‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 222 sur 511 · A HE RM AN ST A U T · texte numérisé non relu

A HE RM AN ST A U T

Curte-d'Adjisch, pourra tourner à droite et prendre le chemin iresardu qui mène à Kimpolung; il y arrivera en six heures, à travers des montagnes de l'effet le plus pittoresque. C'est l'étage inférieur de la chaîne des Carpathes, et, au milieu de ce fouillis de hauteurs couvertes de forêts séculaires, s'ouvre le gracieux bassin de Kimpolung (en valaque Campàlungu. la longue plaine), ancienne capitale de la principauté, et qui formait au moyen âge une commune célèbre dont l'histoire a été publiée ces dernières années par Aritchesco *.

En revenant à Curte-d'Ardjisch et en poursuivant sa route vers la Transylvanie, le voyageur atteint, à la troisième poste, le village de Kinéni, dernière station valaque.

Après Kinéni, on s'engage dans une faille colossale des Carpathes, par laquelle la rivière Oltù (Aluta) descend du plateau transylvain dans la grande plaine de Valaehie.

C'est le fameux défilé de la ToUr- Rouge ( Rothenthurm des Allemands, Voros Torony des Hongrois), (18 1. de Curte-d'Ardjisch), le site le plus sauvage et le plus 3plendide a la fois de la chaîne earpathique , oui présente du reste tout entière 1 aspect le plus pittoresque. Une petite hauteur, qui domine la route, est surmontée d'un bâtiment servant jadis de lazaret i la route, étroite et sinueuse, n'est séparée de l'abîme que par un parapet. Une inscription indique le lieu où la voiture d'un général russe a été précipitée dans la rivière. A la Tour-Rouge commencent le territoire autrichien et la Karolinenstrasse. belle et confortable chaussée d'environ 8 lieues de long, et qui est due, comme l'indique son nom, à l'empereur Charles IV. Les Romains avaient fortifié cette passe redoutable H l'aide d'un camp retranché établi à la sortie méridionale de la gorge, et de là lui vint au moyen

I S Deat Toluraes (le premier teal « paru).

[Roltk 73.]

âge le nom de Porta Trajana. Plu»

tard, elle conserva la même importance lors de la lutte entre les Hongrois, les Turcs et les Valaques. Les premiers y battirent deux fois (1442 et 1493) les armées ottomanes. En 1821, Ipsilanti vaincu et fugitif y fut arrêté au moment où il se sauvait en Autriche. En 1849, l'armée russe du général Luders, battue par Bcmet et chassée d'Hermanstadt, fut refoulée vers la Tour-Rouge qu'elle dut franchir en toute bâte, au cœur de l'hiver et par une nuit terrible : nécessité d'autant plus désastreuse pour cette armée , qu'elle était embarrassée dans sa marche par une foule de familles d'Hermanstadt qui fuyaient les représailles des Hongrois victorieux.

Le premier village qu'on rencontre sur la route Caroline est Boitza, moitié valaque et moitié saxon, avec une église catholique et une église grecque : c'est le premier exemple de cette juxtaposition de races qu'il faut s'attendre à rencontrer à chaque pas dans la Transylvanie. A mesure qu'on s'éloigne de la chaîne faîtière des Carpathes et de la région des grands bois, le paysage devient plus doux, la population allemande prédomine, et avec elle les villages mieux bâtis et les cultures plus variées. On descend doucement dans la vallée du Sibin en tournant un petit coteau, et on débouche sur une jolie ville bâtie près de la rivière, flanquée de remparts qui sont eux-mêmes entourés de cultures magnifiques.

C'est Hermanstadt (Cibiu des Valaques) , cité de 17000 âmes, capitale de la Transylvanie et des colonies saxonnes en particulier.

Peu remarquable par elle-même, à neu près sans monuments, cette ville possède des environs du pittoresque le plus varié, et le voyageur, ou le peintre en quête de sites d'une originalité vigoureuse, doivent la prendre pour centre de leurs excursions dans la

haute Transylvanie, à moins qu'ils ne préfèrent se rendre à Kronstadt (Brassov des Valaqucs), dans le bassin supérieur de l'Aluta. Les beautés naturelles de ce dernier rayon sont peut-être plus splen— dides nue celles d'Hermanstadt.

mais elles offrent moins de contrastes tranchés. Du reste, l'étranger trouvera chez les libraires de ces deux villes des indicateurs de tout genre, ressource qui manque à Rucbarest, et même un peu à Jassy.

DE BCCHAREST A JaSSY,

PAS IBRAÎLA ET OALATZ.

Nous passons par les villages

suivants : Ursitcnéni , Kikinetz , Odaïa Vizirului (la ferme du vizir).

C'est, jusqu'à Ibraïla, une route de 40 lieues, l'une des plus ennuyeuses des principautés. Après le poste d'Ursitchéni , on entre dans d'immenses steppes coupées par une seule rivière, la Kalinatzoui : le désert diminue à mesure qu'on approche du Danube, et on arrive à la ville de

Ibraïla, port assez important, sur un bras du Danube large de 500 mèt. C'est aujourd'hui une ville régulièrement bâtie , avec de beaux boulevards, et bien peuplée : du reste, une de ces villes où l'on fait escale, mais où le touriste ne s'arrête pas, à moins que ce ne soit pour admirer sur 1 autre rive les hauteurs pittoresques et boisées de la Dobroudja près de Matscbin.

Bateaux à voprur des messageries françaises et du Lloyd , pour Gaisu , Varna et Conitantinople , le samedi et le vendredi.

D'Ibraïla on se rend à Galatz, éloigné de 20 kilom. seulement.

Le premier est le grand port de la Valachie, et le second celui de la Moldavie. Sur ce parcours , on passe le Sereth en bac, près de son confluent avec le Danube, et on laisse sur la gauche, dans une situation pittoresque, Icj ruines an-

[Route 7J.J GALATZ. -JASSY.

tiques de GerUchina, où lès antiquaires moldaves veulent à tort voir l'ancien Caput bovisj qui existait bien plus haut, entre Orsova et Vidin, ce qui ressort formellement du témoignage de Procope.

Une heure après le passage du Sereth, on arrive à

Galatz (Hôtels: de Moldavie, de Saint-Pétersbourg , de Vienne),

Topographie , commerce. — Cette grande cité se compose de deux villes d'aspect assez divers : la première , qui est l'ancienne cité, voisine du fleuve , est inégale , malpropre, avec des rues tortueuses et ces pavés de bois appelés ponts (podu) en valaque. La ville moderne est étagée sur les hauteurs qui dominent le Danube au N.-O. ; elle est mieux percée, plus confortable, et renferme la plupart des bâtiments publics. Galatz a environ 60 000 âmes, réparties entre la plupart des nationalités d'Orient. Les Grecs forment l'élément le plus nombreux de la po-

Sulation commerciale. Il en est e même pour sa navigation ; sur les 700 navires qui fréquentent annuellement ce port, la Grèce libre en fournit plus de 300, les sept Mes et Samos 50, la Grèce turque près de 100. Après la marine grecque, celles qui fréquentent le plus Galatz sont celles de Piémont, de Russie et d'Autriche. La valeur annuelle des exportations, ainsi que celle des importations, atteignait, il y a 15 ans, 16 millions.

Galatz est un port franc, mais seulement pour les marchandises consommées dans la ville môme, et nullement pour celles qui sont à destination de l'intérieur de la principauté ou des pays étrangers.

Le voyajreur n'a «uère à visiter

plateaux voisins et qui abondent dans la basse Moldavie, les steppes de la Jalomitza et la Bessarabie inférieure. Il est probable qu'en les fouillant on y trouverait des sépultures gétiques ou scythiques, résultat obtenu en creusant les tumuli de la Crimée et de la Russie méridionale.

Bateaux à vapeur (suspendus en hiver) des Messageries françaises et du Lloyd , pour Toulcha, Soutins, Varna et Constantinople, tous les samedis- — Compagnie autrichienne, pour Pesth, tous les samedis, pour Odessa, tous les mercredis.

Pour aller de Galatz à Jassy, on passe par les postes suivantes :

Peneu, Fundéni, Turchesti. Tékoutch, Berket, Paraskive, Berlad Strinctura, Dokolina, Babari.Vasloui, Teleschna, Vachesti, Sté ritza , Bordé et Jassy.

« Pendant toute la première poste, on voyage au milieu de petites collines, puis après on trouvo de beaux pâturages avec de nombreux troupeaux. Les villages sont mieux bâtis » (Cochelet). Tékoutch, qui est la quatrième poste, est une petite ville tout orientale d'aspect, sur une rivière sinueuse et entourée de quelques jolies habitations parmi lesquellesnous citerons celles de Tsiganeschti, à une heure au N. de la ville, appartenant à l'ex-kaïmakan Vogoridès.

Trois postes plus loin, se présente une ville antique, Berlad, qui panse pour l'ancienne Paloda de Ptolémée. C'était, à l'origine de la principauié de Moldavie, une république communalecomroe Hotin (Choczim) et Cetatea Alba (Bielgorodj. Aujourd'hui sa splendeur est bien déchue, mais ses foires sont toujours renommées. De cette

à Galatz et dans les environs que ville, on se rend en suivant la riles ruines précitées de Gertschina, vière Berlad à Vasloui, petite ville

assez gracieuse, située sur une colline ; puis on traverse des hameaux sans intérêt jusqu'à Bordé, d'où l'on descend sur Jassy en passant par Sohola. Ce dernier point n'est pas seulement remar-

et le beau lac Bratich, qui fournit .'3000 quintaux de poisson par an à l'exportation par terre en Transylvanie. Ce qui mérite quelque intérêt et appellerait des fouilles intelligentes, ce sont les nombreux tumuli éparpillés sur les | quable à cause de son couvent, ré-

TURQUIE D'KUROPE.

cemment transformé en séminaire, du palais Stourdza et de la maison de santé; il intéresse surtout le voyageur, parce qu'il offre la plus belle perspective sur la ville de Jassy, qui apparaît au regard gracieusement étagée sur la croupe de la colline de Kopo.

Jassy (en moldave Jaschii Iesch ou Esch.j (hôt. : de Rechenberg.)

Histoire.— Cette ville est reconnue pour l'ancienne métropole des Daces Jassii , le Jassio-rum municipium de l'époque romaine. Le sceau de la ville porte môme ce nom antique en légende. Il ne paraît pas qu'on y ait retrouvé d'antiquités, et on ne sait comment cette ville subsista à travers les temps orageux des invasions hunniques, slaves, cumanes et patzinaces. Longtemps simple capitale de district, lorsque Soutchava était métropole, elle dut à sa position centrale et peut-être à ses souvenirs romains de succéder à sa rivale, place forte dont l'importance diminua quand la Moldavie cessa d'être une puissance militaire.

Etat actuel. — Jassy est une ville régulièrementconstrtiite,de forme à peu près ovale, traversée par une grande artère appelée Grande- Rue (ulitza mare), sur* laquelle s'embranche la rue Saint-Spiridton, principale rue du vieux Jassy. Les monuments et édifices les plus remarquables sur cette double ligne sont, à commencer par l'O., le jardin rmbHc ou Kopo, promenade fort belle, mais inférieure à celle do Bucbarest et ornée d'un monument élevé en mémoire du trop fameux règlement orga nique, imposé par la Russie après le traité d Andrinople ; le consulat de France, le Théâtre, les palais Qhtka, Vogortdès et Stourdza, l'église et le monastère Saint-Spiridion , le musée, la métropole, la ravissante église de Tre Ièrarchi, et enfin le palais du gouvernement {okourmoutrea) sur la place du même nom, \aste bAti»

ment renfermant les divers services ministériels. Nous n'avons rien à citer dans la ville basse, qui s'é-

[Roi tb 74.;

tend dans une pliine marécageuse souvent inondée par la rivière Bahloui : cette plaine est bornée au S. par des hauteurs plu* abruptes que les collines qui supportent la ville, et couronnées par un édifice qui tient du monastère et du palais féodal : c'est Tchtlatsouta, illustre dans les annale* moldaves.

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