IV. Stamboul
L Palais et établissements publics.
Le Sérail ou Séraï. Ce nom veut dire palais, et ne doit pas être confondu avec celui de 1 appartement des femmes, qui s'appelle harem (sacré). Le Séraï occupe la pointe la plus orientale de Stamboul, ou pointe des Jardins, appelée aussi Chryxokéras par les anciens. C'était là qu'étaient situées l'antique Byzance et l'Acropole.
C'étaitlà que furent plustard le palais de l'impératrice Placidie, et, à l'E., sur le rivage de la Propontide, les thermes d'Arcadius. Justinion fit construire sur la pointe des Jardins une résidence magnifique , qui fut oependantabandonnée plus tard par les empereurs grecs pour le palais del'Hebdomon . Les bâtiment du Séraï actuel furent élevés par Mahomet II. Toutefois le con-
Okifnt.
quérant habita d'abord le vieux sérail, Eski-Séraï , qui s'élevait k l'endroit occupé aujourd'hui par le Séraskiérat. Quand les sultans habitèrent le séraï des Jardins, l'Eski-Séraï fut affecté à la résidence des femmes du sultan qui venait de mourir. Aujourd'hui que le sultan Abdul-Mcdjid a transporté sa résidence au nouveau palais de Dolma-Baghtchè , on désigne depuis peu le séraï des Jardins sous le nom d'E ski- Serai, et ce palais est devenu à son tour la résidence des vieilles sultanes.
Le Séraï est entouré de toutes parts d'une muraille crénelée flanquée de tours carrées. Du côté de la mer, ce sont les murailles mômes de la ville, le long desquelles règne une berge dallée.
Plusieurs kiosques élégants, et divers bâtiments, sont adossés à la muraille ; nous les décrirons plus tard en conduisant le voyageur autour des murs de la ville.
Du côté de la terre règne une muraille crénelée, qui s'étend de Yali-Kiosk-Kapoussi à Akhor-Kapoussi, et sépare la pointe du Séraï du reste de la ville. Cette vaste enceinte comprend de grands jardins, plantés principalement de cyprèsetde platanes gigantesques, au milieu desquels surgissent sans ordre divers bâtiments ou kiosques, qui sont en général d'une architecture élégante, mais simple.
Les bâtiments principaux occupent le sommet même de la colline; on y distingue du dehors une tour carrée assez élevée, et un assez grand nombre de petits dômes. < Le caractère général de cette magnifique demeure, dit M. de Lamartine, n'est ni la grandeur, ni la commodité, ni la magnificence ; ce sont des tentes de bois doré et percé à jour. Le caractère de ces palais, c'est le caractère du peuple turc : l'intelligence et l'amour de la nature.
Cet instinct des beaux sites, des mers éclatantes, des ombraçes, des sources , des horizons immenses encadrés par les cimes de
m TURQUIE
neige des montagnes, est l'instinct prédominant de ce peuple. On y sent le souvenir d'un peuple pasteur et cultivateur qui aime a se rappeler son origine, et dont tous les goûts sont simples et instinctifs.
Ce peuple a placé le palais de ses maîtres, la capitale de sa ville impériale , sur le penchant de la plus belle colline qu'il y ait dans son empire, et peut-être dans le monde entier. Ce palais n'a ni le luxe intérieur ni les mystérieuses voluptés d'un palais d'Europe ; il n'a que de vastes jardins, où les arbres croissent libres et éternels comme dans une forêt vierge, où les eaux murmurent, où les colombes roucoulent ; des chambres percées de fenêtres nombreuses toujours ouvertes; des terrasses, planant sur les jardins et sur la mer, et des kiosques grillés où les sultans, assis derrière leurs persiennes, pouvaient jouir à la fois de la solitude et de l'aspect enchanté du Bosphore. >
Dans la dernière guerre, des casernes et des hôpitaux pour les soldats français ont été établis dans l'enceinte du Séraï; depuis ce temps on pénètre facilement, et sans permission, dans les jardins: le firman est nécessaire pour visiter ouelques salles du Séraï, le musée des costumes des janissaires, et Sainte-Irène.
Pour visiter le Séraï, on débarque habituellement auprès de Yali- Kiosk, le dernier kiosque du Séraï du côté de la Corne-d Or; il est de couleur verte, A côté sVlève un petit bâtiment construit récemment par l'armée anglaise, et qui servait de forge. On longe ensuite la muraille du Séraï jusqu'au Alai- Kiosk, qui fait l'angle de la muraille juste en face de la Sublime-Porte \Bab-Ali\ ou ministère des affaires étrangères, F. p. 365. Août" d'Alaï- Kiosk, ensuivant la muraille vers l'E., on voit un bâtiment de construction récente, très- simple :
c'est l'établissement du télégraphe électrique. Immédiatement après se trouve la porte de $*ouk-Tch>-
D'EUROPE. l'fcouTE 58
chmè (fontaine d'eau froide) , tiusi nommée à cause de la petite fontaine voisine. Pénétrant dans les jardins , et laissant d'abord à droite la Monnaie et l'ancienne église de Sainte-Irène, on suit ver?
le N. une grande allée, où l'on trouve a gauche le mutée de cire, on des costumes des janissaires .Ce musée est très-intéressant à visiter aujourd'hui que les anciens costumes turcs ont fait place à l'uniforme étriqué du nizam. On y voit des mannequins figurant le?
principaux fonctionnaires de la maison du sultan, les officiers des janissaires et les principaux costumes de cette milice célèbre, qui n'était pas astreinte à l'uniforme.
Au delà de ce musée, on longe les murs du Séraï dominés parla grande tour, qui ressemble beau* coup à la tour de Oalata, si ce n>?| qu'elle est carrée, et que celle-ci est ronde ; puis , au bas d'une rampe, on rencontre à droite le pavillon des eunuques noirs, et, un peu plus loin à gauche, la caserne des bostandjis, et une porte trèssimple avec un petit perron, où l*n sultan monte à cheval pour *e rendre en ville. Plus bas on aperçoit la porte par où sortent les caravanes de la Mecque. Tout près de là est la muraille du jardin des Fleurs, que l'on ne peut visiter; sur la droite est l'écurie du sultan.
Elle ne répond pas à l'idée qu'on pourrait s'en faire, et ne contient qu'une trentaine de chevaux fort ordinaires. Une autre écurie beaucoup plus vaste se trouve à l'autre extrémité du Séraï vers Kapoussi. Sur une plate-forme, au-dessus de cette écurie, s*él*ve:
La colonne de Théodnse.— Cette colonne, en granit gris très-altero à la surface, est haute d'environ 15 mèt. et supporte un chapiteau corinthien. Sur le côté oriental du piédestal , on lisait l'inscription latine : Fortune reduci ûb derictos Gothos ; on ne distingue plu* que ces deux derniers mots. Cette plate-forme est dominée par de»
fKot'T* 58.J
l'ONSTANTlNOPLK.— LK SKKAI.
kiosques élégants appartenant au harem. Au-dessous, sur les bords du Bosphore, sont plusieurs kiosques que l'on ne visite pas (Mermer-K JOsk.Top-Kapoussi, Indjélu- Kiosk). Continuant a faire le tour des grands bâtiments du Séraï, on arrive sur une esplanade plantée de superbes platanes, entre lesquels on a d'admirables vues sur le Bosphore. On remarquera de ce côté du Séraï la construction singulière des cuisines, formées d'une quantité de petits dômes surmontés de hautes cheminées en forme de colonnes. On arrive bientôt sur l'esplanade ou champ de manœuvres de Gul-Hanè, avec le pavillon , qui porte le. môme nonu. C'est là que fut, en 1839, proclamé le Hatti-Schérif de Gul- Hanè , constitution nouvelle de l'empire accordée par le sultan Àbdul-Medjid. Cette esplanade présente de beaux bouquets de pins d'Italie, à l'ombrage desquels se trouve un pet^t kiosque avec un bassin de marbre, entouré de gazons. En dehors de la muraille crénelée qui domine la mer, est une terrasse en pierre, soutenue par une colonnade datant des Grecs. Près de l'esplanade de Gitl- Banr s'élève nn hôpital militaire que l'on peut visiter. Achevant le tour du Séraï, on aboutit a la cour comprise entre la porte Orta-Kapoussi, et la porte la plus extérieure appeléeBa6-Humaïourt, qu'il faut franchir pour l'examiner en dehors.
B ab- H vmaïoun(\fi Porte Auguste), est un haute porté en marbre blanc et noir , avec deux petites colonnes de vert antique enchâssées dans la muraille. Un cartouche de marbre placé au-dessus porte une inscription en lettres d'or. Le tout est surmonté d'un corps de logis avec huit fenêtres.
De chaque côté de la porte s'ouvre une niche ogivale, et l'on montre sur la muraille quelquesuns des clous qui servaient à suspendre les têtes des pachas décapités par ordre du Grand-Sei-
gneur. On attribue la construction de Bab-Humaïoun à Mahomet II.
En face de cette porte s'élève la fontaine d'Ahvxed III, un des plus ravissants spécimens de l'art turc.
Cette fontaine, toute en marbre blanc, est de forme carrée, mais les angles sont occupés par de petits kiosques grillés ; sur chaque face latérale est un bec surmonté d'une ogive et flanqué de chaque côté d'une niche élégante.
Le tout est orné de peintures, de dorures formant de charmantes arabesques, et d'inscriptions turques, qui sont, à ce qu'il paraît, des vers composés par le sultan Ahmed. Le toit est coquettement retroussé, comme celui d'une pagode chinoise, et surmonté de plusieurs petites coupoles. Les minarets élevés et la coupole immense de Sainte-Sophie complètent la vue qui s'offre à la porte de Bab-Humaïoun.
Franchissant de nouveau cette porte, on rentre dans une vaste cour, oui comprend les bâtiments de la Monnaie, l'ancienne église de Sainte-Irène, le fameux platane des janissaires, et se termine à la seconde porte du Séraï, nommée Orta-Kanoussi. La Monnaie (Zarb-Hane) n offre rien de remarquable.
L'ancienne église de Sainte- Irène, construite par Constantin le Grand et aujourd'hui transformée en arsenal, est surmontée d'une jolie coupole; près de la porte, ont été déposées quelques antiquités, savoir: un sarcophage en marbre blanc, apporté de Salonique, et trois grands sarcophages en porphyre rouge, trouvés dans le Séraï. L'intérieur, où l'on ne peut pénétrer sans firman, est tapissé d'armes modernes, disposées avec symétrie, et qui n'offrent rien de curieux pour un Européen.
Mais au fond de l'abside, dans une tri bune métamorphosée en ealerie, se trouve une collection d'armes historiques : Je sabre de Mahomet TI , un brassard deTamerlan,
l'épée de Scanderberg, les clefs de plusieurs villes conquises. Sous le vestibule sont entasses les timbales et les marmites des janissaires, des faisceaux de vieilles hallebardes, d'anciens canons et des coulevrines de forme singulière. Dans la cour attenant à l'église, on a rassemblé quelques objets antiques: débris de statues, bas-reliefs, vases de terre, un casque antique, etc., etc., etdeux sarcophages en porphyre, moins beaux, toutefois, que ceux dont nous avons parlé.
Vers le nord de la grande cour, et près de la porte Orta-Kapoussi, se trouve le Platane des Janissaires, arbre énorme dont dix ou quinze hommes embrasseraient à peine le tronc , creusé par les feux des janissaires. A l'angle de la place, presque en face de ce
Slatane, on montre deux tronçons e colonne fichés en terre, qui servaient à décapiter les visirs coupables.
Orta-Kapoussi, grande porte d'entrée de la seconde cour du Séraï, est ornée de colonnes et flanquée de deux tours. Cette cour, dans laquelle on ne peut pénétrer sans firman, estcouvertede gazon, plantée de quelques arbres, et entourée d'une galerie basse couvertede plomb, soutenue par une colonnade de marbre. Au milieu et au fond de cette cour est la troisième porte, nommée Bab-Séadet [porte du bonheur), gardée par ies eunuques blancs, qui conduit à la salle du trône où le sultan recevait jadis les ambassadeurs. Cette porte est couverte d'un toit en saillie soutenu par des colonnes de marbre.
Les appartements qu'on peut visiter avec le firman sont d'abord une salle circulaire, entourée d'un divan et ornée d'arabesques noires et de dorures; une seconde salle peinte de grisailles en détrempe; une troisième décorée de paysages, et une quatrième ornée de sentences tracées de la main môme du sultan Mahmoud II. Une petite
D'EUROPE. {Hot'TE M.
pièce, qui vient ensuite, renferme deux paysages au pastel de Mi' chel Bouquet, peintre français, et une armoire qui contientune riche collection d'objets précieux légués par les sultans : la plupart ont donné des armes, Mahmoud II a fait don de son écritoire en or enrichi de diamants. On remarque aussi une cheminée avec cet ornement en stalactite propre aui Arabes. On traverse ensuite un jardin rempli de fleurs, et des cours entourées de colonnades ogivales, où sont les logement* et classes des itchoglans (pages), et l'on monte à la bibliothèque par un perron a rampe de marbre finement sculptée. La porte de bronze de la bibliothèque est d'une grande richesse d'ornementation. A l'intérieur, on montre les manuscrits arabes rangés dans des casiers de cèdre, et un grand rouleau de parchemin, sur lequel a été tracé une espèce d'arbre généalogique, qui supporte dans des médaillons ovales les portraits de tousles sultans.
Après la bibliothèque, on visite la salle du trône ou divan, où le sultan recevait jadis les ambassadeurs, et où le grand viair rendait la justice. Cette salle est décorée avec un grand luxe ; la plus grande partie est occupée par un trône en forme de divan ou de lit, avec un baldaquin soutenu par des colonnettes de cuivre dore orné de pierres précieuses, et portant aux quatre coins de grosses boules d'or, surmontées d'un croissant et ornées de longues queues de cheval. Le plafond est orne d'arabesques dorées, et les murs de carreaux de faïence forma"1 des figures symétriques comme dans les monuments arabes. U»
remarque encore, dans cette **,Je' une cheminée en forme deniebe, surmontée d'un petit dôme de cuivre finement découpé et incrusté de nielles élégantes, et la fenêtre grillée par où le «u,un écoutait les ambassadeurs.
11 faut tAcher de voir le Sérai au moment des fêtes du Baïram. «
CONSTANTINOPLE. — LE SERAS K.IEKAT. 365 son aspect désert, et Galata. A l'autre extrémité de
: Roctk 38.] quitte alors
pour étaler les splendeurs de l'an cien luxe oriental. Le sultan se rend, dès le lever du soleil, à la mosquée de Sainte-Sophie, à cheval, suivi d'un brillant cortège, et revient sur une estrade élevée à Bab-Séadet, recevoir l'hommage de tous les grands fonctionnaires de l'empire, qui baisent respectueusement ses pieds, ou le pan de son vêtement, selon leur importance. Des places sont réservées pour les ambassades, et les étrangers peuvent obtenir de se glisser parmi leur personnel.
L'Université. — Ce bâtiment, de construction récente, est situé près du jardin du Séraï et de l'église de Sainte-Sophie. Son architecture, de style tout à fait moderne, ne manque, pas de grandeur, mais elle jure avec les bâtiments environnants; son plus grave inconvénient est de masquer la vue de Sainte-Sophie du côté de la mer de Marmara.
La Sublime-Porte (Bab-AU) , ou Porte du Pacha {Pacha-Kapoussi), est, comme son nom l'indique, le palais du grand visir et le ministère des affaires étrangères. Il est situé dans le vallon qui sépare la première de la seconde colline de Stamboul, entre les murs du Séraï, du côté de la ville, et la Yéni-Djami. Vu de la Corne-d'Or, ce palais présente un ensemble assez imposant. L'entrée principale est en face d'Alaï- Kiosk, à 1 angle occidental des jardins du Séraï; la porte est ornée de pilastres de marbre couronnés de chapiteaux ioniques , et surmontée d'une inscription turque et d'emblèmes militaires. Un toit en saillie lui donne un caractère oriental ; une fontaine règne de chaque côté. La cour est vaste, et les bâtiments, plusieurs foi* reconstruits à la suite d'incendies, sont dans le style italien.
Du perron, qui leur sert d'entrée, on jouit d'une belle vue sur les murs et le jardin du Séraï, laCorned'Or, le Bosphore, Péra, Top-Hanè
iS cour, on sort par une porte beaucoup plus simple que la première.
L'ancienne Sublime-Porte, aujourd'hui ministère du commerce, est située derrière la précédente, un peu plus haut vers Sainte-Sophie. Elle n'offre rien d'intéressant que sa porte extérieure, plus ornementée que celle de la Sublime- Porte actuelle, et surmontée d'un toit élégant retroussé à la chinoise. Le bâtiment intérieur est vieux, peint en rouge foncé et d'un aspect fort triste.
Le Séraskiérat (ministère de la guerre) est situé sur la troisième colline de Stamboul, sur l'emplacement de \'E$ki~Séraï, ancien sérail, habité d'abord par Mahomet II après la conquête de Constantinople, et devenu ensuite la résidence des vieilles sultanes. Le Séraskiérat occupe une vaste enceinte dans laquelle on pénètre par deux portes : l'une, du côté du Word, s'ouvre sur une rue qui descend vers la mosquée Yéni-Djami et le pont de la Validé ; l'autre s'ouvre sur la place de Bajazet, en face de la mosquée du môme nom. Une loge grillée est ménagée à côté de cette porte : le sultan s'y place pendant les fêtes qui terminent le Khamazan. Ces deux portes conduisent dans une vaste cour, où s'élèvent, sans plans réguliers, les bâtiments du Séraskiérat, édifices nouveaux et sans intérêt.
Vers le centre se dresse la haute tour du Séraskiérat, qui est le point le plus élevé de Constantinople.
Des vigies sont continuellement de garde à son sommet pour signaler les incendies. Les étrangers peuvent y monter moyennant un léger baghchich. On trouve, au sommet de la tour, une galerie vitrée circulaire, dans laquelle les gardiens ont établi un petit café, et d'où Ton peut parcourir à l'aise l'immense panorama qui se déroule sous les yeux. C'est la station la plus favorable pour prendra une idée exacte de la topographie
dt>0 TU Kg LIE
générale de Conatantinople (voir ci-dessus le détail des collines); la vue s'étend au loin sur la mer de Marmara . avec les sommités neigeuses de l'Olympe à l'arnèreplan, sur la Corne-a'Or et la vallée des Eaux-Douces d'Europe, sur les campagnes de la Roumélie dans la direction d'Andrinople, sur le Bosphore, sur Scutari, etc.
Les établissements de l'artillerie k Top-Hanè, et de la marine à Ters-Hanè, seront décrits avec ces faubourgs.
IL Monuments religieux
11 y a, a Constantinople, plus de cent grandes mosquées, ou Djami, mot qui veut dire lieu de réunion, et un nombre plus grand encore de mesdjid (lieu de prières). Les mosquées impériales sont au nombre de treize, Uni à Constantinople que dans les faubourgs et à Scutari; ce sont ; Sainte -Sophie , l'Ahmedièh, la Suleïmanièh, l'Osmanièb, laMohammedièh, la Davezidièh, la Séhmièb, la Yéni-Diumi ou mosquée de la Validésultane, la mosquée de Laléli, la mosquée du Scbab-Zadé, la Mabmoudièh àTop^ Hanè, la mosquée d'Eyoub et celle d'Abdul-Hamid à Scutari.
Sainte Sophie (en turc, Aya- Sophia). — Historique. C'est en l'année 325, la vingtième de son règne, que Constantin éleva la première basilique consacrée, non pas à une sainte du nom de Sophie, mais à la sagesse divine t$ oir/i? 90?iç. Son fila Constance la fit agrandir; mais en 404, sous l'empereur Arcadius, elle fut brûlée en partie dans une émeute excitée par l'exil de saint Jean Chrysostome. Rebâtie en 415 par Tbcodose II, la basilique fut brûlée une seconde fois en 53-2, lors de la grande insurrection soulevée par les rivalités du Cirque, la cinquième année du règne de Justinien. C'est à cet empereur que nous devons l'édifice qui existe encore aujourd'hui. Il voulut que ce temple fût le monument le plus
D'EUROPE. ^Roi ifc SX.
I magnifique que l'on eût vu depuis la création : aussi fit-il recueillir dans toutes les parties de l'empire les màtériaux précieux, les inarbres, les colonnes, les sculpture* des temples les plus renommés.
C'est ainsi qu'il reçut d'Epbèsu huit colonne*» de brèche verte, provenant probablement du célèbre temple de Diane; de Rome, huit colonnes, enlevées autrefois par l'empereur Aurélien au temple du Soleil à Héliopohs (Baalbek;.
Les temples d'Athènes, de Délos, de Cyzique, d'Isis, d'Osiris eu Kgypte, Mirent aussi mis à contribution. Deux architectes grecs, Anthemius de Tralles et Isidore de Milet, furent chargés de la direction des travaux; mais on prétendait que l'empereur lui-même avait reçu d'un ange le plan de l'édifice et l'argent nécessaire à sa construction. Justinien voulut jeter lui-même les premiers fondements. Une vaste esplanade recouverte d'une espèce de béton, formant une couche de vingt pieds d'épaisseur et qui finit par acquérir la dureté du fer, servit d assise à l'édifice. « Les murs furent construits en briques, mais on bâtit les piliers en grandes pierres calcaires, qui furent reliées par des crampons de fer, ainsi que les tables de marbre dont tous les mur» intérieurs lurent décorés. > (Haussier, ouv.
cit.). Dix mille ouvriers . conduits par cent maîtres maçons, étaient employés à la lois. A toute heure, l'empereur venait surveiller les tiavaux et récompenser les plus zélés. Pour la construction du dôme, il fit confectionner à Rhodes des briques d'une (erre si légère, que douze d'entre elles ne pesaient pas plus qu'une brique ordinaire; elles portaient l'inscription suivante : « C'est Dieu qui l'a fondée, Dieu lui porierasecours. »
On les disposa par assises régulières; de douze en douve assises on mettait des reliques, et les prêtres disaient des prières. Le temple terminé fut décoré avec
[Koi te 58.: « ONSTANT 1NOPLE. — SAINTE-SOPH I K.
magnificence. « Leg paroi» des murs étaient revêtus de marbre précieux; les chapiteaux et les corniches furent dorés, les voûtes des bas cotés peintes à l'encaustique, la coupole rehaussée d'une mosaïque dorée et coloriée, tu général, toutes les peintures étaient sur fond d'or. » 11 y avait, d'ailleurs, une énorme profusion de vases précieux, de candélabres, decroix, le tout en or massif, avec vingtquatre grands Évangiles, dont chacun pesait deux quintaux, etc.; l'autel, «r/cat r/tâni;», fut fait d'un mélange d'or et d'argent, de fer et de platine, de perles et de diamants, que l'on fit fondre en* semble. Il fut ensuite incrusté des pierres les plus rares. La table reposait sur quatre colonnes d'or.
Au-dessous s'élevait le ciborium, où l'on conservait la sainte hostie.
Ce ciborium était formé de quatre colonnes et quatre arcs d'argent, portant une coupole d'or surmontée d'un bloc d or pesant 118 livre», et d'une croix d'or de 80 livres. L'enceinte du sanctuaire, l'ambon, le trône du patriarche, les sièges des sept prêtres, etc., etc., ne présentaient pas une moindre magnificence. On conçoit que ce monument dut coûter à l'empereur des sommes immenses. Il y employa les revenus des provinces de l'empire, les tributs des barbares; mais tout cela fut insuffisant, et il se vit réduit aux expédients les plus coupables pour se procurer de l'argent. « Les dépenses s'élevaient déjà à 452 quintaux d'or quand les murs ne s élevaient encore qu'à 1 mèt. au-dessus du 6ol.
Enfin, le monument fut achevé l'an 548, seize ans après avoir été commencé. L'empereur en fit la dédicace avec magnificence. Après une marche triomphale sur l'Hippodrome et d'immenses distributions faites au peuple, il se rendit au temple et s'écria : « Gloire à Dieu, qui m a jugé digne d'accomplir cet ouvrage; je t'ai vaincu, Salomon ! » Les prières, les holocaustes, les festin» publics et
les distributions d'argent durèrent quatorze jours. La coupole, bâtie avec trop de hardiesse, s'écroula en 559 par l'effet d'un tremblement de terre : Isidore le Jeune fut chargé de la reconstruire; il diminua son diamètre, renforça les piliers en leur accolant extérieurement de fortes murailles. En 987, sous les empereurs Basile II et Constantin IX, une nouvelle restauration fut nécessaire; en 1371, un tremblement de terre renversa la croix. En 1453, lors de la prise de Constatitinople par les Turcs, une foule de prêtres, de femmes, de fugitifs de toutes les classes, se pressaient dans la basilique de Sainte-Sophie; le conquérant pénétra à cheval dans 1 église jusqu'au maître autel, et, sautant de cheval, s'écria : « Il n'y a de Dieu que Dieu, et Mahomet est son propiiète! » Ce fut le signal du massacre et du pillage. Au moment de l'entrée des Turcs, dit une légende que les Grecs se plaisaient à répéter, un prêtre célébrait la messe; il quitta l'autel, emportant le calice sacré, et disparut par une porte pratiquée dans une des galeries. Immédiatement la porte se trouva fermée par un mur de pierre. Mais, ajoute la légende, quand Sainte-Sophie sera rendue au culte chrétien, cette porte se rouvrira et lo prêtre reviendra achever sa messe interrompue *. Mahomet le Conquérant consacra Sainte-Sophie au culte musulman, et construisit un minaret et les deux contre-forts qui soutiennent l'édifice au S.-E.
Sélim II éleva le second minaret; Murad III éleva les deux autres minarets du côté du N.-E., et fit placer au sommet de la coupole un croissant de bronze d'un diamètre considérable, dont la dorure seule coûta 50 000 ducats. Il fit aussi des réparations à l'inté-
1 Cette porte a elé rrlroutéc «l ouvert* par M. Fimiti, pendant l«« Iraiam d« rettauralioo dout il a été chargé. Ella n'a lai»é voir qu'un* éiroiU ch*p«ll« «t an <sK«lier encombré d« dé-
368 Tl KQU1E I)
rieur, et fit apporter de l'Ile de Marmara deux énormes urnes d'albâtre, qui provenaient, dit-on, de Pergame". Sous le sultan régnant (1847-1849), une restauration générale de Sainte-Sophie a été confiée à M. Fossati, architecte tessinois, qui sut consolider par des armatures en fer, et reprendre en sous-œuvre par des masses de maçonnerie habilement dissimulées, les arcades et les murailles qui menaçaient de tomber en ruine.
A la fin des travaux VA juillet 1849), le sultan Abdul-Medjid a inauguré la mosquée par une cérémonie solennelle.
Etat actuel. — Aujourd'hui, il est fort difficile de reconnaître extérieurement le plan primitif de la basilique convertie en mosquée.
Des contre-forts massifs, élevés par Murad III pour soutenir les murailles ébranlées par les tremblements de terre, et une foule de constructions postérieures, des bains, des médrcssés, des tombeaux et des maisons particulières, masquent les formes de l'édifice.
Entre quatre minarets, très-hauts, mais simples et un peu massifs, s'élève la grande coupole soutenue sur des murs aux assises alternativement blanches et roses, entourée à sa base d'une couronne de fenêtres à jour, et flanquée, à l'JE. et à l'O., de deux demi-coupoles. Du côté de l'E., on remarque une porte carrée d'un beau style, ornée de six colonnes de porphyre et de marbre, et dont le niveau est au-dessous de celui de la rue. Du côté du S. sont plusieurs turbes, la fontaine des ablutions et l'entrée principale du grand péristyle ; on distingue confusément, sur la façade occidentale de la basilique, des colonnes ioniques qui appartenaient à Yatrium, ou cour qui précédait la basilique.
Pour ne pas scandaliser les musulmaiis, on n'entre pas par cette porte, mais par une ruelle au N., qui est moins exposée aux regards.
Ou pénètre par une porte on
EtKOPE. [Route 5tf.
bronze , décorée de méandres, de feuilles de vigne, et d'une inscription en lettres d'argent incrustées, dans le grand péristyle [Rsonarthc.r) qui donne accès dans la mosquée par neuf portes. Ce péristyle, dirigé du S. au N., et long de 60 mèt. sur 10 de large, est encore étincelant de mosaïques anciennes. Du coté de l'O.. on remarque au milieu une magnifique porte en bronze, la plus grande des cinq portes qui s ouvraient autrefois sur Vexonarthex , et de 1k sur l'atrium. Elles sont aujourd'hui fermées. Du côté de l'E., neuf portes donnent accès dans le temple :
celles du milieu vous conduisent tout de suite dans la nef centrale, dont l'aspect général est plus saisissant et plus grandiose que celui de Saint-Pierre de Rome. En entrant on remarque de chaque côté les deux énormes urnes ovoïdes en albâtre, apportées de Marmara par Murad III : elles
rieuvent contenir chacune 1250 itres d'eau, et servent aux ablutions des musulmans.
« L'église, ditM. Texier, est bâtie sur un plan carré de 81 mèt. de long sur 60 de large; au centre de ce carré s'élève la coupole, dont le diamètre de 35 mèt. détermine la largeur de la nef: la coupole est supportée par quatre grands arcs, qui forment quatre pendentifs; sur les deux arcs perpendiculaires à l'axe de la nef, s'appuient deux voûtes hémisphériques, qui donnent au plan de la nef une forme ovoïde ; chacun de ces deux hémisphères est luimême pénétré par deux hémisphères plus petits, qui sont soutenus par des colonnes. Cette superposition decoupoles, dont les points d'appui ne sont pas apparents, donne à toute la fabrique un aspect de légèreté inimaginable. »
La hauteur de la coupole est de 67 mèt. au-dessus du sol: elle est percée de quaran te-quatre fenêtres cintrées.
Les arcs de la grande coupole sont supportés par quatre piliers
i Koutk Ô6.J CONSTANTINOPLE.
énormes , qui présentent un de leurs angles au centre de l'église.
Entre ces piliers se trouvent, à droite et à gauche, Quatre magnifiques colonnes de brèche verte, qui passent pour être celles du temple d'Éphèse. Derrière, dans les bas côtés, se trouvent d'autres colonnes plus petites. < Ces colonnes , dit M. Haussier, supportent des arcs plein-cintre, dont les archivoltes sont décorées de feuillage. Leurs chapiteaux cubiques et bombés n'appartiennent à aucun ordre et offrent également des feuillages découpés. Les bas côtés sont divisés dans le sens de leur longueur en trois parties, communiquant entre elles par de grands arcs : au-dessus d'eux, règne une tribune qui se continue, du côté de l'occident, au-dessus du péristyle : cette tribune était le gynécée ou la galerie des femmes; la voûte de cette partie de l'église repose sur 6*7 colonnes. Les bas côtés sont éclairés par des fenêtres cintrées fermées au moyen de vitraux retenus dans des encadrements en stuc. Les fenêtres du gynécée sont plus grandes . closes rnférieurement avec de la pierre spéculaire, et en haut par des pièces de verre.»
Enfin, les quatre petits segments de coupole qui régnent aux quatre angles de la grande nef sont soutenus chacun par deux colonnes en porphyre. L'abside se termine supérieurement par une voûte en ^cul-de-four. Elle est percée de trois fenêtres, en l'honneur des trois personnes de la Trinité. Un ange, selon la tradition, en aurait donné Tordre aux architectes de Sainte-Sophie.
Les mosaïques, à fond d'or, qui décoraient Sainte-Sophie et représentaient des sujets bibliques, ont été recouvertes d'un badigeon, partout où l'on voyait des figures humaines, dont la reproduction est interdite parle culte musulman.
C'est ce qui est arrivé pour toute la voûte de la grande nef: on a conservé les ailes des quatre chérubins représentés dans les penden-