‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 207 sur 408 · L'ISTHME DE SUEZ · texte numérisé non relu

L'ISTHME DE SUEZ

Ce bassifi offre sar tout son pourtour une grande quantité de coquillages semblables à ceux que Ton trouve sur le rivage actuel de la mer Rouge. On peut supposer sans invraisemblance qu'un exliaussement du sol a refoulé peu à peu les eaux de la mer, et isolé les parties les plus basses, qui se sont dès lors transformées en lacs.

Sur les bords de la Méditerranée, de nombreux indices peuvent faire croire à un soulèvement du sol :

les baies s'oblitèrent, les pointes s'avancent de plus en plus, et l'on peut voir dans ces phénomènes l'effet d'une poussée verticale, semblable à celle qui souleva jadis le fond • de la mer du Sabarah (F. Elisée Reclus, la Terre, I*' vol.). Le témoignage d'Hérodote confirme, du reste, cette hypoibèse. D'après cet historien^ la distance du mont Casios, au-dessus du village fflodeme el-Rattièb, entre l'Égypteet l'Arabie Pétrée, À la mer Érytbrée(mer Rouge) était de 1000 stades, c'est-à-dire, d'environ 100 kil., le stade employé par Hérodote équivalant à peu près à 100 met. Or, d'après l'examen de la carte, la distance du cap Caaios à la mer Rouge est un peu supérieure à la largeur de ristbme. Celui-ci avait donc un peu moins de 100 kil., ce qui, par comparaison avec sa largeur actuelle de 140 kil., montre bien un accroissement considérable. Cet accroissement a été obtenu aux dépens du golfe Uéroopolite. Du côté de la Méditerranée, les lacs Menzalèh et Ballah, loin d'avoir été formés d'un ancien golfe dont une partie aurait été isolée d*avec la mer, paraissent avoir été produits par la mer elle-même, à une époque relativement récente.

Au lieu de s'étendre de ce côté, risthme y a été envahi en partie par les eaux, et l'on a attribué cette pénétration des eaux de la mer jusqu'à la limite actuelle des lacs Menzalèh et Bailab, à l'état d'£bandon dans lequel ion t tombées les anciennes branches orientales du Nil. Celles-ci ( F. p. 38),

qui oflhdent une vota naturelle aux invasions venues de l'Asie, furent entretenues néanmoins avec soin par les Pharaons, fortifiées et maintenues par là dans un état qui les rendait propres à la navigation, au détriment des branches occidentales. Mais, plus tard, à l'époque de la grandeur de Rome, l'attention de l'Egypte se portant vers l'Occident, les branches occidentales, à leur tour, furent entretenues et améliorées, et les branches orientales abandonnées ne donnèrent plus passage qu'à un flux insuffisant. La mer envahit les bouches restées sans travaux de défense, les digues disparurent, les terrains bas furent inondés par l'eau salée et tm immense lao se forma, qui pénétra jusqu'à une quarantaine de kil. dans les terres.

$ %. WÊUMcf des aaolemi eanawc «la oommnaloatioA entre !• Ml et la mer Ronce *.

Suivant quelques auteurs anciens, Ramsès II (Sésostris) avait eu l'idée de faire communiquer la Méditerranée et la mer Rouge, par le moyen de la branche Pélusiaque du Nil, d'Avaris (San, F. p. 412) à Bubastis, et en rendant navigable le canal d'irrigation qui existait déjà entre Bubastis et Héroopolis, sur les bords du golfe Héroopolite.

Les monuments égyptiens prouvent que, déjà sous Séti I", père de Ramsès II, une portion au moins du canal, celle qui va du Nil aux Lacs, existait. On cessa de l'entretenir probablement vers la fin de la xx* dynastie, et la communication des deux mers resta interrompue jusque sous Nékao II.

Conai de Nékao. Nékao II» fils de Psamétik (590-573 av. J. C ), ayant en vue l'extension des relations com-

1. La plas grande partie des renseignements contenus dans cet article et empruntée & rintéressante monographie de M. Olivier RiU, publiée à la librairie Hachette, toai lo titra de l'Utàmê de Sues,

meiciales de rÉgypte, cherclui à remettre en communication le bassin de la mer Rouge avec celui de la Méditerranée. Le nouveau canal prenait naissance à Bubastis et se terminait, tout près de la tête du golfe Héroopolite, non loin d'Héroopoiis. Pline TAncien porte la longueur de ce canal à 62 milles romains, soit à 92 kil. environ, ce qui concorderait bien avec

distance qui sépare Buhastis de la pointe N. des Lacs-Amers, en suivant la vallée (ouady) que traversait le canal de Nékao. Hérodote ajoute que Nékao fit discontinuer les travaux, sur la réponse d'un oracle qui l'avertit qu'il travaillait pour U barbare. Quoi qu'il en soit de cette assertion , le canal parait ne pas avoir été poussé jusau'ati golfe.

Darius, nls d'Hystaspe, successeur de Cambyse (523 à 485 av. J. G.), fit continuer les travaux du canal de Nékao IL On n'est pas bien d'accord sur la position exacte de cet ouvrage.

Il est très-probable cependant que, le chenal naturel de communication entre le golfe HéroopoUte et la mer Rouge s'éiant obstrué par l'augmentation continue de la barre, et les navires, même par les plus hautes marées, ne pouvant franchir cette passe, Darius fitrecreuaer ce chenal:

travail remarquable, si l'on tient comple de la nécessité de se défendre par de fortes digues contre les marées de la mer Rouge, et des conditions hygiéniques dans lesquelles on opérait. Plusieurs vestiges d'édifices persépolitains existent le long de la ligne du canal ainsi créé, et l'on a trouvé sur quelques pierres de ces monuments (qui étaient peut-être de petites tours) des inscriptions en caractères hiéroglyphiques et cunéiformes (F. p. 436). Ce canal avait une (fuinzaine de kil. de longueur. Dans les environs de Chalouf et sur une longueur de plusieurs milles, on voit encore parfaitement ses berges, dont les sinuosités répondent bien k l'idée d'un travail qui aurait eu pour but de

remettre en état un chenal naturel antérieur. On l'appelle, dans le pays, canal des Pharaons.

Sous Ptolémée Philadelphe, qui monta sur le trône 285 ans av. J. C, la puissance maritime et commerciale de l'Egypte prit une extensioo remarquable. Des comptoirs maritimes et des colonies militaires ayant été créés sur toute la céte de la mer Rouge, dans le golfe Persique et dans la mer des Indes, il devenait urgent d'ouvrir une route plus facile entre le Nil et la mer Rouge. Od connaissait alors le système des écluses: on coupa le barrage naturel qui séparait le canal de Nékao du golfe HéroopoUte, et on le remplaça par ce que Diodore de Sicile et Strabon appellent un ewripe fermé. C'était une portion du canal fermée des deux bouts avec des poutres que l'on pouvait enlever à volonté, une véritable écluse rudimentaire, mais suffisante pour racheter la différence des niveaux. On put donc faire communiquer directement le canal de Nékao avec le golfe. L'ancien canal de Darius, de nouveau obstrué, fut recreusé et élargi, et prit dès lors le nom de canal des PtoléméssAi^ mit même, d'après certains auteurs, que ce canal, à son entrée dans U mer Rouge , Ait muni d'un euripe fermé ; cet euripe pouvait avoir uc double rôle éminemment utile : éviter l'action continuelle des marées sur les berges et permettre d'élever le niveau de l'eau dans le golfs HéroopoUte. Cette idée a été repris par les ingénieurs modernes, chargés du projetée canal, et, bien qa'elle ait été abandonnée, le fait seul qu'elle a été mise en avant par des hommes compétents, montre qu'elle était praticable, et témoigne en faveur de ceux qui l'ont produite, il y a pl"^ de deux mille ans.

Diodore de Sicile dit que le canal des Ptolémées se jetait daus la mer i l'endroit oii fut b&tie la ville d'Arp nos, appelée plus tard Qeopfttris,

[ROOTE 15]

capitale da nome Héroopolito et Pun des principaux ports de l'Egypte. On n'a pas retrouvé de restes bien authentiques de cette ville. On pense qu^elle était située à quelques kilomètres au N. de l'emplacement de la ville de Suex, petit-étre au village arabe é^Àgerout,

A la suite des améliorations apportées par Ptolémée Pfailadelphe aux canaux de Nékao et de Darius , le bassin du golfe Héroopolite fut alimenté de deux façons : du côté du S., Teau de la mer Rouge y entrait par le canal des Ptolémées, surtout à marée haute ; du côté du N., l'euripe do canal de jonction du Nil au golfe y laissait entrer l'eau de ce fleuve, i chaque passage de navire. Mais cette voie de communication entre le Nil et la mer Rouge ne parait pas avoir été tenue pour suffisante; car, simul* tanément avec ces travaux, on créa une seconde voie de transit par l'Egypte. Selon Strabon (liv. XVII, chap.

IV} et Pline (liv. V, chap. xt), les marchandises de PAiabie et de l'Inde étaient amenées à Bérénice, ville fondée par Ptolémée Philadelphe sur les bords de la mer Rouge, et à Myos- Bwrmoty port sur la môme mer, et de là elles étaient transportées à dos de chameau à Coptot, ville située sur les bords du Nil, dans la haute Egypte. Cette seconde voie ne tarda pas à prendre plus d'importance que la voie du canal, et dix stations y furent créées {W. Guide pour une escurnon dans VÉgjfpte et au cantU de SueXy Lanée, p. 100, et plus bas, p. 521-522 de ce Guide).

Domtfuiliofi romaine. Canal de Trajan. A la suite d'une famine occasionnée par l'insuffisance de la crue du Nil, Trajan ordonna des travaux de curage et de canalisation destinés à atténuer les effets d'une semblable crise, et ces travaux furent continués sous son successeur Adrien.

Le canal de Nékao et celui des Piolémées furent de nouveau remis en état de navigation; le lit en fut ap-

Page 1