IV. La Valette
La Valette, la capitale moderne de Malte, est située sur la longue presqu'île qui sépare le Grand Port, ou Grande Marse (port du S.-E.), du port de la Quarantaine; ou Marsa-Muscetto (au N.-O.). C'est une ville régulièrement bâtie, d{i visée en 21 rues, dont 10 en longueur et 13 en largeur, qui cou» peut les premières à angle droit; Grâce aux différences de niveau* cette disposition n'a rien de monotone. Les rues longitudinales offrent des pentes bien ménagées, qui permettent aux voitures de monter du port aux parties supérieures, en décrivant de nombreux zigzags. Les plus importantes sont, du N.-O. au S.-E., la strada Ponente, strada Zeeca , strada Forni, strada Reale, strada Mercante et strada Levante. La strada Keale, rue principale, occupe le sommet de la presqu'île dan6 toute sa longueur, depuis le fort St-Klme1 jusqu'à la Porta-Reale, qui conduit à la Floriana.En la parcourant* on rencontre la place San-Gidrgio et le palais des grands-nmltres, Péglisc St-Jean et les principaux édifices. Les rues transversales, d'une très-grande déclivité, sont souvent converties eu véritables escaliers : nous mentionnerons surtout les rues Mezxodi , San- Giovanni, Sta-Lucia, del Teatro et Vescovo. En dedans de la Porté- LascartB,où l'on débarque dntorand ort, on trouve un marche aux ruitsetaux légumes, avec une fontaine do marbre surmontée d'un
de l'Empire, Malte ne fut pas in- Neptune ^en brouxe. La longue
rampe quî'mène de la marine à 1a ville haute, a été surnommée l'Escalier du Mx Mangiare, à cause du grand nombre de mendiants qui y viennent assaillir le vovageur.
Les maisons de la Valette sont très-régulièrement bâties, de cette pierre blanche de Malte, tendre et facile à tailler en moulures de toute espèce. Leur style est un peu lourd, mais les principales ne manquent ni de grandeur ni d'élégance. Les toits sont en terrasse, et les étages, qui donnent sur la rue, garnis de balcons de pierre en saillie, couverts d'une espèce de loge vitrée, qu'on nomme mirador es. C'est là que les belles Maltaises viennent prendre le frais, ou se distraire en regardant les passants.
Dans les rues Reale, Mercante et Sta-Lucia, la population de Malte se montre sous son aspect le plus pittoresque. Les boutiques attirent aussi les regards des étrangers, car elles offrent un singulier mélange des produits de l'Orient, de l'Italie et de la civilisation britannique. La ville est, du reste, d une propreté merveilleuse, qui surprend agréablement quaud on vient des échelles d'Italie ou des échelles du Levant: on voit que la police anglaise a passé par là.
Églises. — S an-Giovanni (St-Jean des Chevaliers) est l'église principalede lavilie.Elle fulcommencée en J576 sous le grand-maître La Cassière, et successivement ornée et enrichie par ses successeurs.
Elle n'offre rien de remarquable à l'extérieur. Sa façade, au fronton triangulaire, et flanquée de deux tours terminées par des clochetons de pierre, est d'une simplicité un peu trop nue et d'un style un peu lourd ; mais l'intérieur est d'un effet plein de grandeur et de magniticence. a La première chose qui arrête la vue , dit M. Théophile Gautier, c'est une immense voûte peinte à fresque, qui tient toute la longueur de la nef. Cette fresque, malheureusement détériorée par le temps, est «le Mathias Prcti, dit le Calabrese,
MALTE. [Rouik % \
un de ces grands maîtres secondaires, qui, s'ils ont moins de génie, ont quelquefois plus de talent que les princes de l'art. Ce qu'il y a de science, d'habileté, d'abondance et de ressources dans cette colossale peinture, est vraiment inimaginable. Chaque division de la voûte renferme un sujet de la vie de saint Jean. Ces divisions sont soutenues à leurs retombées par des groupes de captifs, Sarrazins, Turcs, chrétiens ou autres, demi»
nus ou couverts de quelque reste d'armure brisée, dans des poses humiliées et contraintes, espèces de cariatides barbares bien appro-
Sriées au sujet. Toute cette partie e la fresque est pleine de caractère, et brille par une force de couleur qui fait valoir les tona légers de la voûte et fait fuir les ciels à une grande profondeur. En récompense de cette œuvre gigantesque,Mathias Preti eut l'honneur d'être reçu chevalier de l'ordre, comme le Caravage... » — Ce qui frappe le plus l'attention après ce plafond, c'est le pavé de 1 église, quand il n'est pas recouvert d'une natte. C'est une vaste mosaïque de marbres sculptés et inscrutés avec un art infini , qui maraue les tombeaux de plus de 400 cfievaliers. Des inscriptions, des armoiries et des sujets allégoriques sont les motifs principaux de ce remarquable travail. Le maître autel, richement orné, est surmonté d'un groupe en marbre , représentant saint Jean baptisant le Christ, et dû au ciseau de Melchior Caffa , sculpteur maltais, un des bons élèves du Bernin.
Les chapelles latérales , ornées avec une grajnde magnificence, appartenaient aux différentes langues qui composaient l'ordre. On remarque : — près de la porte d'entrée le tomoeau , d'un assez mauvais goût, du grand-maître Zondondari; — . dans les chapelles de la langue d'Espagne ( côté droit), ceux du grand-maître Manoel de Vilhena et de Nicolas Cottoner, dus au ciseau de Caffa» et
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décorés d'un assez grand nombre \ le Calabrais, etc. Un des portraits
les plus remarquables est celui du
de personnages allég oriques et d'accessoires guerriers ; — dans les chapelles de la langue de France (côté gauche), ceux de Rohan, du comte de Beaujolais, frère du roi Louis-Philippe ; ce dernier dû au ciseau de Pradier. C'est aussi dans cette chapelle que se trouve la Dr collation de saint Jean, un des meilleurs ouvrages de Michel- Ange de Caravage. On raconte qu'un noble romain, ayant insulté ce grand artiste , refusa de lui rendre satiefaction sous prétexte qu'il était roturier. Caravaçe vint à Malte, mérita par ses peintures le titre de chevalier de Malte, et put alors provoquer en duel son adversaire. — « line chapelle souterraine, assez négligée, contient les sépultures de Villiers de l'ile- Adam, de La Valette et autres grands-maîtres. Cette crypte n'a rien de mystérieux , ni de funèbre... »
Les autres églises catholiques de La Valette ne méritent pas la visite des étrangers. Nous nous bornerons à mentionner encore ïeglùe protestante anglaise, construite en 18 (9 sur un petit square.
La façade, de style dorique, est surmontée d'un clocher pointu, qui domine le port de MarsamtiBcetto.
Édifices publics. — Le Palais des grands-maîtres s'élève sur la place San-Giorgio; c'est un vaste édifice d'une grande simplicité, et n'ayant de maltais que le vaste mirador qui circule autour de son premier étage. Il est surmonté d'une tour élevée , ancien observatoire du grand-maître Rohan, qui, aujourd'hui, ne sert plus qu'à signaler les navires au large. — L'intérieur contient de beaux appartements, qu'il est facile de visiter en s'adressant aux gardiens (pourboire 6 pence). Les salles contiennent des peintures représentant les exploits des chevaliers, ou les portraits des grandsmaîtres, par Matteo de Lecce, le Trévisan, l'Espagnolet, le Guide,
grand-mattreVignacourt, par le Caravage. Les portraits de Louis XIV, de Louis XVI, de Georges IV, et de la famille régnante d Angleterre, avec le trône et ses armoiries, font un contraste singulier avec ces anciennes peintures.
Le Mutée des Armures, contenu dans ce palais, est moins curieux et moins riche en armes turques qu'on ne pourraits'y attendre. Dans une armoire au fond, à droite, on verra les armes enlevées au corsaire Dragut. L'armure la plus curieuse est celle de Vignacourt, richement incrustée d'or, et qui a servi de modèle au Caravage pour le portrait de ce grand-maî tre. La plupartdes armures sontcelles des chevaliers. On remarque pourtant quatre grandes coulevrines turques.
La Bibliothèque publique et le Musée, contenant quelques anti»
quités de Malte et de Gozzo, sont installés dans un bâtiment attenant au palais.
Nous signalerons encore à La Valette : — les anciennes auberges de Castille et de France, strada Mezzodi ; celles de Provence et d'Auvergne, strada Reale ; celles d'Aragon et d'Allemagne, strada Ponente, etc. C'étaient les lieux de réunion des chevaliers de chaque langue; un des leurs, nommé U Pilier, s'était chargé de recevoir les cotisations ; — l'université, bâtie par Rohan; — V Hôpital militaire des Hospitaliers (près de str. Mercante); —la Bourse et le Thédtre, qui sont des constructions modernes.
Fortifications et ports.— Les fortifications sont une des principales curiosités de Malte : il est permis d'en faire 1e tour entier, sans être inquiété par les sentinelles anglaises. C'est d'ailleurs de leurs oastions que l'on peut le mieux étudier la configuration assez compliquée des ports. Deux baies profondes et ramifiées sont séparées par la presqu'île de Sceberras, qui porte La Valette. A
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l'extrémité de la presqu'île s'élève le fort St-Elme, qui croise ses feux avec ceux du fort Ricazoli, pour défendre l'entrée du Grand Port, et avec ceux du fort Tigne, élevé sur la pointe Dragut, pour défendre l'entrée du port de Marsa-Muscetto.
A peine a-t-on franchi l'entrée de ce dernier port qu'on voit s'ouvrir, u droite, le bassin de la Quarantaine, dominé par l'ile du Lazaret et le fort Manoel, qui croise ses feux avec les murailles élevées de la cité Valette et de la Floriana.
Du côté du Grand Port, la défense est encore plus formidable. Eu face de la cité Valette, on rencontre successivement trois presqu'îles et trois ports, gardés par des ouvrages de la plus grande force : le fort RicasoU, le château St-Ange et les ouvrages de la Sangle, Les faubourgs bâtis sur ces presqu'îles, le Bourg ou Città- Vittonosa.la Sangle et le faubourg de Burmola, situé derrière les premiers, sont protégés du côté de la terre par une double enceinte, dont la plus extérieure porte le nom du grand-maître Cotoner. Au fond du port, la hauteur du Corradin n'a pas été fortifiée, mais olle est dominée par les bastions de la Sangle et de la Floriana. Enfin, la cité Valette est protégée du côté de la terre par une première enceinte, celle de la Porta-Heale, et, au delà, par une seconde, celle de la Porte des Bombes. Ces immenses fortifications ont été creusées dans le rocher. Leur seul défaut estleur grand développement, qui exige une garnison considérable. Sur les murailles de la cité Valette, du côté du Grand Port, au lieu dit Lower -llarrack , on remarque le monument élevé a sir Alexander Bail : il a la forme d'un temple £rec. Un autre monument, représentant un personnage couché, se voit sur le bastion , à droite de la Porta-Reale.
Le faubourg de la Floriana, situé entre les deux enceintes de fortifications dont nous avons parlé, renferme deux jardms, trop vantés,