DIXIEME PÉRIODE. MOHAMMED-ALI ET SA DYNASTIE
1801. La retrait.; des Français remet l'Egypte sous la domination ottomane. Les Mamelouks échappés aux armes françaises reviennent au Caire et y ressaisissent la suprématie. L'Egypte est de nouveau en proie à l'anarchie.
1806. Mehemet-Ali , ou Moharomed-Aii , Roumeliote de naissance, est promu par la Porte au poste de pacha d'Êgypte.
1807. Mars. Les Anglais font une tentative sur Alexaudrie pour s'établir en Épypte. sous prétexte de couvrir le pays contre une nouvelle invasion française ; ils sont repousses par Mohammed-Ali.
1811. 1er mars. Les Mamelouks sont exterminés dans le palais môme de Mohammed Ali ; ceux qui se trouvaient dans la haute Egypte s'enfuient en Nubie.
Un corps d'armée est envoyé par le pacha contre les Arabes Wahabis, sous le commandement de son fils Toussouu-Pacha La guerre se prolonge , avec diverses alternatives, jusqu'en 1815, sans résultat décisif.
1816. Reprise de la guerre contre les Wahabis. Ibrahim-Pucha , autre fils de Mohammed-Ali, a le commande l'expédition ; elle ne se termine qu'en 1818, par la prise du chef des Wahabis et l'occupation du pays de Ncjd.
1820-21. Expédition militaire dans les hauts pays du Nil , jusqu'au Senna'ar. Ces contrées sont annexées à la vice-royauté d Egypte, sous le titre de Soudan égyptien. Fondation de Khartoum, dont on fait la capitale de ces nouvelles provinces.
Dans le même temps, ou plutôt dès
le jour où Mohammed-Ali a vu son autorité bien établie en Ésrypte, il poursuit sans interruption la pensée qu'il a conçue de*régenérer le peuple et le pays. Creuser des canaux, agrandir les cultures, en introduire de nouvelles, créer des manufactures, étendre le commerce, organiser une flotte et une armée régulière, et en même temps acclimater en Egypte la civilisation de l'Europe : tels étaient les vues et les projets auxquels le vice-roi n'a cessé de travailler jusqu'à son dernier jour. Les premiers germes de cette grande réforme ont ete portés en Ivypte par l'expédition de 1798; mais ce sera la gloire de Mohammed-Ali, et ce doit être celle de ses successeurs, d'en avoir repris la pensée et de travailler à sa réalisation.
1823-29. Intervention des Égyptiens eu
Grèce.
1831-33. Campagne de Syrie et d'Asie Mineure. L'intervention des puissances européennes amène (14 mai) la paix de Ku^ayèh entre la Porte et le vice-roi .
1839. La guerre éclate de nouveau entre Mohammed- AH et la Porte. Ibrahim-Pacha, fils du vice-roi, s'avance en Anatolie. Bataille deNézib. Les Turcs sont défaits et Constanlinople menacée. Les puissances européennes interviennent encore une foi»
et obligent l'armée égyptienne à rétrograder. Le traité qui intervient assure la possession héréditaire de l'Egypte à Mohammed- A ii.
et a ses descendants miles, par droit de primogéniture, le titre do vice-rois, en même temps qu'il conserve la suzeraineté de la Porte sur l'Egypte.
1818. Mohammed-Ali, à l'âge de 78 ans, est atteint d'une maladie mentale.
Son fils aîné (par adoption), Ibrahim-Pacha, est reconnu vice-roi par la Porte.
—10 novembre- Ibrahim meurt quatre
918 KGYPTE.
mois après son avènement. Abbas- 1854. juillet. Mort d* Abbas-Pacha . H a pour Pacha, son neveu, lut succède. successeur le vire-roi actuel, Mo-
1849. Mort de Mohammed- Ali. hammed Said-Pacha.
Section III.— Architecture , sculpture et peinture.
§ 1.— Aperçu général de l'architecture égyptienne.— L'architecture tient une place des plus importantes dans l'histoire de la civilisation égyptienne, et elle entre pour une grande part dans l'intérêt qui s'attache à l'Egypte. Les monuments de ce pays ne ressemblent à ceux d'aucune autre contrée du monde. Quand on contemple ces restes prodigieux de constructions antiques qui couvrent la vallée du Nil, et qu'on se reporte par la pensée aux autres pays de l'Asie et de l'ancienne Europe, on sent tout d'abord qu'on est là dans un inonde à part, ou l'art s'est développé par lui-même, selou le génie propre de la nation a laquelle il appartint, sans rien emprunter ni rien recevoir du dehors. On voudrait remonter à son origine, le suivre dans sa marche gr*duelle, embrasser d'un coup d'œil la série tout entière de ses développements, depuis les premiers siècles de la monarchie jusqu'au temps des Ptolémées et des Romains. Il y a vingt ans, on n'aurait pa hasarder cette vue générale des phases historiques de l'architecture égyptienne et des arts qui s'y rattachent ; l'état de la science la rend possible aujourd'hui. M. de Kougé, le savant conservateur du Mutée égyptien du Louvre, l'a ainsi résumée :
<i De longues générations, dont nous ne pouvons préciser les date», ont vu s'accomplir les diverses phases de l'art égyptien. Nos musées contiennent des échantillons suffisants pour en suivre les principaux transformations. Nous ne connaissons pas les commencements de cet art ; nous le trouvons êvs les monuments de la ive dynastie Jes premiers auxquels nous puissions assigner un rang certain), extrêmement avancé sous divers rapports. L'architecture montre déjà une perfection inconcevable quant à la taille et à la pose des blocs de grande dimension ; les couloirs de la grande pyramide restent un modèle d'appareillage qui n'a jamais été surpassé. Nous sommes obligés de deviner le style extérieur des temples de cette première époque, et de le restaurer d'après les bas-reliefs des tombeaux ou de la décoration des sarcophages. Ce style était simple et noble au plus haut degré. La ligne droite et le jeu des divers plans faisaient tous les frais de la décoration. Un seul motif d'ornement varie les dispositions , il se composait de deux feuilles de lotus affrontées.
Le style des figures, tant dans les statues que dans les bas-reliefs des premiers temps, se distingue par un aspect plus large et plus trapu que dans les monuments des âges postérieurs. Ce caractère se maintient jusque vers la fin de la xiu dynastie ; elles prennent alors des formes plus grêles et plus allongées. L'architecture avait fait de grands pas quant h l'ornementation. On trouve, à la xn* dynastie, les plus anciennes colonnes qui se soient conservées en Egypte; épaisses, cannelées, et recouvertes d'un simple dé, elles ressemblent d'une manière frappante aux premières colonnes doriques.
L» s bas-reliefs, dénués de toute perspective, sont souvent, dan» le
premier empire, d'une extrême finesse ; ils étaient toujours coloriés avec soin. On en connaît où la liberté des attitudes et la vérité des mouvements semblent promettre a l'art égyptien des destinées bien différentes de celles qui lui furent réservées dans les siècles suivants. Les statues de pierre calcaire étaient souvent peintes en entier ; les figures de granit étaient coloriées dans quelques-unes de leurs parties, comme les yeux, les cheveux et les vêtements. Le chef-d'œuvre do l'art du premier empire est une jambe colossale en granit noir, provenant d'une statue du roi Ousèrtésèn ou Sésourtasen 1er (xn« dynastie); elle appartient au Musétr de Berlin. Ce fragment suffit pour prouver que la première école égyptienne était dans une meilleure voie que celle du second empire.
lia gravure des inscriptions ne laisse rien à désirer dans ces premiers monuments égyptien». Elle est en général exécutée en relief jusqu'à la v« dynastie. Les gravures en creux de la xn« dynastie n'ont été surpassées à aucune époque. Les obélisques d'Héliopolis et du Fayoum autorisent à supposer aussi des temples d'une grandeur et d'une magnificence en rapport avec ces beaux débris de laxn« dynastie. L'on sait, en effet, qu'une des merveilles du monde, le labyrinthe du Fayoum, a été construit pur un de ses rois.
L'invasion des peuples nomades détruisit tous les temples et tous les palais ; nous ne jugeons plus actuellement l'art primitif d'Egypte que par les tombeaux. L'abaissement des Égyptiens, pendant cette époque, dut amener nécessairement une décadence, quoique les artistes réfugiés dans la Thébaïde et la Nubie eussent conservé les traditions. Amosis, le restaurateur de l'empire (F. p. 911), n'eut pas le loisir de faire des constructions ; et l'on remarque sur quelques monuments d'Aménophis 1er, son second successeur, une hésitation et une médiocrité qui s'expliquent facilement. Mais la victoire et la prospérité eurent bientôt donné a l'art égyptien un essor nouveau, et le beau style delà xviii« dynastie se marque dès Touthmès (ou Taoudmès; 1er. L'architecture développe toute sa grandeur, l'ornementation s'enrichit, et les carrières de Syène fournissent les obélisques do granit que le ciseau couvre des plus belles gravures. La sculpture se distingue particulièrement dans l'imitation de la figure humaine. L'étude de la nature est bien moins parfaite dans le modelé des membres. Les statues royales du Musée de Turin, les plus belles que l'on connaisse, n'atteignent pas, sous ce rapport, certaines figures de l'époque primitive.
L'art se soutint à peu près à la même hauteur sous le .règne de Séti I«r (père du grand Sésostris), au commencement de la xixe dynastie. Il suffit de citer, à l'honneur de ce roi, la salle hypostyle de Karnak. .Mais on commence à trouver bien du mélange dans les œuvres trèsnombreuses exécutées sous Ramsès II (Sésostris). Cette décadence se marque d'une manière beaucoup plus sensible dans les monuments des particuliers, et elle devient générale sous Ménephtès, son successeur. Le style égyptien conserve bien alors un certain caractère do grandeur; mais il est empreint trop souvent d'une rudesse et d'une laideur inouïes, sous les derniers rois de cette famille. Entre cette
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époque ;xma siècle» et celle de Psammétik (milieu du vue), on trouve çà et là quelques ouvrages estimables ; néanmoins on peut dire que l'art ne se releva réellement que sous la dynastie Saïte (la xxvie;. à laquelle Psammétik appartient. Si l'on examine, par exemple, U statue du roi éthiopien Sabaka, que renferme la villa Albani à Rome, on y voit un magniôque morceau de prime d'émeraude, mais dont U sculpture est mauvaise. Les bons artistes manquaient sans doute, dans un temps où l'on confiait une aussi admirable matière à des mur.; aussi malhabiles. Les grands tableaux de batailles du roi Sasanl (xxn* dynastie) sont d'ailleurs, comme exécution, déjà bien inférieurs à ceux de Ramsès II.
La domination des Saïtes donna une physionomie toute spéciale à l'art égyptien. La gravure des hiéroglyphes prend, à cette époque, une 6nessc admirable. Les belles statues se multiplient; on emploie de préférence le basalte noir ou vert, cette roche d'un grain si fin, et dont le sculpteur tire un merveilleux parti lorsque le ciseau triomphe complètement de sa dureté. Sans sortir du type égyptien, les membres des statues acquièrent plus de souplesse et de vérité. Maintenant que nous connaissons mieux les modèles que les Égyptiens purent étudier à llabylone et à Ninive, dans les relations multipliées qui s'établirent à cette époque entre eux et les Assyriens, il nous est peutêtre permis de supposer que ces relations eurent quelque part aux nouveaux progrès de l'art des Saïtes; mais, par compensation, nou* reconnaissons bien plus visiblement l'influence égyptienne dans les productions des Phéniciens.
Les monuments égyptiens, sous la domination persane, ne montrent aucune décadence ; le style saïte se continue jusqu'aux Ptolémées. Mais à cette dernière époque le type grec, par sa beauté même, devint funeste à l'art égyptien. Loin de l'améliorer, il ne fit qu'introduire dans les formes une rondeur mal assortie qui ne fut ordinairement que de la mollesse. On reprit l'usage général de la gravure en relief; mais les formes des caractères devinrent de plus en plus négligées, et ces défauts allèrent en empirant sous la domination romaine.
Une seule partie de l'art égyptien conserve son caractère au milieu de cette décadence. Les architectes d'Esnèh, d'Ombos et de Denderah ne se laissèrent pas séduire par les lignes merveilleuses des éd»ôces de Corinthe ou d'A'thènes, et ils continuèrent à élever des temples dans un ordre purement pharaonique, aussi longtemps qu'ils travaillèrent en l'honneur de leurs dieux nationaux.
S 2 — Pyramides, Sépultures, Temples.— Les Pyramides, ces tombeaux gigantesques, sont les plus anciennes constructions connues de l'Kgypte, et l'on peut dire aussi les plus vieilles constructions du monde historique. Les temps où elles nous portent remontent a 3 500 ans au moins avant l'ère chrétienne [V. p. 910). KUes étonnent par leur masse, elles supposent l'emploi de forces mécaniques surprenantes, sinon pour l'extraction et le transport, au moins pour le soulèvement et la mise en place, à des hauteurs considérables, des bloc* « normes dont elles se composent ; elles témoignent aussi, nous l'avons vu, d'une remarquable habileté dans la taille et l'ajustement
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quelques-uns de leurs détails intérieurs : et cependant on ne peut guère voir, dans ce prodigieux assemblage de pierrer, amoncelée?, autre chose que le premier essai, le premier tâtonnement, si l'on peut dire, de l'art architectural. Elles y forment, dans tous les cas, un chapitre à part, en dehors de tout le reste.
C'est dans d'autres ouvrages qu'il faut étudier le caractère et suivre le développement de l'art égyptien. C'est dans les temples, c'est dans les hypogées servant de sépultures roynles, c'est dans les édifices destinés à la demeure des rois, c'est enfin dans les habitations privées.
De ces quatre natures de constructions, les temples des dieux et les sépultures des rois ont seuls traversé les siècles. Tonte la vallée du Nil égyptien est pleine encore des somptueux édifices consacrés au culte, et beaucoup sont presque entièrement conservés, ("est la que se déploie de la manière la plus complète le génie du peuple égyptien. L'intérêt des hypogées royaux est surtout dans les peintures qui les décorent. Des autres ouvrages de l'architecture antique, peu ont échappé à l'action du temps. A Thèbes seulement, on peut encore reconnaître quelques restes des palais pharaoniques, et en reconstruire la disposition générale. Quant aux habitations privées, il est à peine besoin de dire que tout vestige en a disparu. Mais le.i peintures des tombeaux et des temples en donnent une idée suffisante.
Il serait prématuré de nous arrêter ici à des détails descriptifs qui auront leur place naturelle dans les routes qui vont suivre ; nous nous bornerons quant à présent à quelques remarques tout à fait générales.
Temples. — On a cru et répété longtemps que les premiers temples égyptiens étaient creusés dans les rochers, et que ces excavations religieuses avaient plus tard servi de modèle aux édifices élevés sur le sol. Cette théorie, de môme que bien d'autres idées spéculatives, s'est évanouie devant les faits. Depuis que la découverte de Champollion a permis de lire les inscriptions, on a constaté que le petit nombre de temples souterrains qui se rencontrent en Kgypte et en Nubie sont tous de dates beaucoup plus récentes que les temples extérieurs. Les plus anciens parmi ces derniers sont aussi, ce qui est assez naturel, les moins ornés et les plus petits. Ce ne sont guère que de simples chapelles. Ces premières constructions religieuses n'ont pas de soutiens intérieurs, ce que leurs petites dimensions rendaient inutile: les colonnes ne paraissent que lorsque l'édifice prenant de plus grandes proportions, il fallut en soutenir le plafond au moyen de forts pilastres. Mais ce qui n'était d'abord qu'une condition de solidité devint bientôt un moyen d'ornement. Les premières colonnes ne sont que des piliers de forme carrée, sans soubassement ni chapiteau; puis on en abat les angles, ce qui produit la colonne polygonale; on en creuse plus ou moins les faces, ce qui donne la colonne cannelée ; on y ajoute un support bas et large, ébauche du piédestal; et enfin on ajoute divers ornements à sa partie supérieure, imités soit de la téte du palmier, soit d'un bouquet de feuilles de lotus, ce qui devient l'origine du chapiteau, et. par suite, de l'architrave, de la frise, et
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des autres détails de l'entablement. La peinture, la sculpture et la statuaire arrivent ensuite, pour couvrir les parois de l'édifice de tableaux religieux ou de représentations historiques à la gloire du roi constructeur, ou pour en orner les abords de figures colossale*. L'emploi de la peinture murale est du reste extrêmement ancien, puisque les tombeaux souterrains ouverts et décrits il y a dix-sepi ans par le docteur Lepsius au voisinage des grandes Pyramides, son: couverts intérieurement de tableaux représentant des scènes de ls vie publique et de la vie privée à des époques contemporaines àe± pyramides elles-mêmes. Il faut remarquer qu'outre- les tableaux proprement dits, la peinture eut dans les temples, de même que dans le* grands édifices, une application très-étendue. Ler statues ot les basreliefs étaient peints, en tout ou en partie. Les frises, les colonnes et d'autres portions du sanctuaire, étaient également relevées de nchr» couleurs, dans l'emploi desquelles la pratique avait donne une grande habileté aux Égyptiens pour les effets de distribution et d'harmonie Le plafond du temple était communément peint en bleu et semé d'étoiles à l'imitation de ce beau ciel d'Égypte d'un azur si pur. U couverture des temples, comme de tous les autres édifices, est invariablement plate, ou en terrasse. La voûte n'était pas inconnue aux Égyptiens, puisqu'on la trouve même dans les Pyramides (la voûte angulaire ou en pointe, à la vérité), mais ils ne l'employèrent que dans les constructions de petite dimension, et spécialement dans les monuments tumulaires. Pendant bien des siècles on n'y fit entrer que la brique; les plus anciennes voûtes en pierre que l'on ait rencontrée* sont du temps de Psammétik, au vue siècle avant notre ère, Celles-ci sont en plein-cintre. Au total, la voûte n'est ici qu'une exception, et c'est à peine si l'on peut dire qu'elle appartient au système architectural de l'Egypte.
Quoique les temples égyptiens, comme nos modernes basiliques, différassent nécessairement de grandeur, d'ornementation et de richesse selon les localités, ils étaient cependant construits sur un plan général qui leur était commun à tous. La différence n'était que dan? les proportions et dans les détails. En avant du temple, a une distance plus ou moins considérable, s'élevait une première entrée, une sorte de tour quadrangulaire à pans inclinés, percée d'un large portail, et que l'on nommait le pylône (porte), ou propylone (avant-porte '■. Ce pylône donnait accès sur une avenue plus ou moins longue appelée dromos, bordée à droite et à gauche (au moins dans les grands temples) d'une double ligne de sphinx en granit. A l'extrémité de l'avenue, dans la longueur de laquelle s'élevait quelquefois un second et un troisième pylône, on arrivait à un large portique couvert (pronaos ou avanttemple), et de ce portique on entrait dans le temple proprement dit (Naos), dont la partie la plus reculée était le eékos ou sanctuaire. Cet ensemble de constructions était ordinairement entouré d'un espace planté d'arbres ;le téménoe), et le tout était environné d'une muraille en briques. Il est à peine besoin d'ajouter que toutes ces dénominations sont celles qu'emploient les écrivains grecs ; mais elles sont consacrées dans la science.
AKUH1TECTPKK.
L'ensemble de la construction est massif, et relativement peu élevé. Les parois extérieures sont toujours inclinée? en talus, ce qui ajoute à l'aspect de solidité de l'édifice. Les ouvertures étroites et peu nombreuses n'admettent à l'intérieur qu'un demi-jour discrètement ménagé.
Dans cette disposition générale, tout est calculé pour agir sur l'imagination, et frapper l'esprit d'une profonde impression religieuse. Aujourd'hui encore, dans leur état de dégradation, privées de ces avenues imposantes, de ces pylônes aux dimensions monumentales qui conduisaient au sanctuaire, ces immenses constructions éveillent dans l'âme du voyageur un sentiment involontaire d'étonnement et d'admiration. Tout est simple et sévère, mais d'une simplicité qui n'exclut ni la grandeur ni l'harmonie. Jamais la ligne architecturale n'est tourmentée ni brisée ; jamais les ornements ne distraient de l'effet d'ensemble. Ce n'est qu'après avoir subi cette impression première qu'on revient, par l'examen et la réflexion, à la froide appréciation de l'art égyptien. Il faut reconnaître que le sentiment du beau, tel que l'ont conçu et consacré les Grecs, est étranger à l'Egypte. L'art du dessin ne s'y est jamais élevé jusqu'à la conception des lignes et des plans qui constituent la perspective, défaut qui du reste est commun (ceci est un fait très-remarquable) à toutes les nations de l'Asie sans aucune exception. L'esthétique égyptienne se concentre tout entière dans le grand, dans le gigantesque. La statuaire, comme la peinture, est enchaînée dans des formes de convention, qui en excluent en quelque sorte le mouvement et la vie. Sous tous ces rapports, l'art égyptien n'est jamais sort» de son éternelle enfance. Tel il se montre dans les tombeaux de la plaine de Memphis plus de 3000 ans avant l'ère chrétienne, tel on le retrouve au temps des Plolémées et des Césars. Les détails secondaires, les procédés, la pratique, le faire, ont pu se perfectionner à certaines époques ; la conception première n'a jamais varié. Et avec tout cela il n'en est pas moins vrai que l'effet général des monuments égyptiens est imposant au plus haut degré, et que les tableaux religieux ou historiques qui en décorent les parois, malgré le défaut de dessin et de perspective, contribuent de la manière la plus heureuse à l'ornementation de l'ensemble. Il faut dire aussi que la signification historique de ces vastes compositions, aussi bien que les caractères mystérieux qui les accompagnent et les expliquent, entrent pour beaucoup dans l'impression qu'on en reçoit.
§ 3. Figures décoratives. Notions sur les divinités égyptiennes et leurs attributs. — On voit, d'après ce que nous venons de dire, qu'un tableau général de l'ancienne civilisation égyptienne serait nécessaire au voyageur pour la parfaite intelligence des scènes variées dont les monuments lui offrent de si fréquentes représentations ; mais au lieu d'esquisser ici un sujet qu'il nous faudrait mutiler en l'abrégeant, nous aimons mieux renvoyer aux publications bien connues de sir Gardner Wilkinson, où le tableau est tracé de main de maître et sur de grandes proportions. Il y a deux ouvrages absolument indispensables à tout voyageur qui veut visiter avec fruit la vallée du Nil: ce