‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 62 sur 511 · DE MESSINE AU PIREE · texte numérisé non relu

DE MESSINE AU PIREE

Le navire, s'éloignant du détroit de Messine (V. p. 5). reprend sa route vers le S.-E., double le cap idU Armi , et pousse au large, en laissant à gauche, au N.-E., le Spartivento, la demi* re pointe

de la Calabre, et, en arrière, la côte de Sicile, et le cône gigantesque de l'Etna, qui reste longtemps en vue. 4 ou 5 h, après être sorti de Messine, on e3t en pleine mer. La première terre qu'on aperçoit après env. 40 h. de navigation est le cap Matapan, dominé au N. par la chaîne du Taygète.

Kien n'est inoins enchanteur que ce premier aspect de la Grèce, c Je ne crois pas, dit M. About, qu'il existe au monde un désert plus triste et plus désolé que les presqu'îles méridionales de la Morée , qui se terminent par le cap Matapan et le cap Malée. Ce pays, qu'on appelle le Magne, semble abandonné des dieux et des hommes. On a beau fatiguer ses yeux, on ne voit que des rochers rougeâtres, sans une maison, sans un arbre. »

Le cap Matapan ( ancien cap Ténare) est le point le plus méridional de l'Europe : il sépare le golfe de Messénie, ou de Coron, du golfe de Laconie, ou golfe de Marathonisi. Laissant ù gauche ces deux golfes et ce cap, on passe entre 1 lie d'Elaphonisi (en italien de' Cervi), c'est à-dire des Cerfs, et l'île rocailleuse de Cerigo, l'ancienne Cylhère. Il n'est pas un voyageur qui n'ait signalé le contraste qui existe entre ce rocher aride et désolé, et l'idée qu'on se fait généralement de Cythère, l'île de Vénus. Le cap Malée, que l'on découvre ensuite . et que les modernes ont appelé cap St-Ange, n'est aussi qu'un rocher à pic, sur la dernière pointe duquel on sipnale une habitation creusée dans

le roc, ancienne retraite d'un ermite, qui vit là des offrandes des marins, et dont l'unique distraction est de voir passer les navires.

MM. Borv de St-Vincent, de Lamartine et autre* voyageurs, en ont fait un poétique portrait. Au moment où Ton double le cap Malée, on aperçoit, par les temps clairs, un grand nombre d'îles : vers le S.-S.-E. , et derrière Cerigo , la petite île de Cerigoito et les mon tagnei de la Crète ; au N.-E., Uilof Anti-MUo, et Falconera. Le navire, mettant alors le cap au N.- N.-E., laisse à gauche le golfe et la ville de Monemvasie, passe entre les îlots de Karavi et de Dclo~Poulot et, rangeant à l'O. Je golfe profond d'Argos ou de Kauphe, et .à 1E., les îles de Siphnos, Scriphos et Thermia, double l'île d'Hydra et le cap Skyh (cap Scyllée), et se dirige au N. par le travers du golfe Saroniquc (golfe d'Egine, ou d'Athènes). A gauche, se découvrent nie de Poros , la presqu'île de Methana, qui parait une ile véritable, tant elle est détachée du continent; l'île dÉgine , et une multitude d'îles plus petites : à droite, la petite île St-Georges d' Arbora ; plus loin, celle de Zéa, et le promontoire méridional de l'Attique, avec les petites îles de Goïdovro, d'Arsida et de Phleva. Enfin, on voit l'ilo de S alumine (aujourd'hui Couloun), l'entrée du canal de Salamine et l'île de Psyttalie , et, par-dessus le promontoire qui cache le Pirée, la plaine de l'Attique, entourée par les monts Hymette, Pentélique et Parnes, et au milieu de laquelle on distingue le sommet déchiqueté du Lycabette, et le glorieux rocher de l'Acropole, couvert de nobles ruines.

Peu de temps après, on entre par un étroit goulet dans un bassin entouré de toutes parts; c'est le port du Pirée, à l'entrée duquel remarquera deux pylônes

GliÈCE. [Koi te 3.1

portés à Venise par le doge Morosini , et érigés à la porte de l'arsenal de cette ville, ou on les admire encore aujourd'hui. Les deux pv- Idnes du Pirée ne portent plus que deux lanternes.

LE pirée.

Débarquement.— Les formalités de débarquement sont presque nulles. La douane n'est pas sévère, et l'on ne demande presque jamais les passe-ports. — Une barque, pour aller à terre, le bagage compris, se paye 1 drachme. — Sur le quai, on trouve des calèches qui conduisent à Athènes pour 3 drachmes. Les cochers savent quelques mots de français, d'anglais, ou au moins d'italien. On fera bien de ne pas s'arrêter au Pirée et d'aller s installer à Athènes. La visite du Pirée fera plus tard l'objet d'une promenade.

Hôtels. — De l'Europe, — des Puissances alliées ; tous deux trèsmodestes.

Bateaux à vapeur.— Messageries impériales françatses. — Pour Constantinople : — 1° Trajet direct en 40 h. ; tous les vendredis.— 2° Par Syra, Smyrne , etc. ; trajet en

5 jours 1/2. Un départ chaque deux semaines , le samedi. — 3* Par Volo et Salonique ; trajet en

6 jours, chaque deux semaine», le samedi.

Pour Marseille. — Trajet direct par Messine en 5 jours.

Lloyd autrichien.— Pour Syra, le samedi , correspondant avec la ligne directe de Trieste. — Pour Syra et Smyrne, le mardi, correspondant à Syra avec la ligne directe de Constantinople , et a

Smyrne, avec la ligne de Ci manie et d'Egypte. — Pour Zante, Corfou, Ancône et Tr leste, le dimanche.— Pour Cnllamaki, et, par l'isthme de Corinthe, pour Patras et Corfou (trajet en 4 jours), cor-

resque submertéb, qui portaient I respondance àCorfou avec la ligne es lions de marbre, placés là par | directe de Trieste.

e duc Antoine Acciaîuoli, et qrui, I Vapeurs gréa. — Les n u plus tard, en 1686, furent trans- I Hydra, Reine de Grèce et Panhel-

lRocttî 3.]

LE PIRÉÎC.

Cependant

? font alternativement, et de lâ^jocrs en 15 jours, les voyages mirants :

Du Pirée à Kalamaki (le jeudi);

1>i Pirée à Santorin, touchant à

Syra, Tinos, Andros, Myconi, Dé-

lô* Naxos, Paros, Ios et Cithnos

;le samedi) ; Pu Pirée à Chalcis , Àtalanti,

CEJipso* *-t Stylida (le samedi); Dô Pirée à toutes les échelles

de Morée, Nauplie, Gvthion, Ka~

lamata, Navarin, Katafcolon, Zan-

ûSe. Cyllène, Missolonghi, Patras,

Saupacte, Vostitza, Salona et Lou-

traki le jeudi- Tous les 8 jours (le vendredi) du

Pirée à Paros, flydra, Spetzia et

Nau plie- Ces bateaux laissent beaucoup

i désirer pour le confortable.

Le Pirée moderne est une ville qui ne fait que de naître, et de la- plaine. Après

contenir

il ne peut qu'une faible escadre.

Au Pirée, comme d'ailleurs dans toute la Grèce, ce n'est pas la nullité du prisent qui peut intéresser l'étranger, ce sont les souvenirs de l'antiquité.

Histoire et topographie ancienne ; V. le petit plan annexé à celui d'Athènes). — « La presqu'île du Pirée, ou de Munychie, éloignée de 7 kil. d'Athènes, consiste en deux collines rocheuses, réunies par un isthme étroit :

celle de l'E. est la plus haute et la plus rapprochée de la ville.

Cette péninsule est creusée de trois bassins naturels. « Il fut un temps,dit M. Hanriot \où l'on conservait encore le souvenir de l'époque à laquelle cette presqu'île n'était pas unie au continent, et formait une ile au-devant de la

reunion se haussement

Quelle on ne peut rien dire. La plupart des voyageurs se sont même égayés ou lamentés sur le contraste que présente le premier wpect de cette petite ville, avec 1 ejpèce de sentiment religieux dont le voyageur se sent ému en débarquant sur cette terre classique. La population criarde et bano'iée qui vient l'assaillir à son débarquement, les fiacres bizarres et délabrés . traînés par des haridelles, qui s'offrent pour le conduire a Athènes, le font retomber dans une réalité bien éloignée des grandes idées que réveillent en lui îes souvenirs antiques. — * Le Pirée. dit il. About, est un village de quatre ou cinq mille habitants, tout en cabarets et en magasins. > La douane, le lazaret, une école militaire et une église, sont les principaux édifices du Pirée. Un jardin a été établi par les soldats anglo -français pendant l'occupation de 1854 à 1857 : sera-t-«l entretenu, ou abandonné par l'incurie Grecs, comme le prédit M. Abûut?— Le port est petit, mais bonles vaisseaux de ligne peuvent y mouiller : il y a dix brasses et

demie d'eau fur un fond de vase. I Greek und Romon Gtogr.iphy*

même que cette fut opérée , par l'ex- >ontané du sol, la partie de la plaine qui jadis était recouverte par la mer continua de s'appeler fond de mer, A/i-i©3v, et aujourd'hui encore cet ancien fond de mer, stérile, plat, hérissé déjoues, révèle bien son premier état. Le nom même du Pirée, qui veut dire le passage, le trajet, se rapporte à cette circonstance. »

Nous savons que, jusqu'au temps des guerres modiques, les Athéniens n'avaient qu'un port, nommé Phalère, et que Je Pirée, ancien dème , ne prit de l'importance qu'au temps de Tbémistocle, qui établit la marine d'Athènes dans le plus spacieux des trois bassins de la péninsule. Celle-ci fut entièrement entourée d'un mur. qui avait tîO stades de circonférence ; il passait pour être imprenable et plus fort que celui d'Athènes. Sa hauteur était , selon Appien, de 40 condées, ou env. 60 pieds. Il avait 15 pieds d'épaisseur, et était entièrement formé de pierres de

I. Rechercha* sur la topographie de* b«jœ«« d« l'Attiqnc ; V. aiisti \V. S nu lit, Dtct* of

GRECE. [Route 3.

lion Le Porto-Phanari, autrefois Phalère, est devenu Munychie; 1«* Stratiotiki, autrefois Munychie, est devenu Zéa ; le Phalère a été relégué à la pointe Trispyrghi, extrémité E. de la rade ; le Pirée. grâce à Dieu, est resté le Pirée. De graves autorités, telles que celles de Kiepert, etdu savant Forbiger, ont sanctionné ce bouleversement. Les raisons principales de ce nouveau plan sont :— 1° Que le mur Phalérique, suivant Thucydide, était lougseulement de 35 stades, tandis que les deux longs murs du Pirée en avaient 40 ; d'où il suit que le port Phalère était plus rapproché de la ville que le Pirée: conclusion conforme, d'ailleurs, avec l'assertion de Pausanias , qui parle de Phalère comme se trouvant à l'endroit où la mer était le plus rapprochée de la ville. — 2<> Que, à la pointe Trispyrghi, qui est l'endroit où la mer se rapproche le plus de la ville, il existe encore sous l'eau un ancien môle, et sur la rive des restes de murailles, et même des débris du mur Pbalérique, débris dénotés en outre par l'appellation actuelle de cette saillie de la côte.

—3° Que des inscriptions nouvellement découvertes permettent de supposer que le port de Zéa se

taille, réunies par des crampons de métal. Ces murs entouraient aussi le petit promontoire d'Etionie , qu'il rejoignait entre le grand port et le marais salé, appelé Hais?. Ces fortifications étaient réunies à celle d'Athènes par les longs murs, entre lesquels était ménagée la route appelle ÀuttçfTO;. Le Pirée lui-même contenait trois ports : le port Kantharos, (port militaire); le port de Zéa, destiné spécialement aux barques chargées de blé, et l'Aphrodision. pour les autres bâtiments.

Munychie n'était pas un dème ; c'était le nom d'un autre port de la péninsule et de la forteresse du Pirée. Tbrasybule, en s'emparant de Munychie, tint en échec le pouvoir des trente tyrans. Les successeurs d'Alexandre mirent garnison à Munychie, qui fut possédée successivement par Antipater, 322 av.

J. C. ; Cassandre, 318 ; Démétrius Poliorcète , 307 ; reprise par les Athéniens, sous Olympiodore, en 287, elle retomba aux mains des Macédonien», sousles règnesd'Antigone et de Démétrius II; Aratus la leur racheta. Enfin, Sylla détruisit de fond en comble le Pirée, ses arsenaux et ses fortifications.

Le Pirée ne se releva jamais de sa ruine ; Strabon le décrit comme

un petit v., situé autour du port I trouvait en dehors du grand port et du temple de Jupiter Sauveur, du Pirée, et donnent lieu, par con- — « Des trois ports que forme la séquent, de lui attribuer Vun des presqu'iledeMunychieetduPirée, deux bassins de moindre étendue, dit M. Hanriot, le plus grand et le que forme à TE. la presqu'île de plus occidental s'appelle vulgaire- Munychie. — A ces raisons princiment aujourd'hui StoUmani , ou pales, j'opposerai quelques objec- Porto-Draco, Porto-Leone (proba- tions : Pour placer un port au cap

blement à cause des lions de mar bre élevés autrefois à son entrée, et dont nous avons parlé) ; le plus petit et le plus oriental e3t appelé Porto-Phanari, et celui du milieu reçoit le nom de Pacha-Limani, ou encore de Stratiotiki. Récemment

Trispyrghi, il faut de toute nécessité que celui-ci puisse être supposé avoir été jadis un port. Or c'est ce qui n'est pas h mes yeux possible. Dans tout le pourtour de ce cap, et au coin Hagios Georgios, où particulièrement M. Ulrichs

encore , il était universellement veut établir le port de Phalère, la admis que le Stolimani, ou Porto- mer, très-peu profonde , n'offre Leone , était l'ancien Pirée ; le Porto-Phanari, Phalère, et le Stratiotiki, Mxmychie. 11 a plu à un jeune antiquitaire allemand, M.

Ulrich», de tout remettre en ques-

qu'un lit de rochers, qui sont le prolongement du cap lui-même, et

!. Ulrichs, ot /qucvi; xaf t« ftaxoà Tît/yj rftv 'AAqvAv, 1843,

Route 3.]

qui ne se prête nullement à l'ancrage des barques. Ce sont sans doute ces rochers que M. Ulricbs aura pris pour les restes d'un môle doux, a Ja vérité, je n'ai jamais aperçuaucun vestige. J'ajouterai que, si peu exigeants que lussent les anoiecsdans le choir de leurs ports, il est bien difficile cependant de leur prêter l'idée d'avoir choisi pour port un endroit où le rivage ne lorme aucun rentrant sensible, où leCot du large n'est repoussé par aucune barrière naturelle, et où leurs baraues, ne pouvant ni s'ancrer, ni s abriter, eussent été, au premier vent, ou jetées a la cote, ou emportées en pleine mer.

Que d'ailleurs le mur de 35 stades, appelé P halérique , aboutit à cette pointe Tnspyrghi; si en effet ce mur est définitivement établi et reconnu, cela ne contredit en rien l'existence du port de Phalère a l'autre extrémité de la baie : ce mor protégeait et enfermait la baie de Pbalère, et cela sultisait pour qu'il s'appelât Phalérique. Le passage de Pausanias cité semble aussi mï rapporter, non au port de Phalr're, mais à la rade de ce nirme nom, laquelle est en effet, dans sa courbure centrale, le point de la mer le plus rapproché d'Athènes.»— M. Hanriot voit encore, dans l'étymologie de Phalère [fjLÀr.ptatu, blanchir d'écume), une concordance notable avec le rocher du port Phanari, qui est le seul de la côte où la vague vienne briser d'une manière remarquable, et visible de toute la plaine d'Athènes. Le nom actuel de Porto- Phanari semble ausai un souvenir de 1 ancien nom. « Le nom de

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