‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 56 sur 511 · RÉSURRECTION KT INDÉPENDANCE DE LA ORÈCK · texte numérisé non relu

RÉSURRECTION KT INDÉPENDANCE DE LA ORÈCK

1821.— AU, pacha de Janina , révolté contre le sultan Mahmoud, appelle les Grecs à son aide en leur promettant l'indépendance.— Premiers exploits des Souliotes et de Marco Botzaris.— Soulèvement de Mavro-Michelis dans le Magne. — Sénat de Calamata. — L archevêque Germanos lève l'étendard de la croix à Patras.— Soulèvement général de la Morée.— Soulèvement de la Moldavie : tentative malheureuse d'Alexandre Hypsilanti.— Massacre des Grecs à Gonstantinople. — Soulèvement général de la Grèce et de l'Archipel.— Succès des Grecs sur mer et prise de Tripolttza. — Démétrius Hypsilanti , Mavrocordato et Négris. chefs du Péloponesc.— Assemblée d'Épidaure.

1S22.— Mort d'AW-Pacha. — Massacre de Chio.— Prise d'Athènes par les Grecs.

Exploits de Canaris et de Miaulis sur mer. —Siège de Missolonghi.

1823.Mort de Marco Botzaris.

1821.— Mahmoud confie au pacha d'E-

g> pte, Méhémet-Ali, le soin de soumettre la Grèce. — Revers des Grecs.— Mort de lord Byron devant Lépante.— Massacre des Ipsariotes.— Candie est reprise par les Égyptiens.

1825.— Ibrahim-Pacha, fils de Méhémet- Ali , débarque en Morée avec une armée régulière, prend Navarin, et bat Colocotroni à Tripolilza. — Victoire d'Hypsilanti à Nauplie.— Tentative de Canaris sur Alexandrie.

182K.— Siège et prise de MissolonRhi— Les Turcs reprennent Athènes et assiègent l'Acropole. Exploits de Fabvicr.

1827. — Nouvelles assemblées d'Épidaure et de Trétène. — Capo d'Istria, président de la république precque. — Tentative infructueuse de lord Cochran et du général Church pour délivrer Athènes.—Reddition de l'Acropole.— L'Angleterre, la Franc*! et la Russie interposent leur médiation pour faire cesser les hostilités. — Fière réponse de Mahmoud. — Bataille de Navarin : les flottes alliées détruisent la flotte turcoégyptienne.

1828. — Revers des Turcs sur le Danube. — Administration de Capo d'Istria. — La France envoie 20,000 h. en Morée sous les ordres du général Maison. — Ibrahim-Pacha évacue le pays. — Reddition des places de Navarin, Coron et Modon.— Prise du château de Morée.

îft».— Le sultan traite avec les puissances.

1830 — Les puissances protectrices dé-

cident qu'un roi sera donné aux Hellènes.— Léopold de Saxe-Cobourg (depuis roi des Belges) refuse la couronue. 1&31.— Dissensions entre les Grecs.— Capo d'Istria est assassiné.

1832. — Anarchie.— Traité de Londres, qui nomme roi de la Grèce le prince Othon de Bavière, âgé de dix-huit ans. — Un emprunt de 00 millions est négocié en faveur de la Grèce.

1833. — Arrivée du roi Othon.— Sage administration de M. Mau'rer.

1834. — Athènes choisie pour capitale.

183).— Administration impopulaire de

M. d'Armansperg — Tous les emplois sont donnés à des Allemands. — Dilapidation des finances grecques.

18ar).— Majorité du roi Othon.

183C.— Son mariage avec la princesse Amélie d'Oldenbourg. — Disgrâce de M. d'Armansperg.

Septembre 1813.— Révolution à Athènes.

— Le roi Othon accorde une constitution.

1845.— Troubles dans la Morée.

1818.— Soulèvements dans les provinces.

1850. — Différend avec l'Angleterre. — Blocus de la Grèce. — Médiation de la France.

1854. — Agitation de la Grèce au commencement de la guerre d'Orient. — Insurrection en Épire soutenue par les Grecs — Occupation du Pirée par une flotte anglo-française.

1857.— Évacuation du Pirée par les Anglo- Français.

Section III : Architecture grecque

§ 1.— Constructions cyclopéennes et pélasgiques.— On désigne sous ces deux noms les monuments élevés par les premiers habitants de la Grèce. Les constructions dites cyclopéennes sont les plus anciennes et* les plus grossières; elles se composent de quartiers de roche à peine travaillés, et simplement superposés. Des pierres plus petites remplissent les intervalles laissés entre les gros blocs (murs de Tirynthc et d'Argos). Les constructions dites pélasgiques appartiennent h une époque plus rapprochée de nous : les blocs sont encore réunis sans

' Voir pour plu.- tic dciail* l'ou\r*jc de M. Biii >«ior, Histoire lie l'art monumental dans lant^uitc et au moyen tfyc. Tarif, 1S45. Ur. in-8.

cimtDt, mais ils sont déjà taillés sous forme do dalles polygonales irrégulùrts, et assemblés avec une certaine précision, bien que de petites pierres soient encore employées a combler les vides (murs de Mantinic . A une époque comparativement plus moderne, on voit des pierres carrées se m»Mer aux pierres polygonales irrégulières, et enfin des blocs quadrangulaires se ranger par assises horizontales, bien que leurs joints verticaux se dirigent encore dans des sens différents, saiTant des lignes plus ou moins obliques (murs de Mycèncs, Platée et C héronée;. L'appareil polygonal continua du reste à être employé longtemps encore après les temps héroïques. Les monuments qui nous ?ont restés de cette époque sont les enceintes des villes les plus antiques, les acropoles, bâties sur des rochers escarpés, qui constituèrent c abord toute la ville primitive, et plus tard la citadelle, quand, par l?s progrès de la civilisation, la ville se fut étendue au pied de la montagne (Athènes, Corinthe, Thèbes, etc.). Les plus anciens murs ne présentaient pas de tours ; on ignore comment ils se terminaient supt-neurement, mais on est porté à croire qu'ils étaient crénelés. Quelquefois on trouve dans l'épaisseur des murailles des restes de galerie dont la voûte est formée par de grandes pierres placées en tnaogJe. Le» portes de ces enceintes antiques sont d'une simplicité remarquable. Les plus anciennes sont formées de jambages ou montante, soit perpendiculaires, soit inclinés, surmontés d'une architrave ou hnteau, qui est formé d'un énorme bloc. D'autrefois la porte a une forme triangulaire ou ogivale. Enfin on peut rapporter a l'époque pla.-gique des monuments funéraires disséminés en différents points d-i- la Grèce : les plus anciens sont des tumulus, espèces de collines factices plus ou moins élevées; les autres sont des chambres sépulcrales creusées dans le roc ; beaucoup d'anciennes carrières ont été ainsi transformées en nécropoles.

$ 2 —Constructions helléniques.— Aux temps* historiques, les constructions grecques acquièrent une perfection qui n'a jamais été dépa*sôe, soit pour la beauté des matériaux employés, soit pour la régularité de leur disposition. Les blocs reçoivent une forme parfaitement quadrangulaire à arêtes vives : les pierres d'une même assise ont une égale élévation ; leurs joints, d'une verticalité et d'une horizontalité parfaite, forment des dessins réguliers. Dans les plus belles constructions, les joints verticaux retombent sur le milieu de la pierre correspondante dans l'assise inférieure et l'assise supérieure. Quelquefois cependant les joints figurent des lignes diagonales. Les pierres sont unies entre elles par du ciment et par des scellements de métal. Quand les murs sont très-épais, ils sont formés de deux faces en pierres de taille, dout l'intervalle est rempli de pierres brutes noyées dans du mortier: d'espace en espace, une assise de pierres de taiile unit transversalement les deux faces do la muraille. Les Grecs ont employé rarement l'appareil en bossage, où les arêtes des pierres sont abattues avec soin, de sorte que leurs joints présentent une sorte tic cannelure qui dessine chaque pierre et la rend saillante. Il est positif que les Grecs ont employé la brique dans Jeurs constructions ivantla domination romaine; mais il est peu d'édifices de cette caté-

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gorio qu'on puisse leur attribuer avec certitude. Les bâtiments en briques et en pierres étaient souvent recouverts d'un stuc, formé de marbre finement pulvérisé. Les Grecs ont peu connu l'art de construire des voûtes avec des pierres taillées en forme de coins, convergeant vers le centre idéal de la courbe, et dans lesquelles tout l'ouvrage est maintenu par la pierre du sommet, nommée clef de voûte. Ce genre de construction appartient surtout aux Romains. Le spécimen le plus curieux des voûte3 construites par les anciens Grecs est l'édifice appelé Trésor d'Atrée (v. Mycènes), voûte parabolique formée d'assises annulaires superposées horizontalement, et placées en encorbellement l'une sur l'autre, depuis le plus grand cercle jusqu'au plus petit. Les Grecs ont connu l'usage des pavés sur les routes et dans les édifices. Les routes étaient pavées de grandes dalles oblongues et polygonales, quelquefois placées sur un massif en maçonnerie (v. Messène). Les édifices étaient pavés de briques ou de marbres, dont les joints ou les couleurs variées présentaient divers dessins. Les toits des temples, ou les terrasses des maisons, étaient recouverts de tuiles ou de carreaux de terre cuite, qui furent souvent dans les grands édifices remplacés par des tuiles de marbre. Les plus beaux spécimens de murs helléniques encore existants sont les enceintes fortifiées de l'Acropole d'Athènes, les murs de Messène, etc. Ces fortifications sont flanquées de tours, couronnées de créneaux, et percées de meurtrières.

3. — Ordres d'architecture. — « On appelle ordre, dit M. Batissier, un arrangement régulier des parties saillantes, parmi lesquelles la colonne joue le principal rôle, une disposition de moulures et même d'ornements, qui donnent au monument un caractère particulier. Chez les Grecs, un ordre se compose d'un entablement, d'une colonne, et d'un stylobate ou soubassement; quelquefois d'une simple moulure, la plinthe, qui remplace le piédestal, lequel se trouve plus généralement dans les ordres romains. Ces diverses parties sont décorées de moulures, petits ornements en saillie sur le nu du mur, dont la forme et la disposition varient pour chaque membre et chaque ordre d'architecture. On en distingue plusieurs sortes : 1° les moulures lisses, celles qui n'ont point d'ornements sculptés ; 2° les moulures ornées, celles qui présentent des ornements gravés en creux ou sculptes en relief; 3° les moulures simples ou petites, cellesqui nesont pas accompagnées de filets ; 4° les moulures couronnées ou grandes, cellesqui sont accompagnées de filets. Vignole a dit avec raison que les moulures étaient à l'architecture ce que les lettres 6ont à l'écriture. » Nous énumérerons ici les principales moulures, afin d'expliquer une fois pour toutes des mots techniques qui se rencontreront plus d'une fois dans notre texte. Moulures convexes : 1° le réglet, filet ou listel, moulure carrée qui ressemble à une règle et accompagne ordinairement une moulure plus importante. Quand le filet est large, on l'appelle trnia ou plate-bande; 2° la baguette ou Yastragale, moulure cylindrique; 3° le tore, moulure demi-ronde, mais plus épaisse que la précédente; 4° le quart de ropd ou échine, moulure convexe qui est représentée par une section d'ellipse. Moulures concaves : 1« le cavet, ou échine renversée, dont la pro-

AKCH 1TECT VRE. 33 fondeur varie; 29 la scotxe ou trochile, rond creux, nacelle, formant une gorge plus complète. Moulures composées : 1° le talon ou gueule renversée, composée du quart de rond et du cavet, convexe en haut et concave par le bas; 2» la doucine , cymaise ou gueule droite, concave en haut et con?exe en bas. On nomme larmierune moulure saillante, carréeet à surface plane, qui fait partie de la corniche. Sa face inférieure qui regarde le sol s'appelle soffite ou sous-face, et est décorée de mutules, moulure carrée qui porte elle-même un certain nombre de gouttes, petits appendices en forme de troncs de cône. Les principaux ornemeots que l'on grave ou sculpte sur les moulures lisses, sont : 1° les prêtes, espèce d enroulement courant, qui se répète et donne l'idée d ud objet qui court après un autre; 2° le méandre ou guillochis, entrelacement de lignes droites se coupant à angle droit; 3° les entrelacs, combinaisons de ligrnes courbes qui imitent les tresses des cheveux; 4'->ies ores, ornement ovoïde, qui ressemble à certains fruits enchâssés dans une coque; 5' les palmettes, groupe de feuillage, dont les feuilles sont recourbées tantôt en dedans, tantôt en dehors; C° le chapelet de ferles, suite de corps ronds ou ovales qui paraissent enfilés; 7© les rais de cœur, formés de fleurons et de feuilles d'eau ; 8° les canaux, espèces de courtes cannelures dont le fond est rempli par des feuilles aiguës.

Nous allons maintenant décrire sommairement les trois ordres, sans reproduire les théories ingénieuses, mais plus ou moins probables, que ks architectes, et notamment Vitruve, ont présentées sur leur origine. Difcns d'abord que dans chaque ordre lcâ proportions sont basées sur une uuité de mesure, qui est le diamètre inférieur de la colonne; la moitié de ce diamètre porte le nom de module.

Ordre dorîqce. C'est le plus ancien style de l'architecture grecque; il a pour caractère la solidité, la force et la grandeur. La colonne repose fur le soubassement qui porte tout l'édifice, sans l'intermédiaire d'une base. Dans les plus anciens monuments (temple de Connthe), la colonne a un peu plus de quatre diamètres de hauteur: les plus belles proportions, employées au siècle de Périclès, sont de cinq diamètres et demi Partbénon, Propylées, etc.). A l'époque macédonienne, la colonne atteint six diamètres, mais elle perd de son effet. Les colonnes d angle sont toujours un peu plus grosses que les autres, car elles portent un poids plus considérable. L'entre-colonnement est aussi un peu plus étroit des deux côtés de la colonne d'angle; mais cette différence n'c3t pas sensible à l'œil, parce que celte colonne est plus entourée d'air et de lumière que les autres. Les fûts de colonnes sont coniques, c'est-à-dire qu'ils vont en diminuant vers le haut, et régulièrement cannelés dans le sens de leur longueur. Une arête aiguë aépare les cannelures; la courbe représentée par leur concavité est toujours moindre qu'un quart de cercle. Les colonnes étaient cannelées sur place, et seulement quand l'édifice était entièrement élevé.

Le chapiteau dorique se compose d'un tailloir ou plinthe, ressemblant à une brique carrée, soutenue par une échine ordinairement lisse, et trois ou cinq listels, sortes d'anneaux qui entourent le fût de la colonne. Le gorgerin du chapiteau n'est pas orné, il offre seulement la continua-

tion des cannelures, et sa séparation du fût est indiquée par une «impie rainure. Les antes ou pilastres sont des piliers carrés de très-peu d'épaisseur, placés à l'extrémité d'un mur. On les a employés non pas comme supports, mais seulement comme motifs de décoration. D'ordinaire ils ont en haut et en bas la même largeur que les colonnes qu'ils accompagnent. Leur base et leur chapiteau sont formés parla continuation des moulures qui régnent autour du mur contre lequel ils sont appliqués. »

L'entablement est la partie placée au-dessus des colonnes; il se divise en architrave, frise et corniche. L'architrave dorique est une large platebaude sans ornement, couronnée par un listel dans toute sa longueur. Sous ce listel, on trouve des ornements formés de six gouttes coniques ou cylindriques suspendus a de petits listels, q\i répondent aux triglyphes de la frise. La frise dorique est caractérisée par les triglyphes, ornements rectangulaires présentant trois côtes, deux canaux médians ot deux demi-canaux sur les côtés. L'espace compris entre les triglyphes porte le nom de métope, et est ordinairement orné de basreliefs. «Ces bas-Teliefs étaient exécutés à l'atelier de l'artiste; on les fixait ensuite à leur place en les faisant glisser dans des coulisses ménagées de chaque côté des triglyphes. » Il y a toujours chez les Grecs un triglyphe à l'extrémité de la frise, c'est-à-dire que l'encoignure do l'édifice est formée de deux triglyphes. Les deux métopes correspondantes sont aussi un peu moins larges que les autres, ce qui répond à la disposition que nous avons signalée pour les colonnes d'angle. « Les triglyphes et les métopes sont couronnées par une bandelette et un filet formant chapiteau, au-dessus desquels s'élève la corniche. Le larmier de la corniche, trcs-saillant, présente une série de mutulcs inclinées et plus épaisses à leurextrémité externe, et ornées do six gouttes. Il y a une mutule à l'aplomb de chaque triglyphe et de chaque métope. »

Ordrk ioNiQtiK. — Cet ordre a pour caractère la grâce et l'élégance : il paraît avoir été employé primitivement pour les édifices funéraires. Les colonnes ont huit diamètres et demi de hauteur. Elles reposent snr une base hante d'un demi-diamètre, et qui peut présenter deux types différents : 1° la bas* ionique proprement dite, composée d'une plinthe, de deux scoties supérieure et inférieure comprises entre plusieurs astragales, et d'un tore; 2° la base attique, composée d'une plinthe, d'un gros tore inférieur, d'une sentie entre deux filets et d'un tore supérieur. Le fût des colonnes présente ordinairement 24 cannelures séparées par un listel et non par une arête vive comme dans le dorique. Le diamètre d'en haut est ordinairement de 1/7 moins grand que le diamètre d'en bas. Le chapiteau ionique est caractérisé par les volutes, représentant une bande plusieurs fois enroulée sur elle-même. « Ces enroulements, dont le centre est appelé axe ou œil de la volute, sont séparés par un canal, qui se rétrécit à sa partie moyenne audessus du fût de la colonne. » Ce canal, auquel les architectes romains ont donné une ligne droite et roido, présente au contraire dans le? monuments grecs une ligne sinueuse de la plus grande élégance. Les parties latérales et supérieures du chapiteau portent le nom de

baiusires et sont généralement lisses, ou ornées seulement de feuillages et de perles. Le gorgerin du chapiteau ionique est rehausse d'élégantes palroettes, surmonté d'une échine présentant une série d'oves :éparés par des fers de lance, et d'un entrelacs. Enfin, au-dessus des Tolutes, V abaque, qui soutient l'entablement, nestpas une simple plinthe comme dans le dorique, mais il est profilé avec des moulures. Le chapiteau ionique présente du reste une grande variété dans la disposiuon des ornements que nous venons de décrire. Les antes ou pilastres ioniques portent rarement des volutes; ils ont pour chapiteau le prolongement de la corniche qui circule sous l'architrave. Leur base présente les mêmes moulures que la muraille, h'architrave ionique, hdute de 3/4 de diamètre, est ordinairement divisée en trois bandes. La frise, un peu moins élevée que l'architrave, est ornée de moulures de figures sculptées. La corniche ionique est caractérisée par une nagée de denticules, ornements carrés ou rectangulaires, disposés sous ié larmier, et surmontés d'une série de perles et d'oves. Au-dessus da larmier règne une doucine, souvent ornée de muiles de lion servant de gouttières. La saillie et la hauteur de la corniche sont égales au diamètre de la colonne.

Ordre coriktuien. — Son invention est attribuée à Callimaque, qui florissait vers l'an 450 avant J.-C. Cet ordre, qui a pour caractère la ricc«sse et la magnificence, fut peu employé par les Grecs et ne reçut 40e des Romains son entier perfectionnement. Son chapiteau présente s 1a partie inférieure deux rangs de feuilles de lotus et d'acanthe, couronnés de volutes et de caulicoles ou tiges contournées, dans l'aisselle «lesquelles se trouve une fleur. Le tout est surmonté d'un abaque dont lei cétés sont concaves ; le centre de la concavité porte une palmette en iurae de fleuron. « La base et le tût de la colonne sont les mêmes que <ian» l'ordre ionique, mais la colonne parait plus élancée h cause de 1 élévation du chapiteau. Véritablement participe à la fois des ordres dorique et ionique. » Les pilastres sont analogues aux pilastres ioniques; liane »ont ni cannelés ni rétrécis par le haut; leurs chapiteaux sont orutrs de feuilles d'acanthe sans volutes.

Outre ces trois grands ordres, les Grecs ont employé encore, mais par exception : 1© l'ordre persique, dans Iequci le fût de la colonne est remplacé par une figure d'esclave mâle, revêtu du costume persan; fie canaUdtoii le fût de la colonne est rem^'acé par une figure de femme (v. Athènes, Erechihéion).

£ 4. — Temples. — A. Les temples grecs s'élevaient au milieu d'une ?acvmte sacrée qui portait le nom de péribole, souvent décorée de portiques, de colonnades, et renfermant parfois un bois sacre, une fontaine, des autels, des statues ou autres monuments. Des constructions grandioses appelées propylées précédaientquelquefoisl'entrée. Le principal autel était placé enfacedu seuil, au bas de l'escalier. < En avant se -%avax; le Ti/*av2f, espace entouré d'une balustrade, où l'on égorgeait te victimes avant de les porter sur l'autel.

fi. Le temple proprement dit (>s<4;, ttpôv) avait ordinairement la fczçiê d un carré long ( il était orienté vers l'occident chex les Dorions, °".^rs le levant chez les Athéniens). L'ordonnance ln plus simple et la

plus ancienne était 1° celle du temple à antes, dont la façade principale présentait deux colonnes supportant le milieu du fronton et deux antes ou pilastres appliqués à la téte des murs latéraux. 2° Le temple prostyle, dans lequel les antes sont remplacées par deux colonnes isolées ; on eut alors quatre colonnes de face, détachées et surmontées d'un fronton, de sorte que la façade du temple avait un vestibule ouvert des deux côtés, appelé péristyle isolé. 3° L'amphi-prostyle était l'édifice qui offrait à chacune de ses extrémités une façade semblable à celle du prostyle . et présentait par conséquent deux frontispices (v.Athènes, Temple de la Victoire). — 4° On appelait périptère, le temple sur lequel les colonnades de la façade se répétaient autour de la cella, c'est-à-dire sur les flancs du monument; de sorte que le temple était environné, dans tout son pourtour, de colonnes isolées formant un portique continu, nommé péristyle. Le plus grand nombre des périptères ont six colonnes de front, et sont dits hexastyles ; il y en a pourtant qui en ont huit {octostyles) : tel est le Parthénon. — 5° Quand les colonnes latérales, au lieu d'être isolées, sont engagées dans les murs latéraux de la cella, c'est le pseudo-périptire. — 6° Le diptère était celui dont la décoration était le plus riche ; il offrait sur ses côtés une double colonnade, formant une double galerie autour de l'édifice. >

C. On distinguait dans le temple : 1° le vestibule, ou avant-nef (Troévec9v), renfermé dans le péristyle pour les temples périptères (v. Parthénon); 2° la cella, ou nef ("xà;t 09>9»), dans laquelle s'élevait la statue du dieu ; 3» le vestibule postérieur {wjOosxî;).— L'intérieur de la cella était souvent divisé en trois nefs par deux rangées de colonnes. Il y avait deux étages de colonnes quand le temple était hypèthre, c'està-dire découvert, sans toit, formant une espèce de cour entourée d'un portique. Quelquefois l'intérieur de la cella était divisé transversalement en deux parties, soit pour renfermer le trésor (v. Opisthodome du Parthénon), soit pour constituer un autre sanctuaire (v. Erechthéion).

D. Tout l'édifice reposait sur un soubassement Utéréobate) formé de trois degrés. Mais les temples grecs ne présentaient pas de substructions, ni de cryptes, si ce n'est celui d'Eleusis. Les murs de la cella, ordinairement nus à leur surface extérieure, présentaient souvent en haut et en bas des moulures, ou môme une frise sculptée, rappelant celle de la colonnade. Les portiques du péristyle étaient recouverts d'un plafond, divisé en caissons ou soffites diversement ornés. Enfin, au-dessus de l'entablement, s'élevait ordinairement un toit à deux versants, dessinant aux deux extrémités un fronton triangulaire . Le fronton avait pour base la corniche de l'entablement, et pour côtés deux rampants qui n'étaient qu'une répétition de la corniche. Le champ intérieur du fronton, appelé tympan, était orné de sculptures. Enfin.au sommet du triangle et aux deux angles latéraux, on fixait souvent des socles, nommés acrotères, qui portaient des statues.

Les temples circulaires semblent avoir été peu usités chez les Grecs. Ces édifices appartiennent ordinairement à l'époque romaine.

25. Aspect harmonieux des temples grecs. Inclinaisons verticales et courbes horisontales.— On a longtemps étudié les monuments grecs

avant de reconnaître une des règles qui contribuent le plus à loir donner le caractère grandiose et l'harmonie que l'on admire en eux. Nous voulons parler de la courbe et de l'inclinaison donnée à toutes les grandes lignes, que l'on se figure d'ordinaire parfaitement droites. C'est an architecte anglais, M. Pennethorne, qui, en 1837, en fit le premier l'observation, en étudiant le Partbénon, et le fait, vérifié depuis par MM. Hofer et Schaubert, Paccard et Penrose, est aujourd'hui hors de doute. On consultera avec fruit, sur cette question, l'article de M. Buruouf dans la Revue des Deiix-Mondes (décembre 1847), et l'ouvrage de M. Penrose {Principes de l'architecture athénienne, 1851), où l'on trouvera les mesures exactes et la démonstration mathématique du principe. On distinguera d'abord les courbes verticales et les courbes horizontales : t Pour l'œil, comme pour la science, dit M. Burnouf, la stabilité des corps s'accroît avec l'étendue de la base. . . Ictinus donna donc au Partiiénon la forme d'une pyramide tronquée; il inclina les uns vers les sutres les murs de la cella : les colonnes du péristyle furent ellesmêmes penchées vers l'intérieur, et surtout les colonnes angulaires, sur lesquelles parait reposer l'édifice. » Les courbes horizontales sorrt une conséquence des inclinaisons verticales. « M. Penrose, dit M. Beuié, a mesuré quelle est la convexité des courbes du soubassement et des degrés, et des courbes peu à peu renforcées des architraves, des frises et des frontons. Il a montré comment les colonnes sontenues entre ces deux arcs dévient à droite et à gauche pour accompagner le mouvement, qui abaisse à droite et à gauche les extrémités des lignes; quelle est l'inclinaison des colonnes vers le centre imaginaire du monument, et par quel harmonieux accord les murs de ia cella s'inclinent parallèlement vers l'intérieur; comment, au contraire, les parties hautes, les faces des tailloirs, les chapiteaux d'antea, les acrotères, Jes corniches, penchent vers le dehors. . . Il ne faut pas croire, cependant, que les déviations des lignes soient considérables. Elles sont de quelques centimètres sur des longueurs de 100 et 200 pieds; mais leur effet n'est ni moins complet, ni moins appréciable au regard. » M. Penrose a cherché ce qu'ont voulu les Grecs, en évitant ainsi les surfaces planes et horizontales, et a voulu l'expliquer par une théorie optique sur la conformation de l'œil et la forme sphérique des images qui s'y peignent. Cette hypothèse est ingénieuse; mais il est probable que les artistes grecs n'étaient pas si subtils et avaient trouvé cette règle dans le sentiment qu'ils avaient de la forme et de l'harmonie de la nature. « La ligne droite, sur un long développement, dit M. Beulé, a quelque chose de sec et de froid : nous en avons des exemples frappants dans les monuments que les modernes ont copiés sur l'antique avec plus de science que de sentiment. La ligne droite est une abstraction toute géométrique, que l'on ne retrouve jamais dans la nature. Les lignes mêmes des horizons décrivent une double courbe déterminée par la forme du globe. » « L'art grec, dit encore M. Burnouf, courba les degrés et le pavé des temples, les architraves, les frises, la base même des frontons, comme la nature a courbé la mer, les horizons et le dos arrondi des montagnes. » c C'est là, ajoute M. Beulé, le secret de cette harmonie, de cette grâce inimi- Orirkt. 3

table qu'on a admirée longtemps dans le Parthénon, sans pouvoir s'en rendre compte. Les textes cités par M. Penrosc montrent que ces principes étaient élémentaires dans l'antiquité. Les inclinaisons verticale» venaient d'Égypte avec l'ordre dorique : le renflement des colonnes et l'affectation de la forme pyramidale sont le secret de toutes les déviations de la perpendiculaire. Les temples les plus anciens de la Grèce, de la Sicile et de l'Italiesont ceux dont les colonnes ont le galbe le plus prononcé. On trouve déjà les portes élargies à la base, à Mycènes. Le siècle de Périclès réduisit peu a peu le renflement des colonnes à sa mesure la plus beureuse ; c'était une tradition qu'on respectait, parce qu'elle donnait au monument un grand caractère de force et de stabilité, mais en modifiant les proportions, pour substituer une grâce virile à la pesanteur. Quant à la proéminence des antes, des corniches, elle s'explique , parce que ces parties hautes portaient les ornements et la peinture. Au lieu de fuir devant le regard, en suivant la pente pyramidale, il était naturel qu'elles le contrariassent, et, s 'avançant vers le spectateur, lui offrissent tous les détails de leur décoration. On sait à peu près à quelle époque les courbes horizontales commencèrent à être employées; elles n'existent pas encore au temple'* de Corinthe : on les voit déjà au plus récent des trois temples de Ptestum.»

F. Polychromie des monuments grecs.— • Il n'y a que peu d'années, dit M. Beulé, personne ne se doutait que les temples grecs eussent été peints, et les premières découvertes des architectes n'ont rencontré d'abord que des incrédules. » On peut consulter sur cette question l'ouvrage de M. HittortF (Architecture polychromique chez les Grecs), l'article de M. Burnouf sur le Parthénon {Revue de$ Deux-Mondes, 1847) et les trsvaux de MM. Paccard et Penrosc. L'examen attentif des surfaces des monuments, et surtout les fragments trouvés au milieu des décombres, onl mis aujourd'hui hors de doute que de vives couleurs rehaussaient la blancheur des marbres et faisaient ressortir les nuances les plus fines des entablements et des portiques. Par une réaction singulière, aujourd'hui l'on veut voir de la couleur partout, et l'on n'admet pas qu'une seule surface soit restée blanche. M. Beulé s'attache à prouver, en maint endroit, le système d'une polychromie modérée, qui laissait au marbre sa blancheur dans plusieurs parties des monuments. « Tout le monde s accorde à peindre de la même manière l'entablement du Parthénon, les plafonds de ses portiques, la frise et la corniche de la colla, en un mot les parties hautes du temple. » Mais les colonnes étaient-elles peintes?M. Paccard, le premier, a trouvé de l'ocre jaune sur les colonnes (K. aussi Mme de Gaspann, 1. 1, p. 82); maisM. Penrose n'en a pas vu. La question est douteuse, car la couleur jaune naît naturellement sur le marbre pentélique : elle est due à l'oxydation lente des particules de fer contenues dans ce marbre ; le produit est de l'ocre identique à celle qu'aurait pu y déposer le pinceau, c Quoi qu'il en soit de la couleur des colonnes, les tnglyphes étaient bleus, le fond des métopes rouges, les mutules bleues, et la bande en creux qui les sépare, rouge. Les gouttes étaient dorées ; les frontons étaient bleus, et les moulures d'encadrement rouges. La frise de la cella était surmontée de canaux alternativement rouges et bleus; au-dessous de

la frise courait an méandre sobrement peint, et surtout doré ; puis des rai» de cœur distingués par des filets rouges sur un fond bleu. Les caissons bleus, images du ciel, avec leurs étoiles d'or, sont particulièrement populaires. » On a vu sur de» chapiteaux du Parthénon et de l'Erechtbéion des oves blancs séparés par des fers de lance rouges et de* rangs de perles en or sur un fond bleu. Notre imagination s'effraye de la crudité de ces tons. On pourrait dire cependant c que les couleurs franches sont favorables aux lignes de l'architecture, qu'il faut cette opposition pour qu'on distingue à une grande hauteur les détails délicats et des dessins, qui n'ont que peu d'importance en proportion du monument tout entier; que l'alternative des couleurs les plus diverses n'a rien de dur et de choquant, grâce à la distance qui les fond et les mélange. »

Mais c'est surtout à propos des statues et des bas-reliefs qui décoraient ces monuments , qu'on doit n'admettre qu'une polychromie modérée. L'examen des métopes du Parthénon, d'Égine et de îSélinonte, n'offrent que bien peu de traces de peinture : les ornements, la chevelure et quelques draperies étaient seules peintes. Le marbre, avec son éclat et sa transparence, était réservé pour rendre les chairs.

Tous les effets d'un pareil système décoratif nous sont encore peu connus, et il nous est difficile de nous en rendre compte. 11 ne faut pas juger ces questions avec nos préjugés septentrionaux. A mesure qn'on s'avance dans le midi de l'Europe, on y constate l'éloignement que les artistes de ces pays ont pour les bâtiments blancs, et nous Terrons bientôt, en Turquie, les monuments ornés des plus vives couleurs. A Athènes même, on peut voir la nouvelle université bâtie dans ces principes. Enfin, des essais de polychromie ont été faits dernièrement dans nos vieux édifices gothiques eux-mêmes, et leur gravité mystérieuse n'a pas souffert de cette innovation; innovation pour nos yeux, accoutumés à leur surface grise et sombre, mais qui n'est sans doute qu'un retour a leur dteoration primitive.

G. Décoration intérieure des temples. Trésors , statues, toreutitruG. — L'intérieur des temples pouvait être considéré comme un véritable musée. Outre la statue principale du dieu auquel I'édifiçe était consacré, on y voyait: des autels, ou des statue3 consacrées souvent àd'autres divinités, nommées Qtoi sûwomc, ou v^uSu/mc; d'anciennes idoles en bois rolorié ou doré, vénérées à cause de leur antiquité ; des trônes, des sièges votifs, des trépieds, des candélabres, les trophées enlevés sur les ennemis, des tablettes votives, des offrandes ; souvent, enfin, des peintures murales, ainsi que des tableaux mobiles peints sur bois.

Mais les objets les plus remarquables étaient ces colosses d'or et <Fivoire, dont Phidias parait avoir été l'inventeur et le maître suprême. (V. Statues colossales de Minerve au Parthénon, et de Jupiter a Olympie.) On nommait tore u tique l'art de combiner les matières précieuses pour élever ces statues colossales. M. Quatremère de Quincy, dans son Jupiter olympien, a écrit l'histoire de cette branche de l'art ; comment l'ivoire pouvait s'amollir et se tailler, l'or se nuancer et se tendre; comment les morceaux se travaillaient séparément, et puis

s'assemblaient. « L'antiquit*' tout entière, dit M. Beulé, n'a eu qu'un long murmure d'admiration pour ces chefs-d'œuvre d'un genre inconnu aux modernes. Aujourd'hui, l'imagination ne s'en forme que difficilement une idée, faute d'exemples et d'analogies. Notre goût s'inquiète de ce mélange d'or et d'ivoire, tant nous sommes accoutumés à ne demander à la sculpture que laforme abstraite, et à redouter la moindre apparence de couleur. L'ivoire a cependant une fermeté de poli, une douceur de ton bien supérieure k la froideur du marbre, et sous lesquelles on croit sentir une tiède émanation de la vie. L'ivoire était pour la représentation des formes nues. Distinguer les draperies des chairs par une différence de couleur et de matière, c'est une idée tellement conforme à la nature, que le système contraire demande évidemment à nos sens une éducation plus longue. On avait choisi l'or ; si d'abord on n'y vit que le plus rare et le plus précieux des métaux, l'art, en devenant plus délicat et plus réfléchi, remarqua que ses teintes chaudes et harmonieuses se mariaient délicieusement avec l'ivoire. On considère aussi avec défiance cette grande sculpture, qui n'est formée que de pièces d'ivoire rapportées, et qui est sillonnée de joints et de sutures : on n'a qu'à voir la manière dont étaient faits les joints des différentes assises du Parthénon. Les hommes qui faisaient d'un monument entier un seul morceau de marbre, étaient-ils plus embarrassés pour unir en une seule surface et fondre comme un seul jet une substance d'un grain plus fin et plus serré? »

§ 5 Propylées, portiques, gymnases, théâtres.— Nous avons mentionné les propylées, ou entrées monumentales de certaines grandes enceintes (F. Athènes, les Propylées). Les éléments dont elles se composaient, et leur ordonnance, ne diffèrent pas sensiblement de celle des temples, et ne nécessitent aucune description particulière : nous en dirons autant des portiques qui entouraient l'agora ou la place pu* blique, et de ceux qui formaient les gymnases ou palestres. De tous ces monuments, il ne reste d'ailleurs que des débris très-incomplets. Les «iades et les théâtres méritent au contraire une mention particulière. Le stade, où l'on s'exerçait a la course, était un espace de terrain oblong et souvent arrondi à l'une de nés extrémités. Les plus anciens n'étaient entourés que d'un relevé de terre (stade d'Athènes) ; plus tard, on les circonscrivit par des gradins de pierre et des portiques (stade de Messcne). A l'une des extrémités du stade était la barrière d'où partaient les concurrents; k l'autre extrémité s'élevait la borne, qui marquait le but, ou autour de laquelle tournaient les chars.

Les premiers théâtres qui succédèrent aux tréteaux des fêtes dionysiaques étaient en bois. Le théâtre de Bacchus, bâti à Athènes en Tan 500 av. J. C, parait avoir été le premier édifice en pierre, et avoir servi de modèle à tous ceux que les Grecs élevèrent plus (ard dans d'autres villes. Les Grecs creusaient ordinairement leurs théâtre* dans les Ûanc6 mêmes d'une colline, et leur donnaient la forme d'un hémicycle. La scène était rectangulaite et séparée des gradins de l'hémicycle par l'orchestre, espace semi-circulaire où se tenaient les chœurs. Elle était décorée de colonnes et de statues, mais elle n'avait pas une grande profondeur : le mur du fond présentait trois portes ; celle du

milieu, dite porte royale, servait d'entrée à l'acteur principal ; Tune des portes latérales figurait l'entrée d'une maison ; l'autre, l'entrée d'une caverne. Aux deux extrémités de la scène se trouvaient deux autres portes: l'une cen*ée ouverte sur la campagne; l'autre sur l'agora. Ces données, un peu trop simples, étaient modifiées, suivantle besoin, par des décoration* appliquées sur la muraille du fond, et d'autres pièces triangulaires, tournant sur un pivot, et dont chaque face pouvait représenter tour à tour un sujet différent. On ne sait si les Grecs avaient l'habitude de cacher la scène avec un grand voile dans l'intervalle des spectacles, et si ces théâtres à ciel ouvert étaient recouverts d'un grand velarium, pour protéger les spectateurs contre le soleil.

Les Odêons étaient des théâtres plus petits et recouverts d'un toit : ils étaient consacrés spécialement aux concerts.

Nous ne dirons rien de l'architecture des maisons particulières, car la Grèce n'en présente aucun reste, si ce n'est quelques aires taillées dans le rocher (V. Athènes iv, c); c'étaient, du reste, jusqu'à une époque assez avancée, des édifices très-modestes, en comparaison du luxe des édifices publics. Nous mentionnerons seulement, en terminant cette étude, les monuments chorégiques, élevés dans plusieurs villes en l'honneur des cboréges qui avaient remporté le prix du chant ou de la musique dans les fêtes publiques. C'étaient des constructions légères, en forme de petit temple, quelquefois de simples colonnes, qui portaient un trépied consacré à Apollon. La rue des Trépieds, dans l'ancienne Athènes, était remplie de ces édifices. Celui de Lysicrate, subsistant encore aujourd'hui, est un des plus gracieux spécimens de l'art grec.

S 6. Églises byzantines.— Les monuments chrétiens de la Grèce appartiennent tous au style byzantin. Nous renvoyons à la troisième partie (Turwuie) l'étude de l'art byzantin ; mais nous dirons, dès à présent, quelques mots des églises de la Grèce, qui se rattachent à une période de décadence dans cette école. Ces édifices, qui sont en général d'une extrême petitesse, ne manquent pas quelquefois d'une certaine grâce, malgré la grossièreté des matériaux qui les composent : les plus anciennes ne remontent pas au delà du xn* siècle, et toutes présentent une assez grande uniformité dans leur plan. C'est un bâtiment carré, figurant à l'intérieur une croix grecque, à branches égales, et surmonté d'une coupole centrale. L'entrée est précédée d'un portique, ou narthex, et souvent d'une cour, ou atrium. Les nefs sont très-simpleu, les piliers carrés ont remplacé les colonnes, les absides deviennent polygonales, les coupoles se multiplient autour de la coupole principale, au-dessus des bas côtés, ou au-dessus du narlhex, dont la façade cesse de présenter une corniche horizontale ; les pleins-cintres des fenêtres empiètent souvent sur la calotte sphérique des coupoles. A l'intérieur, les tribunes des femmes disparaissent; leurs places sont seulement réservées dans les bas côtés. Le fond de la nef principale forme un sanctuaire séparé du reste de l'église par une clôture ordinairement surchargée de peintures et de dorures. Enfin, à une époque encore postérieure, celle des conquêtes vénitiennes, le dessin de la croix grecque se perd, et le plan de l'édifice se rapproche de plus en plus des basiliques latines à forme oblongue: les peintures à

42 Gtttt'JS,

fresque se multiplient; les fenêtres sont fermées par dos tablettes en marbres transparents, ou simplement en pierre, percées de trous circulaires. Les meilleurs spécimens de cette architecture byzantine se trouvent à Athènes, è Daphni, à Vourcuno, s Siamari et à Navarin.

Section IV. —Grèce moderne ».

S 1.— Gouvernement. — Le gouvernement de la Grèce est une monarchie constitutionnelle et héréditaire. A la suite de la révolution pacifique de septembre 1843, une assemblée nationale fut convoquée. La charte votée par l'assemblée fut jurée par le roi le 30 mars 1814. Le pouvoir législatif s'exerce par le roi, le sénat et la chambre des députés. La personne du roi est inviolable , les ministres sont responsables. Tout homme qui possède une propriété quelconque ou qui exerce une profession indépendante est électeur à 25 ans ; tout électeur est exigible à 30 ans. Les députés sont nommés pour trois ans et reçoivent -250 drachmes par mois durant la session. Les sénateurs sont nommés tt vie par le roi; ils doivent avoir 40 ans; ils reçoivent (3000 drachme» par an. La charte garantit aux citoyens l'égulité devant la loi, la liberté individuelle, la liberté religieuse, la liberté de Ja presse, la gratuité de renseignement primaire et supérieur.

S 2. —Divisions administratives et population.— La Grèce est divisée en 10 nomarchies ou préfectures et en 30 éparchies ou sous-préfectures, qui se subdivisent en dimarchies ou cantons, et celles-ci en communes administrées par des paredres, espèces de maires. Tous ces fonctionnaires sont nommés par le roi. La population du royaume de Grèce s'élevait en 1855 à 1043153 h., ainsi répartis;

Préfecture*.

Populations.

CbeN-licux.

Athènes.

Chalcis.

Phthiotide et Phocidc

Lamia.

Missolonghi.

Argolide et Corinthie

N au plie.

Patras.

Tripolitza.

Kalamata,

Sparte.

Syra.

§ 3.— Justice.— < La Grèce possède un conseil d'État, une cour des comptes, une cour do cassation qui prend le nom d'Aréopage, deux

I. Pour tout ee qui eoneerna la Gréca modem*, nom renverront nos lecleurt an llvr» «pirtliiel do M. E. Aboul : la Grèce contemporaine (1 vol. iu-8( Part», 1855), loqnol nout feront d* nombreux emprunts. Cet ouvrage, qui dénoie une grande eonnaittanco de la Grâce, a aouleve dent

ce paj» bien de» colère»: cependant, tauT quelque» penounalitc» rcgrelUbU', l'auteur »atl rendre justice aux qualités des Grec* et louer ce qui mérite dVlre loue, et, s'il ne l«ur»peréne pat la* trait* de ia verve canMique, il faut reconnaître pourtant que >e» critiques >'adrcj*eol surtout aux. faute» commue» par le pouverucuicnt, et aux Met» de l'administration.

GKEC& MODERNE. 43

cours royales siégeant à Athènes et à Nauplie, dix tribunaux de première instance, trois tribunaux de commerce, cent vingt justices de paix, un jury, des avocats, des notaires, des huissiers et point d avoués. Elle possède un code civil provisoire emprunté au droit romain, au code Napoléon et à la législation allemande ; un code de commerce, un code pénal, un code de procédure, dûs à M. Maurer et calqués sur les codes français. % Malheureusement les juges ne sont pas inamovibles et ils sont mal payés. Le jury et les témoins se montrent trop souvent d'une indulgence coupable pour les accusés, quand ils craignent le ressentiment de leurs familles. C'est pour une raison analogue qu'il a été si difficile de trouver un bourreau en Grèce.

$ 4. — Monnaie, poids et mesures.— L'unité de monnaie grecque est la drachme, qui vaut environ 90 centimes de France, et se divise on 100 lepta (au singulier, lepton). Des pièces de cuivre de 1, 2, 5 et 10 lepta ■ont les seules monnaies grecques qui circulent dans le royaume. Les pièces d'argent de 25 lepta, 50 lepta, 1 drachme et 5 drachmes, et les pièces d'or de 20 drachmes qui ont été frappées à l'origine, ont complètement disparu; on avait oublié de retenir sur la valeur intrinsèque de chaque pièce les frais de fabrication, et les spéculateurs avaient intérêt à les fondre. Au lieu de changer le titre de ses monnaies, le gouvernement a cessé d'en frapper. Ce sont les monnaies étrangères qui en tiennent lieu. Le zwanzig autrichien, dont la valeur légale (95 lepta} est à peu près celle de la drachme, est la monnaie la plus usitée : il subit un rabais considérable si le chiffre 20 est etTacé. La pièce de 5 francs vaut 5 drachmes 58 lepta. Lethaler d'Autriche de 2 florins ▼aut 5 drachmes 78 lepta; la piastre d'Espagne, ou colonnate, 6 drachme». C'est encore une des monnaies favorites de l'Orient. Les pièces d'argent des lies ioniennes et les demi-couronnes anglaises n'ont pas cours, tandis que l'or anglais gagne beaucoup: le souverain vaut 28 drachmes 12 lepta.

Les poids et mesures ont été réglés suivant le système métrique par ordonnance du 28 septembre 1836. « Le législateur a pris la peine de bapti«era nouveau toutes nos mesures, auxquelles nous avions donné des noms grecs. 11 appelle le centimètre un doigt, le décimètre une main, le mètre une coudée. Le peuple ne veut pas surcharger sa mémoire de cette nomenclature : il emploie pour toute mesure de longueur la pique de 56 centimètres, comme au temps des Turcs. Les poids légaux lui semblent trop difficiles à retenir : il ne connaît que Voque, poids turc de 1250 grammes. L'oque se divise en 400 drammes (dnimia . Les mesures de capacité ont été établies en pure perte. Le peuple achète tout au poids, même le vin. » Les distances sont comptées en heures, qui représentent env. 5 kil.

$ 5. — Agriculture, industrie, commerce. — La Grèce est un pays pauvre, parce qu'elle manque de bras, de capitaux et de routes; mais elle n'est pas infertile, c Sur une étendue totale de 7 618 469 hectares, on compte approximativement 2500000 hectares de montagnes et de rochers, 1 120 000 hectares de forêts et 3 000000 de terres arables, dont 800000 hectares appartenant à l'État. Sur ces 3000 000 d'hectares, on n'en compte pas plus de 500 000 en culture. » La rareté de l'eau cou-

rante est sans doute un grand obstacle; cependant le sol peut produire des céréales, de la vigne, des mûriers et des arbres à fruit. « Le blé, le seigle, l'orge et le maïs sont assez beaux dans les cantons pierreux ; l'avoine réussit médiocrement, la pomme de terre tout à fait mal. Les pois, les haricots, les fèves, viennent bien et rendent beaucoup. Le riz se cultiverait avec succès dans les terrains humides. La Grèce produit annuellement pour 25 000000 de céréales : elle pourrait en produire six fois plus; cependant elle est obligée d'en importer. » On cultive le coton avec succès, surtout à Livadie, à Argos et dans les lies. La garance et le tabac réussissent également, et le tabac indigène se vend en Grèce au prix de une drachme Toque. La culture des oliviers, une des sources principales de la richesse des habitants, pourrait donner encore de plus brillants résultats, car le pays est couvert d'oliviers sauvages. Le peuple fait une grande consommation d'huile, tant pour sa nourriture que pour son éclairage : < car la chandelle de suif est inconnue dans le pays, et toutes les lampes du royaume brûlent exclusivement de l'huile d'olives. » Cependant on pourrait en exporter une quantité assez considérable; malheureusement l'huile est mai faite et conserve un goût de fruit désagréable; il faut quelque temps pour s'y habituer: aussi n'en ex porte-t-on pas pour plus d'un demimiilion. Le vin est le meilleur de tous les produite de la Grèce. Le vin de Santorin, et surtout le vino tanto, est le plus estimé ; c'est celui qui supporte le mieux l'eau, et qui se conserve le plus longtemps. Son goût rappelle un peu le Marsalla. Le vin de Malvoisie, qui se faisait a;: moyen âge à Monemvasie, se fabrique encore aujourd'hui dans les iley, et notamment a Tinos. Malheureusement les Grecs en sont encore à conserver le vin dans des outres, et, pour l'empêcher de se gâter, on le mélange de résine. De là un goût âpre et fort, auquel on finit par s'habituer, mais qui réduit à un million l'exportation des vins grecs. « Le raisin de Corinthe se cultive, depuis l'isthme jusqu'à Arcadia, sur presque tous les rivages du N. et de l'O. de la Morée. Le grain est d'une couleur violacée et de la grosseur d'une groseille; il n'a point de pépins et pend en longues grappes très-lâches. Aussitôt cueilli, on le sèche et on l'emballe. La presque totalité de la récolte est expédiée en Angleterre pour faire des plum-puddings. A peine peut-on se procurer à Athènes quelques grappes fraîches, et des raisins secs on n'a que le rebut. » Le raisin de Corinthe rapporte à la Grèce plus de 6 millions de drachmes ; mais la consommation en étant bornée presque exclusivement aux besoins de l'Angleterre, cette production ne peut pas prendre une grande extension.

La culture des mûriers et l'élève des vers à soie méritent au contraire d'être encouragés. Parmi les arbres fruitiers, ceux qui réussissent le mieux sont les orangers, les citronniers, les grenadiers, mais surtout les figuiers, les amandiers et les abricotiers. Le jujube vient bien dans les lies Ioniennes.

L'exploitation des forêts, qui sont encore abondantes sur le Taygète, sur le Parnasse, dans l'Acarnanie et dans l'Eubée, pourrait être une source considérable de richesses pour ce peuple, qui excelle dans la

truction des navires. Pourtant la Grèce achète au dehors ses bois

GRECE MODERNE. 46 de construction, et la vallonée 1 est le seul produit utile de ses forêts. D'une part, elle est dans l'impossibilité de les exploiter parce qu'elle manque de routes, et d'autre part, une sorte de manie sauvage pousse les Grecs a les incendier. Le voyageur qui fera le tour de la Grèce rencontrera presque tous les jours de vastes terrains noirs et charbonnés, souvent encore fumants, et aura probablement plus d'une occasion de roir flamber des arbres tout entiers. < C'est un axiome très-accrédité en Grèce, dit M About, que nuire à l'État c'est ne nuire à personne. C'est en vertu de ce principe que les bergers incendient régulièrement les bois taillis, pour être sûrs que leurs troupeaux trouveront au printemps de jeunes pousses à brouter. Ces naïfs incendiaires ne se cachent pas pour faire de pareils coups. Les laboureurs s'amusent aussi de temps en temps à débarrasser le sol de tous les arbres dont il est encombré : ils semblent convaincus que l'arbre est une créature malsaine. D'autres, enfin, détruisent par désœuvrement, pour le plaisir de détruire. > Les malheureux ignoreht que le manque d'arbres est la principale cause de l'aridité et de l'insalubrité de la Grèco ; qu'en déboisant les montagnes, ils tarissent les sources et les rivières, et livrent le pays aux fureurs du vent du nord, qui enlève la terre végétale ; que la culture, que les rideaux de forêts sont les meilleures barrières contre ces miasmes qui répandent partout les fièvres et déciment la population. Mais les lois faites pour réprimer cette barbarie sont restées impuissantes. Les travaux agricoles sont ceux qui répugnent le plus au caractère grec; la plupart du temps ils sont laissés aux femmes. Une école d'agriculture fondée à Tirynthe par Capo d'Istriaa été presque abandonnée, et les étrangers qui ont tenté de fonder des établissements agricoles ont, en général, peu réussi.

La Grèce nourrit peu de bestiaux, parce qu'elle a peu de pâturages. Les bœufs et les vaches y sont rares. Les brebis et les chèvres y sont nombreuses, et trouvent facilement à brouter partout. Les chevaux qu'on trouve en Grèce viennent presque tous de la Thessalie, de la Macédoine ou de la Syrie : ils ont les qualités et les défauts des chevaux turc?, l'ardeur, la fougue, la sobriété, mais aussi l'indocilité et l'insensibilité au mors. A défaut de fourrages, ils se nourrissent d'orge. L'Ane est, en Grèce comme dan3 tout l'Orient, une monture précieuse et bien plus alerte que dans nos climats. Le gibier consiste surtout en lièvres, perdrix rouges, bécasses, canards sauvages, cailles, tourterelles et grives. Le poisson est abondant sur les côtes ; mais les Grecs se livrent peu à la pêche. La tortue est assez commune, mais elle e*t un objet de dégoût, et n'est jamais employée comme aliment. Le miel de l'Hymette est encore digne de sa réputation. L'ours et le sanglier ont complètement disparu ; on trouve encore en Morée quelques canards et même quelques chacals. L'aigle, le vautour et 1 epervier sont les oiseaux de proie les plus communs. « La chouette habite toujours la ville de Minerve, mais elle n'y règne plus. » L'exploitation des productions minérales est malheureusement trop

t. La «*Jloae« est U cupule du gUnd du quercuë *gyloP' •* 00 ''•"M'»'"« beaucoup en Eulepe comme mordut, pouf U teinture.

4* OHÈCK.

négligée. Les marbres~du Pentélique et de Paros sont toujours le» premiers marbres du monde. Le premier, d'un grain fin, brillant, et comme légèrement pailleté, convient surtout à l'architecture : le marbre de Paros n'a pas d'égal pour la transparence, et convient surtout à la statuaire. A Carysto, en Eubée, existe un marbre cipolin célèbre dans l'antiquité. L'Ilymette, les environs d'Éleusis, produisent des marbres moins estimés ; mais des carrières de rouge antique et de vert antique ont été retrouvées dans l'Archipel et dans le Taygète : aucune de ces carrières n'est exploitée. — Le charbon de terre, de l'espèce appelée lignite , a été trouvé a Marcopoulo , en Attiquc, et a Koumi, en Eubée : le premier esl de qualité inférieure, et ne contient pas plus de 4b % de carbone pur; mais celui de Koumi est bien supérieur, et équivaut aux deux tiers d'un poids égal Je houille anglaise. Il serait employé avec avantage dans les usines, si ce n'est dans la navigation à vapeur. L'Ile de Zéa renferme un gisement de plomb argentifère, qui n'est pas exploité, bien que le minerai contienne 80 % de plomb, et le plomb 000125 d'argent. L'émeri de Naxos rapporte à l'État 10000O drachmes par an. Les pierres et les plâtres de Milo sont mal exploités, et ne rendent pas ce qu'on pourrait en attendre. L'ile de Thermia contient des eaux minérales efficaces.

L'industrie est à peu près nulle en Grèce : tous les produits manufacturés qui s'y consomment sont importés. Quelques filatures de soie à Athènes, au Pirée, a Mistra et a Oalamata, une filature de coton h. Patras, sont les seules* fabriques du royaume. La construction des navires à Syra, au Pirée, à Patras, à Galaxidi, est actuellement l'industrie la plus développée et celle qui a le plus bel avenir. Les bâtiments coûtent deux tiers de moins que les nôtres.

La Grèce n'a d'autre commerce que le commerce maritime ; mais c'est son côté le plus brillant : en 1856, elle possédait 5052 navires de commerce, jaugeant 2955001 tonnes, et servis par environ 30000 matelots. Le cabotage de la Méditerranée orientale lui appartient presque entièrement. Mais la navigation à vapeur n'a reçu presque aucun développement. « Le plus sérieux obstacle qui s'oppose au commerce grec est le manque de capitaux. L'intérêt légal de l'argent est de 10 % pour les préis ordinaires, et de 12 % pour les affaires de commerce ; mais il ne se fait, pour ainsi dire , que des prêts usuraires. -j> La Banque nationale, organisée par un Français, M. Lemaître, et soutenue par des capitaux particuliers, est le seul établissement de crédit qui inspire de la confiance. L'administration centrale est à Athènes ; il y a des succursales à Patras et à Syra. Son capital est de 5 à 6 millions de drachmes : elle a fait en 1847 pour près de 23 millions d'affaires.

Les voies de communication sont peut-être le signe le plus certain de la prospérité matérielle d'une nation. Or, la Grèce est presque entièrement privée de routes. Celles d'Athènes au Pirée (2 lieues), do NauplieàArgos (31.), et de Loutraki à Callimaki (21.), sont les seules véritablement carossables. La dernière a été construite et est entretenue par le Lloyd autrichien. Les routes d'Athènes à Thèbes par Eleusis (13 1.), d1Athènes à Kiphissia (4 1.), de Calamaki à Corinthe [t 1.), et de Navarin à Modon (3 1.}, sont fort mal entretenues. Le reste de la Grèce

GRECE MODEKNE. 47 n'a pins que des sentiers praticables seulement pour les chevaux. Partout les ponts tombent en ruines, et on franchit a gué les rivières. Le gouvernement grec a fait appel aux capitaux étrangers pour remédier à cet état de choses. Un chemin de fer d'Athènes au Pirée a été récemment mis en adjudication ; mais il faudra sans doute bien da teropi pour réaliser ces projets.

j 6. Armée. — Marine.— L'armée grecque se monte à env. 10000 h. St^B6}. Depuis 1838, elle est recrutée par une conscription, qui fournit 1200 h. de contingent annuel. La cavalerie y figure pour 306 h., l'artillerie pour 466 h., l'infanterie de ligne pour t>474 h., la gendarmerie pour 1398 h. Les gardes frontières ou irréguliers, qui avaient été di&sous en 1854, à cause des désordres auxquels ils s'étaient livrés, sont an nombre de 491 h. La phalange est un corps purement honorifique, où l'on a inscrit, à titre de récompense, tous les anciens chefs de la guerre de l'indépendance. L'armée grecque est encombrée d'officiers sans emploi. On compte soixante-dix généraux. « L'école militaire des Evelpides jette tous les ans sur le pavé une douzaine d'adjudants sous-officiers sans avenir. » L'armée grecque porte un uniforme à l'européenne, composé d'une tunique bleue, d'un pantalon blanc : le costume des officiers est terne. La gendarmerie rurale conserve le costume nattonal : l'aspect de ces soldats est vraiment pittoresque , bien qu'ils ressemblent un peu aux brigands qu'ils sont chargés de poursuivre. La marine n'est pas moins encombrée d'officiers que l'armée de terre. € Son personnel se compose de 1150 h., qui ne naviguent pas. Sur ces 1150 h., on compte 450 officiers. C'est un peu plus de deux hommes par officier. » Le matériel se compose de 26 bâtiments, portant U9 canons, dont 2 corvettes et 1 bateau à vapeur, VOthon, de 6 canon? ; 3 goélettes , dont 4 à vapeur, etc.

§ 7. Finances. — Les finances sont peut-être la branche la plus déplorable de l'administration. Suivant les chiffres officiels, le budget des recettes s'élevait, pour l'année 1857, à 22920277 drachmes, et celui des dépenses à 52 542 883 drachmes. Mais en aucun pays on ne doit se défier davantage de cet équilibre apparent. Il est notoire que le budget de la Grèce est constamment en déficit, et, loin d'allei en diminuant, les embarras s'accroissent d'année en année. « Les recettes de l'Eut se composent des contributions directes, des contributions indirecte», du produit des établissements publics, du domaine, de la vente des biens nationaux, des revenus ecclésiastiques, des recettes sur les exercices clos, de revenus divers, des avances faites par les trois puissances protectrices. > L'impôt foncier est payé en nature, tant est grande la rareté du numéraire, c Le percepteur assiste à la récolte et préUve immédiatement la dime. L'État se charge d'emmagasiner et de rendre les fruits qu'il a perçus. On devine aisément tout ce qu'un pareil mo<le de perception a d'irrégulier, et combien il peut être préjudiciable à l'Etat. Si la récolte est abondante, il est forcé Je vendre à vil prix la part qui lui revient ; si la récolte manque, il ne lui revient rien. > La plupart des impôts qui doivent être payés en argent 6ont mal payés, grâce au mauvais vouloir ou à 1 insolvabilité des populations, cràce à l'incurie ou à la corruption des percepteurs. « L'État est pro-

priétaire d'une grande partie du territoire ; il possède à peu près tous les terrains que les Turcs possédaient avant la guerre de l'indépendance; » mais les fermages ne rentrent pas, et la vente des terrains trouve peu d'acquéreurs sérieux. Nous avons indiqué ($5) le peu de parti que la Grèce tire de ses productions déjà si restreintes; l'importation dépassant l'exportation de plus du double, le pays ne peut s'enrichir. « Les douanes forment environ le quart du revenu public. Les droits k l'importation- sont de 10 %; les droits à l'exportation de 6 % sur la valeur des marchandises. Mais la contrebande est tellement facile en Grèce, et la nature du pays la favorise si bien, que le fisc est privé tous les ans d'une somme considérable, et que la statistique est privée de renseignements positifs sur le mouvement de l'importation et de l'exportation. » Les avances des puissances protectrices, destinées à payer les intérêts et l'amortissement de la dette extérieure, se montent annuellement à 3835473 drachmes. < Les dépenses de la Grèce se composent de la dette publique (dette intérieure, dette étrangère), de la liste civile, des indemnités aux chambres, du service des ministères, des frais de perception et de régie, de frais divers. > La liste civile du roi est de 1000000 de drachmes; l'armée et la marine coûtent plus de 6000000 de drachmes. C'est trop cher pour un pays dont l'indépendance et la neutralité sont garanties par les grandes puissances. Les sinécures, les pensions distribuées à la faveur, contiennent une autre source d'abus. Quant à la dette extérieure, elle comprend l'emprunt de 60 millions, fait en 1832, sous la garantie des puissances protectrices, et un emprunt fait à la Bavière. L'emprunt de 00 millions a servi surtout à indemniser les créanciers de la Grèce, et principalement la Turquie ; le reste a été dilapidé par le conseil de régence : la Grèce a pu disposer à peine de 10 millions. Pendant trois ans, la Grèce a payé les intérêts de cet emprunt ; depuis, elle a renoncé à le faire, et cette charge est retombée entièrement sur les trois puissances qui l'avaient garanti. Outre cette dette reconnue, la Grèce doit rncore k certains capitalistes anglais 10 millions de livres sterling, empruntés, pendant la guerre de l'indépendance, par les gouvernements provisoires de Tnpolitza et de Nauplie. et dont les intérêts n'ont jamais été payés. « La seule différence entre ces deux dettes, c'est que les Grecs reconnaissent la première, parce les créanciers ont du canon, et nient la seconde, parce que les créanciers n'en ont pas. » Cette dette ne sera jamais payée, et il est fort h craindre qu'il n'en soit de même de la dette reconnue. Aussi peut-on dire avec M. About que la Grèce vit en pleine banqueroute depuis le jour de sa naissance.

§ 8. Religion. — L'immense majorité des Grecs appartient K l'Église schismatique d'Orient, qui s'intitule Eglise orthodoxe ou anatolique, et se divise en quatre grands patriarcats, dont le siège est à Constantinople, à Jérusalem, à Antioche et à Alexandrie. Avant la guerre de l'indépendance , l'Église de Grèce relevait du patriarcat de Constantinople. Depuis 1833, elle ne relève que d'elle-même; la constitution de 1844 consacra !e fait et l'érigea en principe, et le patriarche de Constantinople le reconnut conditionnellement par une bulle, appelée le Tomos. Toutefois, la constitution religieuse du royaume n'a été réglée que par

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