I. Renseignements généraux
Tous les voyageurs aujourd'hui débarquent à Louksor ; c'est là en effet que sont toutes les ressources. G* est là que résident les agents consulaires; la France y est particulièrement bien represenuw par un fonctionnaire parisien, homme da monde, dont tous les touristes ont pu apprécier le bienveillant accueil. 11 a installé sur l'extrémité même du temple 4c Louksor une charmante habitation à l'européenne, dont' il fait les honneurs aTec la plus parfaite affabilité.
C'est à Louksor qu'est la poste; c'est la qu'il est le plus facile de se procurer de* provisions, des guides, des montures. Des barques sont là pour vous papier à tout instant d'une rire à l'autre. Un guide coûte pour un jour 10 piastres; un caerai, 10 piastres; un àne, 5 piastre*. Il est inuUle d'en emmener arec soi sur la rive occidentale, où l'on est assailli à barqoement par les guides, les leurs de chevaux et les aniers accourus des villages voisins. La précaution -a plus utile est d'emporter de Peau potable, surtout pour visiter la gorge brûlante de Rabel-Molouk, où l'on serait expose à toutes les ardeurs de la iioif.
A Louksor, on devra aussi se tenir en garde contre l'acquisition sans examen des antiquités qui vous sont offertes de tous côtes, scarabées, figurines en verre bleu, colliers de verroteries, cachets, anneaux, etc. Beaucoup de ces objets sont sans doute authentiques, mais il y en a plus encore de fabrique moderne. 1 1 y a d'ailleurs à cela une raison d'économie. A Louksor les curiosités sont hors de prix. Dans le» villages de Kournah et de Médinet-Aboc.
au contraire, ou trouve souvent à acheter des simples fellàh, et à des prix modère?, des objets qu'iU recueillent en fouillant incessamment leur inépuisable nécropole.
Très de la colline d'Assasif ^rive O . oa a extrait des puits des centaiues de momies, que l'on voit entassées les unes sur les autres, et que les paysans déroulent pour chercher les bijoux. On n'a qu'a se baisser pour y ramasser
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curieux, dei tètes, des pieds momifiés et • qui coule ici du S.-O. au N.-E.,
recouvert* de dorures, tandis qu'on les payerait 10 ou 15 fr. à Louksor. En un root, on ne devra faire ses achats qu'au moment du départ, après avoir explore par soi-même toutes les localités.
On ne peut rien dire d'absolu quant au temps à consacrer à la visite de Thèbes; chaque voyageur se décidera à cet égard selon les circonstances et ses propres dis* positions. Un artiste ou un antiquaire ne terra pas les choses en courant comme un simple curieux. Celui-ci peut à la rigueur voir l'essentiel en trois jours; mais
fortement de donner au moins huit jours a cette partie du voyape. qui est à tous les égard» la plus importante et la plus féconde en souvenirs. 11 vaut mieux passer rapidement sur d'autres points.
L'ordre dans lequel on devra visiter les nombreuses localités qui composent les ruines de Thèbes n'est pas indifférent ; nous pensons, comme M. Wilkinson, que la meilleuie manière de visiter ces restes
et dont le large lit est partagé en plusieurs canaux, par quatre îles longues et basses. Une double chaîne de hauteurs enveloppe la
S laine à droite et à gauche du euve, et forme comme un vaste cirque ou se déployaitl'antique métropole. A l'O., la chaîne Libyque présente des pentes abruptes, qui dominent ce côté de la plaine, et
Sui se recourbent au-dessus de ab el-Molouk pour venir se terminer, près de Kournah, à la rive même du fleuve. A I E., les hauà quiconque n'est pas absolument oblige I tours plus adoucies et moins de compter ses heures, nous conseillerons ' proches desrendent en loneues
pentes vers Louksor et KarnaK, et leurs crêtes ne se rapprochent du Nil qu'après Médamout, à 1 h. et plus au-dessous de Karnak. Thèbes occupait, sur les deux rives, une granue partie de cet espace. La cité proprement dite était au coté oriental, où les ruines aeluelles de Karnak et de Louksor marquent remplacement et nous offrent les magnifiques débris de ses grands
impenses, pour ménager et graduer l'in- inonuments; le côté occidental, terèt, est de commencer par Kournah, | ou se trouvaient aussi «le somp- Us tombeaux des rois, Mclinet-Àbou. les tueux édifices, mais qui était surcolosses de Memnon, le Kamesseïon et tout consacré aux sépultures les autres ruines de lu. rive occidentale,! royales et a la Nécrooole. était
puis de passer à la rive orientale pour y voir Louksor en premier lieu et terminer par les splendeurs de Kurnak. C'est l'ordre que nous avons adopté dans notre description, c est celui qui permet au voyageur pressé de voir tout dans le temps le plus court, chacun restant libre, bien en- ' vions du
crop
désigné, au temps des Ptolémées et des Romains, sous les noms de faubourg Libyque et de Momnonium. Les maisons, les habitations particulières, ont disparu depuis des siècles, et leur emplacement même est recouvert par les allu-
fleuve qui ont élevé le tendu, de fractionner ses eicursions, de I n|veau je jtt plaine (t/. p. 900-
les diriger a sa guise, suirant le temps dont il pourra disposer.
n. Topographie générale.
Si Ton se place sur un point élevé, tel que la colline d'Abd el- Kournah ou le baut du temple de Louksor, doù l'on puisse embrasser la plaine tout entière de Thèbes, on se rendra compte, dans une première vue d ensemble, de la disposition du site,
Thèbes n'est représentée pour nous que par ses monuments religieux et ses habitations royales.
Ces ruines forment quatre groupes principaux, connus sous les noms de Karnak, de Louksor, de Médinet-Abou et de Kournah, d'après les villages fellah qui en sont voisins. Karnak et Kournah se font face au N.,dc même que Louksor et Médinet-Abou au S. De ces quatre villages (celui de Médinetde son étendue et de son état ac- j Abou est maintenant désert), Louktuel. A ses pieds on voit le Nil, | sor est le plus considérable ; ou
peut voir qu'ils marquent les quatre angles d'un quadrilatère dont chaque cdté a environ 3 kil.
de longueur, et dont le périmètre total est conséquomment d'environ 12 kilomètres. Cette étendue est loin de représenter celle de Thèbes au temps de sa splendeur.
Une notion que Diodore a recueillie lui donnait 140 stades de tour, ce qui répond. à 26 lui., ou à près de 6 de nos lieues communes. La ville s'étendait donc au loin dans la plaine, et la nature des lieux montre que ce devait être surtout dans la partie orientale, à l'E. tet au N. de Louksor et de Karnak,
Jusqu'à présent les inscriptions n'ont Fourni aucun renseignement précis sur les origines de Thcbes et le temps de sa fondation, et les légendes recueillies par les anciens auteurs, par Diodore principalement, ne sauraient suppléer à ce silence des monuments. Il est seulement certain que lexistence de la ville remonte à des temps très-anciens. Les rois des xi* et xii* dynasties y fondèrent une domination indépendante de Memphis (entre 2000 et 2500 ans • avant l'ère chrétienne-, et sous les pharaons de la xiii° dynastie, Thèbes devint la capitale reconnue de toute l'Egypte. Les plus anciennes tombes royales de Rabel-Molouk, ainsi que les uarties les plus anciennes du grand Tem-
EGYPTE. [Routk 175.
nommée d*ns Homère, tandis qa?
Memphis ne l'est pas. Les premières constructions, le noyau, pour ainsi dire, du grand Temphde Karnak, appartiennent t.
1" Ousèrtésen, de la xn? dvnasm.
(vers 2800), et il n'est peut-é'tre os* un de ses successeurs qui n a/ ajouté quelque chose à cei adci.rable édifice. Consacré à Ammôn Ra, le dieu tutélaire de l'Egypte, il devint comme un sanctuaire national qu'une longue génération de Pharaons s'attacoa k embellir et à agrandir. Ce fut surtout sou* !î xvni* et sous la xixe dynastie enrrr 1700 et 13001, après que 1* Egypte ( fut affranchie du joug des Pas- ; teurs, qui avaient régné à Memphis pendant plus de TjOO ans. que Thèbes vit s'élever ses plus nombreux et ses plus riches monuments.
Il parait qu'après la longue et glorieuse lignée des RameNside»
(qui forme les xix* et xxe dynastie* de Manéthon), une nouvelle dynastie (la xxi*} s'éleva dans l'Egypte inférieure; elle résida à Mempli!' et lui rendit par là son rang de capitale (vers 1110). A partir à* cette époque. 600 ans s'écoulent sans que Thèbes ligure dans 1 histoire ; sou nom ne reparait qu i l'époque de l'invasion de Cambyse, en l'année 527 avant J.-C.
Le conquérant perse y porta le fer et la flamme, et dépouilla Us temples de leurs richesses amoncelées. C'est de là, sans doute, que datent réellement la décadence i?î
pie de Karnak, appartiennent aux 1 la ruine de Thèbes. Une nouvel!^
princes de ces deux dernières dynasties (la xii" et la xni« . Il est naturel de penser qu'avant d'èUre ainsi devenue la capitalcde l'empire, Thèbes avait déjà une certaine prééminence parmi les villes de la naute Egypte, Elle garda ce rang souverain pendant 1700 ans et plus (sauf peut-être quelques intermittences), avant l'invasion des Hyksosot après leur expulsion, jusqu'à la fin de la xxo dynastie.
1110 ans avant notre ère, ce qui
catastrophe la frappa au temps des derniers Ptolémées. Elle avait refusé de reconnaître Ptolénv-e Lathyre, qui avait détrôné son frère Alexandre; ce prince y accourut avec son armée, y entride.
force après trois années de siège, et y renouvela les dévastations de Cambysc. Ceci arriva vers l'année 82 avant le commencement ùe notre ère. Depuis l avénerocnt des Lagides. les Grecs avaient pris l'habitude de désigner Thèbes explique pourquoi elle eat seule sous le nom de Diospoîil, qui n'est
Koute 175.)
que la traduction de l'appellation égyptienne Amounei, la demeure il'Amoun ou Ammon, fréquemment usitée dnns les légendes hiéroglyphiques ; l'autre nom, le nom usuel, Tnèbes, se trouve aussi dans les inscriptions sous les formes av. apé, ou avec l'article féminin, Tapé [Thaba dans le dialecte memphitique , qui se traduit par la Té" te, la Capitale. On ajoutait au nom de JHnspolis, l'épithete de Méqalè, la grande, pour la distinguer d'une autre Diosjiohs , au-dessous de Tentyris ou I )endérah.
La première description de .Thèbes qu'on trouve chez les anciens est colloque nous a laissée J>iodore; car Hérodote, bien qu'il eût résidé dans cette ville et conversé avec les prêtres, n'est entré dans aucun détail ;chose assez singulière) sur ses innombrables monuments. Diodore avait aussi visité la haute Egypte, comme il nous l'apprend luimême, dans la 180* olympiade .'entre les années 60-57 avant J.-C).
THEBES. -HISTOIRE.
ont subsisté (dans leur intégrité et leur splendeur, veut-il dire), jusqu'à une époque assez récente. »
11 faut remarquer que la visite de Diodore à Thèbes eut lieu '-M ans seulement après la terrible expédition de Ptolémée Lathyre, et que si la vengeance du roi avait dû s'arrêter devant les temples et les tombeaux, elle s'était sûrement appesantir» sur ce que les soldats deCambyse avaient laissé subsister de la ville proprement dite. La manière dont s'exprime Diodore laisse assez voir que les maisons élevées de plusieurs étages, et sûrement aussi toutes les constructions particulières qui constituent une grandeeité, n'existaient plus de son temps. Strabon, en effet, qui voyagea en Egypte 35 ans après Diodore. complète k cet égard le rapport de l'historien.
Le géographe dit expressément que Thèbes ne se composait plus que de bourgades séparées, les unes sur la plage arabique du fleuve c'est-à-dire sur la rive droite ou orientale , ce qui était, ajoute-
Sa relation, qu'on voudrait plus : t-il, le côté de la ville proprement détaillée, est donc celle d'un té- j dit; les autres sur la plage libvque
rooin oculaire. Les fondateurs de Thèbes en avaient fait, dit-il, la cité la plus riche et la plus belle
(ou occidentale), oui était le côté du Memnonium. 11 est clair par ce passage que ce dernier nom s'ap-
non-seulement do l'Egypte, mais | pliquait à toute la partie de l'ancienne Thèbes située a l'O. du Nil.
Quant aux bourgades ou aux villages qui s'étaient formés des dé-
du monde entier. Ses temples:
étaient magnifiques, aussi bien I que tous ses autres monuments;
et les maisons des particuliers bùs de" Thèbes, c'est précisément s'élevaient jusqu'à quatre et cina ! ce qu'on voit encore aujourd'hui, étages. Kien n égalait la beauté) Les vestiges qui marquent l'étende -ses statues colossales en or, en | due de Thèbes, dit encore Strabon, argent et en ivoire, et de ses obé- sont actuellement répandus sur
lisques monolithes. Quatre temples se faisaient remarquer parmi tous les autres, et de ces quatre temples, il y en avait un qui n'avait pas moins de 13 stades de pourtour. Il est clair qu'il s'agit du temple de Karnak. Les tombeaux des anciens rois ne le cédaient pas en magnificence aux autres monuments, et l'on admirait surtout, par sa nehesse et son éten
une longueur de près de 80 stades.
On y voit nombre d'édifices sacrés, la plupart dégradés parCambyse. Le narrateur ajoute: « Dans le Memnonium il y a deux colosses monolithes placés près l'un de l'autre. L'un est encore entier: la partie supérieure de l'autre a été brisée au-dessus du siège, et gît sur le sol, par l'effet, dit-on, d'un tremblement de terre. On croitgé-
due, celui du roi Osvmandyas, moralement qu'une fois par jour un « Ces édifices, ajoute l'historien, 1 bruit, comme celui qui résulte
EGYPTE
orta
d'un faible coup, sort de la nartie de la statue restée sur le siège et sur sa base. Au-dessus du Memnoniura sont les tombeaux des rois, au nombre de quarante, creusés dans le roc des cavernes; le travail en est admirable et bien digne d'être vu. On y voit des obélisques sur lesquels sont gravées des inscriptions attestant la richesse des rois de cette époque, l'étendue de leur domination, oui atteignit jusqu'aux confins de la Scythio, de la Baclriane, de l'Inde et de l'Ionie actuelle, la quantité de leurs revenus et le nombre de leurs soldats, qui montait a près d'un million d hommes. » Diodore, de son côté, dit que les annales des temples mentionnaient 47 tombes royales, mais qu'au temps de Ptolémée Lagus, il n'en restait plus que 17, dont plusieurs, lorsque lui-môme les vit, avaient été ouvertes et dégradées.
Strabon, comme Diodore, ne manque pas de citer les vers si connus de l'Iliade, où Thèbes est qualifiée de ville aux cent portes ; et Diodore fait observer, à cette occasion, que, selon certains rapports, la ville n'avait jamais eu cent portes, mais qu'elle avait été surnommée ainsi ù cause des nombreux propylées de ses temples.
Si complètement déchue et ruinée que fût Thèbes, le respect de sa grandeur passée, et la vénération traditionnelle dont ses temples et ses tombeaux étaient entourés, la maintenaient au rang des villes de la haute Kgypte. Ce que l'on conti nuait de nommer Diospolis Magna se composait sûrement d'un amas de chéiives hahitatious principalement groupées autour des deux temples de la rive orientale. Louksor, dans ses proportions réduites, peut en donner l'idée. Diospolis n'en figure pas moins dans les tables de Ptolémée (vers l'an 140 après J.-C.) comme la . métropole du nome thébain. La proscription dont Théodose frappa ce oui restait encore des temples uc l'Egypte à la fin du ive siècle (380;, lut |