‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 418 sur 511 · POIDS · texte numérisé non relu

POIDS

8 mitkàl=l okia (l'once arabe).

12 okias=l rotl (la livre arabe, environ Ht grammes).

2 rotl 3 quartstrl okia (1 kilog. 23f>). 100 à 110 rotl=l kantar (de 120 à 130 kilog.).

Voici les prix courants, k Alexandrie et au Caire, des choses les plus nécessaires: — riz, l'okia.. 3 piastres; macaroni et vermicelle, </., 9 piastres; farine de froment, id„ 7 piastres ; pommes de terre, d., 3 piastres 1/2; sucre, »d., 9 piastres; viande de boucherie, ïd., 5 piastres (dans la haute Egypte, 3 piastres}; veau, l'okia, 2 piastres; motion, td., 2 piastres 1/4 ^dans la haute Egypte, 1 piastre 1/2) ; beurre, d. , 4 piastres; la paire de pigeons, «'1 piastres; café, l'okia, 10 piastres ; lourrah, l'ardeb, 70 piastres ; l'eau, 1 outre, 1 piastre ; tabac de Jyrie, l'okia, de 20 k 30 piastres; tabac d'Egypte, t'd., 0 piastres. Pour es divisions du temps et le calendrier, V. p. 312.

§ 9. — Populations. — La population actuelle de l'Egypte peut se apporter à quatre classes principales : les Arabes, les Turcs, les Copies »t les Levantins.

Après ces quatre classes prédominantes, et dans de moindres pro- >ortions, il faut compter les Juifs et les Francs (les Européens; ; et •nfin il faut tenir compte aussi d'un élément indigène qui se rencontre

l'extrémité supérieure du Saïd, les Buru6ra.

ï»:m Kui'PTK.

r Le* Arabes. Cette première classe forme «depuis longtemps, dans l'Egypte en général et dans la basse Egypte en particulier, la partie dominante, et bien souvent exclusive, de la population. Les Arabe» d'Egypte sont les descendants de ceux qui s'emparèrent du pays sou* la conduite d'Ainrou en l'année 040, ou qui y accoururent en foule après la conquête, attirés par la beauté de cette riche contrée, qualiliée par le lieutenant d'Omar de pava béni. Telle fut la multitude des colon* musulmans qui se répandirent alors, comme une immense inondation sur toute la vallée du Nil, que le fonds ancien, le fonds national i. la population en fut on peut dire recouvert et submergé. Ce qjr n'avaient fait auparavant ni la conquête perse, ni l'établissement gT^ après Alexandre, ni la domination romaine, ni la possession byzantine, fut accompli par l'immixtion musulmane. 11 y eut, les résultai le prouvent, une fusion rapide entre la population immigrante • Timmense majorité de la population conquise, entre les Arabes et V* Égyptiens. Cette fusion dut être d'autant plus complète, que la tn>grande partie de la nation conquise adopta, par force ou par percussion, la religion des conquérants, et que dès lors rien ne s'opposa r, mélange du sang des deux races. Dans cette fusion, toutefois, ce ïi: l'élément nouveau qui resta .dominant, puisqu'avec ses institution ses mœurs et ses usages, il imposa sa langue aux vaincus, et que s'il ne transforma pas complètement le type égyptien, tel que nous I<* montrent encore les monuments, il y imprima en général le cachet plus noble du type arabe.

Les Arabes d'Egypte se distinguent eux-mêmes en trois catégories: ce sont les Arabes des villes, les Arabes des campagnes ou cultivateurs, (les Felldhs, comme on les nomme;, et enfin ceux qui ont gardé la v o nomade, \oa Bédouin*. Les premiers ont perdu, par l'influence d'inuvie plus régulière, et aussi par la fréquente immixtion du sang d»--« esclaves abyssines, ce que le type primordial a de plus âpre et il<* plus rude ; en même temps que la distinction des tribus s'est effacé*parmi eux ou à peu près. C'est du reste ce qui e*t également arrivé même dans les villes de l'Arabie. On calcule que dans le Caire seul il y a près de 200 000 Arabes de cette classe urbaine. Ils s'y désignent non par la dénomination .d'Arabes vqui n'est employée entre eux quo pour désigner les Uédouins*, mais par la qualification d'Au lad el-Behd (enfants de la ville', ou encore <Y Aiclad-Mesr ou lYEl-Mesriyîn le> enfants de Mesr, les Mesraïtes). Chez eux, comme partout, le teirt est beaucoup plus clair et l'épiderrnc plus doux que dans la classe de> paysans.

Fellah est, nous l'avons dit, la dénomination générale des Arabrs agriculteurs : c'est ce que le mot signifie. Il s'applique cependant au^si aux artisans, au bas peuple des villes. Les Turcs le donnent souvent, eomme expression de mépris, aux Egyptiens en général. La forme régulière est au pluriel Fclldhtn ; FeÙdh est le singulier. M. Lane, d'accord avec Volney et tous les observateurs, représente le* Fellah comme une race de taille moyenne, 5 pieds 4 ou 5 pouces en général, mais élancés et musculeux. Les femmes ont une physionomie agréable et vive. La peau devient *\o plus en plu? fom ~c à mesure que l'on

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remonte au S.; jaunâtre ou seulement brunie dans le N., elle est presque noire en approchant de la Nubie. La plupart ont la tête d'un bel ovale (c'est la coupg arabe), le front large et saillant, l'œil noir, enfonce, brillant, le sourcil noir, comme la barbe, qui est frisée et médiocrement fournie ; le nez droit et assez fort, la bouche bien taillée, le» dents belles, les lèvres un peu marquées. Les Arabes des villes, plus mélangés, ont une physionomie moins uniforme ; ceux des villages, qui ne s'allient jamais qu'entre eux, ont des caractères plus constants, plus généraux, en même temps qu'une expression de physionomie plus grossière. Quant au costume, il se borne, chez les hommes, à un simple caleçon et une chemise de coton. Les moins pauvres se couvrent la tête d'un turban ou d'un tarbouch rouge ; les autres, d'une espèce de calotte blanche qu'on nomme taki. En public, les femmes des paysans portent aussi un caleçon et une chemise semblable à celle des hommes, et sur la tête une longue pièce de coton rejetee en arrière, et dont les pointes, retenues avec les dents, leur cachent la figure. Les deux sexes sont laissés entièrement nus jusqu'à l'Age de puberté, qui chez eux vient de bonne heure. Les jeunes femmes sont bien conformées, épaules larges, poitrine bien placée, figure régulière et très-expressive, les yeux étincelants, à demi-voilés de longs cils noirs. Elles se peignent les lèvres en bleu f oncé : elles se tatouent le dcsjsus du menton et d'autres parties du corps, c Leur démarche est fière, leste, élégante ; il est impossible de porter avec plus de grâce un fardeau sur la tête ou un petit enfant à cheval sur une épaule. » Ce portrait s'applique surtout aux Fellahines du Saïd.

Au moral, le portrait est moins flatteur. « On ne peut guère représenter les Fellàhs sous un jour très-favorable, dit un excellent observateur dos mœurs égyptiennes (Lane, ModtrnEgyptians), quant à la vie domestique et aux habitudes sociales. Ils ressemblent par les plus mauvais côtés aux Bédouins, leurs ancêtres, sans aucune des qualités, si ce n'est k un degré très-inférieur, qui distinguent l'Arabe du désert. Les coutumes même qu'ils ont reçues de leurs ancêtres ont eu souvent une influence funeste sur leur état domestique. » Tel est l'usage déplorable de la loi du sang, qui perpétue souvent des haines héréditaires de famille h famille. Les Fellàhs gardent la lointaine tradition de leurs tribus originaires, dont le nom, ou celui de leurs nombreuses subdivisions, est resté communément attaché aux villages ou à la vallée ou se fixa la tribu ; mais comme ils s'y sertit mêlés et fondus de bonne heure avec les habitants antérieurs, ils sont tenus en mépris par les Rt-douins, qui ont seuls gardé sans altération le sang et surtout les mœurs de la race. Un Bédouin prend quelquefois pour femme la fille d'un Fellah, mais jamais il ne lui donnera la sienne. Les FellAhs ont du reste conservé toute la susceptibilité arabe à l'endroit de la chasteté de leurs femmes. Si une femme Fellàh est convaincue d'infidélité, le mari ou le frère la jette dans le Nil avec une pierre au cou, ni plus ni moins ; ou bien on lui coupe les membres et on la jette ainsi pièce à pièce dans le fleuve. Il arrive souvent que le père ou le frère infligent le même supplice à une fille ou à une sœur qui s'est rendue cou-

Orifnt. » 53

EGYPTE

pable d'incontinence. Les parents de la femme sont regardés comnv plus déshonorés que le mari lui-même par la faute de la femme, et c e< pour eux une très-mauvaise note do ne pas la- punir. Jusqu'à qu point les innovations do Mohammed-Ali, et on particulier la consr-rrtion, qui fait passer sous les drapeaux une partie de la populatio: Fellàh, modifiera-t-elle ces mœurs natives? c'est ce qu'on ne saur: dire encore.

En ce qui est du régime, l'Arabe consomme peu. Sa nourriture son habillement lui reviennent peut-être à 50 ou t>0 piastres par ti c'est-à-dire à une quinzaine de francs. Trois galettes de doura. larcT comme la paume de la main , suffisent* pour sa journée. Les p industrieux ou les plus riches y joignent des pastèques, des encombres, de la chicorée, quelques dattes, des oignons, et (ce qui • > leur grand régal) des lentilles rouges. Le FellAh se lève et se cou ^ avec le soleil. Son bonheur suprême, c'est le repos; il no trava. t que contraint par la nécessité absolue. Il est vrai que le grand réside l'activité humaine lui manque, le sentiment de la propriété et u certitude de jouir de ses peines. L'indolence, après tout, sera toujours la jouissance, ou, si l'on veut, le vice des climats chauds, ces heureuses contrées du soleil où l'homme a peu de besoin?, et où la nature ne lui impose pas le travail comme une condition de vie. Au demeurant, malgré les défauts* qu'on lui reproche, le Fe.'à^ est en général gai, peu porté à se plaindre de son sort, plu* apathique qu'irritable, et cependant causeur et serviable, surtout s il z en perspective le moindre salaire. Ce que l'on peut conclure de tout <-•: que rapportent de ces hommes ceux qui ont été le plus à même de M observer et de les connaître, c'est que sous la rudesse qui est le fa;t leur ignorance, sous leur apathie, qui provient de la misère et de ïo\ • pression, il y a en eux un germe d'amélioration facile à développer. L'étincelle d'une noble race peut jaillir encore de ces natures ar r ties.

Il y a peu de chose à dire ici de l'Arabe nomade du désert . s- i des tribus qui campent entre le Nil et la mer Rouge, soit de col • qui errent a l'O. du fleuve, vers les Oasis, ou qui se rapprochent «:»-• l'isthme de Suez. Ils ne se distinguent en rien d'essentiel des tnl:-* du Sahara ou de celles de l'Arabie et de la Syrie orientale. • V. p. 5*i . Bien qu'il soit compris dans les limites que la carte donne à l'Eçvp!?. le Bédouin (Dëdawi) n'appartient pas en réalité à la population ég-v^tienne, pas plus que le désert n'appartient à l'Egypte. L'Êgypie, a dit un ancien oracle, c'est le territoire que l'inondation atteint.

2" Les Coptes. Parmi les tribus actuelles de l'Egypte, celle-ci représente le dernier débris de la race égyptienne des anciens temr- Elle en a conservé le nom; car le mot koubit qui est la forme n, i. gène, n'est bien évidemment et ne peut être qu'une contracta arabe d'Aè/ûffrof. La grande masse des anciens habitants de l'K^ry: t s'est fondue, on vient de le voir, dans la population conquérant, les Coptes seuls se sont préservés du mélange en gardant leur foi cure tienne vis-à-vis de l'islamisme, et ils ont ainsi perpétué la vieille n , tionalité pharaonique, en même temps que la laDgue et le nom de \

POPULATION.— KACES. m

race. On évalue à 150 000 le nombre des Coptes actuels; voilà ce qui reste'pour représenter dans le monde moderne le peuple de Sésostris et des Ptolémées.

Sur ce nombre de 150 000 individus, qui forme à peine la quatorzième partie delà population de l'Egypte, environ 10 000 habitent le Caire. Dans quelques parties de la haute Egypte, on trouve des villages exclusivement coptes, et la race est surtout très-nombreuse dans le Fayoum, La quantité d'églises et de couvents ruinés qui existent en diverses parties de l'Egypte montre que la population copte, il y a seulement quelques siècles, était encore très - considérable ; mais chaque année, beaucoup se sont fait ou se font encore musulmans, et se mêlent par des mariages avec les Arabes, si bien que le nombre des Coptes purs tend toujours à décroître. Ils n'ont pas tout à fait perdu leur ancienne langue, qui se conserve dans la liturgie et dans plusieurs de leurs livres religieux ; mais le copte est devenu une langue morte (comme chez nous le latin), et très-peu de personnes le comprennent. L'arabe l'a remplacé^ dans l'usage commun.

On sait que c'est par le copte que les égvptologues sont parvenus à lire, depuis Cbampollion, les inscriptions hiéroglyphiques; ce fait seul suffirait pour démontrer, à défaut d'autres preuves, que le peuple qui a gardé tout à la fois la langue et le nom des anciens Egyptiens est bien leur véritable descendant.

Mais on peut se demander si cette descendance est exempte d'altération et de mélange? A cela, on le conçoit, on ne peut répondre qu'en interrogeant les probabilités de l'histoire. Les Egyptiens n'auraient pu, nécessairement, se mêler qu'avec les nations qui les ont conquis. Les premiers sont les Perses. Mais les rois d'Ecbatane et de liabylone tinrent l'Egypte simplement comme une province de leur vaste empire, et n'y envoyèrent jamais de colonies. On ne voit pas non plus que la Grèce ou la Macédoine ait versé sur le Nil une population immigrante durant la domination des Lagides. La colonie grecque de cette grande période était concentrée dans Alexandrie. La politique des Ptolémées fut bien plutôt de se faire Égyptiens aux yeux de leurs •ujets , que de gréciser l'Egypte. L'architecture', les inscriptions , la langue, les usages et le culte, tout resta purement égyptien. La langue grecque était en usage dans l'administration, mais concurremment avec l'égyptien, et non pas à son exclusion. La religion égyptienne était une barrière qu'il aurait fallu renverser avant qu'une fusion physique et morale devint possible entre les deux peuples, et les Ptolémées n'essayèrent jamais d'y porter la main. Ce que nous disons de la période macédonienne, à bien plus forte raison faut-il le dire de la période romaine. La possession de l'Egypte parles Césars et leurs successeurs fut toujours un fait d'administration publique, jamais un fait do colonisation. Les empereurs chrétiens travaillèrent, il est vrai, à détruire l'antique religion d'Osiris, et ils y réussirent ; mais cette grande révolution, préparée par la propagation des idées chrétiennes en Egypte dès le rr siècle de notre ère, s'accomplit tout entière dans le sanctuaire de la conscience humaine. Il n'y eut pas là de population nouvelle qui apportât en Egypte un élément nouveau ;

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et c'est seulement par l'immixtion physique que les races changent et se renouvellent. Reste enfin la période byzantine. Or, on 'peut affirmer, en présence de l'histoire, que celle-ci, pas plus que les périodes précédentes, n'eut d'action extérieure et physique sur la population de l'Egypte, bien que l'usage vulgaire de la langue grecque (très-grossière et très-corrompuc) se fût répandu dans toute l'Egypte, et même jusqu'en Nubie. Le christianisme, commun aux Égyptiens et aux Grecs d'Orient, fut entre eux plutôt une barrière nouvelle qu'or lien et un rapprochement; car on sait quelles persécutions et quelle haine profonde suscita le schisme d'Eutychès, condamné à Constantinople et conservé par les Égyptiens. Cette haine contre Byzance fut telle qu elle poussa les Coptes au-devant de la conquête arabe, et ouvrit aux musulmans les portes de l'Egypte.

On voit qu'à toutes les époques, depuis Cambyse jusqu'au temps àe Mahomet, la nation égyptienne s'était maintenue intacte vis-à-vis à? ses maîtres extérieurs. Elle fut conquise, non entamée. La politique et U retigion l'entourèrent d'un double rempartderrière lequel elle oonserri son culte, sa langue, ses usages, sa nationalité tout entière. Cette barrière, les Arabes seuls l'ont renversée, llsl'ont renversée en couvrant!^ pays de leurs tribus, qui s'y établirent à demeure, qui imposèrent aU grande masse des habitants le culte de leur prophète, qui partout *e mêlèrent avec la population indigène des villes et des campagne*, qui, en un mot, traitant le pays en terre conquise, y implantèrent, en même temps que l'islamisme, leurs mœurs, leurs usages et leur langue. C'est ainsi qu'en quelques siècles la nation égyptienne s'est transformée en un peuple arabe, ou, pour parler plus exactement, en un peuple métis qui tient à la fois, au moral aussi bien qu'au physique, de l'Arabe et de l'Egyptien. Les Coptes sont les seuls qui se soient soustraits à cette absorption graduelle en restant chrétiens et en acceptant la position de raïas. La ditîérence des religions, qui interdit le mélange du sang entre les deux races, est la dernière et la seule garantie qui protège le faible reste de ce qui fut autrefois un si grand peuple.

Le précieux ouvrage où M. Lane a décrit les mœurs des Egyptiens modernes renferme un très-bon mémoire sur les Coptes. Nous ne pouvons mieux faire que d'en tirer, en le resserrant, ce qu'il importe de ■avoir de ce peuple avili et dégradé, mais encore intéressant à tant d'égards.

M. Lane fait observer que 4es Coptes ont une si grande aversion pour quiconque n'est pas de leur race , et une telle répugnance a nouer des rapports intimes avec les étrangers, qu'il désespéra longtemps de pouvoir se procurer des notions certaines sur leur état religieux et social. Il fut enfin assez heureux pour rencontrer ce qu «l avait fini par croire introuvable , « un Copte d'un esprit libéral et intelligent; » et c'est a lui qu'il a dû la plupart des renseignements contenus dans son mémoire.

Dans la conformation extérieure et la physionomie des Coptes, on est frappé de quelques points de ressemblance avec les anciens Egyptiens, tels que ceux-ci sont figurés dans les représentations des tom-

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beaux et des temples, bien qu'on puisse reconnaître aussi de notables différences. « Le peuple, dit M. Lane , qui présente aujourd'hui le plus de ressemblance avec les anciennes figures égyptiennes, ce sont les Noubas1. Après ceux-ci, ce sont les Abyssins; les Coptes ne viennent qu'en troisième. Ces derniers diffèrent assez peu, au total, de la généralité des musulmans d'Égypte, lesquels, étant principalement issus d'Arabes et de Coptes convertis à l'islamisme, ont plus ou moins gardé quelque chose du type copte. J'ai parfois eu quelque çeine à reconnaître une différence entre un Copte et un musulman d'Égypte, en dehors d'une certaine expression de physionomie sombre et concentrée qui généralement distingue le^premier ; les musulmans euxmêmes y sont souvent trompés, quand ils voient un Copte en turban blanc. On trouve chez le Copte les mêmes nuances de teint que chez Je musulman, selon les différentes latitudes, nuances qui passent graduellement du jaunâtre pâle* au bronze et au brun. Chez le Copte , l'œil, toujours noir, est généralement grand et allongé, l'angle extérieur légèrement relevé; le nez est droit, arrondi à l'extrémité, et les narines dilatées; les lèvres assez fortes, les cheveux noirs et bouclés. La taille est communément au-dessous de la moyenne, ce qui était aussi le cas des anciens Egyptiens, à en juger par les momies. Leurs femmes, celles des hautes classes et des classes moyennes en particulier, se noircissent le bord des paupières avec lekeuheul; celles des basses classes se tatouent en bleu le visage, les mains, etc., de U même manière que les autres femmes égyptiennes, sauf qu'elles font généralement entrer la croix parmi ces ornements. La plupart des Coptes font circoncire leurs fils, coutume bien antérieure à l'arrivée des Arabes, comme on le voit par Hérodote.

L'habillement des Coptes est semblable à celui des musulmans d'Égypte, si ce n'est que leur turban est noir ou bleu, ou bien encore d'une couleur grisâtre ou brun clair. Les femmes coptes se voilent la face, non-seulement en public, mais aussi dans leur maison, même en présence de leurs proches parents. Les jeunes filles, et les femmes de la classe inférieure, portent généralement en public le voile blanc ; le voile noir n'est porté que par les femmes mariées des classes supérieures. Beaucoup, toutefois, adoptent le voile blanc, par le désir qu'elles ont d'imiter les femmes musulmanes.

A l'exception d'un très-petit nombre, qui professent la communion grecque ou romaine, les Coptes sont chrétiens jacobites. ou, comme on dit encore, eutychiens, monophysites, ou monothélites. On sait c^xie la secte à laquelle Eutychès a donné son nom ne reconnaît dans Jésus-Christ qu'une seule nature, la nature divine. Les Coptes ont de nombreuses écoles, mais pour les garçons seulement. On leur apprend à lire les Psaumes, les Évangiles et les Kpîtres en arabe et en copte. On ne leur enseigne pas le copte grammaticalement, aussi est-il très-rare de rencontrer un Copte qui sache écrire ou parler sa

1 Par ce nom, II. Lane enUnd évidemment désigner les babiunls de la » allée du Nil, dan» la ba«M Nubie, entre lu première et la »ec<tnde cataracte. Ca «ont des Baràbra ou Berberf.

* Ce»t le tun de peau jaunâtre et fumeux dont parle Vulney. L'obtervation, on le *ott,ne e'eppliine qu'aux Coptes du nwrd.

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langue natale correctement et couramment. Très-peu d'entre eux peuvent faire plus que de réciter ce qu'ils ont appris par cœur des Kcritures et de la liturgie. Le copte tomba peu à peu en désuétude après l'envahissement de l'Egypte par les Arabes. Au milieu du ix« siècle, 200 ans après la conquête, c'était encore, a ce qu'il sembla, la seule langue que comprit la généralité des Coptes; mais le x* siee^ ne s'était pas écoule, que la plupart des habitants de la basse Égypt* avaient cessé de le parler et de le comprendre. Il se maintint beaucoup plus longtemps comme langue vivante dans le Saïd. Au rapport de Makrizi, les femmes et les enfants des Coptes ne parlaient guèr* d'autre langue de son temps (c'est-à-dire vers la fin du xive siècle *: le commencement du xv') que le copte-saidi, bien qu'ils fussent au*r familiers avec le grec. Mais bientôt après, on voit la langue copie tomber aussi en désuétude dans la haute Egypte, et l'arabe prendre u place. Tous les Coptes qui ont été instruits à l'école disent encor? leurs prières en copte, et c'est dans cette langue que les prêtres lises: les Ecrituros a l'église; mais elles sont expliquées en arabe. Besocoup de livres à l'usage des prêtres et des laïques sont écriis ea langue copte, mais en caractères arabes.

Un des traits les plus remarquables du caractère des Coptes est i* haine qu'ils portent aux autres sectes chrétiennes ; l'aversion des musulmans pour les infidèles n'en donne qu'une faible idée. Ils sont, généralement parlant, d'un caractère sombre, très-avares, dissimula à un degré incroyable, rampants ou insolents selon la fortune; «ce très-peu recommandablc, au total, et qui donnerait une triste idée ou peuple dont ils descendent, si une pareille disposition morale n'était pas l'inévitable résultat d'un régime d'oppression et d'abaissement Ils ont tous les vices des esclaves : ignorants, fourbes, sans foi m conscience, n'ayant d'autre pensée que le gain , d'autre jouissance que les plaisirs grossiers. Tel est le portrait que l'informant de M. Lane lui a fait de ses coreligionnaires, et les autres voyageun n'en ont pas reçu une idée plus favorable. C'est parmi eux que w recrutent communément les hommes d'affaires, les receveurs et le* écrivains.

3" Les Turcs, L'analogie morale pourrait placer le nom des Juiû après celui des Coptes, et la communauté de croyance appellera»', aussi à leur suite les autres chrétiens d'Egypte; mais la suprématie politique doit donner le pas aux Turcs. Depuis le temps de Séhrc (1517), ils sont les maîtres du pays, mais ils n'y ont jamais été nombreux. On évalue à 10 ou 12 000 au plus le chiffre de la population turque de l'Egypte; populatiou essentiellement mobile et transitoire. Ils ne se sont jamais mêlés à la masse du peuple, qu'ils méprisent, et dont ils sont détestés; ils sont restés cantonnés dans les emploi* civils et militaires ; encore ils n'y ont eu depuis longtemps que peu ou point d'influence, supplantés qu'ils avaient été par les Mamelouk* avant l'expédition française, et. depuis, tenus à distance par le gérit régénérateur de Mohammed-Ali.

4° Les Levantins. Sous le nom de Levantins, on désigne communément tous les Arabes chrétiens de l'Egypte, en dehors des Coptes.

population!-races.

Les uns se rattachent à des familles établies de temps immémorial dans le pays, les autres s'y sont établis à des époques plus uu moins récentes. Il y a parmi ces derniers beaucoup de Syriens, d'Arméniens ci de Grecs. Ceux-ci ont gardé entre eux l'usage de leur langue nationale; mais les premiers ne parlent que l'arabe, que les autres comprennent et parlent aussi. Ils ont de plus, dans leurs rapports d'affaires avec les Européens, une sorte de jargon mi-partie grec et italien, qu'on appelle lingua franca. La plupart des Levantins sont adonnés au commerce ou font la banque ; il y a parmi eux de trèsriches maisons. Quoique chrétiens, ils se rapprochent beaucoup des musulmans par leurs usages domestiques et toutes les habitudes de la vie intime. Un voyageur instruit et spirituel, M. Bayle-Saint-John, a esquissé, dans un amusant volume, le tableau domestique des Levantins du Caire [Tivo year's Résidence in a Levantine family, 18">0).

5° Les Francs. De tout temps il y a eu des Européens établis à Alexandrie, sous la protection de leurs consulats respectifs, et même une partie de ces familles européennes , commerçantes pour la plupart, étaient souvent comprises dans la classe des Levantins ; mais le nombre s'en est beaucoup accru depuis»Mohammed-Ali . Leur condition, cola va sans dire, s'y est en même temps singulièrement améliorée. Ce sont aujourd'hui des Européens, des Français surtout, qui occupent la plupart des hautes positions dans les travaux publics et dans renseignement ou la direction scientifiques. A cet égard, une révolution complèto s'est accomplie. « La conviction de la supériorité européenne, disait il y a vingt ans M. Edward Robinsou, le savant auteur des Biblical Researches , s'est maintenant répandue parmi le peuple ; les préjugés et le mépris que l'ignorance musulmane professait à l'égard des chrétiens se sont (en Egypte du moins) affaiblis en proportion, et tendent à disparaître. Aujourd'hui les Francs peuvent se promener seuls dans les rues du Caire, aussi bien qu'à Constantinople et dans les autres villes de l'Orient, sans avoir u craindre ni insultes ni empêchement; tandis qu'il y a quelques années à peine ils auraient été assaillis d'injures , sinon de pierres. S'ils voyagent dans l'intérieur, ils >,ont reçus partout avec politesse, et même avec empressement. »

6° Les Juifs. On estime qu'il y a en Egypte environ G ou 7 000 juifs. Le nom, en arabe, est Yahoud au pluriel, au singulier Yahoudi. La plupart demeurent au Caire, où ils occupent un quartier sale et misérable. Beaucoup sont riches, cependant. Ici comme partout, lo commerce est leur grande affaire. On leur reproche d'être sales et négligés dans leurs vêtements. La couleur de leurs turbans est la même que pour les* Coptes. Leurs femmes se voilent le visage, et rien, extérieurement, ne les distingue des femmes coptes ni des levantines. Les juifs ont huit synagogues dans leur quartier du Caire.

7° Les ïiarâbra on Jlcrbêrins .Cvlic classe peu considérable de la population de l'Egypte est exclusivement confinée dans les parties les plu méridionales du Saïd, où elle occupe un certain nombre de villages. Rien ne les distingue de ceux qui forment le fonds principal de la population de la vallée du Nil nubien, immédiatement au-dessus

Franc» 7

Esclaves nègres 9t»«0

- abyssint * 000

— tcbcrkeases 0 Ot>j

Bédouins 70 C«>.>

944 EuVpTE.

d'Assouàn. On a remarqué qu'ils présentent dans leurs traits, et dans 1p. manière dont ils disposent leurs cheveux, une très-grande ressemblance avec les figures égytiennes des monuments. Beaucoup d'entreeux, sous la dénomination de liarâbra (qui est la forme plurielle du nom) viennent exercer au Caire les métiers de porteurs d'eau, de commissionnaires, etc., et il 6*y sont faits une excellente réputation de fidélité.

Le chiffre de la population . Dans un pays où il nesefait ni statistiques ni dénombrements, si ce n'est par des procédés très-grossiers, on conçoit qu'il ne faut rien attendre qui ressemble à un relevé tant soit peu sûr du chiffre de la population. Aussi les estimations en sont-elles trt*sdiverseB. Napoléon, en 1798, la portait a un peu moins de 2 500 00*1; M. Lane, en 1835, à 2 000 000 au plus; sir G. Wilkinson, en 1847. à 1 800 000. Cependant les données recueillies vers 1838 par un homme a portée d'être aussi bien renseigné que possible, notre compatriote Clot-Bey, se rapprochent beaucoup plus du chiffre de Napoléon. Nous les consignons ici, sous toute réserve bien entendu.

Fellahs et autres Arabes d'Egypte i 600 000

Turcs. 12 00u

Coptes 150 000

Baràbra 5 000

Juifs 7 000

Levantins (Syriens, Grecs, Arméniens, etc.) 10000 Total approximatif 2801 («0

Sur les Bédouins, inclus ici dans la population égyptienne, noui rappellerons notre remarque précédente (F. p. 938), et nous ferons observer en outre que le chiffre attribué aux Européens est maintenant bien au-dessous de la réalité. La grande incertitude, en définitive, porte sur l'estimation des musulmans en général , et en particulier des Fellâhs.

Les esclaves figurent encore dans co tableau, bien que l'esclavage ait été aboli en droit; mais, en fait, des réserves ayant été faites pour les individus à l'état d'esclavage au moment du décret d'abolition, on continue à vendre sous le couvert de cette exception, mais plus cher et secrètement.

Diodore (1,31) dit que de son temps la population de l'Egypte se montait à 3 millions d'âmes, et qu'elle avait été de 7 millions sous les Ptolémées. Ce dernier chiffre, sans être impossible, parait bien fort si on le rapproche de la superficie cultivable ô\u pays, même en 1* mettant au plus haut (F. p. 897). Le chiffre actuel de 2 900 00O dépasse déjà la proportion moyenne de la population de la France par rapport à l'étendue de son territoire. Il est vrai qu'au temps des Pharaons et des Ptolémées, la surface cultivée de l'Egypte a pu être double au moins de ce qu'elle est aujourd'hui, ce qui conduit , toute proportion gardée, au chiffre de 6 000 000 d'âmes. C'est tout ce qu'on peut dire sur ce sujet.

§ 10. Langue et Littérature. — La langue de l'Egypte est l'arabe : les autres idiomes que l'on y parle, même le turc, ne sont que des

MŒLRS, USAGES, ETC. 945

exceptions. Sur l'arabe en général et les parties de son vocabulaire les plus nécessaires à un voyageur, nous n'avons rien a ajouter à ce qui en a été dit dans les généralités de la Syrie (p. 501 et suiv.). Nous nous bornerons ici à quelques remarques particulières, en renvoyant pour plus de détails au livre de M. Lane.

La métropole de l'Egypte conserve la réputation qu'elle a eue pendant des siècles, d'être la meilleure école de la littérature arabe en général, et en particulier de la théologie musulmane ainsi que de la jurisprudence. Le niveau des études s'est fort abaissé eliez les Arabes, mais moins au Caire qu'ailleurs; aussi la renommée des professeurs de cette grande cité est-elle encore sans rivale, et sa grande mosquée, ol-Azhar, continue d'attirer une multitude d'étudiants de toutes les parties du monde musulman. C'est la première Université de l'Orient.

L'arabe que parlent au Caire les hautes classes et les classes moyennes est généralement inférieur, au point de vue de la correction grammaticale et de la prononciation, aux dialectes de l'Arabie, surtout à ceux des Dédawï; mais il est très-supérieur aux dialectes syriens, et plus encore a ceux du Moghreb.

Il y a au Caire beaucoup de grandes bibliothèques; la plupart sont attachées aux mosquées, et elles se composent principalement d'ouvrages de théologie, de jurisprudence et de grammaire. Plusieurs riches marchands, et d'autres personnes ont aussi de bonnes bibliothèques. Nombre de professeurs, sans parler des simples copistes, sont employés à reproduire les manuscrits. Le prix courant pour une main ordinaire est de 4 piastres, un peu plus ou moins (80 centimes), par \arra ou cahier de vingt pages de format in-4°, chaque page de 25 lignes à peu près. Le prix s'élève si l'écriture est élégante ; il est double avec les points-voyelles.

En dehors des classes qui font de la littérature une étude de profession ou une préparation à quelque carrière libérale, l'instruction est faible et très-peu répandue. Dans la classe des négociants, les plus instruits savent lire et écrire, mais c'est à peu près tout; beaucoup se contentent de la lecture et ont des gens à gage pour leurs é-critures. Les classes inférieures et les Fellâhs sont hors de question. Le temps ne permet pas encore d'apprécier pleinement ce que pourra faire pour l'instruction générale l'impulsion que lui a donnée le grand réformateur.

S H. Mœurs, usages. Conteurs, danseuses, psylles. — Presque tout

ce que nous avons dit des mœurs turques en général, p. 317 à 331, est applicable à l'Egypte, et ce que celle-ci présente de particulier au point de vue des costumes, des mœurs, etc., a trouvé sa place ci-dessus, dans notre paragraphe 9. A ce que nous avons dit p. 322 à 327, des bains, des cafés, des bazars turcs, des principaux amusements, des derviches tourneurs et hurleurs, il ne nous reste à ajouter que quelques détails sur certaines représentations auxquelles les voyageurs auront sans doute l'occasion d'assister au Caire, ou dans d'autres localités de l'Egypte: nous voulons parler des conteurs, des danseuses, des chanteuses et des psylles.

Conteurs. On trouve ordinairement dans les cafés arabes une espèce

946 EGYPTE

d'orateur qui raconte du chante une histoire merveilleuse ou un roman populaire. Quoique ces récits soient peu variés, ils n'en captivent pas moins toujours l'attention et l'intérêt des auditeurs. La parole des conteurs est animée, leur geste expressif, le ton habituel du récit est une sorte de demi-récitatif. Ils s'accompagnent -ou se font accompagner d'un instrument à cordes, comme d'une basse continue sur laquelle la voix se détache avec plus de force et d'éclat. Ces conteur» forment une corporation partagée en plusieurs catégories, à chacun? desquelles est attribuée une classe de récits dont le conteur ne doit p*s sortir. Trois romans poétiques font principalement les frais de leurs récits: les Aventures d'Abou-Zcïd, le Roman de Zahiret l'histoire d'Antar Quelquefois le maître du café paye les conteurs pour attirer la fou amais en général leur rétribution repose sur la générosité des auditeur?.

Danseuses et chanteuses. Un divertissement de plus haut goût *> d'une nature plus intime est celui des danseuses 'ghaziyèh). Elles appartiennent à une tribu particulière appelée Ghawdzi. Les voyageur les ont souvent confondues avec les chanteuses [almch, plur. aurdJiw , avec lesquelles elles n'ont rien de commun, si ce n'est que les une? et les autres sont également appelées dans l'intérieur des maisons dx:> riches pour y faire montre de leurs talents. A certains égards les danseuses ont une réputation beaucoup plus fâcheuse que les chanteuses ce sont, à vrai dire, les courtisanes avouées du Caire. Là, comme partout, il y en a de toutes les classes. Celles du premier rang son t très-belles, très-parées, et naturellement les représentations qu'elles vont donner chez les grands ou les étrangers se payent en proportion. Elles dansent par groupes de deux ou de quatre ; néanmoins quoiqu'elles mettent une certaine symétrie dans leurs mouvements, il ne faudrait pas s'attendre a les voir former des figures et des tableaux réguli» r>.

Lorsqu'elles se présentent sur le dourka, elles commencent à faire quelques pas en agitant au-dessus et autour de leur téte do petite* cymbales de cuivre, qu'elles tiennent du pouce et du médium ùo chaque main et dont elles jouent avec beaucoup d'expression. Ce prélude achevé, la danse commence. Alors les jambes demeurent immobiles, de même que la partie supérieure du corps, excepté les ln> qu'elles écartent, qu'elles arrondissent, qu'elles baissent ou rlèvent. suivant les diverses phases du sentiment lascif qui semble les animer. Agités par une trépidation incessante, que tour à tour elles accélèrent avec une audacieuse énergie ou ralentissent languissamment, les hanches et les reins, assouplis a toiu les mouvements, expriment sans retenue toutes les sensations physiques ; c'est le vilrabioit sine fir.' prurientes lascivos docili trnnorc htmbos des filles de Ondes, tel que le décrit Martial. Elles ont du reste plusieurs espèces de danses. L'une, c'est la plu» hnrdic et la plus brutale, est exclusivement empreinte du génie égyptien ; une autre, mêlée de quelques pas, parait combinée avec la danse grecque ; une troisième est connue sous le nom de danse des guêpes >ia/Ji'/i).Lcs danseuses feignent d'avoir été piquées par l'insecte, et au milieu de leurs mouvements elles le cherchent $ur toutes les parties du corps, se dépouillent un à un «le leurs légers vêtements, dont elles ne conservent qu'un voile transparent et mal as-

sujetti. Quand la danse est arrivée à son plus haut point d'excitation, il y a des moments de repos pendant lesquels les danseuses viennent agacer les spectateurs. Leurs provocations s'adressent surtout au principal invite. lue manière galante do témoigner sa satisfaction est d'humecter du bout de la langue de petites pièces d'or qu'on leur applique au front, sur la gorge, sur les bras, etc.

Ces danseuses sont do toute antiquité en Egypte, car on les voit représentées sur les monuments des Pharaons.

l'syllcs. Nous ne dirons rien des diverses sortes -de baladins, escamoteurs, théâtres de marionnettes, etc., qu'on peut rencontrer dans les rues du Caire et qui ressemblent beaucoup à ceux de nos villes ; mais une classe d'hommes qui, sans, ètro absolument particulière à l'Egypte, s'y voit maintenant plus habituellement qu'ailleurs, est celle des charmeurs de serpents. En ceci, comme en bien d'autres prodiges, le charlatanisme peut sans doute se mettre souvent de la partie; néanmoins il reste des cas, et en grand nombre, où toute supercherie a paru impossible, et où les psylles, comme les anciens les nommaient, semblent exercer sur les reptiles une fascination véritable. L'industrie do ces hommes est de reconnaître si des serpents sont cachés dans une habitation, de les évoquer, de les attirer a eux, et d'en débarrasser la maison. En apparence, ils semblent n'employer pour cela qu'une simple formule : < Je vous adjure, au nom d'Allah ; que vous soyez au-dessus de nous ou au-dessous, sortez. Je vous adjure par le plus grand des noms. Si vous obéissez, montrez-vous ; si vous n'obéissez pas, mourez ! mourez ! mourez ! » Et alors on voit le serpent sortir, ou du plafond, ou des tissures de la muraille, et se laisser prendre par le charmeur, qui le met dans son panier et l'emporte. Quelque explication qu'on donne du fait, la réalité en a été souvent constatée.

Nous aurions encore bien des détails de mœurs intéressants à signa 1er au voyageur, tels que les cérémonies des mariages, des enterrements, les marin tj a à la copte, ces singuliers contrats où l'on prend une femme; pour un mois, deux mois, et dont quelques Européens ont même profité ; les fêtes religieuses, celle du khalig ou de l'inondation, celle du Dossèh ^piétinement) où le cheikh des derviches saadites passr à cheval sur une foule de fanatiques étendus sur le sol, etc., etc, mais on comprend que de pareils tableaux nous entraîneraient trop loin. Ce sont de col choses qu'il vaut mieux voir que lire. On trouvera d'ailleurs des détails amusants sur tous ces sujets dans la plupart des ouvrages des voyageurs pittoresques (Gérard de Nerval, Maxime du Camp, Alexandre Dumas, etc. etc.),

Section V.— Manière de voyager, saison favorable, hygiène, etc. $ 1.— Communications maritimes, chemins de fer, poste.— Trois

services réguliers de paquebots a vapeur sont établis entre l'Europe et l'Egypte. Les Messayerics impériales françaises envoient tous les 15 jours un paquebot direct de Marseille a Alexandrie, touchant à Malte, 'rajet en 7 à 8 jours, et réciproquement d'Alexandrie à Marseille.

948 KGYPTK.

Compagnie péninsulaire et orientale anglaise envoie également tous le* 15 jour» un paquebot direct de Marseille a Alexandrie, trajet accéléré en 5 jours seulement, et un paquebot indirect partant de Southampton, touchant a Gibraltar et Malte, trajet en 12 jours. Ces deux paquebots, consacrés au service de la malle de l'Inde, ont rarement de li place pour les voyageurs, qui ne se rendraient pas à cette destination Ils sont toujours encombrés, manquent du confortable auquel sort habitués les Français, et leur prix est trcs-élevé, d'autant plus qu'oî n'y délivre de secondes classes qu'aux domestiques. Enfin le Lloyi autrichien envoie aussi de Trieste k Alexandrie un paquebot acc lT-, touchant à Corfou seulement, et qui fait le trajet en 5 à (i jours. C* paquebot est également chargé du service ire la malle de l'Indu. Mais il est moins encombré, moins cher, et aussi accéléré ; c'est e: définitive le mieux fait de tous les services d'Egypte. De Constant)nople à Alexandrie, il existe aussi des services réguliers. Les Metageriet françaises ont une ligne indirecte par la côte de Syrie, trajet ea 17 jours, de quinzaine en quinzaine. Le Lloyd a une ligne directe quinzaine en quinzaine, touchant k Dardanelles, Smyrnc et Kbo<H trajet en 4 à 5 jours. La ligne des cétes de Syrie ne va jusqu'en Epyp* qu'à certaines époques de l'année. Pour les jours et les tarifs, vofti Alexandrie p. 958, et introduction générale.

L'Egypte possède un chemin de fer faisant le service journalier entre Alexandrie, le Caire et Suez (V. R. 16*2). avec les embranchements^ Benà'l-Assal à Zaggazig, de Tantah à Samanoud (le point de la ligfi' le plus rapproché de Damiette) et le tronçon d'Alexandrie à Manoui réservé au vice-roi, et au service de sa résidence à Mariout. Le chemin de fer est aujourd'hui la seule voie de communication en usâ« dons la basse Egypte, et a fait abandonner les autres route*. U« voyageurs, qui désireraient parcourir les parties du Delta qu'il n'atteint pas encore, trouveront facilement des bateaux pour ces excur» sions.

Poste.— Les rapports avec l'Europe, la Syrie et la Turquie ont lien au moyen des paquebots autrichiens, français et anglais ; à l'intérieur, il existe une poste européenne sur tout le trajet du chemin de ter d'Alexandrie à Suez : elle a au Caire un bureau, où sont expédiées les lettres arrivées à Alexandrie par les paquebots-poste (elles doivent être affranchies jusqu'à Alexandrie; le prix d'une lettre simp^»est d'une piastre au tarif), et une ponte indigène pour toute rKg)y*,; jusqu'à Khartoum. Une lettre arrive du Caire à The-bes en 7 jours, i AssouAn en 9 jours. Il faut remettre les lettres aux consuls qui les transmettent à l'autorité locale. Dans l'intérieur du pays, il faut retirer ses lettres chez les Moudirs ou chez les agents consulaires.

Le télégraphe électrique est à la disposition du public d'Alexandrie, au Caire et à Suez. Le prix d'une dépêche de 25 mots est de 5 franc* entre deux de ces points, et de 10 fr. d'Alexandrie k Suez.— Un télégraphe sous-marin est établi de Suez a Aden. On compte le prolonger jusqu'aux Indes, en même temps qu'Alexandrie sera reliée à Malte.

S 2.— Passe-ports, douane, consuls, papiers de crédit, hôtels.— U-s

passe-ports européens ne sont demandés qu à Alexandrie, encore sont"

MANIERE l)K VOYAtîKK. 019

ils exigés plutôt par les consuls, auprès desquels ils servent de titre d'introduction, que par les autorités égyptiennes. Dans l'intérieur du pays, on n'en a jamais besoin; il est même inutile de se munir de teskéres ou de firmans du gouvernement indigène, à moins qu'on n'ait en vue quelque but spécial, tel que des fouilles, des découvertes à entreprendre, qui demandent alors l'autorisation et la protection des autorités locales. La douane n'est guère plus sévère, et un léger baghehicli donné aux employés les rend encore plus accommodants.

La France a en Egypte uu consul général résidant à Alexandrie, et jouissant des prérogatives diplomatiques, un consul au Caire, et plusieurs agents consulaires en différentes localités, à Thèbes. aux ports de la mer Rouge, etc. Ce sont les protecteurs naturels des voyageurs français, et il ne faut jamais craindre de réclamer leurs bons offices pour obtenir les permissions de visiter les mosquées et pour sanctionner les contrats passés avec les drogrnans, les reïs (patrons de barquc,etc. — Alexandrie et le Caire sont les seules villes sur lesquelles on puisse d'une manière certaine se procurer du papier de crédit. Nous citerons h l'article Alexandrie le nom des banquiers principaux. Quant à Ja dépense du voyage en Egypte, tout ce qu'on peut ajouter îi ce que nous avons dit dans notre introduction générale, c'est qu'une excursion de trois mois en Egypte, aller et retour en Europe, peut revenir, danB les conditions ordinaires, h '3 ou 4 000 francs, si l'on prend les premières classes des chemins de fer et du paquebot, et que cette somme peut se réduire considérablement si l'on prend les secondes classes, et qu'on remonte le Nil en compagnie avec d'autres voyageurs. Le voyage du Nil monte à lui seul à un minimum d'environ 1800 francs, dépense générale qui peut se partager entre plusieurs voyageurs, le nombre de ceux-ci n'apportant guère d'augmentation que sur le prix de la nourriture.

Hôteh. — On trouve à Alexandrie et au Caire des hôtels tenus à l'européenne, avec un confortable suffisant, et a des prix relativement modérés (10 a 12 fr. 50 par jour:. Nous indiquerons, à l'article Caire% les conditions auxquelles un étranger pourrait s'y installer d'une manière plus durable. Pendant le voyage du Nil, le voyageur habite ordinairementsur sa cange, et si, pendant quelques excursions, il se voit dans la nécessité de chercher un abri chez les habitants, il trouve partout l'hospitalité moyennant un baghehich.

8 3. Aniers, dromadaires, drogrnans de place, voyage du Nil.— L'âne

est depuis longtemps la monture traditionnelle des Francs en Egypte : bien que le cheval ne leur soit plus interdit comme autrefois, l'âne est presque exclusivement employé pour les courses journalières des grandes villes, ou les excursions dans leurs environs immédiats. Dans toutes les rues principales, sur toutes les places d'Alexandrie et du Caire, on trouve des ânes de louage , que leurs conducteurs vous otfrent à l'envi. L'ânier est ordinairement un enfant ou un jeune garçon vétu d'une mauvaise chemise bleue, coiffé d'un vieux tarbouch presque décoloré, et qui court nu-pieds après sa monture pour l'exciter de la voix et du bâton , pendant que par ses cris , il prévient et Jnjt ranger Jes passant*. Les cris de, ânicrjs forment un vocabulaire

EGYPTE

qui apprendra au voyageur un grand nombre de mots usuels : la trtled ! Iabent (toi le garçon! toi la fille !) waa ! waa ! (gare !} reylak '. >trs pieds) yeminak! (ta droite !) chmalak ! (ta gauche!), etc. Certains d'entre eux écorchent quelques mots de français 'et d'italien, et sont, dans un grand nombre de cas, des drogmans suffisants pour courir les rue*. Quant à l'âne, ce n'est pas sans raison qu'on a vanté ses services : l'âne de la haute Egypte surtout, malgré sa petite taille, est remarquable par son ardeur; son trot serré et menu rend son allure infinimen: douce, et il fairt à peine l'exciter pour le mettre au galop. Son seul défaut est do butter souvent des pieds de devant , aussi doit-on aToir toujours l'œil à ses oreilles et ne pas trop engager ses pieds dans le> étriers, pour pouvoir sauter en avant et se retrouver sur ses pieds quand cet accident se produit. Du reste, comme les pieds touchent presque à terre, la chute ne saurait être grave, et n'excite jamais que les rires des assistants ou du cavalier désarçonné.

Bien que l'Egypte soit la terre classique du chameau et du dromadaire, le voyageur a rarement occasion d'en faire usage actuellement sur le sol mOine de l'Egypte ; depuis l'établissement du chemin de fer de Suez, le voyage d'Arabie ne commence qu'à c ette dernière ville. C'est au Caire toutefois qu'il faut se munir d'un drogman, ifc chameliers, d'une escorte, toujours par l'entremise du consulat. En dehors du voyage d'Arabie, ce n'est guère que pour l'excursion aux oasis, ou à Koçéïr, que l'on fera usage du dromadaire. Nous n'avons rien , <h reste, à ajouter aux détails que nous avons donnés p. 608 à 610 sur cet animal singulier et sur la manière de le monter.

Les drogmans de place sont en Egypte ce qu'ils sont dans le reste de. l'Orient. C'est dans les grands hôtels du Caire qu'on trouvera les meilleurs pour le voyage de la haute Egypte ou du Sinaï . Nous ne pouvons que répéter à leur égard les instructions données p. 603 et 004.

Le voyage véritablement spécial à l'Egypte, c'est le voyage sur 1? Nil. 11 ne peut plus être fait que dans une barque particulière. Il y a quelques années, les voyageurs ont pu , pendant quelque temps, se servir des bateaux a vapeur de la compagnie des transits ; c'était une ' ressource précieuse pour les voyageurs pressés par le temps , puisqu'ils pouvaient ainsi faire en -20 jours le voyage du Caire à As>ou.in (350 kil.) ; l'économie était aussi considérable, et si l'on voyait la haule Egypte avec moins île détails et moins de loisir que parlemudc actuel, bien des voyageurs, qui reculent aujourd'hui devant la dépense detemps et d'argent, pouvaient en prendre un aperçu général, ce qui vaut infiniment mieux que de n'avoir rien vu. Cette ressource, disonsnous, n'existe plus, le gouvernement égyptien ayant eu la faiblesse de céder aux réclamations des bateliers du Nil et de sacrifier l'intérêt général aux clameurs d'une corporation. Espérons qu'à une époque prochaine, on verra se rétablir des services à vapeur pour remonter le Nil.

Aujourd'hui il y a deux arrangements à faire pour ce voyage : la première manière est de s'entendre au Caire avec un drogman. qui se charge de transporter sur un bateau à voile soit le voyageur seul, .-oit une compagnie, jusqu'à Thcbes et à Syène, et de fournir la nour-

MANIKKË DE VOYAGER. 951

riture pendant le trajet; la seconde est de louer soi-même un bateau et de le pourvoir des approvisionnements m'crsaaires.

Dans le premier cas, c'est-à-dire si Ton fait un marché à forfait avec un drogman, on passe devant son consul un contrat où les obligations et les droits respectifs sont soigneusement stipulas. Tout doit y 6tre pn vu et déterminé , la grandeur du bateau, le nombre de personnes pour lequel il sera approprié, le nombre de repas, et pour chaque repas le nombre des plats et la qualité des vins. Toutes les dépenses accessoires, en ce qui regarde les baghehich, les guides, les ânes et leschevaux pour les excursions aux temples et aux tombeaux, doivent être mises à la charge du drogman. Il faut déterminer de combien de jours on veut disposer pour la visite des ruines et pour les excursions plus éloignées, si l'on en projette, ainsi que le temps où l'on veut être ramené au Caire. JSur la somme convenue, la moitié où les deux tiers sont comptés en passant le contrat, le reste est payé au retour. Voici le modèle d'un contrat de ce genre :

Contrat avec

« Nous soussignés N. . . et N.. .. sommes convenais aujourd'hui avec le drogman N.. . de faire avec lui un voyage en remontant le Nil, et nous avons yrété les conditions suivantes :

1. Le drogman N... s'engage à se pourvoir d'une cange (ou autre sorte de bateau qu'il faut déterminer, voyes ciaprès) spacieuse (on peut déterminer la grandeur) et commodément équipée, avec un tendelet et une chaloupe, pourvue en outre de lits, de lin^e de lit, de tables, de chaises, de vaisselle, de verres, de vases à filtrer, et de tous les autres objets que Ton doit fournir à des passagers de première classe.

ii. Le drogman N... s'engage à fournir toutes les provisions de bouche, les vins et les liqueurs, les bougies et les lampes nécessaires pour le voyage, et à donner chaque jour, tant au déjeuner qu'au dîner, autant de services que les soussignés le demanderont (à moins qu'on ' ne les détermine d'avunce, ainsi que la nature des vins et des liqueurs, connue il a été dit).

3. Le drogman N. s'engage à se fournir d'un cuisinier, d'un domestique et d'un aide pour laver le linge et tenir propres les chambres des voyageurs, et à les payer pendant toute la durée du voyage.

4. I*c drogman N. s'engage à conduire, dans ces conditions, MM. N . . . et N..., avec leurs femmes et leurs en-

un drogman:

fan ta, jusqu'à Assouan,età les ramener au Caire; à leur donner quinze jours de séjour à terre pendant le voyage (ou tout autre nombre que Ton voudra stipuler), partout où il leur plaira de s'arrêter, et à leur procurer des guides et des ânes pour visiter tous les endroits qu'ils voudront voir.

5. Pour remplir les obligations déterminées par les paragraphes précédents, le drogman N. . . reçoit de MM. N. . . et N. la somme de 5 600 fr. en or, dont moitié payée maintenant, et le surplus quand on ser.i de retour au Caire.

fi. S'il arrivait que MM.N... etN...

s'arrêtassent plus longtemps dans leurs diverse? stations qu'il n'est stipule à l'art. 4, MM . N . . . etN... s'engagent à payer au drogman N... la somme de 90 fr.

pour chaque jour qui dépasserait le terme fixé.

7. Si les susdits Toyageurs, après leur arrivée à Assouàn, avaient le désir d'aller jusqu'à la seconde cataracte, le drogman N. . . promet de les y conduire dans le même bateau et dans les mêmes conditions. De leur cote, MM. N... et N... lui payeront, pour le voyage de la première à la seconde cataracte, retour compris, voyaee pendant lequel il leur sera donné trois journées de séjour en tels lieux qu'il leur plaira de choisir, la somme de 1700 fr. Et s'ils desiraient, pendant ce voyage au-dessus de Ja pre-

952 KCiYPTE.

mière cataracte, s'arrêter à terre plu* de trois jours, il» s'engagent à lui compter 75 fr. pour chaque jour d'excédant.

8. 11 est bien entendu que le drogman N. prend à sa charge tous les présents qu'il pourra y avoir à faire pendant le voyage, ausfci bien que toutes dépenses de gardiens, d'équipage supplémentaire pour le service du bateau au passage des rapides , d'Assouùn. et de Phila?, de baghehich à I

donner aux hommes d'équipage, aux capitaines et aux pilotes, soit dans le cou», soit à la fin du voyage.

• 9. Le bateau sera complètement équipé et prêt à mettre souk voile dans cm jours à partir d'aujourd'hui.»

Fait au Caire, le. ..

Les signatures.

Habituellement six personnes se réunissent pour un voyage deo; genre ; dans ce cas, la dépense pour chacun est d'un peu plus de SOOfr pour le voyage du Caire à Assouàn et retour, et de 1200 fr. si I'ob pousse jusqu'à la seconde cutaraetc. Naturellement, si la compagne est moins nombreuse, la part de chacun devient plus forte. Pour un voyageur seulement, elle serait à peu près doublée.

L'autre méthode, ainsi que nous l'avons dit, est de se rendre à Boulûk en compagnie de son drogman, et lit, parmi les barques qui sont a l'ancre ;dahabièh, cangos ou autres), d'en choisir une, de la prendre en location, de la munir des provisions et autres choses nécessairepour un voyage de huit semaines ou pluSj de se faire, en un mot, le patron temporaire de la barque et de l'équipage pour le temps que doit durer l'excursion. Dans le choix d'une barque, il faut s'assurer avant tout qu'elle est à l'eau depuis peu de temps, et qu'elle a été récemment peinte a l'intérieur. Ces deux conditions sont des garanties essentielles contre l'envahissement des rats et des insectes. On s'assurera également que rien ne manque, ni sur le pont, ni dans les cabines, ni dans la voilure; il est bon aussi de savoir quelle est la réputation du reïs (le patron', et, enfin, si l'embarcation est compta parmi les bons voiliers. La barque sera munie d'une chaloupe (trèsimportante dans certains cas pour aller à terre pendant que laçante continue sa route, ou pour ne pas être obligé de se mettre à l'eau dan? le liinor., où la cange ne pourrait aborder}. Toute constatation faite, pn se rendra alors au consulat, où le contrat doit être passé et écrit en double, avec le sceau du consul. Le voyageur gardera sa copie avec lui pendant le. voyage. Le coût de l'acte et des copies ou traductions qu'on en peut faire est taxé. Voici, comme dans le cas précédent, le modèle d'un de ces contrats :

Contrat avec un reïs.

1. Aujourd'hui (les dates) le reïs N... do Doulàk. loue à M. N... une barque du tonnage de 200 ardebs» pour aller du Caire a Assouàn, au prix de 1000 fr. pour tout le voyage de soixante jours, à partir (désignation du jour). Sur ce prix, G00 fr. sont payes actuellement, et le reste à l'iitureux retour du voyageur.

9. L'eqnipage doit se composer de 8 hommes, d'un pilote et d'un reïs, tous

ins de corps, robustes, et soumis de toa*. point aux ordres du voyageur. Nul d'entre eux ne pourra quitter la barque sans l'autorisation de M. N. . . Si l'un des bommei venait à quitter indûment la barque os se trouvait hors d'état de travailler à la manœuvre, il serait immédiatement remplace. Quand M. N.. . le désirera, le reïs mettra à sa disposition un ou deux matelots pour raccompagner à terre, dans les

courses qu'il aura à faire (utile pour passer les ruisseaux, porter les armes, le gibier, etc.)

3. On ne lèrera jamais l'ancre qu'à la volonté de M. N... En remontant le fleuve on royagera jour et nuit quand le vent sera favorable; mais quand il sera contraire ou calme, on tirera la burque à ia corde, depuis le lever jusqu'au coucher du | soleil (on fait ainsi euviron six lieues par jour), et, en ce cas, le reïs devra s'arrêter chaque soir, ne relâcher que près de villages sûrs , et avoir toujours deux hommes de garde.

1. Le reïs s'oblige à laisser à M. N.. . douze jours pour visiter les endroits où il désirera s'arrêter ; M* N..., s'il voulait séjourner plus longtemps, s'oblige à payer au reïs, pour chaque jour de surplus, une somme proportionnée à celle qui est stipulée

au présent contrat (90 fr. ou % piastres).

5. M. N-.. s'engage, de son côté, à permettre au reïs de séjourner 24 heures à Siout et a Esnéh, pour y acheter des provisions et y faire cuire du pain.

6. Si, par suite de mauvais temps ou de tout autre motif extraordinaire non causé par le voyageur, le voyage dorait plus de soixante jours, y compris les douze jours stipulés à l'art. 4 et les deux jours de l'art. G, M. N. .. n'aurait pas à en tenir compte au reïs.

7. Le propriétaire du bateau n'a droit à aucun dédommagement pour les accidents qui pourraient survenir pendant le voyage et les dégâts qui en résulteraient pour le bâtiment.

8. Le reïs ne devra prendre à bord ni marchandises, ni voyageurs.

Signatures.

Les barques qui naviguent sur le Nil varient de forme, de grandeur et de nom. Les plus grandes sont les djerms, dont on ne se sert guère que durant l'inondation, ou pour les voyages d'Alexandrie aux ports de la Méditerranée. Elles jaugent depuis 800 jusqu'à 2000 ardebs et plus. Elles ont deux mâts et de grandes voiles latines, comme la généralité des barques du Nil. Le mddil, appelé aussi kiyâs, ne diffère de la djerm que par de moindres dimensions. Les barques les plus habituellement usitées pour les voyages du Nil sont le maasch, ou rahJèh, le dahabilh et la cange [kanghèh). Ils ne diffèrent que par les dimensions. La cange est la plus petite des trois; le dahibièb, qui tient le milieu, est le plus communément employé.

Le prix de location d'une barque se règle sur sa grandeur et son équipement, et aussi sur l'époque de Tannée. Une barque très-grande L*t parfaitement tenue, coûtera de 12 à 15 et jusqu'à 1800 fr. par mois, ('n dahabièh de 200 à 250 ardebs, plus simplement équipé, no coûtera en décembre que de 8 à 900 fr.; mais en octobre et novembre, on ne le payera pas moins de 1000 fr. En janvier, où le nombre des voyageurs est beaucoup moindre , on pourra trouver une barque au prix de 500 fr. par mois. La solde de l'équipage est comprise dans le prix ; mais il est d'usage de donner un mouton à Siout et à Esnèh nu à Syène, et d'accorder une légère gratification, que les matelots réclament en arrivant dans toutes les villes. Le baghehich de l'équipage ne devant pas dépasser 30 à 40 fr. en tout, il faudra proportionner h cette somme ce qu'on donnera chaque fois. Il est d'usage d'inviter le reïs à dîner de temps en temps ; il est très-sensible à cet honneur. On fait un contrat particulier avec le drogman, en tant que drogman, lut payant une somme convenue pour le voyage (soit 500 fr. pour deux mois) et un salaire prévu pour les jours qui dépasseraient le temps convenu unit 20 fr. par jour); il s'engage u fournir les meuble», le

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linge de table, de toilette et de nuit, et les ustensiles de cuisin*.

Reste l'article de l'approvisionnement. Les indication* suivante sont une mesure convenable pour trois personnes et un voyage de huit semaines. Beaucoup de drogmans remplissent en même templ'office de cuisinier; autrement, il faut en engager un, qui coûien de 100 a 120 fr. par mois.

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