DE TRIPOLI AUX CÈDRES
(tO U.— On couche à Éhdcn.)
En sortant de Tripoli, on remonte la rive droite «lu ravin profond où coule le Nahr- Kadissat (que dans sa partie inférieure on nomme Xahr-Abou-Ali,', pour s'élever sur les pentes du Djébel- Tourboul. On redescend dans \ine vallée fertile arrosée par le Nahr- Racha'in , au delà duquel (1 h. 30} on atteint le village de Zgarta.
Marchant à travers une plaine onduleuse on arrive v'l h.) au pied des premiers contre-forts du Liban. Un sentier difficile et raboteux s'élève en zigzags le long des parois à pic et à travers les rochers éboulés, croisant trois ou quatre ravins creusés par les torrents d'hiver, au-dessus desquels sont suspendus sur d'étroites terrasses, des villages, des couvents semblables à des châteaux forts.
Du côté du N.-O., la vue s'étend sur la verdoyante vallée de Tripoli, les coupoles blanches de la ville et la mer aux ondes bleues.
Une dernière rampe en zigzag conduit enfin sur un large plateau où s'élève (4 h. 30 m.)
Éhden , beau village maronite qu'on a voulu identifier avec l'Eden de l'Ecriture (Ezéchiel, XXXI, 10, 16 et 18). Il est dominé par une haute paroi de rochers qui porte une chapelle en ruine, et entouré de toutes parts de vieux noyers, de vignes et de vergers, arrosés par des ruisseaux limpides qui tombent en gracieuses cascades ; un joli petit château moresque, aux fenêtres ogivales et aux terrasses crénelées, occupe la partie
fdus haute. On peut demander 'hospitalité au cheikh, protégé du consulat français.
Le plateau d'Ehden, élevé de 1500 mètres au-dessus de la mer, domine la vallée supérieure du
SYRIE. — PA LE ST INK
Nahr ol-Kadissât , qui a reçu le nom de Vallée des Saints, à cause tlu grand nombre de couvents et d'ermitages dont elle est remplie.
Cette vallée, dont M. de Lamartine a donné une description un peu trop fantastique, est remarquable par son caractère alpestre et la grandeur de ses lignes. A partirdu plateau d'Ehden jusqu'au col qui le termine au S.-E. , elle s'arrondit en un vaste amphithéâtre dominé par de grands pins aux flancs rougeàtres, qui conservent toute l'année une partie des neiges de l'hiver. Le fond de la vallée, où gronde le Nahr el-Kadissât , présente une large fissure comprise entre deux immenses murailles à
Sic. C'est au pied de ces murailles, ans un vallon revêtu d'un frais tipis de verdure, que se trouvent les sanctuaires adossés a la paroi des rochers. Tel est le couvent de Kanobîn. (jui parait suspendu dans les airs. C est le plus considérable des sanctuaires ne la vallée ; c'est la que réside le patriarche des Maronites. La chapelle principale, dédiée à la Vierge et creusée dans le roc, reçoit les offrandes de tous les paysans des environs. D'Ehden on peut descendre en 2 h., par des sentiers escarpés, où l'on aura l'occasion d'admirer l'industrieuse patience des montagnards niaroronites, qui trouvent le moyen de cultiver de véritables jardins suspendus , sur des terrains ou des corniches étroites, qui paraissent inaccessibles. Les villages euxm£mes sont perchés sur les rochers comme des nids d'oiseaux.
Les moines prennent part aux travaux agricoles de cette population; ils possèdent une imprimerie d'où sortent des traités élémentaires pour le peuple. Du couvent de Kanobîn on peut, en remontant la vallée , se rendre en w2 h. 45 au couvent de Mâr-Serkis et au village d'Rbcharrèh, d'où il ne faut plus que 1 h. 30 pour gagner les cèdres. (Voyez IL 108.) On se rend d'Ehden aux cèdres "^directement f3 Pap des sentiers
[ftOTTE un.
taillés aux flancs des contre-forts, escarpés, d'où la vue plonge dans les profondeurs de la vallée, et.
se relevant vers les sommités opposées , plane sur les villages d'Hasroun, de Hez'oun et de Hadath, et les cols qui conduisent dans la vallée d'Akoura ; vovez R- 109) ; arrivé aif-dcssus d'Ebcharrcfc [2 h. 30), on longe en écharpe le* contre-forts sablonneux qui dominent ce village pour déboucher ^20 min.) sur 1 amphithéâtre supérieur de la vallée, vaste plateau de 2 à 3 lieues de large, domina au N.-E. par le Djébel-Makmel. le plus haut sommet du Liban f3053 mèt.) , et au centre duquel dresse, sur un petit mamelon conique isoléde toutesparts ;io min. , le fameux bois des cèdres.
« Ces arbres, dit M. de Lamartine (Voyage en Orient), sont le* monuments naturels les plus célèbres de l'univers. La religion, la poésie et l'histoire les ont finalement consacrés ; l'Ecriture sainte les célèbre en plusieurs endroit*.
Ils sont une des images que les prophètes emploient de prédilection L Salomon voulut les consacrer à l'ornement du temple qu'il éleva le premier au Dieu unique, sans doute h cause de la renommée de magnificence et de sainteté que ces prodiges de végétation avaient à cette époque*. Ce sont birn ceux-là , car Ezéchicl parle des cèdres d'Ehden comme des p\\i< beaux du Liban. Les Arabes de toutes les sectes ont une vénération traditionnelle pour ces arbres.
Ils croissent dans ce seul site de* groupes du Liban ; ils prennent racine t>ien au-dessus de la région ou
toute grande végétation empire
Tout cela frappe d'étonnemeot l'imagination du peuple d'Orient, et je ne sais si la science n'en serait pas étonnée elle-mé'me Hélas! cependant, lîasan languit, le Carmel et la fleur du Liban se
1 Psaumei, XXIX, 4-5. -XC. 1 5 — C/T,
Ift. — haie, II. 13. cl XXX VII, U
J.nios, //, 9.-E*ec*., XXXI t 5-18.
1 / Roi», Y et VI. -/?*/*!«. III , 7.
[ Route 108.] DE BEYROUT
fanent, Ces arbres diminuent chaque siècle. Les voyageurs en comptèrent jadis trente à quarante; plus tard dix-sept ; plus tard encore une douzaine. — Il n'y en a plus que sept, que leur masse peut l'aire présumer contemporains des temps bibliques. Autour de ces vieux témoins des âges écoulés , qui savent l'histoire de la terre mieux que l'histoire elle-même, qui nous raconteraient, s'ils pouvaient parler, tant d'empires, de religions, de races humaines évanouies, il reste encore une petite foret de cèdres plus jeunes, qui paraissent former un groupe de quatre à cinq cents arbres ou arbustes. Chaque année, au mois de juin, les populationsdc Kbcharrèh, d'Éhden.de Kanobin et de tous les villages des contrées voisines, montent aux cèdres et font célébrer une messe à leurs pieds.»
Les cèdres sont en effet au nombre de trois à quatre cents; les plus vieux occupent le centre. On peut compter une quarantaine de beaux arbres; il n'v en a qu'une douzaine de véritablement séculaires ; les quatre plus anciens mesurent jusqu'à 111 mètres de circonférence. Aucun d'eux n'est à comparer, pour la beauté du feuillage, avec celui que nous possédons à Paris, au Jardin des Plantes.
Mutilés, défigurés par les injures du temps et des hommes, ils produisent cependant un grand effet par la grosseur de leurs troncs dénudés. Leur écorce tailladée, sculptée de mille manières par le couteau «les touristes, porte des milliers de noms, parmi lesquels nous avons cherché vainement les noms célèbres qu'on dit y avoir rté gravés. Plusieurs portent la trace des feux qu'on ne craint pas d'allumer, lors des fêtes annuelles, au milieu de ces arbres respectables à tant de titres. La chapelle, qu'ils recouvrent de leur ombrage, est une cahute carrée fort insigmlianie, dont la pierre tendre a reçu également l'empreinte d'une quantité «le noms écrits avec tous les