‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 189 sur 408 · LES PYRAMIDES · texte numérisé non relu

LES PYRAMIDES

Du Caire, on pouvait autrefois se rendre aux Pyramides par une route aujourd'hui détruite qui, décri?ant de capricieuses sinuosités sur les chaussées de la plaine, permettait d*eDtrevoir les pyramides entre de beaux bois de palmiers, et les atteignait en t heures environ, sans fatigue, sans monotonie, avec mille aperçus poétiques et charmants de la vie rurale des Égyptiens. Aujourd'hui tout est changé, il faut forcément suivre le long ruban rectiligne qui conduit de Gizèh à la Grande Pyramide. Cette voie commence au delà des ponts de fer qui franchissent le M par le Géztrèh, laissant à g. le palais de Gizèh (T. p. 370, b), le v. de ce nom et la gare du chemin de fer de la haute Egypte.

Gisèb (prononcez Guizèh), que Ton laisse ainsi à gauche, est un village qui fut autrefois fortifié, et forma arec Tf le de Raoudah, au temps de la domination des Mamelouks, une ligne de défense en avant du Caire; ce n'est plus aujourd'hui qu'un simple village, avec deux ou trois cafés, des bazars ruinés, et quelques res* tes difficilement reconnaiseables des anciennes maisons de plaisance des Uamelouks et des riches habitants du Caire. Les mosquées et les édifices qui bordaient la rivière, il y a moins d'un siècle encore, n'ont laissé que des décombres. Gizèh a cepen* dant encore une sorte de réputation, qu'il doit à ses fours pour réclusion artificielle des poulets, industrie particulière à l'Egypte, et dont les procédés se voient déjà représentés sur les monuments des temps pharaoniques.

Laissant donc à g. Gizèh , la nouvelle route carrossable, créée en 1868, continue en droite ligne à travers une riche plaine, bien cultivée, animée par les scènes nombreuses de la vie rustique, relevée par quelques villages, véritables ruches autour desquelles se meut une population laborieuse. Aux mois de mars et d'avril, la terre est verte de

blés vigoureux, de trèfle, etc.; on y trouvera le même genre d'intérêt et la même uniformité que dans le reste du Delta. Malheureusement la route ne traverse aucun de ces villages et les scènes de la vie rustique ne se voient que de loin; la rectitude même de cette chaussée inflexible comme une voie ferrée, et montrant dès le premier abord le but auquel on doit atteindre, la rend monotone et bien inférieure à Tancien chemin, si fécond en agréables surprises et en points de vue variés. Les arbres nouvellement plantés des deux côtés de la route donnent une ombre insuffisante; la durée du triget est d'environ une heure et demie; à mesure que Ton approche, le terrain monte un peu, et tout à coup les sables succèdent à la verdure par une ligne de démarcation bien tranchée, qui s'étend au loin à dr. et à g. : on est sur le plateau des Pyramides. Un bâtiment moderne, où le khédive donne l'hospitalité aux personnages qu'il veut honorer, se dresse en cet endroit, au détour d'une petite montée. 11 est heureusement masqué on partie par un pli de terrain, car on comprend combien cette bâtisse vulgaire nuit à la poésie de ce site majestueux, et distrait désagréablement Tesprit des pensées graves et presque religieuses qui l'assiègent au premier aspect de ces monuments vénérables des premiers âges de l'humanité.

1* Motioxis générales sur les Pyramides. On a émis bien des opinions, et quelques-unes assez bizarres, sur la destination originaire aussi bien que sur l'ancienneté dos Pyramides. Aujourd'hui que ces prodigieux monuments ont été explorés»

et décrits dans leurs moindres détails, qu'on en connaît la structure intérieure, et qu'on a pu tirer des inscriptions égyptiennes quelques indi • cations précises, tous ces points sont fixés et hors de discussion. Les Pyramides ne sont autre chose que des

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constructions tuznulaires, et elles remontent aux premières dynasties pharaoniques. Elles comptent parmi les plus anciens monuments connus de l'Egypte (F. p. 82). Hérodote avait recueilli de la bouche des prêtres, sans doute d'après des inscriptions qu'il mentionne et qui ont disparu avec le revêtement extérieur, des renseignements qu'il nous a transmis sur le nom des rois qui firent élever les trois grandes pyramides au voisinage de Memphis.

Ces renseignements, avec lesquels s'accordent ceux que l*on doit à Manéthon, à Ëratosthène et à Diodore, ont été pleinement confirmés de nos jours par les découvertes des explorateurs égyptoiogues. Les rois auxquels appartient, d'après Hérodote, la construction des trois grandes pyramides, Khéops (Seupbis dans Manétbon), Khéphrèn et Mykérinus (ou Menkhérès) sont nommés dans les inscriptions Khoufou, Khafra et Menkerâ. Tous trois appartiennent à la IV* dynastie (F. p. 70).

Les Pyramides qui existent en Égypte sont toutes dans la partie inférieure de l'Egypte moyenne, sur la gauche ou à l'O. du Nil, entre le Delta et le Fayoum. Le nombre en est considérable. Le docteur Lepsius n'en a pas examiné moins de 67, répandues du N. au S. sur un espace d'une dizaine de lieues; mais il n'y en a pas moins d'une centaine. Elles varient beaucoup quant à leurs dimensions et à leur état de conservation, plusieurs sont tout à fait ruinées.

Elles forment un certain nombre de groupes plus ou moins espacés, qu'on dislingue, d'après ies villages actuels qu'ils avoisinent, en pyramides d'ilhouroaehy de Gixèh, d* Aboutir, de Saqqarah, de Dachour, de Matanyèh et de Meidoûm.

De tous ces monuments, les plus grands et les plus connus sont les trois pyramides de Gizèh; ce sont aussi (sauf la pyramide ruinée d'Abouroach) les plus septentrionales, et les

seules que l'on veut désigner communément quand on prononce le nom de Pyramides.

Le docteur Lepsius a pu constater, par l'étude qu'il a faite de l'ensemble des pyramides, que leur construction commençait par le centre et se développait extérieurement i la manière de l'aubier dans les arbres, de telle sorte qu'autour d'une pyramide de moyenne grandeur, formant comme un noyau central, on ajoutait successivement une ou plusieurs couches extérieures épaisses de 5 à 6 met., chaque couche augmentant ainsi graduellement la grosseur et l'élévation de la construction primitive.

Pour se rendre compte de ce procédé»

il faut savoir que chaque prince de l'ancienne monarchie, dès son avènement au trône, faisait commencer la construction de sa pyramide tumalaire, et cela sur de médiocres proportions, afin d'en assurer l'achèvement, dût-il ne régner que peu de temps; mais, à mesure que son règne se prolongeait, il faisait établir de nouvelles couches sur les couches antérieures, si bien que la grandeur de la pyramide était toujours en raison de la durée du règne. C'est ce qui explique pourquoi quelques-unes des pyramides ont de si vastes proportions, tandis que d'autres sont restées à l'état embryonnaire. Grande ou petite, la construction terminée à la mort du roi était revêtue d'une enveloppe de pierres dures et polies qui faisait disparaître les gradins, en même temps qu'elle recouvrait et dissimulait complètement l'orifice de la galerie conduisant à la chambre sépulcrale.

Cet exposé du savant archéologue prussien est d'ailleurs justifié par les faits bien connus des temps postérieurs de la monarchie. I^es nombreux hypogées royaux de la haute Egypte présentent absolument la même particularité, que nous arons déjà signalée (F. ci-dessus, p« 95 et 96).

[ROUl^ la] LES PYRAMIDES D£ OIZÉH. Les tombeaux des princes dont i ou deux chunbras bitiveoieiit dé-

les pnoces dont i t n'j ont qu'une |

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des Pyramides, et les champs ou fut Memphis ; à tous les autres points de rhorizoD, des sables et le désert. « Il n'est pas dans l'univers, a dit un voyageur, de spectacle plus varié, plus magnifique et plus imposant. Il élfeve l'àme et la force à la contemplation. » Rien n'est plus saisissant, surtout après l'époque de l'inondation, que le contraste que cette large vallée du Nil, verte comme xme plaine de la Hollande, présente avec les teintes chaudes du désert. Celui-ci offre aux regards une immense surface mamelonnée, inégale, semée de collines aux formes indécises, aut couleurs fauves ou rougeâtres, au milieu desquelles la lumière produit en se jouant les effets les plus puissants et les plus inattendus.

La hauteur verticale du sommet est de 137 met. (422 pieds); elle était probablement d'une vingtaine de pieds de plus avant qu'on n'eût enlevé les dernières assises. Voici les autres dimensions, d'après les mesures du colonel Wyse. La largeur actuelle de chacune des quatre faces de la pytamide à sa base est de 227 met. 30. 1^ largeur primitive, quand la pyramide avait son revêtement, avait S met.

47 de plus. On voit encore, à l'angle N. E. de la pyramide, une excavation pratiquée dans le roc, qui était destinée à recevoir la pierre angulaire du revêtement. La hauteur de la face, mesurée sur le plan incliné, est de 173 met. Comme points de comparaison, il est bon de se rappeler que la tour de Strasbourg, la plus haute de l'Europe, a 142 met., li coupole de Saint-Pierre de Rome, 132, la flèche des Invalides, 103, la colonne Vendôme, 43. Les quatre faces de la pyramide sont assez régulièrement orientées vers les quatre points cardinaux. L'inclinaison des faces de la pyramide est de 52*. Le roc sur lequel elle repose est à plus de 30 met. au-dessus du niveau du Nil.

b. Intérieur de la Gratte Pyramide, — Les Bédouins ont l'habitude de

des py Ami des occupent une vaste esplanade de rochers, nivelée par la main de l'homme, et couverte d'un assez grand nombre de monuments, que nous allons passer en revue.

(V. le plan ci-contre).

La Grande Pyramide ou Pyramide de Kbéops (A) est la plus rapprochée du nord. C'est en général la seule que l'on gravisse et dont on visite l'intérieur; par celle-là on peut se former une idée des autres.

a. Ascension. — Lamentée en est plus fatigante que difficile ; on y est d'ailleurs forcément aidé par les Bédouins, donton ne peut refuser le secours (F. p. 380). Le côté le plus aisé est la face de TE., celle qui regarde le Caire. C'est un véritable escalier formé de gradins inégaux et très-élevés qu'on ne pourrait réellement enjamber sans s'aider des mains et des genoux, si l'on n'était à la fois hissé par les bras et poussé par derrière par ses conducteurs. Les Bédouins se font un malin plaisir de vous faire monter en grande hâte pour vous mettre tout hors d'haleine, et faire valoir davantage le service qu'ils vous rendent.

Arrivé au sommet, on trouve une plate-forme carrée d'environ 10 met.

de côté ; cette plate-forme était originairement bien moins grande, avant que les khalifes n'eussent fait enlever la partie supérieure et le revêtement qui couvrait les gradins, pour en employer les matériaux aux constructions du Caire. La vue que l'on embrasse du haut de la pyramide est admirable, à l'heure surtout où le soleil levant vient colorer graduellement de ses premiers feux l'immense panorama qui attire et fascine le regard. Devant soi, le Nil déploie son large cours au milieu d'un vaste tapis de verdure où sont semées comme des taches grisâtres les étroites bourgades de Gizèh, de Postât et de Boulaq; au delà, les hauts minarets et les dômes du Caire, sa citadelle élevée, et les sommets rougeâtres du Moqattam; à droite, la longue chaîne

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