LAC DE TIBERI A DE
33* 15' 24" de longitude E. (au gué de Semakh), et entre 32° 41' 21 et 32o 53' 37" de latitude N. Sa longueur est donc de H' 16" ou de 4i0 kiL 821 mèt.; sa largeur moyenne est de 5 milles géog. ou de 9255 met. Ces mesures sont plus fortes que celles que nous a laissées en nombres ronds ^historien Joséphe (lOOstades ou 18 500 mct.de long, sur 40 ou 7400 mèt. de large).
Le niveau du lac est, scion M. de Bertou, de 230 mèt. au-dessous de celui de la Méditerranée. C'est à cette dépression que ces rives doivent leur température exceptionnelle, qui annonce déjà celle de la plaine de Jéricho et des bords de la mer Morte. L'hiver y est cependant plus long et plus rigoureux, et la neige n y est pas inconnue, Lien que très-rare. La profondeur du lac dans la partie S.
serait de 50 mèt. environ, d'après un renseignement recueilli par Lynch. La forme du lac est un ovale irrégulier.Les montagnes qui l'entourent du côté du S. et de 1 E.
forment de hautes falaises élevées d'environ 300 mèt., qui portent le plateau élevé du Djaoulan. Elles se dressent encore au-dessus du lac, mais leurs pentes sont arrondies et n'ont pas l'aspect tourmenté de la rive orientale de la mer Morte. Deux wadis, le wadi Ferik en face de Tabarièb, et le wadi es-Scmak à peu près en face de el-Medjdcl, coupent la falaise orientale. Au N.-O., une pluine alluviale, nommée cl-Batyhèh, annonce rentrée du Jourdain. Le plateau ondulé qui sépare le lac de Tibériade du lac de Houlèh, monte graduellement vers ce dernier, sans atteindre une grande hauteur, et laisse apercevoir le sommet neigeux du Grand-Hermon. Plus àl'O., la montagne de Safed se dresse à environ 8 000 mèt. au-dessus du lac. Du côté de la plaine de Gennésareth, les colin es s'abaissent on pentes douces. La côte S. -O. du côté de ribériade s'élève par plateaux tuccessifs vers les plainrs du
Or.iFNî.
Thabor. Enfin au S. s'ouvre la grande vallée El-Ghor, par laquelle le Jourdain s'échappe en décrivant mille méandres.
La nature volcanique du bassin du lac est démontrée non -seulement par les sources chaudes de Tibériade et d'Oum-Reis, les sources tièdes de Tabigah, mais encore par la fréquence des tremblements de terre, et la présence des basaltes, qui couvrent les côtes.
La masse de celles-ci est cependant de formation calcaire. Les eaux du lac sont en tout temps fraîches et potables, bien qu'on leur ait trouvé un léger goût saumàtre. Elles nourrissent un grand nombre de poissons d'excellente qualité. Hasselquist (Reise , p.
181, 389, etc.)y a reconnu plusieurs espèces du Nil, le sihtrus, et le tnugil {cabillaud). Le lac possède en propre le sparxis gahlxus, qui est une espèce de brème.
La végétation des rives est plus hâtive et plus méridionale que celle de la contrée environnante.
Le palmier s'y voit par intervalles, et le laurier-rose y est magnifique. L'indigo, le tabac, le millet, l'orge, le blé, les melons d'excellente qualité, et le raisin, sont ses productions principales.
Il est facile de deviner ce que ce beau pays pourrait produire s'il n'était presque absolument désert, et de reconnaître ce qu'il était au temps où le Christ attirait par ses prédications les nombreuses populations de ses rivages. Joséphe nous en a trac é un tableau enchanteur, et tous les incidents^militaires oui s'y passèrent dans la guerre des Juifs nous montrent l'importance de ses villes. Vespasien y livra une véritable bataille navale contre les Tarichécns. Aujourd'hui le lac n'a plus qu'une seule barque, souvent hors de service; après Tibériade, el-Medjdel, es- Semak et es-Samrah sont à peu près les seules localités habitées ; ailleurs on ne trouve plus que les populations des Ghawarinèn, moitié bédouins, moitié fellahs. La
S YRÎE.— PALESTINE.
jttotTÎ.
pèche s'y exerce encore, mais au j quelques masures inhabitées qui
portent le nom de Kérak. Les textes do Josephc ^G. d. J. m, 10, 1,— Vie 32) et de Pline (Jlwt. naf., v.
15Ï ne laissent aucun doute sur cette identité. Ce monticule, d'où l'on découvre une belle vue sur le lac, sur la bouche du Jourdain large de $5 a 30 met., sur la grande vallée el-Ghor au S., et sur !?
erand plateau ondulé, de Ard Hammam, qui s'étend à l'O. ver* le mont Thabor, forme une pénin-
temps de Burekhardt elle était affermée par le gouvernement au taux de 700 piastres seulement.
Le lac Tibériade, avec ses rives désertes et désolées, n'a pas l'aspect riant et animé nés lacs de la Suisse, il n'a pas l'aspect terrible et tourm'enté de la mer Morte. On lui reproche un aspect monotone, qui manque de véritable grandeur. Pourquoi diminuer par des comparaisons le
charme de ses impressions ? quel I suie allongée entre le lac it m;»voyageur n'a été ravi de trouver, I espèce de golfe marécageux form*après les plaines arides et les par le Jourdain. C'était sans doistv montagnes desséchées de la Pa- | le port des Tarichéens. A l'O. <!■= lestinc, cette belle nappe d'eau, ! cette péninsule, on reconnaît Usi pure et si limpide, inondée de i restes d'une longue chaussée avec lumière, avec son caractère de des arches sous lesquelles Weain calme, de silence et de mysté- du lac peuvent passer dans les rieuse sainteté? | hautes crues. Il faut redescende
Quittant Tabariéh du côté du S. i de ce côte, et faire le tourduroJon dépasse (30 min.) les bains de ' recage pour gagner (10 min.) 1? Hammath (v. p. 708 et l'on continue bord du Jourdain au pacage ne le long du rivape, laissant à d. Djissr Oum-Kanatir, ou de Se sur la hauteur 30 min.) quelques , maUh. Il ne reste du pont que ruines qui portent le nom de Kadh. de grandes arches éboulées, d»' C'est sans doute sur ces hauteurs sorte qu'il faut passer a gué. qu'il faudrait chercher Sennabris peu plus loin au S. (10 min.} cr. où Vespasicn carnpaavant d'entrer voit les restes d'un autre pont & à Tibériade. Sennabris, bien qu'é- construction romaine, au delà <i'-loig#é de 30 stades, était parfaitement visible de cette ville. Nous n'avons rien h signaler sur le rivage jusqu'aux ruines de (30 min.)
Tarichée (aujourd'hui Kerak" Cette ville joue un assez rrile au commencement
quel le Jourdain arrondie , pour
guerre des Juifs. Joséphc en avait fait une de ses places principales.
Vespa^ien, maître de Tibériade.
envoya Titus contre Tarichée.
Celuî-ci. à la suite d'un brillant combat de cavalerie, poussa son cheval dans le lac pour tourner le
forme une an.*' reprendre sa source nu S.-E. Le fleuve est t'n cet endroit assez profondémm:
encaissé : pendant les hautes eau^ grand | il forme entre l«'s ponts ruiti»'? de la I rapides, qui ne lurent pas franchis sans difficulté par les bit ques de l'expédition arrn '- rî t-ai (V. Lynch, Sarr. of tue c.rped. \ 173 . Ce fleuve limpide, ses rivecouvertes d'un frais gazon et à1' buissons épais, où se jouent nu > f oiseaux aquatique*, forment
rempart, et, suivi de ses soldats, paysage agreste etsolitaire.pl».1pénétra inopinément dans la ville ; 1 de" charmes.
ceux de ses défenseurs qui échap- \ Franchissant h gué* le passas/perent au carnage se réfugièrent ! de Djissr Oum-Kanatir, on se ^ ■
(Lins des barques au milieu du ; rige vers '30 min. SemaUt. nns'TV lac; Vcspasien les fit poursuivre, ble hameau d'une trentaine avec des radeaux et en fit un ! huttes. Plus loin 30 min. ut,; grand carnage. L'emplacement de i ruine nommée Khourbet es-Samrtf Tarichée est aujourd'hui marqué 1 marque probablement l'emplai'?par un monticule de ruines, et I ment d'Hippos, une des villes
LAC DE TIBÉRlÀDk.
(Roit* 129.]
la décapole, chef-lieu de l'Hippène. Au delà de es-Samrah, on remonte la rive orientale vers le N. Ce rivage répond au pays des Géraséniens; c est là qu'il convient de placer l'histoire du démoniaque de Gadara (saint Matthieu, vin, 28 34). Toute cette région a été fort peu explorée, et nous n'avons pas encore un tracé exact de la côte. On chemine sur le rivage au pied des hautes falaises qui portent le platean du Djaoulan. On arrive (1 h. 30) à l'embouchure du JVaai-FtJ;. qui s'ouvre juste en face de Tibériade. IÏ faut y pénétrer pour visiter un monticule escarpé, qui se dresse au milieu du vallon, et sur îeauel se trouve une ruine nommée Kala't el-Ueussn, qui répond sans doute à l'antique
Gamala, ville de la Gaulanitide, située au-dessus du lac, et en face de Tarichée, dont Josephe â donné une description topograpbique sur laquelle il est diflrtilo de se méprendre tG. des Juifs; iv, I, 1). C'était une forteresse isolée de trois côtés par des ravins inaccessibles ; le côté qui la reliait aux montagnes avait été coupé par des tranchées et des ouvrages de fortifications. Les maisons étaient bâties en terrasses et comme suspendues les unes au-dessus des autres. Cette place forte, prise autrefois par Alexandre Jannteus, fut plus tard fortifiée parJoséphe; Agrippa le jeune l'assiégea sans succès pendant sept mois ; Vcspasien s'en empara après un siège opiniâtre ; dans un premier assaut, les Romains, après avoir force l'enceinte, perdirent beaucoup de monde dans les rues étroites de la ville, dont les maisons s'écroulaient sur leur tête. Ils prirent bientôt une terrible revanche, et passèrent toute la garnison au fil de l'épéc. On monte au Kala't el-IIeussn en gravissant le contre-fort qui le relie aux montagnes du S. On y observe des vestiges de [fortification* , tandis que dans le N., vers 10. et ven
l'E., ses flancs sont coupés a pic.
Le sommet est planté d'arbres et couvert de ruines. Ce sont principalement les restes d'un aqueduc, ceux d'une enceinte avec deux portes massives, l'une à l'O., l'autre à l'E., des débris de colonnes et de pierres polies, un puita, des restes de bains, des sarcophages, et des tombeaux. — C'est du côté du N. et vu des bords du lac, que ce monticule présente l'aspect d'une bosse de chameau qui, selon Josèphe, lui avait valu son nom de Gamala; au fond du Wadi, à "2 kil. de el-Ueussn et à 4 où 5 kil.
du lac, se trouve le v. de Fik, l'antique Àpheca, mentionné par Eusèbe.
Revenant au lac et continuant à marcher vers le N. sur le rivage étroit qui s'étend à la base des montagnes, on croise (1 h.) le grand Wadi cs-Sémak , près du* quel il conviendrait peut-être de placer le Magedan de l'Evang. de saint Matthieu et le Dalmanuthade saint Marc (V. F. Isambert, Buii.
Soc. Géotj. 1853, p. 315). Le rivage s'incline alors légèiement au N'.-O., jusqu'à (1 h. 30) l'angle S.
de la plaine d'cl-Batyhèh, qui forme un vaste triangle étendu entre les montagnes, le lac et le Jourdain.
Ce terrain plat et d'une grande fertilité est cultivé par les Ghawarinèh. On y rencontre successivement trois v. misérables, Doukah, el-Mas'adyèh, etcl-Aguadyèh, avant d'atteindre (1 h.) les bords du Jourdain; c'est en cet endroit un canal trouble et fangeux, large d'environ 25 met. Les alluvions du fleuve, et peut-être les sables du lac mis en mouvement par la violence du vent du S., ont formé à son embouchure un banc de sable qui dévie son cours dans la direction de l'O. .
Il existe un gué dans cet endroit, mais le voyageur ne p?ut se dispenser d'aller visiter a 30 min. de là, en remontant la rive g.
du fleuve , le monticule et les ruines de
Et-Tell, l'antique Bilhaaïde ou
Julias. C'était, comme son nom l'indique, un village de pêcheurs.
Philippe, tétrarque d'Iturée, l'agrandit et lui donna le nom de Julias, en l'honneur de Julie, fille d'Auguste. C'est la qu'il fut enterré. C'est près de cette ville (à 5 stades seulement), mais sur l'autre rive du Jourdain, que Josèphc livra contre les troupes d'Agrippa le combat où il fut blessé (Vie, 71,721. La position de Julias sur la rive g. du Jourdain, et à l'orient du lac, est établie d'une manière incontestable par Pline (Hist.nat.
v, 15) et par Josèphe (loco citato).
Et-Tell forme un monticule trèsremarquable a l'extrémité N. de la plaine el-Batyhèh, et sur le bord du fleuve à 3 kil. de son embouchure. Il est couvert de broussailles, parmi lesquelles on distingue de grands monceaux de pierres et quelques masures, qui servent de magasins aux Arabes. Des fouilles amèneraient sans doute la découverte de débris importants. C'est près de Bethsaïde qu'il convient de placer (saint-Luc, ix, 10-17) le miracle de la multiplication des cinq pains et des deux poissons, après lequel Jésus-Christ, envoyant ses disciples par le lac à Capliarnaum et vers l'autre Bethsaïde (v. p. 703), se retira sur la montagne pour prier (saint Marc, vi ; — saint Luc, ix, et saint Jean, vi).
C'est aussi à ce Bethsaïde qu'il guérit un aveugle (Matth., vm, 22-26).
De Et-Tell à Djissr-Benat-Yacoub, par la rive pauche du Jourdain, 2 h. R. 121, —à Safed, 3 b. R. 128.
Franchissant le Jourdain à gué, un peu au-dessous de et-Tell, on rejoint la rive du lac, que l'on suit à travers des champs cultivés, et des massifs d'arbrisseaux jusqu'aux ruines de (1 h. 30)
Tell- H ou m, enfouies au milieu d'un tel fouillis de broussailles qu'elles sontpresque inaccessibles si on ne fait déblayer le terrain par des Arabes munis de faux. Les ruines sont tout à fait au bord de
[Route 1*9.]
l'eau, et couvrent un espace d'environ 800 mèt. de long sur 400 de large. On y reconnaît des fondations et des murailles renversées, bâties, presque toutes, en pierres non taillées, une espèce de tour de 3 mèt. de haut, formée de débris de colonnes, de chapiteaux et de frises, et à l'E. les restes d'un vaste édifice, bien décrits par Robinson. Ses fondations, qui ne peuvent être bien limitées, mesurent au moins 33 mèt. de long du côté N., sur 26 du côté O. îout l'espace compris dans cet enclos est semé de débris de colonnes corinthiennes, de frises sculptées, et de piédestaux. On remarque surtout des colonnes doubles, taillées avec leurs bases et leurs chapiteaux dans le même bloc, comme on en voit à la cathédrale de Tyr, et de grandes iables de pierre de 3 mèt. de long sur 1 m. 50 de large, avec des ornements effacés, qui formaient sans doute des panneaux sculjftés ou des portes. Tous ces débris sont de grande dimension, et d'un beau calcaire se rapprochant du marbre. Leur style rappelle les synagogues de Kefr lîir'im, de Meïroûn, de Kadès et d'Irbid (V. R. 128). Robinson les attribue aux Juifs qui fleurirent dans cette région du lu au vi« siècle après Jésus-Christ.
Tell-Houm répond, selon lui, à Chorazin, qui se trouve mentionné après Capharnaum et Bethsaïde.
dans l'imprécation de Jésus- Christ (saint Matth., xi , S0-tt; saint Luc, x, 13 , 14j, dans saint Jérôme [Comm. m Esa., ix, 1; et Onomasticon), ainsi que dans les pèlerins des premiers siècles (saint Willibald, etc i. Un petit village situé dans un vallon à 4 kil. au N.
porte encore le nom de Kerazèh.
D'autres auteurs, comme Lynch, ont pris Tell-Houm pour les ruines mêmes de Capbarnaiïm . Mai?
cette localité ne possède point de source, et n'est pas adossée à une montagne, comme le veut Arculfe (V. Khan Minyèh, p. 704). Selon
IKoute 130.] DE TIBÉRIADE
F. -A. Iaambert (loco cttato.\ Tell- Houro répondrait bien au Képharnomé de Josèphe, si cette localité est en effet différente de Capharnaiim. Chorazin pourrait être alors reporté à Khan-Youssouf , sans sortir des données de saint Jérôme et des anciens pèlerins.
Au delà de Tell-Houm les hauteurs se rapprochent du rivage , qui devient de plus en plus escarpé, jusqu'à (40 m.) ct-Tabigah.
De là à Tibériade (3 h.) (V. R. 128).