‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 252 sur 511 · MÉTÉLIN OU LESBOS · texte numérisé non relu

MÉTÉLIN OU LESBOS

Les paquebots des Messageries françaises et du Lloyd y touchent le dimanche et le jeudi, en se rendant de Constantinople à Smyrne, et le mardi et le vendredi en se rendant de Smyrne à Constantinople. — Le port du nord est complètement ensablé, et celui du midi ne reçoit que de petits navires; les bateaux à Tapeur sont obligés de mouiller au dehors , et même, quand la mer est houleuse, ils doivent passer sans s'arrêter devant cette côte que les nécessités du voyage les forcent toujours à visiter la nuit. — On loge dans un khani ou café au pied de la citadelle.

Lesbos ne joua jamais le rôle important des États libres de la Grèce : grecque par sa population, elle dut à sa position géographique, selon la juste remarque de M. Boutan * , de suivre toujours les destinées de l'Asie Mineure, et d'appartenir successivement à tous ses dominateurs. Lesbos fut peuplée originairement par des Pélasges. Après le déluge de Deucalion, Macare , l'un des Héliades,

1 Boutas. Topogr. et hist. de I^exhot , Arehir. den Missions, tome V .

la conquit avec les îles voisines, Chio , Sam os , Cos , Rhodes; son sage gouvernement leur fit donner le nom d'îles Fortunées ; son

Pendre, Lesbos, lui succéda, et lie prit de lui le nom qui lui est resté; mais elle reconnut bientôt la suprématie des souverains de l'Asie , et fit partie de l'empire de Priam. Aussi lut-elle ravagée par Ulysse et par Achille, qui s'empara de Méthvmne après une lutte aeharnée. — 130 ans plus tard , Lesbos appartint à la confédération éoîienne. Elle fut en proie aux aiscordes civiles jusqu'à la tyrannie de Pittacus , qui , après avoir pacifié sa patrie par une sage administration , se hata de rentrer dans la vie privée. Tour à tour en guerre avec les Athéniens qui leur enlevèrent Sigée, avec les Samiens qui les battirent sur mer , les Lesbiens se soumirent au grand Cyrus , firent partie de l'armée de Cambyse , lorsqu'il envahit l'Egypte, suivirent Darius dans son expédition contre les Scythes (513) , et marchèrent avec Xerxès contre la Grèce. Après Mycale et Platée , ils passèrent sous la domination des Athéniens; Mitylène se révolta contre eux, en 428; mais elle fut prise et rasée, malgré les secours tardifs envoyés paires Spartiales. Les Lesbiens essayèrent encore de secouer le joug d'Athènes , à la suite du désastre de Sicile (416) , mais cette tentative et celles qui la suivirent furent sévèrement comprimées.

Ce fut devant ' Lesbos que s'accomplirent les péripéties de la lutte qui se termina par la bataille des Arginuses. Après la bataille d'iEgos-Potamos, Lysandre soumit Lesbos. Mais bientôt Mitylène rentra dans l'alliance d'Athènes, et, en 390, Thrasybule soumit le reste de l'Ile. Le traité d'Antalcidas rendit à Lesbos une autonomie trompeuse ; elle passa ensuite aux Macédoniens. Mitylène, assiégée, en 334, par Memnon le Rhodien, qui trouva la mort devant ses murs, fut obligée cependant de

TURQUIE D'ASIE. [Routb 89.

se soumettre aux Perses ; elle fut reprise, en 334, par Hégélochus.

amiral d'Alexandre. Plus tard , les Lesbiens furent les alliés de Persée et de Mithridatc contre les Romains. Après la défaite de ce dernier, Mitylène fut prise et saccagée par Minucius Thermus.

Eilc servit de refuge à l'épouse et au fils de Pompée pendant la bataille de Pharsale , et plus tard au même Sextus, quand il fut vaincu par Agrippa; ce dernier, disgracié par Auguste, s'v retira également et combla les habitants de bienfaits. Cette île n'est le siège d'aucun événement important sous la domination des Romains. Dans l'antiquité , Lesbos donna naissance aux poètes Terpandre .

Arion , Leschès , Alcée , à la fameuse Sapho, au musicien Phrynis , aux historiens Hellanicus, Myrsile, Théophane , aux philosophes Pittacus , Tliéophraste , et au sculpteur L-csbothémis.

Sous l'empire d'Orient, elle eut à souffrir les tpeursions des Scythes, en 376 ,"de» Esclavons.

en*7G9, des Sarrasin* d'I&pagne et d'Afrique , en 821 , 881 , 1035, des Russes, en 864, 10*27, et fut de 80*2 à 1012 un lieu d'exil pour les princes dépossédés et les favoris disgraciés.

A la fin du xi* siècle, elle fut prise par l'ave, nturier Tzakhas [V.

Smyrne et ChiO), et reprise par Ducas , général de l'empereur Alexis Comnène , en 1089. Ravagée , en 11-28, par les Vénitiens, Lesbos échut aux Français en 1204, lors du partage de l'empire grec. Après diverses vicissitude* qui la donnèrent aux Latins, aux empereurs grecs, et à divers aventuriers, elle fut donnée en dot. en 1355, par Jean Paléologue au Génois François Gateluzio ; mais bientôt les Ottomans allaient menacer ce petit Etat. Sous Orkhan, sous Murad Ier, sous Bajazet, l'Ile fut ravagée à diverses reprises. Les Gateluzi, obligés de se soumettre à Tamerlan , puis au sultan Mahomet II, ne purent, malgré leurdori-

(Ro

LESB08.

lité, désarmer le conquérant, qui les vainquit définitivement, en 1462. Les chrétiens tirent d'inutiles efforts pour reconquérir Lesbos. — Au milieu des guerres suscitées par les pachas en révolte , elle devint un repaire de pirates ; en 1755, la viUe de Métélin fut presque anéantie par des tremblements de terre ; elle fut en partie détruite par le feu au commencement du xix« siècle. En 1821, Métélin devint la station favorite de la flotte turque ; cependant un des premiers exploits des Hydriotes contre les Turcs se passa sur la côte de Métélin ; en 1823, les Grecs se rendirent maîtres du N. de l'île, mais ils furent battus. Depuis ce temps, l'Ile es.t restée à laTurquie.

in. ViUe de Métélin.

La ville de Métélin , l'antique Mitylène , que les habitants du pays nomment Kastro, c'est-à-dire Je château, la ville forte, est une ville d'environ 4000 maisons et de 12 à 14000 habitants. Les maisons, construites en bois, présentent un aspect d'élégance qui témoigne de l'aisance de ses habitants. Vers le port du N. se trouvent le quartier turc et le Konak du Pacha.

Entre ce quartier et la citadelle s étendent les cimetières des deux religions, où l'on peut reconnaître quelques marbres antiques. «La citadelle turque s'élève sur l'emplacement de l'ancienne acropole , et domine à la fois Métélin. et l'ancien port militaire. On retrouve encastrés dans ses murailles, du pdté du N. et du S.-O. , des fragments helléniques , l'architrave d'un temple dorique, etc., et sur la face O. d'une tour qui a jadis *ervi de clocher, des fragments romains (bas-reliefs , représentant (lcs combats de pludiateurs) ; enfin , au-dessus d'une porte inférieure, une inscription en l'honneur de Gateluzio, qui fonda la citadelle actuelle et dont les armes s'étalent clans une rue vor-

( 'es murs, qui arrêtèrent Maho:

met II pendant deux mois, ne résisteraient plus au feu d'une escadre ; mais ils suffisent pour maintenir la ville dans l'ordre.

L'enceinte de la citadelle contient une petite ville turque , où les raïas ne peuvent pénétrer, et que les voyageurs ne peuvent visiter qu'avec une permission du pacha.

On y trouve beaucoup de fragments grecs, romains, byzantins et vénitiens. — Le port du N., qui s'étend au pied de l'acropole, est aujourd'hui ensablé et ne peut recevoir que des barques : c'est pourtant là, selon M. Boutan , le grand porl antique qui contenait des flottes entières ; on distingue sur une étendue de 200 mèt. une digue hellénique , de 7 mèt. 69 d'épaisseur, qui fait face à la côte d'Asie, et brisait les vagues venant de l'E. Du côté du N. s'étendait une autre digue, de 8 mèt. 50 d'épaisseur, maintenant complètement à fleur d'eau. — Le port du midi ne présente plus que les deux bases des phares actuels ; encore sont-elles d'une époque fort contestable. Ce port était relié au précédent par un canal, dont l'emplacement est occupé aujourd'hui par la rue du Bazar.

La cour de Y Archevêché grec contient des dalles bien conservées, qui semblent avoir appartenu au pavement d'un grand édifice, et un siège de marbre qui provient sans doute du théâtre, dont M. Boutan croit reconnaître les traces au midi de l'acropole, sur le bord de la mer. — Près du port du midi et non loin des ruines d'un aqueduc romain, on trouve la petite église do Hagios Thêrapios (saint Guérisseur), qui marque sans doute l'emplacement du temple d'Apollon ; la cour de l'église et celles des * maisons environnantes sont en cf?

fet pleines de débrisdechapiteaux, de tronçons de colonnes, mutilés comme à plaisir. On a essayé de réunir lesmeilleurs fragments dans une osnècc de musée , situé à 50 pas de là.

TURQUIE 1VASIE Hle.

L'île de Lcsbos, qui a emprunté à son ancienne capitale éon nom moderne de Métélin, est de forme irrégulièrement triangulaire ; elle est creusée de deux golfes profonds , ceux de Hiéro et de Kalloni, qui y forment, au milieu des terres , d immenses bassins , ouverts seulement sur la côte S. par des canaux étroits. De TE. à l'O.

et du N. au S., l'Ile est parcourue par deux chaînes de montagnes», nui sont: à TE., le mont Lepctnymnus qui projette en face du golfe dT.drémitle cap Argennum; à l'O., l'Ordymnus , qui s'étend jusqu'au cap Sigrium (Siari) , la pointe la plus O. ; au milieu le mont Créon , et au S. l'Olymnus, entre les deux golfes de Kalloni et de Iliéro. Une languette de terre , comprise entre ce dernier et le canal qui sépare l'île de l'Asie, se termine au S.-E. par le cap Malée (ilagia Mariai, le troisième angle du triangle. — Métélin appartient à lVyalot de l'archipel. Elle est administrée par un gouverneur, et un mollah de première classe ; mais cette lie si riche dans l'antiquité, et même sous la domination grecque, n'est plus aujourd'hui qu'une province oubliée; la population générale de l'ile est à peine de 60 000 habitants, dont les Turcs forment la majorité; les Grecs, répandus dans l'île, y vivent dans la misère ; le sol y est cependant fertile, le bétail abonde à Lesbos, les forêts y sont pleines de gazelles, de cerfs et ne chevaux sauvages ; le blé et les raisins y sont excellents. Le commerce y a peu d'activité.

Les principales excursions que l'on peut faire autour de la capitale, sont les suivantes:

1° A Thermies (6 à 7 h. aller et retour). On sort de Métélin, du côté du juirt du N. , et l'on rencontre d abord , dans une pi tite gorge, un reste d'aqueduc romain.

f»uis une jolie fontaine turque , et e beau v. de Moréa, bâti en am-

[ Route

phithéàtre sur la gauche. A 500 mèt. de là , vers l'O. . s'étendent, au fond d'une riante vallée, les restes majestueux d'un aqusduc romamqui fait l'etrotd'un immense arc de triomphe. De Moréa, on regagne, par le v. dcBaila, le bord de la mer et la seala de Thermies, petit port insignifiant avec deux khanis. Entre la seala et l'établissement des eaux thermales, on trouve un champ, entouré de murs et semé de débris de marbres antiques, que M. Boutan regarde comme les vestiges de l'antique probablement embellie par Agrippa. L'établissement des eaux thermales , qui ont été fréquentées depuis l'antiquité , présente aussi un grand nombre de fragments antiques. On revient à Métélin en l h. 30 min. , en suivant le bord de la mer.

2° Tour de l'Ile. — Nous n'indiquerons que très-sommairement, a après M. Boutan, cette excursion circulaire qui demande environ une semaine : car, à part les beautés pittoresques du pays, l'île ne présente pas. d'antiquités remarquables, et les villesque M. Boutan a recherchées avec beaucoup Je sagacité n'ont guère d'autre intérêt que d'avoir été mentionnées par Strabon. •

De Métélin , on se dirige au N.-O., on franchit (1 h.) la petite chaîne qui sépare la capitale du golfe d'Hiéro , d'où l'on descend, près d'une source thermale non exploitée , dans une plaine fertile et bien cultivée , au delà de laquelle on gagne, par une vallée pittoresque p.), le bourg d'Aya- SOU, le plus considérable de 1 île après Métélin. Il possède une église byzantine avec une madone miraculeuse très -vénérée des Grecs; un rhateau génois le domine.

— D'Ay a-Sou , on se rend , \>ar une contrée montagneuse, à [3 h.

Hiéro, formée de 5 hameaux, distincts, qui ont conservé le, nom collectif de la ville antique, laqnelh avait donné son nom au golf»- voisin. Quelques l»loi> do marbre

uKulij4 89. LK8UOS

anciens, placés près d'une fontaine, sont tout ce qui reste de la ville antique ; l'acropole, a été remplacée par un château génois.

—De Hiéro, une route accidentée conduit à .'i h.)

Potamos, v. moderne , au bord de la mer, d'où l'on peut en 2 h., avec un bon vent, gagner par mer la scala de Vryssia, à l'entrée du golfe de Kalloni ; la route de terre i > h.) n'offre aucun intérêt. Le cap Vurkos, h 20 min. de la scala, présente une chapelle oue M. Boutan croit bâtie sur remplacement d'un

temple d'Apollon , appartenant l'antique liara?(?ï. — Vrissia ^1 15 nnn. du cap Vurkos) n'est qu'un misérable v. grec.

Suivant alors les rives du golfe de Kalloni, trop peu profond pour recevoir de grands navires , on gagne (4 h.) un poste de douane, avec un khani passable , situé à 200 pas des ruines de Pyrrha (une acropole avec quelques restes de murailles). Un peu plus loin au N.-K. , prés du v. de Mésa Mélaon ?; (1 h. ao min.), M. Boutan a signalé une église avec des débris de colonnes antiques. — 2 h. de marche à travers la plaine conduisent à Achérona. le plus considérable de six villages qui ont ''onservé, comme à Hiéro, le nom collectif de Kalloni (KaXW/r/;, appliqué plus spécialement à un monastère assez riche. D'Acbéfona, on va visiter, près du v. de Porakéli ou Parakhyla (2 h.), l'acropole de l'antique JEgiros (nujourdhui Xéro-Kastro), qui présente deux enceintes avec le soubasse-

Lantique Erissos était à l h. de là, sur le rivage ; on y reconnaît les vestiges d une enceinte, ceux d'une acropole et de trois temples.

DErissos , on gagne (2 h.) Sigri (Antysoa?}, le point le plus O. de l'Ile, avec un petit port assez bon, défendu par un petit fort en assez bon état, et (3 h.) le monastère de Saint-Jean, situé sur le sommet du mont Ordymnos , d'où l'on jouit d'un panorama admirable , pour descendre à(l h.) Télonia, pauvre v. sans intérêt archéologique. Un promontoire, enserré entre deux oaies, porte (3 h.) une forteresse isolée , fort curieuse , dont les murs moyen âge se mêlent aux substructions antiques; cinq tours helléniques subsistent encore. On arrive ensuite (2 h.) au v. de Kalokhori, où l'on retrouve un peu de végétation. Le plateau d'Apésa, situé un peu plus à 10., porte les restes d une nécropole antique.

De Kalokhori , on se dirige vers (2 h.) Phyla, et (1 h. 30 min.) PHra, v. de 200 maisons, dont la population grecque doit une certaine aisance à la culture des vignes qui, dans l'antiquité, produisaient le vin de Lesbos , célébré par Aristote et Virgile comme le meilleur des vins. De Pétra, on suit le rivage jusqu'à fl h. 30 min.) Molivo , l'antique Méthymne, oui disputa si longtemps à Mitylène la suprématie de l'Ile. C'est aujourd'hui une ville d'environ 1000 mai sons , bâtie en amphithéâtre sur une colline adossée à la mer, et qui domine une plaine fertile. Le sommet est occupé par une cha-

înent d'un temple. De Parakhyla, délie byzantine, restaurée par les

on sengage dans une région mon tagneuse , aride et déserte, pour

Sagner (2 h.) Macara (beau débris 'une enceinte pélasgique) , et ^ min.) dans une petite vallée vcrtc, sur la colline de Koudkha, restes d'un temple dont l'ori- Jpne est inconnue. De là, par Agra °t par (2 h.) Mezzotopo, et à trav?r- des gorges désertes, on çragne w «•) Erix.%o, dont l'église présente

"IClquC* 1UM TiptlOUS antique*.

Génois et les Turcs, et qui a remplacé l antique acropole. Sur le revers opposé à la ville, on trouve ûuelques tronçons de colonnes et aes bains en ruine. De Méthymne, on fait en 4 h. l'ascension du mont Lepethymnus {Hayios Ilias) , d'où l'on jouit d'une vue magnifique sur 1 île et le canal de Lesbos, la Troade, Ténédos, et l'entrée des Dardanelles. On redescend à (3h.ï Kapi ^y^>j?), d'où i on revient par

(1 h.) le gros bourg de Mantamados, et (4 h.l Thermi V. ci-dessus:, à ;2 h. 30 min.) Métélin.

En quittant Métélin , le navire reprend sa route vers le S.-S.-E.

et sort du canal de Lesbos à la hauteur du cap Malée (Hagia-Maria,. La nuit, pendant laquelle on effectue toujours ce trajet, ne permet pas d'apercevoir à TE. le golfe Élaïtique (golfe de Tchanàarlik), ni l'entrée du golfe de Smyrne [V. p. 460). On mouille dans le port, au point du jour.

DE SMYRNE A RHODES, r.m mer.

(CHIO, SAMOS, COS, HAMCARXASSK, BTC.) («i lieues marines. A'M kil. 48 h. de négation.)

Cette route est parcourue tous les 15 j. par les paquebots des Messageries fran~ çaiser et du Lloyd autrichien qui se rendent directement à Rhodes, et continuent pour la Syrie et l'Egypte. La ligne grécoorientale du Lloyd relâche un instant à Chio en se rendant à Syra; pour visiter les autres îles, il est indispensable de fréter un petit bâtiment. (V. p. 2G0 pour les précautions à prendre.) — Dans toutes les Sporades , on ne trouvera pour se loger que des khanis à la grecque , ou l'hospitalité des particuliers.

De Smyrne à Chio, V. fl. 75, p. 161 et 102. (Lisez à rebours. )

Chio. — Histoire. — L'île de Chio paraît avoir été colonisée par des Pélasges et par des Crétois du xvie au xiv' siècle avant .Tésus- Christ. Les Ioniens s'y établirent vers 1130, et Chio fit partie de la confédération ionienne. Elle devint assez puissante pour s'emparer de Leuconia et de Copte dans la Béotie , et pour secourir , au vi* siècle, les Milésiens attaqués par les rois de Lydie. Les forces maritimes des Chiotes les mirent a l'abri des attaques des Perses ; mais adonnés surtont au com-

1VASIE. [Roi te 90.!

merce, ils surent ménager ces redoutables voisins. Lors de la révolte de l'ionie (510), les Chiotes firent d'héroïques efforts en faveur de la liberté, notamment en allant au secours de Milet, assiégée par les Perses (498). Après la prise de Milet, les Chiotes durent se soumettre aux Perses; mais ils combattirent avec les Grecs à la bataille de Mycale (479, S et donnèrent un appui efficace à Cimon dans son expédition sur les côtes de l'Asie Mineure : aussi l'indépendance de Chio fut-elle assurée par le traité de Cimon f44i> .

De 449 à 413 , les Chiotes furent les alliés des Athéniens contre le> Spartiates ; ils comprimèrent la révolte de Samos sous le commandement de Périclès (441), ils participèrent à l'expédition de Sicile (415); mais par suite du mauvais succès de cette entreprise et sous l'influence du parti aristocratique, ils rompirent leur traité avec Athènes pour s'allier aux Spartiates. La flotte athénienne vint mettre le siège devant Chio. Secourus par les Péloponésiens , les Chiotes forcèrent les Athéniens à abandonner le siège (4W . Ceuxci reprirent Delphinium en 407; mais ils en furent chassés par Callicratidas, qui occupa l'île tout entière et la fit rentrer dans 1 alliance des Spartiates. Les Chiotes combattirent avec eux à Jîgos- Potamos; mais plus tard, révoltés par leur tyranie, ils se soulevèrent avec presque tous les Grecs Je l'Asie Mineure, chassèrent la garnison lacédémonienne (391), e[ rentrèrent dans l'alliance d*Ath»nes. En 3G6 , Épam inondas It> rattacha momentanément a J»

puissance de Thèbes (366\ Apres la mort de ce grand homme, Cluo.

Cos, Rhodes et Byzanee furent de nouveau soumises à la domination d'Athènes; mais fatiguées .de la tyrannie qui pesait sur elle*, ces villes s'unirent pour défendre leur indépendance. Attaqués par Charès et Chabrias. les Chiotes résistèrent vigoureusement,

ROCTK i»u. eu

vèrent leur ville et purent, à leur tour, ravager Imbros, Lemnos, assiéger Samos et voler au secours île Byzance , attaquée par Charès; enfin . par l'entremise d'Ochus, roi de Perse, ils forcèrent Athènes à reconnaître définitivement leur indépendance '150V Plus tard, alarmés des progrès de Philippe, roi de Macédoine, ils concoururent à la défense de Byzancc 340 . En 338, le parti aristocratique , au lieu de se donner h Alexandre, livra l'Ile au satrape Pharnahase; mais après la bataille d'Issus, elle reçut une garnison macédonienne. Pendant un siècle, elle eut le sort de toutes les colonies grecques de l'Asie Mineure, que les successeurs d'Alexandre se donnaient et s'enlevaient tour à tour. Quand les Romains se présentèrent en Asie comme les protecteurs des cités grecques, les habitants de Chio embrassèrent leur parti; menacés par Philippe, rbî' de Nfacédoine, ils se liguèrent avec Attale et les Rhodi»*ns, et prirent part à la bataille navale que ce prince perdit près de leur île en 205. Chio servit d'entrepôt aux Romains rendant la guerre contre Antiochus, en 190 ; mais bientôt exaspérée par les désordres des soldats romains, Hle se jeta dans le parti de Mithridate; sous un prétexte futile, ce. prince s'empara de l'Ile et transporta les habitants sur les bords du Pont (80 ). L'année suivante, Sylla les renvoya dans leur patrie et fit reconnaître leur indépendance. Leurs privilèges furent respectes jusqu'au règne de Vespasien. Chio fut alors compris»' dans la province des îles, dont ede fit partie jusqu'à la nouvelle division de l'Kmpire sous Constantin. A partir de cette époque , t'hio n'eut plus d'existence politique, et l'histoire la perd de vue Pendant plusieurs siècles ; on ignore comment le christianisme *y établit. Au vin* siècle, Chio Gut à souffrir des incursions des pirates sarrasins, et plus tard des

Turcs. En 1080, le pirate Tzakhas s'en rendit maître et battit deux flottes envoyées par l'empereur Alexis Comnènc; mais, effrayé par un nouvel armement, il abandonna l'île aux Byzantins. Les Vénitiens vinrent bientôt la leur disputer ■ 11*7*2} et la gardèrent à la suite de la quatrième croisade (1-204). Reprise un instant par le Grec Vataee, puis par les Turcs, Chio tomba bientôt aux mains d'aventuriers génois qui y établirent, en 1310, une république aristocratique gouvernée par les familles des Mahons. Chio leur dut une grande prospérité jusqu'à l'arrivée des Turcs Ottomans. Les Mahons achetèrent la paix de Mahomet II et conservèrent leur colonie jusqu'en 1550, où elle fut conquise par l'amiral Piali-Pacha, qui voulait se faire pardonner l'échec qu'il venait d'essuyer devant Malte; elle fut prise momentanément par les Toscans en 1595, et par les Vénitiens en 1091 ; Chio resta soumise aux Ottomans pendant le xvin0 siècle et le commencement du six". — Lorsoue la guerre de l'Indépendance éclata, JesChiotcs ne prirent aucune part , à la lutte ; le gouverneur turc maintint l'île par une occupation militaire impitoyable. Les tentatives des (Jrecs sur Chio amenèrent la ruine de cette île malheureuse. Le 22 mars 1822, une flotte de Samiens débarqua dans l'île, souleva ses habitants pour les abandonner bientôt à la vengeance des Turcs, qui, revenus en force , massacrèrent sans- pitié les malheureux insulaires. Trente mille Chiotes au moins périrent ou furent faits esclaves ; vingt mille d'entre eux, sauvés par les Psariotes ou par les consuls européens, se dispersèrent dans toutes les parties du monde ; il n'en restait Chio qu'environ dix mille.

L'île ne s'est pas encore relevée complètement de ce désastre.

Kt.it artuel. — La masse nue et bien accusée des montagnes de Chio se détache vigoureusement

536 TliKQUIE D'ASIE.

sur le fond bleu de l'Asie Mineure.

C'est une île longue d'environ 50 kil. du N. au S., et ne dépassant pas 30 kil. dans sa plus grande largeur, qui se réduit en certains points à 14 ou 15. Malgré sa nature pelée et montagneuse , c'est une des reines de l'Archipel, grâce à ses beautés naturelles, a la douceur et à la salubrité de son climat, à ses productions, qui sont principalement le blé, le vin, les oliviers , les orangers et surtout le mastic, qui fait en grande partie la renommée de l'île. On sait

que le mastic est une gomme que 1 on récolte en incisant le lentisque et en recueillant la séve qui en découle : 20 villages au moins

llag<

vivent de cette industrie , qui a valu à Vile de nombreux privilèges et son nom turc ( Saki-Adassi, rile au mastic ). Les femmes de Chio sont renommées pour leur beauté et leur grâce enjouée; les hommes , pour leur esprit hardi, aventureux et mobile. Un proverbe de l'Archipel dit : < Un Chiote sage est aussi rare qu'un cheval vert . >

Chio ou Kastro, capitale de I'îIq, est située à l'E. et dominée par un vieux château génois. « La ville et ses environs dit M. G. Lang, représentent Gênes en miniature. »11 ne reste guère d'autres vestiges de la ville antique que des marbres et des bas-reliefs engagés dans les constructions modernes, qfli datent en grande partie des Génois et des Vénitiens.

Le port avait jadis une grande importance ; mais, grâce a l'incurie turque, il s'ensable de jour en jour.

Paquebots du Lloyd pour Syra tous le»

samedis ; pour Smyrue tous les jeudis.

Dans les environs de la ville , on peut recommander au touriste YÉcole d'Homère, rocher situé au N., prés delà mer, et où les Chiotes placent le lieu de naissance du grand Rhapsode. On y voit sculptée dans la pierre une figure assez grossière , flanquée de deux autre*. Chaud 1er y a vu iuic Cybèle

[Rom* yo.j

entre deux lions , et Pgcocke un Homère entre deux Muses ;

Delphino , l'antique Delphintum , citée par Thucydide et Xénophon, avec des forts et des fortifications disparues aujourd'hui ;

Sklavia, à 2 lieues S. , source renommée, dans un site ravissant et où, selon les Chiotes ,

Hélène venait se baigner quand elle habitait l'île.

En quittant Chio, et sortant <Ju canal décrit p. 459 . les navires s'engagent dans une mer plus ouverte . Les paquebots à vapeur se dirigent auS.-S.-E., laissante l'E.

le .golfe profond de Scala Nova ou d'Ephèse , pour passer entre les îles de Nikuria et de Samos. Les voyageurs désireux de visiter cette dernière île devront au contraire se diriger au S. -E., longer la presqu'île montagneuse de Vourla, croiser le golfe d'Ephèse, et, se rapprochant de la côte N.

de Samos, débarquer à Vathy, son

Eort principal, situé au fond d'une aie qui se projette assez avant dans les terres ^5 lieues de Chio .

Samos.— Ht s toire. — Cette île fut peuplée tardivement par des IVlasgcs venant de Lesbos. Elle appartint également à l'Etat des île?

Fortunées de Macare ( F. Lesbos Anoéc, venu de Samos dans l'île de Céphallénie , lui donna le nom de sa patrie, nom qui lui est reste dans 1 histoire. T'n peu plus tard.

Samos fut soumise à la domination des Carions; elle n'est jjas mentionnée à l'époque de la guerre de Troie. Vers 1138 avant J.-C, elle reçut une colonie d'Ioniens , conduite par Proclès, qui fondèrent une confédération de douze ou treize villes. La discorde se mit bientôt entre les allu'*- Léogoras, 61b de Proclès. fut vaincu et chassé par Androclès, chel des Ephésiens , et les Samiens, dispersés, allèrent fonder la colonie de Samothrace. Léogoras, réfugié sur le continent, parvint, au bout de dix ans, à rentrer en possession de la conquête d* père. De* guerres «ontinucllo

[Koutk 9U.

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