II. Boulàk Embabèh
On se rend à Boulàk par une large avenue qui se détaclie à PO.
de l'Esbékyèh, et dont l'embellissement est dû à Méhémet-Ali. Elle est constamment animée par un mouvement considérable de promeneurs , de gens affairés , de portefaix, d'ànes, de chameaux et de voitures. Boulàk est situé sur la rive droite du Nil, à 2 kil. à l'O. de l'entrée du Caire et à 5 kil. 1/2 au N. de Fostât. C'est un des deux ports du Caire. C'est là que s'arrêtent toutes les barques qui remontent le Nil depuis Alexandrie ou le Delta , de même que celles qui descendent de la haute
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Egypte stationnent au vieux Caire.
Boulàk renferme de 4 à 5 000 habitants. C'est un village pittoresque, avec quelques mosquées, mais sans édifices remarquable!, sans en excepter le palais, élev* par Ismaïl-Pacha, fils de Méhémet- Ali, grand édifice qui a change plusieurs fois de destination. Boulàk possède une imprimerie fondée par Méhémet-Ali en 1822, d'où sont sortis déjà un très-grand nombre de volumes en turc et en arabe, dont beaucoup sont des traductions d'ouvrages européens. C'e«t aussi à Boulàk, sur les bords du Nil, dans un local situé à l'ancien débarcadère du transit, que M.
Mariette réunit les éléments du musée égyptien, qui n'existe encore qu'à Pétat de projet. On peut visiter les antiquités avec une permission spéciale de M. Mariette.
Un observatoire, appelé Beït er- Rassad, a été aussi établi sur une petite éminence , à l'extrémité N.-E. du bourg. Il y a, dans les environs, beaucoup de jardins et de maisons de plaisance. Une autre avenue, au N.-E., permet de revenir au Caire en passant par la station du chemin de fer et Babel-Hadid.
Le port de Boulàk offre de l'animation, mais le fleuve, resserré par l'Ile basse appelée Géziret- Boula q ou Geziret el-Koratyth, ne présente pas un aspect aussi majestueux qu'au vieux Caire. Il faut remonter jusqu'à la partie N. du bourg pour voir le fleuve dans toute sa largeur. Sur la rive opposée s'élève le village d'Emba- Dèh, qui vit le dernier acte de ce grand drame militaire connu soui le nom de bataille des Pyramides, dont npus résumerons les-dispositions d'après l'admirable exposé de M. Thiers (Hiit. dt la Hevol.
franç.} t. X, p. 117). « Mourad-Bey avait fait de ce village une espèce do camp retranché entouré d'un simple boyau et garni de batteries immobiles, dont les pièces, u'étani pas sur affûts de campagne , ne pouvaient être déplacées. Il y avait
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placé ses 24 000 fallâh ou janissaires, pour s'y battre avec l'opiniâtreté accoutumée des Turcs derrière les murailles. Ses mamelouks, au nombre de 10 000 cavaliers, s'étendaient dans la plaine, entre le fleuve et les pvramides.
Le 3 thermidor (21 juillet) 1798, l'armée française arriva en vue du Caire et «le l'ennemi, et Bonaparte fit ses dispositions. L'armée était partagée en cinq divisions, chaque division formait un carré, chaque carré était sur six rangs , l'artillerie était aux angles, les bagages et les généraux au centre. Ces carrés étaient mouvants. Quand ils étaient en marche, deux côtés marchaient sur le flanc; quand ils étaient chargés, ils devaient s'arrêter pour faire front sur toutes les faces... Bonaparte reconnut, avec une lunette, l'état du camp et des batteries d'Embabèh. Il vit que l'ennemi ne sortirait pas de ses retranchements. Il résolut d'appuyer avec ses divisions sur la droite, c'est-à-dire sur le corps des mamelouks, en circulant hors de la portée des canons d'Embabèk. Mourad-Bey devina sur-lechamp l'intention de son adversaire, et résolut de charger pendant ce mouvement décisif. Il ' laissa 2 000 mamelouks pour appuyer Embabèh et fondit avec le reste sur les deux carrés de droite ( Desaix et Régnier ). C'est une masse énorme que celle de 8 000 cavaliers galopant à la fois dans une plaine. Nos braves soldats les attendirent avec calme, et les reçurent à bout portant, avec un feu terrible de mousqueterie et de mitraille. Rejetée d'un carré sur l'autre, cette foule de cavaliers fut bientôt dans une déroute complote. Une partie dos fuyards s'échappa vers notre droite, du côté des pyramides ; une autre alla se jeter dans Embabèh, où elle porta Ja confusion. Bonaparte, s'en apercevant, ordonna à ses deux divisions do gauche (Bon et Menou) do s'approcher du camp retranché. I Les mamelouks fondirent encore |
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sur nos colonnes d'attaque; mais celles-ci se formant en carré avec une merveilleuse rapidité, les reçurent avec fermeté et en abattirent un grand nombre ; les autres se rejetèrent dans Embabèh, ou le désordre devint extrême. Nos colonnes abordèrent vivement le village , s'en emparèrent, et jetèrent dans le Nil la multitude des fellâh et des janissaires. La journée était finie. Mourad-Bey, avec les débris de sa cavalerie, se retira ▼ers la haute Egypte ; Ibrahim, oui de l'autre rive contemplait ce désastre, s'enfonça vers Belbeys.
Les mamelouks mirent aussitôt le feu aux djermes qui portaient leurs richesses. % La bataille nous avait à peine coûté une centaine de morts ou blessés.