DE MOSQUEE
peut traverser la halle aux vieux habits et le bazar des selliers pour arriver au château (v. plus loin, p. 670).
Arc -de-Triomphe. A l'entrée du bazar des livres, on remarque quatre énormes colonnes, et à chaque extrémité un pilier carré orné d'un pilastre. Les fûts seuls sont visibles, les chapiteaux s'élevant au-dessus de la toiture. Avec un léger baghehich, on obtient facilement la permission de monter sur le toit du bazar. On voit alors de près une des plus belles ruines de Damas :ces colonnes ornées de ravissants chapiteaux corinthiens supportaient un magnifique arc, dont il- reste encore une portion considérable. La frise et la corniche, encore bien conservées, sont finement sculptées. Ce monument avait environ 25 mèt. de large sur 20 mèt. de hauteur. Cet arc était l'entrée O. de l'ancien temple dont la grande mosquée occupe l'emplacement. Il s'y rattachait par une double colonnade d'environ 60 mèt. de longueur.
Passant sous cet arc, on descend uelques marches pour entrer ans le bazar des livres. On aperçoit dans les murs de ce bazar des débris de la colonnade dont nous avons parlé. A 60 mèt. de là, se trouve Bab eUBérid , une des portes de la
Grande Mosquée {Djami'a eU Amwi, mosqué** des Ommiades).
Histoire. Ce monument occupe évidemment l'emplacement d'un ancien temple qui . comme celui de Palmyre, était entouré de magnifiques colonnades , dont une partie se voit dans la cour actuelle de la mosquée, et dont l'autre partie, incrustée dans les constructions modernes, se retrouve dans le bazar des cordonniers et celui des orfèvres. A l'E.
et a l'O, s'élevaient deux entrées triomphales, celle que nous avons décrite et une autre correspondante, dont nous retrouverons les restes du côté de l'E. Ce temple, autant qu'il est possible d'en juger
approximativement, avait 365 mèt.
de long sur 250 mèt. de large.
Nous n'avons aucun détail historique à son sujet, mais ses débris existants ne semblent pas remonter au delà de la période romaine.
Il fut transformé en église chrétienne on ne sait au juste à quelle époque. Une inscription grecque, trouvée il y a une quarantaine d années près du Bab-Djciroun, nous apprend que * l'église du bienheureux saint Jean-Baptiste fut restaurée par Arcadius, fils de Théodose. » Lors de la prise de la ville par les Sarrazins, l'église fut partagée entre les chrétiens et les musulmans. Ces derniers s'en emparèrent totalement en 705, sous le règne du Khalife Walid.
État actuel. — L'entrée de la Grande-Mosquée cstformellement interdite aux étrangers, mais on leur permet de s'arrêter près des portes pour regarder à l'intérieur.
On peut aussi l'examiner des terrasses des maisons voisines, où l'on pourra monter moyennant un baghehich.
La grande mosquée située au centre de la ville est complètement enclavée dans les nombreux bazars qui l'entourent. Elle occupe avec ses dépendances un es-
f>ace rectangulaire de 160 mèt. de ong sur 105 de large, clos d'un mur en belle maçonnerie. Elle se compose, comme les enosquées de l'Egypte, d'une grande cour rectangulaire à portiques, dont le cdté S. est occupé par la mosquée proprement dite. Celle-ci , formée évidemment par l'ancienne église chrétienne , dont l'orientation a été changée, mesure environ 140 mèt. de long, sur 40 de large. Elle est divisée en trois nefs parallèles au grand axe de l'édifice, recouvertes par trois toits à fronton triangulaire, et soutenues à l'intérieur par une double colonnade d'ordre corinthien. Ces colonnes hautes de 7 mèt. sont surmontées d'arcs en plein-cintre qui supportent une triple toiture. L'éaifice est coupé en deux parties égales
[Houte 115. 1
f>ar un transsept à fronton trianguaire que supportent intérieurement 8 immenses piliers ayàm environ 3 mèt. de base. Du centre du transsept s'élève une belle coupole de 15 mèt. de disimètre et de 35 mèt. de hauteur, reposant sur quatre des piliers.
L'intérieur de la mosquée e«:
pavé de dalles de marbre, recouvertes de nattes et.de tapis. Le»
murs du transsept et les pilier* sont revêtus de magnifiques plaques de marbre. On remarque dans plusieurs parties de i'édinec des fragments d'une belle nio*aiûue, représentant des palmiers e:
des palais. Près du transsept. oc admire un gracieux monument et bois sculpté, surmonté d'une jolie coupole ; il est placé au-dessus d'une cave où se trouve, dit-on, la tfte de saint Jean Baptiste conserve dans une cassette en or.
En face de ce monument s eleve entre deux colonnes Vestrad* d% muezzin, portée par quatre colonnettes et recouverte d'un dais. Le member est entre les deux piliers qui supportent la coupole au S.
Trois mibrab8, appartenant à trois sectes différentes, sont adosses à la muraille du S. La muraille du N. est formée d'une rangée de piliers arabes carrés, dont les intervalles ont été remplis de maçonnerie.
Au N. de la mosquée proprement dite s'étend la cour. Elle est entourée d'uue galerie couverte, supportée par de magnifiques colonnes corinthiennes en marbre e; en granit. Au centre s'élève une jolie fontaine ornée de gracieuses colonnettes et surmontée d'une coupole octogone. De chaque côté, vers l'E. et vers 10., s'élève une autre petite coupole octogone; l'une est nomméeïvouM>rt es-Saah, et l'autre Koubbet-el-Kitab.
* La graude mosquée a trois minarets : le Mcdînet el-Arons ( minaret de la Fiancée) est situé au N.
de la cour. C'est le plus ancien de la mosquée et l'un des plus anciens minarets du monde, car il*
[Routb 115.] DAMAS. - ORi»
été érigé par le khalife Walid»
; Porter '. LaMêdintt 'Ysa (minaret de Jésus), qui a environ 80 mèt.
•le haut, s'élève sur l'angle E. de la mosquée. Ces deux minarets , Je forme carrée, surmontés d une terrasse et d'une petite flèche, sont assez semblables à des clochers chrétiens. Le troisième minaret, le Medinet el-Gharbiyèh ( minaret do l'O.j, placé à l'angle O., est de forme octogone, et le plus rcmaruahle par l'élégance et la finesse e son architecture.
Tel est le premier aperçu général que le voyageur peut prendre de 1 édifice ; il pourra encore, en faisant le lourde l'enceinte, saisir quelques détails intéressants. En quittant le Bab el-Bérid, il faut se diriger au S. par le bazar des cordonniers. On remarque dans les murs à droite des portions de colonnes, quelquefois même de gracieux chapiteaux corinthiens, se dégageant en partie de la maçonnerie qui les masque. Tournant bientôt à g., près d'une des portes de la mosquée appelée Bab ea- Ziddèh , on entre dans le bazar enfumé et bruvant des orfèvres.
Il faut obtenir de monter sur des terrasses pour voir de près la muraille S. de la mosquée : c'est une des faces latérales de l'ancienne église chrétienne. Elle est d'une belle maçonnerie et percée de fenêtres en plein-cintre ; cette partie de l'édifice est évidemment antérieure à l'époque musulmane. On remarque, près du minaret S.-O., des fragments d'un appareil encore plus ancien. Un peu àl'E. du transsept, on admirera le sommet d'une porte à trois entrées richement sculptées. Au-dessus de la porte du milieu, on distingue une croix et une inscription grecque dont voici la traduction : * Ton royaume, ô Christ, est un royaume éternel, et ton règne dure à travers toutes les générations. »
Redescendant dans le bazar des orfèvres , on traverse celui des charpentiers, pour tourner bientôt h g. et arriver au Bab Djeiroun,
NDE MOSQUÉE. C>G0
I l'entrée orientale de la mosquée.
On admirera les deux belles portes en bronze, ornées de calices en reliefs surmontés d'une croix.
Ces portes appartenaient évidemment à l'ancienne église chrétieene. Cette entrée était précédée d'un portiaue du bas Empire, qui s'est écroulé en 1858.
En face de Bab-Djeiroun , en descendant quelques marches, on rencontre une fontaine autour de laquelle se trouve un café.
Continuant à suivre la ruelle en face du Bab-Djeiroun, dans la direction de l'E, on trouve, à une distance d'environ 1*20 mèt. , une colonne de 1 mèt. 50 de diamètre.
Deux autres colonnes semblables se trouvent encastrées dans les maisons voisines ; elles appartenaient à un arc de triomphe, qui formait l'entrée E. de l'ancien temple, comme celui que nous avons décrit à l'O. En descendant, a partir de cet arc triomphal , la ruelle à g. qui se dirige vers le N., on remarque une rangée de colonnes encastrées dans les murailles des maisons. Elles faisaient sans doute partie d'un immense palais mentionné par les auteurs arabes, et qui s'élevait du côté de la porte orientale. On tourne bientôt à g. pour suivre le côté N. de la grande mosquée. Après avoir dépassé le Bab cl Amdra, qui s'ouvre sur la cour de la mosquée, et le lombeaxi de Saladin, que l'on ne peut malheureusement pas visiter, parce qu'il est enclavé dans des constructions inaccessibles , on arrive au Tombeau de Melek ed- DhaherBihar*, joli édifice sarrasin, élevé en 67G par Mclek es-Saïd. fils de ce sultan. L'intérieur, que l'on peut apercevoir par les fenêtres, est décoré de beaux marbres, de mosaïques et d'arabesques , avec une quantité d'armes et de bannières. En face, on voit le tombeau et la mosquée de Melek es- Saïd.
Nous sommes alors revenus à l'extrémité du bazar des merciers, que nous avons déjà dé-
crit,
et que nous traverserons ijour regagner la rue droite ou bazar des ferblantiers. En quittant le bazar pour suivre la rue droite, on remarque les débris d'une arcade de construction romaine.
Avant d'arriver au Bab eeh-Charki, on descendra une ruelle à g. pour « visiter la prétendue
Maison d'Ananias. C'est un Souterrain où les Latins ont établi une chapelle. Le couvent arménien , les églises syrienne et grecque catholiques, sont au S. de la rue droite, près Bab ech-Charki. Non loin de cette maison et au centre du quartier chrétien, se trouve le couvent des Lazaristes et l'école des sœurs de Charité, dont nous avons déjà parlé.