (gouverneur général), suivant l'importance de la circonscription. Chaque eyalet se subdivise en livas (province), administrées par un kàimakam (lieutenant gouverneur), qui, dans certaines localités, prend le titre de mohassil (préfet); les livas sont à leur tour subdivisées en kazas (districts), gouvernés par un mudir (sous-préfet), et les cazas en nahiyès (communes), administrés par un kodja-bachi ou mouhlar (magistrat électif correspondant au maire). La Turquie d'Europe comprend 15 eyalets, 42 livas, 376 cazas.

Le vali réunit, dans l'eyalet, toutes les attributions du pouvoir exécutif. Dans le cercle du liva, le kaïmakam dirige l'ensemble de l'administration, préside le medjlis (conseil de la province) et veille à l'assiette de l'impôt. Disons en passant que les populations grecque, arménienne et juive, sont représentées dans ce conseil parleurs évéques ou rabbins, et qu'à côté d'eux se trouvent de3 vudjouhs (députés), dont le nombre est proportionnel à la population. Le caractère libéral de cette institution est frappant : sa création remonte au hatti-schérif de GulHanè.

. Les provinces de la Turquie d'Europe, dites tributaires, jouissent d'une organisation particulière. La Servie, qui, de 1801 à 1813, avait secoué le joug ottoman, a obtenu en 1815 la sanction de son individualité politique : un prince héréditaire administre sous la suzeraineté de la Turquie et paye, chaque année, à la Porte un tribut do 2 000 000 de piastres (460000 fr.). Le prince gouverne avec une diète élective et un conseil d'État. Dans les circonstances graves, on convoque le skoupschtina ou états généraux de la nation. Le Monténégro jouit d'une indépendance aussi complète et d'une organisation analogue.

Les principautés Roumanes ou Moldo-Valacnie, dont l'organisation a subi tant de vicissitudes et donné lieu à de si graves complications dans la politique européenne, vient enfin de recevoir du congrès de Paris (1858) une constitution, qui, sans satisfaire complètement les vœux des populations, réalisera cependant pour elles une amélioration considérable, si elle ne reste pas une lettre morte. Les principautés de Moldo-Valachie, constituées sous le nom de Provinces-Unies, sont maintenues sous la suzeraineté du sultan ; le pouvoir exécutif sera exercé, dans chacune des provinces , par un hospodar élu à vie ; le pouvoir législatif par deux assemblées siégeant à Bukarest et à Jassy, et par un comité central siégeant à Fokshani et composé de neuf membres valaques et de neuf membres moldaves, élus par les doux assemblées. Ce comité central fera les lois d'intérêt général, qui seront communes aux deux principautés. Le budget sera voté par les assemblées. L'armée n'aura qu'un même drapeau pour les deux provinces. Une cour suprême de cassation assurera l'unité judiciaire ;

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des lois organiques établiront l'union douanière, monétaire, postale et télégraphique.

§ III. Religion. — Le sultan ou padischah a été jusqu'ici considéré comme chef des pouvoirs temporel et spirituel. Les récentes et curieuses études de M. Ubicini (ouvrage cité, passim) ont démontré, au moyen de textes et de rapprochements historiques, que la loi religieuse n'a pas constitué de hiérarahie sacerdotale, que les ulémas n'eurent, dans le principe, d'autre suprématie que celle de la science et de l'étude; que, fréquemment consultés, ils devinrent bous des koalifes'indolents un corps redoutable et constituèrent enfin, au mépris des textes, une corporation religieuse toute-puissante. Ajoutons, pour préciser ces notions sommaires, que les sultans de Constantinople ne devinrent héritiers de la dignité khalifale , déjà depuis longtemps dépouillée de l'autorité religieuse exercée par les successeurs immédiats du Prophète, qu'en 1517, lors de la conquête de l'Egypte sur Mohamed XII, dernier abbasside, parSélim Ier. La législation politique, qui remonte presqu'en entier à Suleiman Ifr, prend le nom de kanoun ; l'ensemble de la législation civile et religieuse est désignée sous celui de rheriat, et se compose de quatre parties : 1° le Koran; 2" la Suima ; 3° VIdjma-y-Ummct (accord de la nation) ; 4° le Kyass. Le corps des ulémas en est le dépositaire, et, pour faire face aux exigences diverses indiquées par son double caractère, s'est divisé en imans (prêtres) et cazis (juges).

Avant d'indiquer le rôle de ce corps dans la société musulmane, quelques mots sur la loi elle-même sont nécessaires.

Le Koran (livre), recueilli et publié en langue arabe en 635, deux *ns après la mort du Prophète, est un mélange des doctrines juive et chrétienne et des traditions orientales. La partie dogmatique y tient fort peu de place, et les préceptes de cette nature, condensés en cinquante-huit articles dans l'Abrégé d'Omer-Nésséfi, lequel est employé comme catéchisme, peuvent se résumer dans les deux suivants : Dieu est un et éternel; il n'a point d'égal, il n'a point enfanté. En outre, les musulmans croient à la mission du Prophète ; de là vient la formule employée par les muesxins (crieurs) : « Il n'y a de Dieu que Dieu , et Mahomet est le prophète de Dieu (la Ilah il AUah vè Mohammed reçoul AUah). > Les musulmans repoussent tout symbole et d'une manière à peu près absolue les mystères, ou du moins la croyance en certaines dispositions mystiques de la loi ne constitue pas une obligation rigoureuse. L'ensemble de la loi religieuse est le résultat de l'inspiration, laquelle peut rationnellement se justifier, et, sous ce rapport encore, s'éloigne des religions dont le dogme s'impose par l'autorité de la foi. De ces notions sommaires, il est aisé de conclure que la doctrine de l'islamisme aboutit en réalité au déisme. En politique, le Koran contient le germe de toutes les institutions libérales, de tous les grands devoirs sociaux : l'égalité, l'assistance mutuelle, le respect des faibles, la soumission à la loi, qui, de la religion, est passée dans les mœurs. La société musulmane ne trouve dans aucun de ces principes un obstacle au progrès. Ce* obstacles Aident, selon certains observateurs, dans trois faits, conséquences

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dp l'islamisme, ou mieux encore des mœurs orientales, et qui sont : la polygamie, l'intolérance et le fatalisme. Limitée par la difficulté de réunir les conditions auxquelles le Koran en a subordonné l'exercice, la polygamie est à peu près inconnue dans le peuple et devient de plus en plus rare dans la classe la plus instruite et la plus riche. Le contact journalier des Ottomans avec les chrétiens leur a donné des habitudes de tolérance qui n'excluent peut-être pas le mépris, mais qui sont assez puissantes pour que les manifestations publiques, même extérieures , du culte ne fassent naître aucune difficulté. Si la loi contient, d'ailleurs, le principe écrit du prosélytisme, elle renferme aussi, dans un texte opposé, celui delà tolérance. La doctrine de là prédestination n'a reçu ni de Mohammed, ni de ses commenta-» teurs, l'extension qui lui a été donnée; mais quelle qu'en soit l'origine, quelque opposition que manifestent contre elle les scheik-ul-islam et l'interprétation religieuse, son influence sur les Osmanlis est incontestable.

La Sunna (tradition) contient les conseils, les lois et décisions orales du Prophète, et un historique minutieux de sa vie et de ses habitudes, dont l'exemple est proposé aux musulmans. L'Idjma-y-Ummet contient les décisions sur certains points de droit ou de religion rendue* par les quatre premiers khalifes. Le Kyass, enfin, est un immense recueil de décisions de jurisprudence et de fetvas, sorte de consultation abstraite dont nous indiquerons plus tard le caractère.

Les imans, nom générique des fonctionnaires qui s'occupent ou de l'instruction religieuse ou des pratiques matérielles du culte, acquièrent, par un long séjour dans les médressés (collèges), l'instruction religieuse, scientifique et littéraire; le caractère sacerdotal ne leur est conféré par aucune ordination. Ils se divisent en cinq classes : 1* les sffmfcl (docteurs), qui ont pour unique devoir la prédication; 2* les khatxbs, chargés de faire le vendredi la prière officielle; 3* les imans, préposés au service de la mosquée, et qui accomplissent les cérémonies relatives aux mariages et aux enterrements: 4' les muesùns, chargés d'annoncer cinq fois par jour la prière; 5° les kaims, auxquels sont dévolus les soins d'ordre intérieur et de propreté de la mosquée. Les trois dernières catégories ne font point partie du corps de l'uléma. A cette sorte de clergé régulier se joignent les diverses espèces de derviches, qui aont à la religion musulmane ce que les ordres monastiques sont au catholicisme. On en distingue plusieurs variétés, désignées soit par le nom de leur fondateur, soit par l'exercice de dévotion auquel ils sont plus particulièrement adonnés. Les plus connus, depuis la disparition des bektachis, détruits en 1826 avec les janissaires, sont les derviches hurleurs et derviches tourneurs, réunis dans des tékiéa feouvents) (voir Section V, § 16). Les diverses corporations de derviches sont imbues du vieil esprit turc; par l'influence qu'elles exercent sur le peuple et sur le gouvernement lui-même, impuissant à leur résister, elles restent l'obstacle le plus sérieux qui s'oppose à l'introduction de réformes déjà plusieurs fois tentées.

Outre la religion musulmane, religion d'État, quatre communions importantes se partagent les populations de l'empire; ce sont : la reli-

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gion grecque, l'arménienne catholique, l'arménienne schématique, «*nfin le culte hébraïque.

\* Église grecque. Le schisme qui la sépara de l'Église romaine date de 857. Il consiste a nier que le Saint-Esprit procède du Fils et à rejeter l'autorité du pape. Cette Eglise est divisée en trois fractions: 1* Église orthodoxe; 2* Église monophysile ou eutyehéenne; 3° Église nestorienne. L'ensemble de l'Eglise grecque est partagé en quatro patriarcats : 1" celui de Constantinople, subdivisé en 108 diocèses ou éparchies; 2* celui d'Alexandrie, qui en compte 4 seulement; 3° celui d'Antioche, 20; 4" celui de Jérusalem, 16. Au point de vue de la hiérarchie religieuse, ces quatre patriarches sont indépendants les uns des autres; celui de Constantinople n'a sur ses. collègues d'autre autorité que celle qui dérive de son titre de chef de la communauté civile. La suprématie qu'il lui confère est bornée par le pouvoir législatif qu'exerce le synode, dont les décisions en matière de foi sont seule» souveraines. Le synode, composé de dix-huit membres, dont douze éréques, administre les dépenses delà communauté, auxquelles pourvoient la vente des prélatures et les contributions fournies par les évêques , en raison du nombre de leurs administré». Les patriarches sont désignas par le synode et reçoivent l'investiture de la Porte. Les évoques et métropolitains sont directement nommés, par le synode;' des leur entrée en fonctions, ils doivent verser entre les mains du patriarche une somme qui varie entre 80000 et 15 000 piastres, et, à défaut d'argent comptant, s'engager pour pareille somme. Les revenus de l'évéché, la vénalité de tous les sacrements, le produit des ordinations, l'impôt prélevé sur chaque famille, leur en fournissent aisément les moyens.

Les papas qui composent le clergé inférieur peuvent être mariés avant leur entrée dans les ordres, mais ils doivent rester célibataires s*ils le sont au moment de leur ordination. La paroisse, administrée civilement par un éphorc, donne au papas un faible traitement, à l'insuffisance duquel ne peut même pas suppléer le produit du casuel : aussi pour pouvoir subvenir à tous si.* s besoins il est obligé d'exercer une profession manuelle. Les papas achètent leur cure au métropolitain. Un nombre infini de moines existent à côté de ce clergé séculier. Nous n'avons rien à ajouter au portrait que nous en avons tracé pages 49 et 240.

2° Église arvienienne. — Sa doctrine s'éloigne de celle de Home sous bien des rapports. Elle nie: 1° la primauté du siège de Rome ; 2° la légitimité du concile de Chalcédoine ; 3° la double nature de Jésus- Christ; 4o le purgatoire; 5° la validité des indulgences ; 6° la procession du Saint-Esprit ex pâtre. Enfin elle a conservé certaines coutumes du paganisme , telles que le sacrifice des animaux. Son patriarche, élu comme celui des Cirées, réside en Arménie, mais ses pouvoirs sont provisoirement délégués au primat de Constantinople. Il est assisté par un conseil de quinze membres, dont deux laïques. Le nombre desévèques dépendant du siège de Constantinople varie souvept: il est actuellement de trente-six. Ils sont élus par le suffrage universel. Le clergé inférieur se compose de deux ordres: prêtres der-

dcr) et docteurs (vartabied). Ces derniers se distinguent souvent par une sérieuse instruction, mais les premiers ne sont pas sous ce rapport aussi bien partagés. Comme l'Église grecque, cette communion compte un très-grand nombre de moines disséminés dans divers monastères, qui partagent leur vie entre des pratiques d'austérité, et la lecture de livres de liturgie, la seule qui leur soit permise. Le prêtre n'est tenu à aucune redevance au moment de son installation. Les cérémonies, baptême, mariage, enterrement, lui donnent droit à une rétribution dont la quotité est fixée d'avance. L'Église arménienne échappe, comme on le voit, à la simonie qui déshonore l'Eglise grecque; ses revenus se composent en grande partie des produits de vakoufs, semblables à ceux qui alimentent les dépenses du culte de l'islam.

3" Les Arméniens unis ou catholiques. — Ils reconnaissent la suprématie du pape et ne sont séparés de la communauté latine que par des différences de détail qui n'intéressent pas le dogme. Dans les provinces , l'administration civile et religieuse est réunie entre les mains des évêques. A Constantinople, la première est exercée par le patriarche entouré d'un conseil de douze membres séculiers, et la seconde par l'archevêque primat. Ce dernier ne reçoit aucun traitement de la nation, il est entretenu par la Propagande de Rome. Outre le patriarche et l'archevêque primat, la communauté arménienne compte des évêques, un clergé séculier et un clergé régulier. Pour les évêques, bornonsnous à dire que leur nomination par le saint-siége ou par le suffrage universel a soulevé des difficultés qui ne sont pas encore résolues. Le clergé séculier se compose de prêtres de la Propagande, qui occupent les hautes dignités, et de prêtres ordinaires fournis par les trois séminaires de Constantinople. Le easuel forme leur seule rétribution. Ils vivent généralement dans le célibat, quoique pour eux, comme pour les prêtres des Églises reconnues, il ne soit pas d'obligation absolue. Le clergé régulier se compose de Pères Méchitaristes et de Pères Antonins. Ces moines sont généralement considérés comme ayant une instruction étendue et des mœurs pures.

4* Église latine. — On comprend sous ce titre tous les sujets catholiques du sultan. L'administration civile est confiée en entier a un vékil désigné par la Porte, et qui les représente auprès d'elle. L'administration religieuse est exercée par les évêques placés à la tête de chacune des communautés comprenant ensemble la nation latine et qui sont : 1° les Latins proprement dits ; 2° les Grecs unis et Melkites; 8° les Chaldéens ; 4° les Syriens unis ; 5" les Maronites.

Les Latins n'ont d'autres charges que celles qui leur sont imposées par la nécessité de pourvoir aux frais de chancellerie du vékil. Ils n'ont en propre ni églises, ni écoles, ni hôpitaux, ils profitent de tous les établissements de ce genre créés en grand nombre par les Pères Lazaristes.

5° Protestants. — Malgré les efforts de la Société biblique, le nombre en est resté infiniment petit. Il s'élève à peine a 2000 pour tout l'empire ottoman. Il suffit de considérer, d'une part, les formes abstraites et «sévères de cette religion, et de l'autre, la nature des esprits auxquels s'adressaient en Orient les missionnaires envoyés par

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