‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 242 sur 511 · DARDANELLES · texte numérisé non relu

DARDANELLES

Karagatch , Kyz-Khàn et (5 h.)

Onloubad ("l'antique Loupadium), où l'on remarquera les ruines des murailles et d'une grande forteresse. La ville est misérable et insalubre, coupée de jardins et de vignes. On peut être reçu dans le couvent grec.

On franchit sur un tragiJe pont de bois le Uhyndacus à sa sortie du lac d'Apollonia; c'est alors un fleuve profond et bourbeux, qui sort souvent de son lit a la fonte des neiges, et couvre toutes les campagnes environnantes. Le chemin quitte le lac, et gagne à travers une large plaine la ville de (-2 h.)

Moualitch, l'antique Milétopolis, bâtie près du confluent du Macestus (Sousourlu-Tchaï) avec le Rhyndacus ( Moualitch-Thaï ).

C'est aujourd'hui une grande ville bien peuplée, contenant trois ou quatre knàns et neuf mosquées.

Plus de la moitié de la population est composée de Grecs et d'Arméniens.

En sortant de Moualitch, du côté du N.-O. , on traverse le Macestus. puis (1 h.), devant le v. de Kara-Kcui, le Tarsius {Kara-Déré- Sou), qui vient du lac Milétopolitis (aujourd'hui Alaniya -Gueul) , situé à 4 h. vers l'O. De Kara- Kcui on gagne à travers la plaine (2 h. 301 Kaai-Keui, puis, s'élevant sur un plateau où se trouvent les v. d'Omar-Keui et de Kayadjik, en vue de la mer de Marmara, on redescend sur (G h.) le petit port de PanoTïnO, et, suivant le rivage au pied des collines, on traverse (1 h.) le v. de Mahmoud -Keui pour atteindre 1 h.) le bourg de Aidindjik, où l'on remarque encastrées dans les maisons modernes un grand nombre de fragments antiques ; c'est de ce bourg que Ton part pour aller visiter (1 h. vers le S.) les ruines et la presqu'île de

Cyzique. — Histoire. — Cette péninsule était autrefois une île de la même formation géologique que l'ile de Marmara. Le détroit

bit luugn

3ui la séparait du continent a 'abord été assez considérable ; mais peu a peu les terres charriées des montagnes l'ont rétréci de manière que les anciens ont pu y jeter un pont, qui plus tard s'est changé en un isthme, qui mesure env. 1500 tnèt. do long sur 800 met. de large. — Cyzique, peuplée d'abord par les Dolions, de race pélasgique, puis par de* colonies de Thessalie et de Milet, visitée par les Argonautes, appartint ensuite successivement aux Perses, aux Athéniens, aux Lacédémoniens. Après la bataille du Granique Alexandre s'en empara, et joignit l'île a la terre ferme par deux ponts. Sous ses successeurs elle garda son autonomie, tout en reconnaissant la souveraineté des rois de Pcrgame. L'événement le plus important de son histoire est le siège mémorable qu'elle soutint contre Mithridate. Secourue par Lucullus, elle sut repousser l'attaque de 15000 hommes et forcer le roi de Pont à lever le siège. La protection de Rome lui fut dès lors acquise, et les empereurs, sauf Tibère , continuèrent comme la république à la combler de faveurs. Adrien et Marc-Aurèle furent ses bienfaiteurs. Elle fut pillée sous Gallien par les Hérules, plus tard par les Scythes et les tïoths; Constantin dépouilla ses édifices pour orner sa nouvelle capitale ; en 943 Cyzique fut détruite par un tremblement de terre ; en 1515 elle fournit des matériaux nombreux a la construction de la mosquée Sulcimanièh k Constantinople. Fréquemment visitée par les antiquaires dès le siècle dernier, Cyzique a fourni des inscriptions " et dos monuments ù tous les cabinets de l'Europe.

État actuel. — <. Les ruines de Cyzir(ue, dit M. Texier, sont aujourd hui complètement inhabitées. Au delà des murailles et sur la hauteur, il existe un village l'une douzaine «le maisons, ap-

• D'ASIE. Ho LTE

pelé Hammam lu , qui possède en communal la totalité de l'enceinte de la ville. On peut suivre le pourtour des murailles depuis la grande tour octogone, située à Tangle S. -O., jusqu'à l'extrémité E.

qui est très-voisine de l'isthme. »

Elles étaient bâties en gros blocs de granit taillés k bossage : aucune partie n'est entièrement conservée, mais la plupart des soubassements sont intacts , et l'on remarque, k la distance de 30 •à 50 mèt. l une de l'autre, des tours carrées de 10 mèt. de front sur 4 met. d'épaisseur. C'est le mur qui a résisté k Mithridate. Lv> travaux d'Alexandre ont disparu.

11 ne parait pas que les murailles se soient jamais étendue»

le long de l'istlime. Au moin> n'en trouve-t-on aucun vestige.

La grande tour , que les Turc?

nomment Iial-Kis-Séraïi\v palais «îc la fille de miel, ou plutôt de Battu, la reine de Saba), parait avoir commandé la téte d'un des noms jetés sur le canal de Cyzique.

Un grand mur, qui se rattache à la tour, se dirige k angle droit vers l'E. Près de' la on reconnaît les restes d'une porte.— La ville était assise en partie dans la

f daine, en partie sur la pente de a montagne. T'nc petite rivière,

?[ui descend du mont Dindymon, orme à l'O. une vallée assez profonde sur laquelle est placé 1 amplr.thédtrc . qui s'appuie sur le* deux mamelons intérieurs. Ix ruisseau parait avoir passé sou* l'arène, comme à l'amphithéâtre de Pergame. Trente-deux vomitoires donnaient accès sur les gradins; la plupart de ceux du rezde-chaussée sont conservés. Leur construction en blocs de granit à bossage accuse une époque de décadence , probablement celle de l'empereur Gallien. — l*n peu plus bas, dans le même vallon, s<" trouvent les restos d'un thciiti< datant de la même époque, «'i perdus an milieu d'un ma>sil inextricable de lauriers et de t« rébinthes. I>eux ou trots pradm

IRoutk 83.J DE BROUSSE AUX DAKDAXELLES.

de marbre sont encore en place :

ils s'appuyaient sur le penchant de la colline, sans aucun mur de soutènement; le proscenium, qui mesurait 100 mèt. de diamètre, a disparu. Ce théâtre parait avoir lait partie d'un grand ensemble d'édihees comprenant l'Agora, un portique et un temple, orienté N.-S. , dont on retrouve le soubassement , avec «les débris de dalles du pavement, de fûts de colonnes et de corniches d'époque romaine , en marbre précieux do diverses couleurs. Seraient-ce les restes du temple d'Adrien? Entre ces ruines et la tour de Bal-Kiz s'étend une plaine coupée de haies et de fossés où Ion trouve des souterrains fort ♦'tendus, qui paraissent avoir été les substruetions d'un grand palais.

A l'O. des ruines de Cyzique s élève il h.) le petit port d'Artaki (en turc Erdek\ sur un petit (ap, en face d'un Ilot du mémo nom. C'était une ville très-ancienne mentionnée par Hérodote, • t que les Phéniciens brûlèrent dans la guerre des Perses. Elle n'existait plus au temps de Pline.

Elle fut relevée par les empereurs grecs. On y voit encore des fortifications byzantines ou génoises, faites avec des débris rapportés de Cyzique. Une vigne qui domine la ville, renferme un mur on blocs de marbre blanc , peut- •iire antérieur à l'invasion dey Phéniciens.

lietour a Aïdindjik [-2 h.). A partir d'Aïdindjik le chemin suit fe rivage dans la direction de l'O. , rencontre les v. tY Avoutch- Keni et de Moussatch - Keui , et franchit près de son embouchure [4 h. 30) le fleuve .Esepus (SataU Déré-Sou qui descend du versant E. de l'Ida, et sur le cours duquel il faudrait chercher le Memnooium, tumulus cité par Strabon.

On marche ensuite «îirectement ^ rs l'o. , entre le pied des mon- 'apn»>* ot deux étangs snlés, après l°s<imi^ on perd de vue la mer

jusqu'au (5 b. 30) v. de Demétoka ou Dcmotika, ban sur les bords de la rivière du même nom , que quelques voyageurs regardent comme l'ancien Granique, célèbre par la victoire remportée par Alexandre sur les Perses en 334 avant Jésus-Christ, et par celle de Lucullus sur Mithridate. Selon d'autres géographes, le Granique répond au Khoaja-Tchaï , que* Ion franchit vl h. plus loin) sur un pont antique. Aucun indice n'a permis de déterminer en quel endroit se seraient livrées les deux batailles. A 1 h. 30, au S.-O. de Demotika, la petite Ville de Bigha a été témoin d'une victoire remportée par le sultan Seldjoukide- Ala-Eduin sur une armée tartare.

A partir du Khodja-Tchaï, la route directe gagne Lampsaque, en 10 h., à travers une région montagneuse où l'on rencontre les v. de (1 h. 30} Pekmeslu, (3 h. 30) Kirdjalar et [l h.) Khodja-Bachlar.

Une autre route, plus longue de 7 h., se dirige au X. de Demotika. franchit sur un autre pont a h.) le Khodja-Tchaï, et J h.

borde ses affluents pour atteindre (1 h.) le v. de Karabogba, qui répond à l'antique

Priapos, colonie de Milet, qui possédait un beau port, aujourd'hui abandonné; elle était célèbre par le culte du dieu Priape, qui sVtendit de là à Lampsaque, et par ses vignobles, q^ui avaient été donnés en usufruit a Thémistocle.

Les vignobles existent encore sur toute la côte, mais ils sont mal exploites par les Grecs et les Juifs qui les possèdent. — De Priapos le chemin conduit à travers un vallon étroit, puis le long du rivage au (5 h.) v. de Kamares, l'antique Parium, qui, selon Pline, représentait l'Adrastée d'Homère.

Parium avait reçu des colonies de Milet, d'Erythrée et de Paros.

Agrandie par les rois de Pergame, elie reçut la population de sa voisine Priapos; Marc-Aurèle l'embellit à son tour. On y voit encore de- restes d aqueduc et de < i-

ternes, et des murs construits en blocs de marbre sans mortier. — De Parium, un chemin qui longe en écharpe les contre-forts inférieurs du Goulyen- Dagh , toujours en vue de la mer, conduit (3 h.) au v. de Gouredjèh, et puis redescend au N. sur le rivage, franchit (3 h.) le Beïram-Déré-Sou, et rejoint l'entrée des Dardanelles, en face de Gallipoli, au (1 h. 30 m.) v. de Tchardak, qui possède une jolie mosquée, et d'où I on gagne

(1 h.) Lampsaque (V. p. 347). La

route longe les Dardanelles, sans rencontrer sur cette rive rien qui soit digne d'intérêt, jusqu'à Abvdos et (6 h.) Khanak (V. p. 346 et 347).

Page 1