SAINT-SEPULCRE
ces monuments fut respecté lors de la prise de Jérusalem par les musulmans (637). Mais après avoir traversé assez heureusement la période agitée qui suivit la mort de Haroun ar Rachid, le Saint- Sépulcre fut impitoyablementrasé en 1010, sous le règne désastreux du khalife Hakem, le Néron de l'Egypte. Des architectes grecs le relevèrent de ses ruines en 1048, par l'ordre de l'empereur Constantin Monomaque, et conservèrentle plan adopté précédemment par le patriarche Modeste, c'est-à-dire une rotonde et trois églises ou chapelles séparées. Telle était encore la disposition des sanctuaires, lorsque les Croisés, en 1130, entreprirent de les réunir en un seul monument. L'œuvre des Croisés, dans laquelle un juge compétent, M. de Vogué constate l'alliance du style roman et de l'ogive sarrasine sensiblement modifiée par le goût français, ne reçut aucun changement notable jusqu'à nos jours. Le 12 octobre 1808, un furieux incendie détruisit une partie de la rotonde et du Calvaire," ainsi que différents sanctuaires arméniens. Les réparations lourdes et inintelligentes des Grecs ont achevé sur plusieurs points, l'œuvre destructive des flammes, et plusieurs morceaux intéressants de l'art byzantin ou gothique ont disparu pour longtemps sous la truelle (les fils dégénérés de Constantin le Grand.
Avant de commencer la description de l'église moderne du Saint- Sépulcre, nous ne pouvons passer sous silence les principales objections qui ont été faites contre l'authenticité de ses deux principaux sanctuaires , le tombeau du Christ et le Calvaire; mais nous laisserons au lecteur le soin d'apprécier la valeur de ces arguments et d'en tirer une conclusion.
L'Evangile se borne à nous dire que le Sauveur fut crucifié dans le voisinage de la ville, sur le Golgotha (saint Jean, xix, 20 et saint Matth., xxvn, 33). L'empla-
SYRIE. — PALESTINE
(Route U3..
cernent du Saint-Sépulcre, aujour- . l'Eglise. Depuis le terrible siège
d'hui contenu dans l'enceinte de la ville, doit donc être recule hors de la seconde muraille, puisqu'il est hors de doute qu'il lut compris dans la troisième enceiuto tracée par Agrippa, onze ans seulement après le supplice du Christ. Mais ici une grave difficulté se présente. Les témoignages historiques, et quelques subslructious encore apparentes
de Titus, qui força les chrétiens^ fuir au delà du Jourdain, les persécutions qui signalèrent toute la durée de la domination romaine en Judée durent singulièrement entraver le culte des saints lieux, et troubler les traditions qui pouvaient s'y rattacher. Aucun doeumenthistorique neprouvela transmission de ces traditions, et encore moins l'existence d'un lieu
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semblent prouver que la seconde consacré au culte chrétien avant 1
muraille repondait à peu près à l'enceinte actuelle entre la porte de JutTa et celle de Damas. On devrait donc en conclure qu'il faut chercher ailleurs la place du Calvaire, puisque cettlî muraille entourait le terrain où fut bâti plus tard 1e Saint-.^pulcre. Pour répondre à cette objection, on a supposé oue la seconde muraille partant d un point intermédiaire entre le liaram ech-Chérif et la citadelle , se dirigeait au N. (à travers les bazars modernes) jusqu'à la pointe orientale du Saint- Sépulcre, etallait, de là. rejoindre
iv* siècle. Saint Jérôme, il est vrai, affirme • que l'empereur Adrien éleva une statue à Vénus sur 1* mont Calvaire et une statue à Jupiter sur le Saint-Sépulcre. Mai> d'autres écrivains contemporain»
de saint Jérôme, tels que Kutsèbe, Socrate et Sozomène ne font au cune mention d'Adrien, Kusèbe va même jusqu'à attribuer aux complots des démons, non-seulement le culte païen qui souillait les lieux témoins] de la Passion du Sauveur, mais aussi le voile oui M cachait aux yeux des chrétiens. On i lait remarquer en outre qu'il étai:
les aucieuues fondations près île la contraire aux habitudes religieuses porte de Damas. Mais en faisant ; des Romains d'établir un temple décrire à cette muraille un angle ! dans un lieu souillé pnr le su pplir-e rentrant aussi considérable, on \ des criminels , et que si leur but est forcé de supposer, contraire- I était de détruire les saints lieux, mentaux témoignages con^einpo- il dut leur être facile de faire d\Jrains <|ue toute cette partie de la paraître toute trace de la grotte ville d Hérode était sans défense. , sépulcrale. Enfin les témoignages En outre, il est difficile de relatifs à la découverte des lieux comprendre, en tenaut compte des prescriptions rigoureuses de Moïse, comment les Juifs auraient choisi pour l'exécution des criminels un lieu tellement voisin de la ville etdéjàsientouré d'habitations que quelques années pins tard Agrippa dut le réunir à la ville.
A côté des considérations inspirées par l'étude topographique de l'ancienne Jérusalem, viennent ne
lieux
saints au ive siècle sont incertains et contradictoires. D'anrèt; la tradition la plus généralement répandue, ce fut un miracle qui révéla, en 326, à Hélène, l'exis-
tence des saints lieux auteurs attribuent cette à un songe; d'autres
exi>- D'autres révélation au con-
traire, affirment uue le secret fut arraché à des Juifs qu'on mit à
la torture. Le
qu silence
d'Eusèbe,
se placer les objections que l'on i l'écrivain officiel de Constantin , peut appeler historiques. ] sur toutes les circonstances mer-
II est difficile de trouver dans i veilleuses de la découverte de !a les livres saints la preuve d'un sen-j croix, mérite d'être remarque. Ce timent de vénération pour les lo- i dernier se contente de dire que calités particulières, au moins Constantin, obéissant à une révédans les deux premiers siècles de lation céleste, résolut de glorifier
Ruutk 143.] JERUSALEM. — LE SAINT-SEPULCRE.
es souvenirs de la Passion par un superbe édifice. Il lit renverser le temple de Vénus , déblaya le terrain qui couvrait le Sépulcre et jeta les fondations de sa 6plendide basilique. On peut donc faire remonter jusqu'à l'année l'authenticité des sanctuaires vénérés dans léglise de la Résurrection.
Les savantes recherches de M. de Vogué sur l'agi* et le style de ces mouunients ne laissent aueundoute ii cet égard ; mais au delà on ne rencontre que ténèbres et contradictions. Jusqu'à ce que de nouvelles découvertes viennent éclairer ia question tant débattue de la
deux clochers, idée qui n'a pu être réalisée. Aujourd'hui elle se compose de 2 baies ogivales au rezde-chaussée et au premier étage de deux fenêtres également ogivales. Les arcades des portes sont formées de 3 archivoltes ornées de tores etde feuillage finement moulés ; elles s'appuient sur 3 colon-»
nés placées dans les angles rentrants qu'offrent les jambages de chaque porte. Le chapiteau de ces colonnes avec leur bouquet de feuillage replié horizontalement est une imitation byzantine du style corinthien. L'entablement qui couronne toute la façade est conforme
topographie ancienne de Jérusa-; au goût antique. Les linteaux sont le- m, les preuves pour ou contre j formés de claveaux à coupe obli-
l'authencité des sanctuaires reste ront toujours à l'état de conjectures, et la plus grande réserve devra présider à l'examen de ces délicates questions.
État actuel. — Avant d'arriver sur le parvis de l'église, on traverse une ruelle sombre et étroite où se trouvant à droite la chapelle de Saint- Jacques et l'ancienne chapelle de la Trinité, nommée aujourd'hui
que. Les bas-reliefs, taillés à leur surface , représentent plusieurs scènes tirées de l'Évangile : la résurrection de Lazare , la fête des Rameaux et la Cène. L'exécution de ces figures est très-soignée et traitée avec plus de naturel que les sculptures du xtie siècle. Le basrelief de droite représente une série do rinceaux a enroulements compliqués, chargés de feuilles,
cytise de l'Onction. On remarquera ! de fruits et de fleurs bizarres, au aussi le portail assez bien conservé j milieu desquels se tordent une du palais des hospitaliers de Safnt- 1 foule d'hommes, d'oiseaux ctd'ani- Jean. Tous ces édifices appartien- maux fantastiques. A gauche de
tient à l'époque des Croisades. A gauche sont trois portes qui donnent accès dans les couventà grec
la façade, dans l'angle X.-O. du parvis se détache un clocher tronqué à base rectangulaire. Sur deux
et copte. Le parvis, qui a environ de ses faces on voit '.\ fenêtres, et vingt mètres carrés de superficie sur ses deux autres faces *i fenê-
était autrefois précédé d'un vaste portique dont quelques ehapi teaux attestent encore la présence.
En face; est une petite mosquée ou Omar, maitre de Jérusalem, fit
très seulement. lrn mur en retour d'équerre, sur la droite de la façade, est pcrc'é d'une baio ogivale et joint à un second clocher moins élevé, mais bâti dans le même
sa prière au lieu de la réciter dans goût que le précédent. Ce clocher l'église même, ce qui, d'après a été construit vers 1160 ou 1180. un ancien usage musulman, aurait immédiatement entraîné la
conversion du temple chrétien en mosq uée.
La façade du Saint-Sépulcre porte les caractères évidents du xn« siècle ; sa disposition est irrégulière.
<M il est probable que l'idée première de l'architecte était de l'or-
ner de 3 portes encadrées entre | seul édifice tous les lieux consa-
Enfin, outre lesdeux portespercées dans la façado méridionale , une porte aujourd'hui murée et située à l'occident donnait accès dans la galerie supérieure de la grande rotonde. (V. M. de Vogiié, ouv. cité, p. 198 et suiv. ; Ratissicr. Archive* des Missions, 1K51, p. ?0.f>.
La nécessité de réunir dans un
776 SYRIE. — PALESTINE. [Routb 143.]
Créa par les souvenirs de la Passion ment isolé du reste de l'église, a
a détruit la svmétrie et le parallélisme de l'église du Saint-Sépulcre.
Le voyageur fera bien de suivre la description que nous donnons ici, sur le plan de l'église annexé à celui de Jérusalem. Noua répéterons dons le texte les lettres de renvoi du plan.
Quand on a franchi la porte d'entrée, on trouve, gravement assis sur un sofa (h), quatre ou cinq Turcs qui réclament de chaque pèlerin quelques piastres comme
ce
8 mèt. de long sur 5 mèt. 50 de large ; il est de forme pcntagonale, revêtu de marbre blanc et jaune, et soutenu par de maigres colonnes surmontées d'un dôme qui a un peu l'apparence d'une couronne: l'ensemble de ce monument est d'un goût détestable. Une porte étroite, à l'orient, donne accès dans une sorte de vestibule nommé chapelle de VAngc (m), parce que, selon la tradition, ce tut \k que l'ange annonça la résurrec-
uroit d'entrée : ce sont les mute- i tion aux saintes femmes. La pierre welli ou gardiens du legs (wakouf, carrée, qui est enchâssée au im-
du Saint-Sépulcre ..dont la jouis sance est concédée par le sultan
lieu, passe pour avoir recouvert le tombeau primitif. Une second?
aux communions chrétiennes. Ces porte très-basse conduit dans une gardiens sont, du reste, assez to- chapelle (n) de 2 mèt. carré», revèlérants, et la présence d'un kawas tue de marbre ainsi que le saint du consulatsufïït pour faire exemp- j tombeau 'o> Deux tableaux et 42 ter le voyageur de cette taxe mi- lampes d'or et d'argent ornent et nime. J sanctuaire. Quelques vovageur»
En avançant, on voit un rectan- 1 ont cru remarquer, près dfe la segle de marbre rouge presque au conde porte, des fragments de roc niveau du sol, et mesurant 2 mèt. qu'ils considèrent comme ayajt
sur 50 centim. de large : c'est la pierre de l'Onction [h\ ainsi nommée parce que le corps du Christ
appartenu sépulcrale.
Après avoir fait le t
à l'ancienne ebambre
• ur de la ro-
y fut déposé après sa mort et oint j tonde et passé devant les humble* de parfums par les saintes femmes, i chapelles des Coptes, des Abvs- La véritable pierre sur laquelle !sins et des Syriens ;>s\ on trouve, reposait le corps a été recouverte I en se dirigeant sur la gauche, de cette table ae marbre, pour être \ chapelle élevée sur le lieu où 1? dérobée à la dévotion indiscrète ' des fidèles. Elle appartient en commun aux Latins, aux Grecs et aux Arméniens. A quelques pas a gauche, une pierre circulaire indique la place où se tenait la Yiergc pendant l'embaumement du corps (i-. Après être passé devant l'escalier qui conduit aux chapelles arméniennes, on entre dans la rotonde (ci. Elle a environ 20 mèt.
de diamètre ; elle est entourée par 18 piliers massifs, qui soutiennent une galerie supérieure composée de 18 arcades. Des niches s'élèvent au-dessus de la frise de la galerie, et le tout est surmonté d'un dôme délabré et percé à jour en plusieurs endroits. Au centre de la rotonde s'élève le Saint-Sépulcre (d) proprement dit. Cet édifice, compléte-
Chnst apparut k Madeleine (v ; or monte ensuite dans In chapelle laUnr de la Vierge ou de l'Apparition r On montre au centre le lieu ouïe Seigneur apparut à sa mère, aprè> la résurrection; et, un peu plus loin, un fragment de la colonne de la Flagellation.
Quand on a dépassé la nef de gauche, surnommée les arceaux dt la Vierge, on entre dans la chape:!'"1 grecque de la prison fx), où Jésu*- Christ fut enfermé avant le cruri fiement. La sombre voAte circulaire qui ferme le choeur des Grec* renferme la chapelle de Longinvs y le soldat juif qui perça le Chris; de sa lance et se retira dans cett-:
grotte après sa conversion. L'abside est terminée parla chapelle ç où furent partagés les vêlement»-
[Route 143.] JÉRUSALEM. — LE
Un escalier do 28 marches descend à la
Chapelle de Sainle-HeUnc ;g) (aux Arméniens). Elle est en partie taillée dans le roc, et surmontée d'une coupole surbaissée percée de fenêtres en meurtrières. La coupole est soutenue par quatre colonnes massives couronnées d'un chapiteau corinthien, qui peuvent avoir appartenu à la basilique primitive, fondée par Hélène. L'ensemble de cette chapelle est de style byzantin. Elle est décorée de lampes et d'oeufs d'autruche suspendus u la voûle. Un des autels est consacré au bon larron, l'autre à sainte Hélène ; dans l'angle S.-E. on montre la fenêtre où se tenait sainte Hélène au moment de l'invention de la croix. Treize autres marches descendent dans la chapelle de l'Invention delà Croùr aux Latins w) ; c'est une voûte de forme irrégulière et entièrement ereusée dans le roc. Le voisinage d'une citerne communique aux murs un suintement perpétuel que l'imagination poétique des pèlerins a transformé en pleurs arrachés aux rocher»
par la vue de la vraie croix.
, En remoutant ces deux escaliers et après avoir passé* devant la chapelle grecque des Injures (gg'), où le Christ fut couronné d'épines et souffleté, on s'eugage dans une galerie obscure qui forme la partie S. du transsépt et on gravit un escalier de 18 degrés (c ) qui conduit au
Calvaire (n). C'est une plate-forme d'environ 15 met. carrés, dont le fond repose sur des rochers. Elle est divisée en deux chapelles :
celle du Crucifiement, aux Grecs (e):
le trou où fut plantée la croix est tous l'autel, et la chapelle de l'Elévation de la Croix, aux Latins. Un treillage d'argent couvre la fente du rocher (f) qui s'ouvrit jusqu'au centre de la terre, dit la tradition, lorsque Jésus rendit le dernier •oupir.
En descendantdu Calvaire par le deuxième escalier v'c) qui ramène à la porte de l'église, on trouve a