‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 219 sur 408 · EGYPTE. — LE FAYOUM · texte numérisé non relu

EGYPTE. — LE FAYOUM

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De el-Hammam, on descend au S., en suivant, à une faible distance du lac, la lisière des terres cultivées. A g., des bois épais de palmiers occupent le premier plan, vers Sanhour, Âbouquiss, et plus au S. vers Nesléh. La plaine qui, de ce côté, descend en pente douce de ces villages vers le lac, charme les yeux par sa riche végétation. On a: à dr. , la plaine sablonneuse, couverte de bouquets de tamarisques, puis le lac lui-même, vaste nappe argentée par les feux brûlants du soleil; et derrière, le désert infini, avec ses sables ondulant comme les vagues de la mer, et ses chaînes de rochers étendues autour du lac, dont elles suivent les contours, du S. 0. au N. E.

Le lac nourrit une grande quantité d'oiseaux aquatiques et de poissons; comme à l'ordinaire, la pêcherie est affermée. Après avoir traversé (9 kil.) le lit du Bahr el-Ouady ou Bahr-keslèh j près de la tombe du ChetJ^ Sénabé et s'être rapproché du lac, pour le côtoyer vers sa pointe S. 0., on atteint (36 kil.)

Kasr-Kéroun, à 2 kil. du lac, que Ton a voulu identifier avec Dionysias. On y remarque les ruines d'un temple égyptien. Ce temple mesure 28 met. de long sur 19 met. de large et 14 de hauteur; il est précédé d'une cour d'environ 11 met.

de largeur; les 14 chambres dolit il se compose sont placées de part et d^autre d'un couloir qui mène à l'adytum. Le mur du fond est percé de trois étroites cellules. Le tout est en pierres taillées et d'un bon style, mais fort délabré.

Au S. Ë. de ce temple égyptien, à la dislance de 300. met. environ, est une etplanade en pierres qui formait peut-être l'entrée du dromos, et à 40 met. environ au S. £. , un temple romain en briques, dont les murs sont ornés à l'extérieur de pilastres et de demi-colonnes. Par sa forme et par sa disposition, ce temple rappelle deux édifices de Rome :

le temple de Rediculus, et un autre monument que l'on trouve ta dehors de la Porta Pia et que l'et croit être une tombe. Le plafond en est arrondi en voûte, la perle de la façade s'ouvre sur une esplanade étroite, qui fait partie de la plate-forme en pierre sur laquelle le temple est bâti. A quelques centaines de pas, à l'E., sont d*autrès ruines d'une médiocre importance, parmi lesquelles une arcbe dont la face N. regarde le lac, et près de cette arche, une pierre en forme d'autel, de l'époque romaine.

Des morceaux de verre ancien sont répandus en abondance dans les environs et l'on y a trouvé beaucoup de monnaies de cuivre.

Ces ruines et d'autres qui se rencontrent dans les environs indiquent que la plaine couverte de sable qui s'étend aujourd'hui à l'E. et au S. £.

du lac était autrefois cultivée. Des jardins et des vignes existaient daoi cette région et, aujourd'hui encore, les Arabes se servent des racines des anciens plants pour faire du feu, quand ils passent la nuit dans les environs de Kasr-Kéroun. On retrouve, du reste, un peu à TE. de Kasr-Kéroun, des traces d'un ancien canal, qui se dirigeait rers une grande digue dont on voit encore le^ restes à l'K. Ce canal conduisait sans doute dans cette portion du Fayoum les eaux du lac Mœris, et ce seul fait montre combien étaient sagement ordonnés les travaux de canalisatioo exécutés par l'ancienne Egypte.

De Kasr-Kéroun, pour revenir à Médinet, on se dirige à TE., en s'éloignant du lac, dans la direction de Neslèh. A 8 kil., à g., les ruines de Kcur el'Bint (le palais de la jeune fille), ruines en briques crues, dont on reconnaît à peine le plan primitif, marquent l'emplacement d'une ancienne ville dont l'existence est prouvée par de nombreux fragments de poteries, de briques et autres débris.

On retrouve ici les traces de l'ancien

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LB LÂG MOSRIS.

canal dont nous avons parlé plus haat; on laisse & g., au I^. E. (6 kil.), les ruines de Kherit, qui sont sans importance; et plus loin (5 kil ), à dr., les ruines de Kharah el-Tahoud (Ruines des Juifs). De ce lieu, probablement habité autrefois par des Juifs^ il ne reste plus rien que des décombres de maisons en briques crues. Entrant alors dans l'oasis, on atteint (3 kil.)

Hasléh, sur les bords du canal El- Ouady-NetUh. Le ravin, semblable à celui que nous avons vu près de Tamjhh, mesure ici 200 met. environ d*une rive à l'autre, et 30 met.

de profondeur, du haut de la berge, au niveau deTeau; le chenal est d*environ 36 met. de largeur. On trouve dans le lit môme des restes d'un mur construit partie en briques , partie en pierre, qui n'a eu d*autre destination que de régler le débit des eaux, comme la digue qui existe dans le ravin semblable, près de Tamyèh. Tout porte donc à croire que le Bahr el-Ouady, qui débouche dans le Birket el-&éroun, et prend naissance près d'une grande digue, à l'Ë., a été autrefois, comme le ravin de Tamyèh, une artère principale destinée à conduire dans le Birket el-Kéroun le trop-plein du lac Mœris et à régler l'écoulement de ce lac, en servant lui-même à l'irrigation sur une grande étendue de terrain.

De Neslèh, au temps de la récolte de la canne à sucre, on peut se rendre à Hédinet par un chemin de fer qui sert à l'exploitation de la grande fabrique de sucre d'Abouquis. En toute autre saison, on s'y rendra facilement par (4 kil.) Àhou Dongach^ (5 kil.) GaradOj{2 kil) El-Mouiachèh, (5 kil.) Sbghig, d'où l'on gagne (30 min.) Ifédinet el-Fayoum.

▼• !.• IM Mafia «tte LabfilBlke.

On avait cru, jusqu'à une époque assez récente, que le Birket el-Kéroun ne différait pas du lac

.OBIENT Q.

Mœris, si fameux dans Tantiquité. On sait que ce lac, creusé de main d'homme, était destin^ à recevoir les eaux du fleuve à l'époque des inondations, et à fournir à son tour, au moyen de retenues et d'écluses, une inondation artificielle aux campagnes environnantes, jusqu'au delà de Memphis,8oit pendant la saison sèche, soit quand la crue du Nil était insuffisante. C^mme utilité publique et comme travail d'art, l'exécution de ce vaste réservoir, due au roi Amé«> nemhftt 111 de la xii* dynastie, est une œuvre comparable à ce que les temps modernes ont produit en ce genre de plus grand et de plus beau. Le nom de Méri, que lui donnent les inscriptions hiéroglyphiques, signifie le &amn, le lac par excellence, en copte phiom « la mer >, d'où est venu le nom de Fayoum, qui est resté au pays. Un papyrus publié dans le tome I des papyrus de Boulaq (I, pi. 1-7), donne la géographie égyptienne du Fayoum et une sorte de carte mythique du pays. 11 nous a appris que le vrai nom du lac était HourU, l'inondation.

Les mesures de hauteurs relatives , déterminées par M. Linant, ont démontré qu'il était impossible d'identifier le Mœris avec le Birket el- Kéroun. A la profondeur où se trouve le lac, les eaux qu'y aurait versées le Nil pendant les crues n'auraient jamais pu retourner au fleuve, ce qui éuiit précisément la destination du lac Mœris. Mais en même temps que dans ce problème de l'emplacement du Mœris, les études topographiques de M. Linant renversaient l'ancienne solution, elles fournissaient les éléments certains d'une solution nouvelle. L'habile ingénieur a reconnu au N., au N. E. et au S. de Médinet el-Fayoum, dans un développement de plus de 50 kilom., des portions encore nombreuses d'une ancienne et très-forte digue qui enveloppai ten partie la terrasse la plus élevée du pays. C'est dans remplacement cir*

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consent par ces (iigiies que M. X.inant retrouye le bassix^ du lac Mceris. Biahmou et ses deux pyramides, à 1 h. au N. de Médiuet el-Fayoum, en occupent l'angle N . 0. De ce point, on peut suivre la digueàl'E. (I8kil.) jusqu^au Ouady-Ouardan, et au S.

(30 kil.) jusqu'au petit lac de Garak.

On pouvait remplir le grand bassin compris entre cçs digues, à une hauteur considérable au moyen du Babr- Youssouf^ à cause de la g^rande élévation de la prise d'ea.u de ce canal dans la haute EJg^pte; ce qui reste des digues montre qu'on pouvait obtenir une^ hauteur d'eau de plus de sept mètres au-dessus du point du déversoir à Âouarat el-Macta.

La position du lac Mœris, entre les digues à l'O., au S., au N. 0., d'une part, et la chaîne libyque, d'autre part, est donc bien déterminée aujourd'hui. Il n'eu est pas tout à fait de môme du Labyrinthe, bien que les ingénieurs français de 1798 aient cru reconnaître la position de cet ouvrage fameux, et que le docteur Lepsius l'ait décrit avec plus de détail et de précision.

Le Labyrintlie, au rapport d'Hérodote, était situé « un peu au-dessus et à l'Ë. du lac Mœris, à une petite distance de Crocodilopolis > (Médinet el-Fayoum).Le nom de Labyrinthe est une simple transcription du nom égyptien Raperhount ou Laperohountj le Templvdclavillede HounL Le Labyrinthe élait, en effet^ un temple attaché au lac Mœris qu'on a appelé Hount et à la ville de Ao-houni (la bouche du lacj qui est aujourd'hui la ville de Il-lahoun, avec l'article arabe. C'était une vaste enceinte formée de murailles et comprenant douze cours couvertes avec deux étages de 1500 chambres chacun, formant une infinité de détours et de fausses sorties. A un des angles de l'édifice s'élevait une pyramide oîi avait été enseveli le roi qui avait lait exécuter ces ouvrages.

Les ruiner découvertes et décrites 1

par MM. Jonwtrd et Caristif» dans la Description de VÉgypte, t. IV, p. 478, puis décrites de nouveau par le docteur J^psius, qui en a relevé le plan (V. Briffe aus JBgypteny etc., et Vcnkma^ler ans jEgypten, 1 " partie, feuille 3etfeuilles 46 et sq.), répondent assez bien aux indications données yix Hérodote. Elles sont situées sur le versant oriental de la chaîne libyque, à 7 kil. a l'E. £. S de Médinet el- Fayoum, en un point oii l'on peut bien placer les bords du lac Mœris, reconstitué d'après les nouvelles données de M. Linant^Paoha. Elles consistent en une centaine de chambres ruinées, reconnaissables aux pans de murs restés debout, offrant toutes un même mode de construction, quelques-unes souterraines. Elles communiquent les unes aux autres par des corridors dont l'entrée et la sortie semblent établies au hasard. Trois vastes corps de constructions de 100 met.

de largeur entourent de trois eûtes une grande cour centrale de près de 200 met. de long sur 1600 met. de large. Le quatrième côté de la cour est en partie fermé par la pyramide de Àouara, dont la ligne médiane passe par le milieu de^ ruines, de sorte que le tout auraii formé une construction parfaitement symétrique. C'est dans le grand e.rr pace central que devaient se trouver les douze cours dont parle Hérodote.

Les fouilles entreprises par M. Lepsius ont mis à jour des fragments dicolonnes et d'architraves, dont quelques-uns portent les cartouches du dernier souverain de la xu' dynastie, une reine nommée Nofreou-Se* bek. A une époque moderne, on a creusé un canal, le Bahr-Cherkyèh, qui traverse diagonalement les ruines et partage la cour centrale eu doux parties inégales; c'est le cOi 0. qui présente le plus de chambres. — Le nom du constructeur présumé, Âménemhât III, s'est retrouvé plusieurs fois répété dans les inscriptions hiéroglyphique.'».

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