‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 415 sur 511 · L ( * \ PI · texte numérisé non relu

L ( * \ PI

anciennes coupoles sont en général simples et de forme hémisphérique; les coupoles allongées et ornées sontd'une époque plus moderne, quelques-unes de ces dernières présentent un léger étranglement à la base. Les plus remarquables se voient aux deux nécropoles du Caire, Kaït-Bey et l'Imam Chafeï.

Pour les autres monuments, fontaines (Sébils), Khans, bains, etc. nous n'avons rien à ajouter à ce que nous avons dit au chapitre Turtluie(V. p. 293-294).

Section IV.— Égypte moderne.

S 1. — Gouvernement. Rapports avec la Porte. — L'Egypte forme une vice-royauté à peu près indépendante, sous la suzeraineté de U Porte. Les rapports politiques de l'Egypte avec la Porte ont été régK-s par les traités de 1840ct 1811, ainsi que par le hatti-chérif du 18 février, et le firman du l*r juin 1841 qui en ont été la conséquence. Le gouvernement général de l'Egypte a été reconnu héréditaire dans la farmlle de Mohàmmed-Ali ; il se transmet, non pas au fils du pacha régnant, mais a l'aîné de la famille.

La Porte est suzeraine; le pacha d'Egypte est pour elle un simple gouverneur général, n'ayant droit qu'à ce titre et aux prérogatives d'étiquette qu'il confère.

Le vice-roi (titre donné au pacha d'Egypte par les gouvernements européens, et nullement reconnu à Constantinople, où il n'est que S. A. le gouverneur général de l'Egypte), lè vice:roi reçoit l'investiture du sultan, à son avènement. Il administre l'Egypte, moyennant un tribut de huit millions de francs environ, dont le chiffre a été fixé d'une manière permanente. Il perçoit les impôts et rend la justice au nom du sultan; il a le droit de battre monnaie, mais seulement à l'effigie du sultan ; entin, la prière se fait aussi dans les mosquées au nom de l'empereur des Ottomans, et c'est là, dans toutes les monarchies musulmanes, ce qui constate la souveraineté suprême.

Le contingent égyptien est fixé à 18000 hommes parle firman du l^juin 1841; mais cet acte prévoit les cas dans lesquels une augmentation des forces militaires pourra être autorisée. En réalité , le pacha tient sous les armes le nombre d'hommes qu'il lui plaît, et, * comme en 1854 cet état de choses lui a permis d'envoyer au secours de l'empire ottoman plus de 30 000 soldats, la Porte serait mal venue à lui reprocher cette infraction au traité de 18-11. La flotte ne peut être augmentée de nouveaux vaisseaux sans autorisation spéciale. Le viceroi ne peut nommer dans les grades militaires ou civils que jusqu'à celui de colonel (bey) inclusivement. Pour éluder cette prescription, il a créé des beys dits de première classe, auxquels il confère des fonctions de pacha de deuxième classe (généraux de brigade).

Enfin, malgré la faculté qu'il a d'administrer librement l'Egypte, le vice-roi doit en référer à Constantinople pour tous les appels de justice, et demander l'autorisation a la Porte pour les grands travaux publics qui seraient de nature à changer les voies de communication avec l'empire, ou à amener des rapports complètement nouveaux *ntr« l'Egypte et les autres parties de la Turquie.

(JOI VEUNEMENT. - ADMINISTRATION. 931

$.2. — Constitution du gouvernement. — Administration — Le

gouvernement du vice-roi est? absolu dans toute l'acception du mot. Tout ce qui, en fait de gouvernement, entoure Saïd-Pacha, a toutau plus un caractère consultatif. L'organisation fondée par Mohammed-Ali a été dernièrement bouleversée (18G0 sous prétexte d'économie et de concentration de pouvoirs. Le grand conseil composé de dignitaires et de princes de la famille vice-royale, qui réunissait les attributions d'un conseil d'Etat et d'une cour de cassation, a été supprimé. Il no reste plus qu'un conseil privé {mayèh) composé de sept membres, qui accompagnent le vice-roi.

Depuis la mort du dernier ministre de l'intérieur, Ismaïl-Paeha, qui n'a pas été remplacé, il n'y a plus que trois ministères: affaires étrangères, guerre et finances.

Le sol est divisé administrativement en sept provinces ou moudirièh. Le conseil adjoint a chaque moudirièh vient également d'être supprimé. Le inoudir administre, juge et lève les impôts, confondant ainsi tous les pouvoirs. Les moudirs correspondent avec le mayèh, ou au besoin avec Je vice-roi. Il y avait autrefois des sous-gouverneurs we'kils) avec circonscriptions administratives analogues aux sous-préfectures; ces circonscriptions ont été abolies, et il n'y a plus d'intermédiaire entre les moudirs et les Cheikh el-Béled, sortes de maires représentant l'autorité dans chaque localité.

Les titres, en Egypte, sont les mêmes qu'en Turquie pour l'administration et dans les rapports civils (pachas, beys, effendis, aghas, etc., etc.)

§3. — Religion. Justice.— La loi religieuse et civile et la hiérarchie religieuse sont les mêmes qu'en Turquie. [V. p. 297-298.) La justice est rendue par les cadis. Au Caire seulement, elle l'est par un cheikh-ul- Islam envoyé directement de Constantinople pour juger au nom du sultan. Tous les appels sont portés à Constantinople.

A Alexandrie et au Caire sont institués des tribunaux de commerce dits tribunaux mixtes, pour, juger les contestations entre musulmans et chrétiens non raïas. Ils se composent aux deux tiers de mahométans, et pour un tiers d'Européens. Le vice-président est européen.

S 4- — Finances. — Le revenu de l'Egypte peut être évalué à 110 ou 120 millions. Il se compose du produit de l'impôt foncier; de l'impôt personnel ou ferdé , établi dans les villes seulement; du revenu des douanes et des apaltes (fermes) du poisson, du sel, de la soude, du nitre, etc.

Le tribut prélevé par la Porte sur le budget s'élève à la somme de 8 millions, comme nous l'avons dit plus haut; les dépenses administratives et celles de l'armée montaient sous Abbas-Pacha à 55 millions k peu près.

Le reste du revenu de l'Egypte est à la disposition du vice-roi, qui en dispose comme il l'entend, et souvent pour des créations industrielles ou commerciales (compagnie maritime de la Medjidièh, compagnie du remorquage , etc.) et des travaux publics (fortifications, barrage; embellissements d'Alexandrie, etc.).

S 5. — Armée. — Marine. — Mohammed-Ali a été le premier à créer

932 ÈdYPTK.

en Egypte une armée régulière, à l'imitation des armées européennes Il en avait porté l'effectif à près de lot) 000 hom.nes, ce qui étaîthor* de toute proportion avec une population de moins de 3 million: d'ames. L'effectif actuel de l'armée est difficile à connaître : aujourd'hui 34 000 hommes; demain 15 000 à peine. Ce dernier chiffre se rapproche beaucoup du nombre de soldats actuellement sous .\i armes.

L'uniforme des troupes égyptienne.?, contrairement aux prescriptions des firmans cités plus haut, n'est pas le mémo que celui de l'armée turque; il est beaucoup plus élégant et bien mieux approprié a climat. C'est, à la couleur près, la môme coupe que l'uniforme de e> zouaves, sauf le turban. Veste, gilet et pantalon bouffant en toiit blanche ; tarbouch rouge avec une plaque en cuivre et un gland no : au sommet; des bas blancs, au lieu de jambières jaunes et des bottine lacées.

L'armement est bon; presque toute l'armée est munie de fus;!.rayés. Les arsenaux du vice-roi sont bien garnis et suffiraient * l'équipement d'une armée bien supérieure à la sienne.

L'infanterie compte actuellement 12 000 hommes à peine; la caralerie 1800. Cette dernière comprend des cuirassiers , des chasseurs des lanciers. Elle est parfaitement montée. L'artillerie a il batterie*, dont plusieurs do canons rayés. La batterie égyptienne n'est que de 4 pièces. Les corps spéciaux se composent d'un bataillon du ct-i.it: et d'un bataillon de pontonniers avec un équipage de ponts.

L'armée se recrute par la conscription. En principe, tout Égyptien doit le service militaire; mais, dans la pratique, on s'exonère souvent moyennant une somme donnée au cheikh chargé du recrutement dan* son village.

Il n'y a pas de garnison fixe en Egypte. L'armée suit le vice-roi. elle voyage et campe avec lui.

— Marine. Elle est presque nulle. La darse d'Alexandrie renferme trois vieux vaisseaux de ligne, restant de la belle flotte de Mohamrned- Ali, et qu'on est en train de dépecer; deux vieilles frégates à voiles la même époque, qu'on équipe et qu'on arme en ce moment 18*1 deux mauvais bricks également h voiles et hors de service; une* beh? frégate à vapeur de guerre, à aubes, deux ou trois autres vapeurs au>*i a roues, et deux transports-écuries. — Comme rien de tout cela ne tient la mer, il en résulte que la Hotte n'a en réalité ni état-major ci équipages réguliers.

S 0.— Instruction publique. — L'organisation donnée h l'instruction publique par Mohammed-Ali a disparu, l'enseignement élémentaire e>t retourné aux médressés, ou fondations pieuses. Des cheikhs ou chois, religieux tiennent dans les villes et les villages des écoles primaires gratuites. Ils y enseignent le Coran. L'instruction religieuse supérieure se donne au Caire à la mosquée d'El Azhar [V. p. 983.) L'instruction secondaire n'existe plus eu Egypte. L'instruction supérieure n'existe que pour l'enseignement spécial. Ainsi, il y a au Caire une école de médecine et de chirurgie en assez bonne voie, fondée par notre compatriote le Docteur Clot-Bey. Le directeur en est actuelle-

AURICULiTKE, COMMENCE, ETC. 933

ment M. Burguièrcs-bey , médecin sanitaire de France au Caire; qui dirige cet établissement avec beaucoup de zèle et de persévérance. Jl y a en outre une école militaire pour la marine et l'armée de terre à Alexandrie; une autre, spécialement pour l'armée do terre à la citadelle du Cuire; enfin, une école du génie à Kala't-Saïdièb. (Le Barrage.';

S 7. — Agriculture, commerce, industrie. — Nous avons déjà, en

parlant de la géographie de l'Egypte (p. 1)0*2;. énuméré ses productions principales -céréales, coton, lin, canne à sucre, etc.) et indiqué quelques-unes des raisons pour lesquelles l'agriculture n'est pas aussi prospère qu'elle pourrait l'être. L'obstacle principal est dans l'état même de la propriété.

En vertu du droit public qui n'-it l'Egypte, le pays tout entier, • hommes et choses, est la propriété dit souverain. L'idée de la propriété individuelle, au moins en tant qu'elle s'applique au sol, n'existe pas. Chaque fellah ou cultivateur est tenu de payer un droit de capitution et un itnpdt proportionné à l'étendue du sol qu'occupe sa maison. Les terres cultivées s'appellent llodv, elles se transmettent dans les familles, quelquefois se cèdent par transaction, et sont toujours sujettes à être reprises par le gouvernement. Le fellàu estsoumis, en outre, à des corvées en nature, et obligé de cultiver ainsi un certain nombre de feddans de terre, outre les siennes. Pour ce travail, il reçoit une proportion déterminée de la récolte. D'autres propriétés, connues sous le nom de Chiflik ou Abadyèh, sont réellement propriétés inaliénables : ce sont les terrains concédés à l'époque de :a conquête et libres d'impôts; ils sont pour la plupart entre les mains les grandes familles turques. Enfin, beaucoup de propriétés sont \Vakf% c'est-à-dire affectées à l'entretien des mosquées, des corporaions religieuses, ou des établissements de bienfaisance.

Il est à peu près impossible, dans un pays qui manque de statis- .ique, d'évaluer l'importance du commerce de l'Egypte ; le chiffre ipproximatif des importations est de 35 millions de francs, celui des 3xportations de 46 millions. La navigation est presque exclusivement >ntre les mains des étrangers. Le transit de la malle anglaise pour

Inde donne lieu, tous les quinze jours, à un grand mouvement, mais on importance pour l'Egypte serait bien autrement considérable, si «» canal de Suez ramenait de son coté tous les navires qui doublent

ujourd'hui le cap de Bonne-Espérance. L'Egypte a cependant beauoup gagné depuis quelques années pour la facilité des transports. )es bateaux à vapeur, au nombre d'environ 110, appartenant au gouerneraent, font le service sur le Nil; malheureusementils sont depuis quelques années consacrés uniquement au service du vice-roi. Enfin, ■3 chemin de fer, achevé depuis 1855, entre Alexandrie et le Caire, et ♦3 puis la lin de 185H entre le Caire et Suez, a fait une véritable résolution dans le pavs. Le chemin de 1er appartient au gouvernement, on usage a été promptement adopté par la population indigène, et *c*st un fait curieux à noter, que la plus grande partie du revenu l'ovient du transport des fellahs. Dans le principe, on ne comptait o*cre sur d'autres produits sérieux que ceux du transit anglais, voya-

«j;U EGYPTE.

geurs et marchandises. Au contraire, ce sont les fellàhs. payit: 10 ft. aux troisièmes places, qui font le bénéfice principal de l'expie.tation. Par le fait, le chemin de fer, que Mohammed- Ali >u\ \ sait devoir être a charge à l'État, constitue l'une des retour du trésor. La première année il avait produit 30 000 bourses 3 750 000 fr.; la seconde année, la recette s'est élevée à 40 000 bour^ ou 5 400 000 fr.

Industrie. — Il y en a peu en Egypte. On peut tout au plut quelques fabriques de toiles indigènes; il y a bien aussi des pistions de cannes, mais elles s'exportent et ne sont ni exploiter transformées en denrées dans le pays.

Le plus remarquable établissement industriel de l'Egypte e*t moulin français établi à Alexandrie par MM. Darblay et C«. Il est par la vapeur, et la farine y est obtenue fort belle, malgré sa qui inférieure, au moyen de procédés très-ingénieux ; les seules >ocde crédit sont encore les maisons de banque européennes établi Alexandrie sous la protection de leurs consuls respectifs.

S 8.— Monnaies, poids et mesures.— Tous les comptes se fo • piastres de 40 paras, comme dans tout l'empire ottoman [V. p. 311 piastre égyptienne a une valeur un peu supérieure à celle de t tantinople. Le dernier taux officiel est celui de 1843, d'après lequ? ' valeur légale de la piastre répond à 26 centimes de notre mot:i Les principales monnaies d'or égyptiennes sont la guinée ;100 pi*?'" et le khérièh (20 piastres) , et d'autres plus petites jusqu'à la fin de 5 piastres. Les monnaies d'argent sont : le talari (ou dollar du<V de 20 piastres ; Yekkilik de 10 piastres; les pièces de 3 piastres, d piastre, d'une demi-piastre et d'un quart de piastre. La seule mouz^ de cuivre est la pièce de 5 paras. Les sommes considérables sens tent par bourses, comme dans toute la Turquie. La bourse est touj • de 500 piastres, et vaut conséquemment aujourd'hui, d'après le légal, 130 francs.

Voici la valeur, au change, des principales monnaies étrange d'après le tarif de 1812.

piattrei. parai.

Le napoléon d'or 77 6

La pièce de 5 francs 19 10

La livre sterling 97 20

La couronne anglaise 2* *20

Le shilling 4

La colonnade ou ecu d'Esp. « *

La guinee turque £7 ■

Le medjidièh de Constant. M :

Les pièces d'or de France et d'Angleterre, et notre pièce de 5 fra: • sont les monnaies étrangères les plus usitées.

Mais en dehors du taux légal, il y a un cours de convention variai qui n'a plus changé cependant depuis 1858. On le calcule en ajouta un tiers à la valeur légale : c'est ce qu'on appelle monnaie court* Ainsi la livre égyptienne (100 piastres au tarif passe pour 150 pia*:^ la livre anglaise 148, la livre turque pour 13, le napoléon pour 11*..» pièce de 5 francs pour 29, etc.— Le voyageur, qui quitte le Caire la haute Egypte, n'oubliera pas qu'il faut se munir de tout IW monnayé nécessaire pour sa tournée, et surtout d'une quantité

Page 1