BESSARABIE MOLDAVE
Cette route, peu fréquentée avant la guerre d'Orient et le traite de Paris, qui a donné à la Moldavie la partie inférieure de la Bessarabie, est peut-être pourtant la plus intéressante des principautés.
On peut aller de Jassy au Prouth par deux voies: celle deVaslouiet de Faltchi, plus belle et pluspittoresque, mai» que nous supposons connue du voyageur qui est venu à Jassy parGalatz; et celle que nous proposons, parallèle et en partie latérale au Prouth. fiouch (68 kil.) est un petit chef-lieu de aistrict, fondé, disent les historiens mol' daves, par des émigrés hussites, il y a 400 ans. Après Houch, la route suit le Prouth , limite occidentale de la Nouvelle-Moldavie; c'est une large rivière, navigable, et qui peut le devenir encore davantage quand on aura rectifié son cours très-sinueux. Une zone de marais, large d'une ou deux lieues, lof<re son lit jusqu'à son embouchure dans le Danube près de Réni. On passe le fleuve à Leova, petite ville où commence le val de Trajan périeur, qui va finir près de Bender.
On continue à suivre le cours do fleuve jusqu'à <93 kil. de Houch) Kagoul, appelé en moldave Fru»
mosa ou la belle : c'est une ville presque russe, capitale de district, et qui a pris son nom d'une petite rivière fort obscure par elle-même, mais illustrée par une glorieuse
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victoire du comte Pierre Romanzoff sur les Turcs, sous le règne de Catherine IL Le général russe, avec 17 000 hommes de bonnes troupes, y dispersa une armée de 150 000 hommes dont la majeure partie, il est vrai, étaient des Tartares de Crimée armés d'arcs et de flèches (1770).
A ce point, la route quitte le Prouth et se dirige obliquement vers le lac lalpuk. On passe le Kagoul à Volkonestï, et en sortant de ce bourg , on voit au sommet d'une colline où passe la route un monument fort simple, commémoratif de la bataille de 1770 livrée en ce lieu. Il se compose d'un piédestal supportant un obélisque surmonté d'une croix qui domine un croissant, et porte deux inscriptions russes. Volkonesti est une colonie albanaise guègue, curieuse à visiter, bien qu'elle tende à se fondre avec la masse qui l'environne et qui forme les colonies bulgares.
Le territoire de ces colonies a été coupé en deux par le traité de Paris qui en a donné la majeure partie à la Moldavie. Il a été peuplé, à la suite du traité d'Andrinople (18-20) , par des paysans bulgares qui se trouvaient compromis par leurs sympathies pour la Russie, ou qui ne voulaient pas demeurer sous la domination musulmane. Le gouvernement russe, qui avait en Bessarabie des terres vacantes par
suite de l'expulsion des ïartares Nogaïs, les affecta aux nouveaux colons , leur accorda certaines immunités, et, sous la main de ces habiles et laborieux agriculteurs, de beaux villages s'élevèrent et s'entourèrent de riches cultures et même de vignobles. Les noms de quelques-uns de ces villages rappellent la patrie, comme Vaïsal, Etki-Polos : mais la plupart sont tartares {Karakourt, Taschbounar, etc.).
Le val de Trajan inférieur, oui commence au gué d'Isaac (Vadul lui Isacù) sur le Prouth, limite les colonies bulgares au nord jusqu'au lalpuk, et à partir du lalpuk, il
forme pendant quelques lieues la nouvelle frontière pour fléchir ensuite au S. -E., se relever au N .-K. et finir au v. de Vieux-Trajan surle lac Sasyk. C'est un simple retranchement avec fossés, comme tous les murs de Trajan compris entre Benderet Kustendjé (et on en compte jusqu'à sept): nous ne lui connaissons pas d'ouvrages complémentaires (camps retranchés , etc.) comme au mur de Trajan de la Dobroudja. La route, après le passage de la rivière lalpuk, laisse à gauche le joli bourg bulgare de Tabak etentre à (50kil. de Kagoul) Bolgrad, élevée en amphithéâtre sur le coteau qui domine le lalpuk au levant. Bolgrad est bâtie sur un plan régulier et uniforme, comme la plupartdes villes russes; son nom vient de Bolgar-Grad (ville des Bulgares), parce qu'il a été fondé pour servir de capitale aux colonies de ce nom. C'est du reste une ville de charmante apparence, élevée comme par magie au milieu des Steppes des Tartares Boudjacks. Au centre est une place spacieuse, avec une église qu'entoure un boulevard planté de deux rangs d'arbres. L'église n'a pas de caractère bien original : on y voit, contre l'usage des églises grec-
3ues, des copies de Raphaël et 'autres maîtres italiens. Les constructions qui entourent la place sout toutes affectées aux services
publics (l'intendance, le clergé, la police, l'école et les maisons des professeurs, etc.). Le Jardin publie est vaste , et rappelle de loin par son ornementation et ses beautés somptueuses ceux de Jassy et de Bucharest ; on y jouit d'une fort belle vue sur le lac , masse d'eau aussi vaste , mais moins pittoresque, que le lac deZurich : il communique avec le Danube par une rivière de décharge, et Bolgrad doit à cette circonstance d'être un port d'exportation pour les produits de l'agriculture bulgare. Bolgrad est une villetellement moderne, qu'en 1856 les plénipotentiaires signataires du traité de Paris ne latrou-
vant point portée sur la carte du général Schubert (1837) , la conlondirentavecTabak et commirent une erreur fort grave qui nécessita la convention supplémentaire de janvier 1857.
De Bolgrad le voyageur peut, à volonté, se diriger sur Ismaïl, Kilia, les bouches du Danube ou les salines de Touzla, près du lac Bourna-sola.
Ismall (48 kil.) se compose de deux villes : l'ancienne cité ou la citadelle, prise par Souvarof à la suite d'un assaut très-sanglant, et démantelée par les Russes lorsqu'ils l'ont évacuée en 1856; et la nouvelle ville, que les Russes avaient nommé Tutschkof, nom du gouverneur qui l'avait en quelque sorte fondée. Elle est bâtie très-régulièrement, un peu en arrière des escarpements qui surplombent le Danube.
Kilia (72 kil. parterre, 51 par eau) se compose également d'une citadelle démantelée et d'une ville moderne, régulière, un peu écartéedu fleuve : en face, dans l'île Léti et par conséquent dans le delta danubien , sont les ruines du vieux moldave commandait le Danube Kilia% oui au xv« siècle et qu'Etienne le Grand fortifia vers 1473.
De Kilia, le voyageur a le choix entre plusieurs excursions , à commencer par celle des riches salines
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domaniales de Touzli (16 heures) , comprenant les lacs de Tchagani et d^Ali-bey. Séparés de la mer Noire par un banc de sable qui laisse filtrer leurs eaux, ils baissent de niveau en été et reçoivent alors les eaux de la mer, dont le sel finit par s'y déposer et par y cristalliser. Dans une autre direction , on peut visiter le Delta du Danube, sur lequel la guerre d'Orient et le traité de Paris ont appelé l'attention. Il se compose de trois lies d'inégale étendue (Tchétal f Léti , Saint-Georges) et de seize plus petites, toutes cédées à la Turquie, ('es lies ne sont
fruères qu'un immense marais dont 'aspect morne et solitaire ne manque pas d'une certaine poésie sauvage. Quelques parties moins exposées aux inondations sont couvertes d'épaisses forêts que les Tartares appellaient significativement Kara-Orman (forêt noire), et où se sont réfugiés de tout temps les vagabonds ou les proscrits des contrées riveraines. La Russie avait tenté sur l'Ile Saint-George l'établissement cosaque de Kara- Orman, sur la lisière E. de la forêt de ce nom ; cette colonie ne parait pas avoir prospéré. Sur l'Ile Léti, on peut visiter les ruines du Vieux-Kilia, et sur Saint-George, le port de Soulina, cité plus haut [V. p. 430).
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