I. OB XÉNiU A KOÇSÏR
L Par la route de Moallèh.
(192 kiL, environ 43 b.)
De Kénèh à Bir>Ambèr, 19 kil. ~- Bir el-Eghftita, 35 kil. La route de Thèbes à Koçeîr rejoint ici celle de Kénèh. C'est aussi à el-Eghâita que la route dite de Ressafa se sépare de celle de Moaîlèh. — Premiers puits, 6î kil. — Seconds puits, 4 kil. ^ Puits de Hoallëh, 6 kil. L'eau de ces différents puits est bonne. — EU Baîda, 48 kil. Près d'el-Baida est un puits appelé par les Arabes Bir el-Ingliz (le puits de l'Anglais). C'est à Baida que la route de Ressafa rejoint celle de Hoaïlëb. — Sources d'el- Ambagbi, 8 kil. Mauvaise eau. — Koçeîr, 10 kil.
n. DK KÈSÈa A KOÇBÏn.
Par la roate de Ressafa.
De Kénèh à el-Ëghàita (F. la R.
précédente), 64 kil. Ici la roule se détache de la précédente pour prendre plus au S. — Bir eUUanunamftt,
40 kU. » Molèt Ha4ji-3ouleiman, puits, 53 kil. — £1-Balda et Bir el- Ingliz, 24 kil. Ici l'on rejoint la roule précédente. — Koçeîr, 18 kil,
Koçeîr est située sur une anse qui mérite à peine le nom de baie.
Partout ailleurs que sur cette côte, la place ne serait qu'un village. Elle est dominée par un petit fort bâti par le sultan Sélim et armé de quelques pièces de canon en mauvais éiat et sans affûts, abandonnés par l'expédition française; l'un d'eux porte l'inscription : « An III de lu République française. » L'entrée du port est protégée par un banc de corail qui s'étend bien avant dans la mer, de l'E. à l'O., et laisse néanmoins le passage libre aux barques de commerce. Les maisons de Koçeîr sont assez bien bâties en pierres et briques crues. Les rues sont régulières et propres. On y remarque le palais du gouverneur, la douane, l'intendance sanitaire, un bureau télégraphique en communication avec le Nil et un vaste grenier à céréales appartenant au gouvernement égyptien. Il y a une trentaine d'années, la place avait une certaine importance. Elle servait de point d'attache pour Djeddah, où elle envoyait les blés de la haute Egypte.
L'ouverture du chemin de fer et du canal de Suez a ruiné ce commerce, et la population qui s'était élevée sou^ Mohammed -AU jusqu'à 7000 hab.
est descendue à 12U0 hab. Le plu/> grand obstacle à la prospérité de Koçeir est le manque d'eau potable.
L'eau de pluie que l'on conserve dans les citernes se corrompt vite, cL l'on A recours, surtout en été, aux Bédouins qui l'apportent des montagnes d'il6oii - Ttour et d'Abou-Sou boa, éloignée d'une journée de marche. Aussi est«elle d'un prix élevé ; encore est-elle saumâtre et d'une odeur insupportable. Ce qu'on nomme le Vieux Koçeir est un site ruiné, à 1 h. 1/2 au N., sur une autre crique de la côte. Ce n'est cer-
tainement pas le Philoteras Portus des anciens, comme on l'a souvent répété, mais bien plutôt VAlbtu Portus (Leukos-Limen). Une place jadis plus importante comme entrepôt de commerce de l'Inde avec l'Egypte romaine, Hyoshormos (F. p.
421, a) était plus haut dans le N., à 18 h. de la Koçeir actuelle, sur la baie d'Abou-Somèr (par 26^' de latitude).
DE KÉNÊH AUX RUINES DEBÉRÈNICE.
HAUTE EGYPTE. — BÉRÉNICE. [ROUTE ^k]
créer sur cette côte inhospitilière qu'une station de commerce. Elle dépérit et fut abandonnée quand les relations commerciales de l'Egypte byzantine furent interrompues daos ces parages. La ville^ qui n'eut jamais beaucoup d'étendue, était au fond d'un grand golfe que couvre au N. Ë. une longue péninsule, à trèspeu de chose près sous le même parallèle que Syène (mais non passoitf le tropique, comme le croyaient les anciens).
Les ruines de Bérénice sont connues des Arabes sous le nom de 5akdU ei-Kibla (la Sakaît du S.), pa^ opposition à un village de mioeors appelé Sakàit ei-Kébir, t]ai est au mi* heu des montagnes d'Émeraude i 1 journée 1/2 du golfe vers le >• Elles sont peu importantes. La priacipale est celle d'un (empie, vers le centre de la ville. On voit, p>^ une inscription grecque qu'on J ^ trouvée, qu'il éuit d6dié à Sénpis. Les noms de Tibère et de Trajan ool cid lus dans les cartouches biéro* glyphiques. Ces restes sont presque entièrement ensevelis sous les décombres. Les maisons étaient consiruitei.
comme aujourd'hui celles de Souâkin et de Massaouàh, en pierres madreporiques.
Les mines d'Émeraude, autrefois célèbres, sont dans le Ouady-Sakil'»
18 ou 20 h. avant d'arriver à Bé^^ nice; il y a eu aussi des exploiUlions dans le Gébel-Zabàra, à 3 ^ 6 h. de Sakaît vers le X«l. K. Ces ffliQ^^ furent connues des anciens Egyp] Liens, aussi bien que des Khalifes (' des sultans mamelouks. Mohamiueti' Âii voulut en faire reprendre Texpl^* tation, mais elle fut bientôt abaodoc* née. Il y a, près de Sakaît, un peut temple creusé dans le roc, avec quelques inscriptions grecques, dont Tune nomme le dieu Sérapis et i& déesse isis. Dans une vallée voisine, séparée seulement de Ouadï* Sakaft par une chaîne de coUmes, est un autre village semblable, aveo
(il journées.)
La route part de Kobt, située sur les bords du Nil à 5 h. au S- de Kénèh, et coupe obliquement du N. 0. au S. £., sur une étendue de près de 400 kil., tout le pays des Ababdèh, entre la haute Egypte et la mer Rouge.
Voici les stations que l'itinéraire d'Antonin marque entre Coptos et Bérénice; la plupart ont laissé des vestiges aux distances indiquées. De Coptos à Phaenicôn, 27 milles romains. — Didyme, 24 milles. — Âfrodito, 20 milles. — Gompasi, 22 milles. — Jovis, 33 milles. — Aristonis, 25 milles. — Phalacro, 25 milles. — Apollonos, 23 milles.
~ Cabalsi, 27 milles. — Caenon Hydreuma, 27 milles. — Bérénice, 18 milles. — Total 271 milles.
Pline, qui mentionne la même route (avec moins de détails), n*y compte que 258 milles. Peut-être y avait- il deux lignes à travers les vallées, Tune plus directe, l'autre moins.
On sait que 3 milles romains équivalent à 1 h; de marche.
Bérénice fut fondée par le second Ptolémée ( Philadelpbe ) , qui lui donna le nom de sa mère, environ 275 ans avant notre ère, et elle se maintint pendant 400 ou 500 ans, concurremment avec Myoshormos.
Son fondateur n'avait voulu et pu
[ROUTB 25]
BÉRÉNICE. — KOBT.
un réservoir naturel, contenant une eau excellente.
ROOTB 25.
DE KÉNÉH A THËBES.
(78 kil.)
En quittant Kénèh, un trajet de quelques kilomètres dans le petit bras où cette ville est Mtie, ramène dans le grand Nil, dont on continue la navigation dans les conditions ordinaires.
Kobt (20 kil. rive E.), ou, comme on prononce plus généralement, Koft, fut Tancienne Qoubti, Coptes. Copto9, consacrée à Isis et à une forme d'Ammon itypballique, fut de toute antiquité une ville importante. Au début de la xi* dyn., elle parait avoir balancé un moment Tinfluence de Thèbes et servi de résidence favorite à. plusieurs rois. Au moins y trouvet-on des traces relativement nombreuses du passage des Entef et des Mentoubotep. Plus tard, elle se maintint comme ville commerciale. Les marchandises du Pount, etpar le Pount, celles de la Chaldée, y passaient nécessairement avant d'arriver jusqu'à Tbèbes. Sous les Ptolémées et les premiers empereurs romains, la ruine do Thèbes, d'Abydos et de la plupart des grandes villes de l'Egypte méridionale fut pour elle une occasion de développement. Tout le commerce de rinde parla voie de Bérénice s'y con- ;:eatra. Un soulèvement attira sur elle la colère de Dioclétien, dans les dernières années du m* siècle; elle fut saccagée par la soldatesque, et ruinée de fond en comble. Elle ne se releva jamais complètement de ce désastre.
Sous les dynasties arabes, la ville de Kous (V. ci -après) l'avait remplacée comme dépôt du commerce de la mer Kouge avec la haute Egypte, comme plus tard Rous à son tour a été supplantée par Kénèh. lies ruines mêmes qu'on voit à Kobt sont pour la plupart de la période musulmane,
bien qu'on puisse encore reconnaître la trace de Veneeinle primitive, et les restes d'une de ses porUt, du côté orientai de la ville. Les noms d'Rntef (xi* dynastie) et de Tboutmès 1I£ gravés sur un pilier de granii et .sur une des pierres du pont montrent que la ville remonte à une haute antiquité. On a quelquefois voulu en faire venir le nom des Coptes; rien n'est moins fondé. Le nom de cette ville, qui remonte aux temps pharaoniques, n'a rien de commun avec celui de l'Egypte. Selon Ëlien, les habitants de Coptos honoraient le scorpion. Par contre, ils craignaient Typhon et lui sacrifiaient des ânes.
Ballas (R. 0.) situé vis-à-vis de Kobt, de l'autre côté et à une certaine distance du fleuve, est un village de potiers. Les grandes jarres de terre, employées dans toute l'Egypte pour porter l'eau, lui doivent leur nom de ballàsi. On les assemble pour former de grands radeaux, que l'on rencontre flottant tout le long du Nil. Plus près du fleuve, un autre village, Dowiidèh, représente Gontra-Goptos.
Koiu ou Gous (9 kil. rive E.) occupe le site d'ApollinopoliB Panra.
Au temps des Khalifes et des sultans mamelouks, elle était regardée, par suite du commerce actif dont elle était devenue l'entrepôt, comme la ville la plus riche de la haute Egypte. Elle a perdu toute son importance.
Elle n'a plus de ruines anciennes, mais elle possède une jolie mosquée et un sebil (fontaine), dont le bassin est formé d'un ancien monolithe portant le cartouche de Ptolémée Philadelphe. Nagadèh , sur l'autre rive du Nil, présente un aspect pittoresque avec ses nombreux pigeonniers. Il est peuplé presque entièrement par des Coptes ; plusieurs couvents de cette communion sont échelonnés au pied de la chaîne iibyque, entre Nagadèh et Gamolèh.
Sanhonr, à une petite distance de
Kous^ sur la rive orientale, annoDce par ses monticules artificiels le site d'une ancienne place. Un temple de Tépoque romaine, dont il reste encore quelques vestiges, a permis de reconnaître, dans ses inscriptions hiéroglyphiques, le nom égyptien de la ville, Senhôr. C'est un peu audessus de ce village que s'ouvre une des prises d'eau du canal qui porte son nom, et qui arrose toute la rive E. du Nil, jusqu'au-dessous deKénèh, pour se continuer avec le canal de Fâhou.
L'origine première de ce canal est beaucoup plus au S., à el-Hélayëh jau delà de Thèbes, et près d'Herment.
Entre Sanhour et Thèbes, la rivière fait un détour considérable à TE.
Gamolèh (r. 0,), célèbre au temps d'Aboulféda par ses cannes à sucre, joua im rôle en 1824, lors de la rébellion du Cheikh Ahmed contre Mohammed- Ali. En face de ce bourg, on aperçoit sur la rive E.,à quelque distance du fleuve, le village de
Médamout (44 kil. R. E.), qui a des ruines anciennes, et, entre autrès, un temple sur lequel on a lu les noms d'Âmenhûtep II de la xnW dynastie, et de Ramsès II, de la xix", mais qui fut réparé ou agrandi au temps des Ptolémées, comme on le voit aussi par les inscriptions. Le pylône porte le nom de l'empereur Tibère. Le surplus des ruines se compose de maisons en briques. On ne débarque guère pour visiter celte localité; c'est habituellemenl de Xarnak qu'on fait une excursion à Médamout.
Mais bientôt se montrent sur la rive E. les grandes ruines de Karnak, pylônes, colonnades, etc.; sur la rive 0., les montagnes de Qournah, trouées d'hypogées et^ au loin, les deux statues colossales de Memnon. Enfin, bientôt on aperçoit sur la rive E.
Louqsor avec ses pylônes, son obélisque, son minaret, ses palmiers, les huttes des fell&hs qui couvrent le temple. On est à Thèbes.
THtBES.
Tous les voyageurs aujaurdHiai débarquent à Louqsor; c'est là en effet que sont toutes les ressources. C'est là que résident les agents consulaires; la France y est particulièrement bien représentée par un fonctionnaire parisien, homae du monde, dont tous les touristes ont fi apprécier le bienveillant accueil. II a u.stailé sur Textrémité même du temple de Louqsor une charmante - habitation i.
l'européenne, dont il fait les hoaDeuni avec la plus parfaite affabilité.
C*est à Louqsor qu'est la poste; c'est là qu'il est le plus facile de se procurer des provisions, des guides, des moot jres. Des barques sont là pour tous passer à tout instant d'une rive à l'autre. Un guide coûte pour un jour 20 piastres; un cheval, 20 piastres; an ân^.
10 piastres. Il est inutile d'en emmeo<-: avec soi .sur la rive occidentale, où l'oii esi assailli à son débarquement par le^ guides, les conducteurs de chevasx «*( les àniers accourus des villages voisias. La précaution la plus utile est d'emporter de l'eau potable, surtout pour visiter la gorge brûlante du Bab-el-Molouk. ce l'on serait exposé à toutes les ardeurs de la soif. Beaucoup d'enfants vienr«"''. sur la rive vous offrir des gargoulel'.e» pleines d'eau. Si Ton doit passer luui la journée sur la rive g., comme c'e>-t le cas ordinaire, il faut emporter des pn.visions solides pour le déjeuner.
A Louqsor, on devra aussi se tenir r.
garde contre Tacquisition sans exam<.:
des antiquités qui vous sont offertes cr tous côtes, scarabées, figurines en vcrr? bleu, colliers de verroteries, cachets, vneaux, etc. Beaucoup de ces objets soai sans doute authentiques, mais il y en i plus encore de fabrique moderne/ il } * d'ailleurs à cela une raison d'éconuuitr- A Louqsor les curiosités sont hors 'J« prix. Dans les villages de Qournah et di Medinet-Abou, au contraire, on trour^ souvent à acheter des simples fellÀbs, tà des prix modérés, des objets qu'ils recueillent en fouillant incessamment leur inépuisable nécropole. Près de la coU.'!<2 d'el-Assasif (rive 0.), on a extrait do puits des centaines de momies, que î >voit entassées les unes sur les aut^e^ et que les paysans déroulent poar cher cher les bijoux. On n'a qu'à se baisser pour y ramasser des fragments ciirieoi.
[R. 26] THÉBES, — TOPOGRAPHIE GÉNÉRALE.
des t«ta8, des pieds momifié» et recoa- Terts de dorures, tandis qu'on les payerait 10 ou 15 fr. à Louqsor. En un mot, on ne devra faire ses achats qu'au mçraent du départ, après avoir exploré par soi-même tontes les localités.
On ne peut rien dire d'absolu quant au temps à consacrer à la visite de Thébes ; chaque voyageur se décidera à cet égard selon les circonstances et ses propres dispositions. Un artiste on un antiquaire ne verra pas les choses en courant, comme un simple curieux. Celui-ci peut à. la rigueur voir Tessentiel en trois jours; mais à quiconque n'est pas absolument obligé de compter ses heures, nous conseillerons fortement de donner au moins huit jours à cette partie du voyage, qui est k tous les égards la plus importante et la plus féconde en souvenirs. Il vaut mieux passer rapidement sur d'antres points.
'ordre dans lequel on devra visiter les nombreuses localités qui composent les ruines de Thèbes n'est pas indifférent; nous pensons, comme Wilkinson, que la meilleure manière de visiter ces restes immenses, pour rfiénager et graduer l'intérêt, est de commencer par Qoumah, les Tombeaux des rois, le Ramesséïon, Médinet-Abou, les Colosses de Memnon, et les autres ruines de la rive occidentale, puis de passer & la rive orientale pour y voir Louqsor en premier lieu et terminer par les splendeurs de Karnak.
C'est l'ordre que nous avons adopté dans notre description; c'est celui qui permet aa voyageur pressé de voir tout dans le temps le plus court, chacun restant libre, bien entendui de fractionner ses excursions, de les diriger à sa guise, suivant le temps dont il pourra dis poser.
n. Topographie générale.
Si Ton se place sur un point élevé, tel que la colline de Cheikh Âbd el- Uournah ou le haut du temple de Louqsor, d'où Ton puisse embrasser la plaine de Thèbes, ( F. le plan) on se rendra compte, dans une première vue d'ensemble, de la disposition du site, de son étendue et de son état actuel. Le Nil coule ici du S. 0. au N. E., et son large lit est partagé en plusieurs canaux, par quatre iles ongues et basses. Une double cbaine
de hauteurs enveloppe la plaine à dr.
et à g. du fleuve, et forme comme un vaste cirque où se déployait Tantique métropole. A l'O., la chaîne libyque présente des peotes abruptes, qui dominent ce côté de la plaine, et qui se recourbent au-dessus de fiab el- Molouk pour venir se terminer, près de Qournah, à la rive même du fleuve. A rË.,les hauteurs plus adoucies et moins proches descendent en longues pentes vers Louqsor et Karnak, et leurs crêtesne se rapprochent du Nil qu'après Médamout, à 1 h. et plus au-dessous de Karnak. Thèbes occupait, sur les deux rives, une grande partie de cet espace. La cité proprement dite était au côté oriental, où les ruines actuelles de Karnak et de Louqf or marquent l'emplacement et nous offrent les magnifiques débris de ses grands monuments.
Le côté occidental, où se trouvaient aussi de somptueux édifices, mais qui était surtout consacré aux sépultures royales et à la Nécropole, était désigné, au temps des Ptolémées et des Romains, sous les noms de faubourg Libyque et de Memnonia.
Les maisons, les habitations particulières, ont disparu depuis des siècles, et leur emplacement même est recouvert par les alluvions du fleuve qui ont élevé le niveau de la plaine.
Thèbes n'est guère représentée pour nous que par ses édifices religieux et ses monuments commémoratifs.
M. Manette a récemment trouvé sur la rive dr., parmi quelques débris de la ville antique, la statue de la déesse Thouëris (F. p. 336, a), renfermée dans un naos qui portait les noms des reines Shep-en-tèp et Nitocris.
Ces ruines forment quatre groupes principaux, connus sous les noms de Karnak, de Louqsor, de Médinet Abou et de Qournah, d'après les villages fellahs qui en sont voisins. Karnak et Oournah se font face au N., de môme que Louqsor et Médinet Abou au S. De ces quatre vil-
lages (oeiai de Médicet-Abou est maintenant désert), Louqsor est le plus considérable. On peut voir, par le plan, qu'ils marquent les quatre an> gles d'un quadrilatère dont chaque côté a environ 3 kil. de longueur, et dont le périmètre total est conséquemment d'environ 12 kil. Cette étendue est loin de représenter celle de Tbèbes au temps de sa splendeur.
Une notion que Diodore a recueillie lui donnait 140 stades de tour, ce qui répond à 26 kil., ou à près de 6 de nos lieues communes. La ville s'étendait donc au loin dans la plaine, et la nature des lieux montre que ce devait être surtout dans la partie orientale, à TE. et au N. de Louqsor et de Karnak.
m. Blstolre.
Jusqu'à présent les inscriptions n'ont fourni aucun renseignement précis sur les origines de Tbèbes et le temps de sa fondation. Il est certain que l'existence de la ville remonte à des temps très-anciens, car la légende égyptienne y faisait naître O^iris. Inconnue sous l'Ancien Empire, elle ne commença d'acquérir de l'importance qu'après la chute des dynasties memphites. Ses princes se rendirent indépendants des rois d'Héracléopolis (x* dynasfie) et fondèrent une dynastie nouvelle (xi*), qui, après de longues luttes, finit par s'emparer de toute rÉg>'pte. A partir de ce moment, Tbèbes devint la capitale du pays entier. « Placée à peu près au point darrivée des principales voies commerciales de l'Afrique et de l'Arabie, elle était comme un vaste entrepôt où venaient s'entasser toutes les richesses des contrées étrangères, depuis le golfe Persique jusque au delà du Sahara, depuis la Méditerranée jusqu'à la région des 6i*ands Lacs. Les cités du Delta, tournées vers des nations avec lesquelles on n'entretenait encore que des relations irrégulières, avaient peu d'influence : Mempbis elle -
même, malgté son ^tandae, malgré les souvenirs de Mena et des prearièries dynasties, n'arrivait qu'en seconde ligne. L'iiivasion des Pasteurs, en faisant de la Tbébaïde le refuge et le dernier rempart de la nationalité égyptienne, augmenta cette importance : pendant les siècles de la lutte, Tbèbes ne fut plus la première ville du pays, mais le pays lui-même, et le cœur de TÉgypte battit sou»
ses murailles. Les victoires d'Abmès, les conquêtes de Thotmès I élargirent le cercle du monde, l'isthme de Suez fut franchi, la Syrie soumise, l'Eupbrate et le Tigre traversés au profil de la grandeur de Tbèbes; pendant deux cents ans, ette vit tous les peuples vaincus défiler à l'ombre de ses palais. Mais, quand vinrent les temps anxieux de la xir et de la xx* dynastie, quand lés barbares d'Asie, si longtemps foulés, se redressèrent et tinrent tête aux, Pharaons, OR commença de trouver qu li y avait bien loin de Karnak à la froa- ! tière de Syrie.... Le centre de gravît' de l'Egypte qui, après la chute & premier empire avait été reporté iu S.^ vers- Tbèbes par la conquête de rÉibiopie et le développement de la puissance égyptienne iians le Soudai) remonta peu à peu vers le Nord ei vint tomber dans le Delta.... Sous les derniers Ramsès, Tbèbes était restée par habitude la capitale de l'Egypte.
Quand Herhor voulut substituer Tau- torité des grands prêtes d'Ammon à celle des descendants de Ramsès ill, les cités du Nord réclamèrent contre cette prétention., Tanis se souleva sous les ordres de Simentou Metamoun, le Smendès de Manéthon, et devint la capitale d'une dynastie nouvelle, la xxi*. » (Maspero, ouv. cité, p. 335.) A partir de cette époque, 600 ans s'écoulent sans que Tbcbes figure dans l'histoire. Son: nom ne reparaît qu'à l'époque dé f invasion de Cambyse, en l'année: 537 avant J. G. Le conf uécaat parse y- porta le fer et la flamme, et dépouilla les tenH
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THÉBfiS. — HISTOIRE.
pies de leurs richesses amoncelées.
C*est de là, sans doute, que datent réellement la décadence et la ruine de Thèbes. Une nouvelle catastrophe la frappa au temps des derniers Pto- Icmées. Elle avait refusé de reconnaître Ptolémée Lathyre, qui avait détrôné son frère Alexandre. Ce prince y accourut avec son armée, y entra de force après trots années de siège, et y renouvela les dévastations de Cambyse. Ceci arriva vers Tannée 82 avant le comcnencement de notre ère. Depuis l'avènement des La (?i des, les Grecs avaient pris l'habitude de désigner Thèbes sous le nom de Oiospolis, qui n*est que la traduction de Tappellation égyptienne Pa-im^n, la demeure d*Amoun ou Ammon, fréquemment usitée dans les légendes hiéroglyphiques. L'autre nom, le nom usuel, Thèbes, se trouve aussi dans les inscriptions sous les formes ap^ apé, ou avec l'article féminin, Tapé (Thaba dans le dialecte memphitique;), qui se traduit par la Tête, la Capitale. On ajoutait au nom de Diospolù répithète de Méualè , la grande, pour la distinguer d'une autre Diogpolûf au-dessous de Tentyris ou Dendérah.
Les plus anciennes tombes royales de Bab el-Molouk, ainsi que les parties les plus anciennes du Temple de Karnak, appartiennent aux princes de la xii* et de la ziii* dynasties. Les premières constructions, le noyau, pour ainsi dire, du grand Temple de Karnak, appartiennent au 1*' Ousortéscn, de la XII* dynastie (vers 2800), etil In 'est peut-être pas un de ses successeurs qui n'ait ajouté quelque chose à et admirable édifice. Consacré à Am- .aon-Rft, le dieu tutélaire de l'Egypte, il devint comme un sanctuaire national qu'une longue génération de Pharaons s'attacha à embellir et à agrandir. Ce fut surtout sous la xviii« et sous la XIX* dynastie (entre 1700 et 1300), après que l'Egypte fut affran* cht« du joug des Pasteurs, qui avaient réf^né à Memphis pendant pUs de
500 ans, que Thèbes vit s'élever ses plus nombreux et ses plus riches monuments.
La première description de Thèbes qu'on trouve chez les anciens est celle que nous a laissée Diodore ; car celle d'Hécatée de Milet, qui avait résidé dans la ville à la fin du vi* siècle de notre ère, ne nous est connue que par les extraits d'Hérodote. Diodore avait visité la haute Egypte, comme il nous l'apprend lui-même, dans la 180* olympiade (entre les années 60-57 avant J. C). Sa relation, qu'on voudrait plus détaillée, est donc celle d'un témoin oculaire. Les fondateurs de Thèbe-s en avaient fait, dit-il, la cité la plus riche et la plus belle non-seulement de l'Egypte, mais du monde entier. Ses temples étaient magnifiques, aussi bien que ses autres monuments; et les maisons des particuliers s'élevaient jusqu'à quatre et cinq étages. Rien n'égalait la beauté de ses statues colossales en or, en argent et en ivoire, et de ses obélisques monolithes.
Quatre temples se faisaient remarquer parmi tous les autres, et de ces quatre temples, il y en avait un qui n'avait pas moins de 13 stades de pourtour. Il est clair qu'il s'agit du temple de Karnak. Les tombeaux des anciens rois ne le cédaient pas en magnificence aux autres monuments, et l'on admirait surtout, par sa richesse et son étendue, celui du roi Osymandyas. • Ces édifices, ajoute l'historien, ont subsisté (dans leur intégrité et leur splendeur, veut-il dire), jusqu'à une époque assez récente. » Il faut remarquer que la visite de Diodore à Thèbes eut lieu 24 ans seulement après la terrible expédition de Ptolémée Lathyre, et que, si la vengeance du roi avait dû s'arrêter devant les temples et les tombeaux, elle s'était sûrement appesantie sur ce que les soldats de Cambyse avaient laissé subsister de la ville propvement dite. La manière dont «'exprime Diodore laisse asata
HAUTE EGYPTE. — THÈBES. fROUTB 25]
voir que les maisons élevées de plusieurs étages, et sûrement aussi toutes les constructions particulières qui constituent une grande cité, n'existaient plus de son lemps. Strabon, en effet, qui voyagea en Egypte 35 ans après Diodore, complète à cet égard le rapport de l'historien. Le géographe dit expressé ment que Tbèbes ne se composait plus que de bourgades séparées^ les unes, sur la plage arabique du fleuve (c'e»t-à-diçe sur la rive dr. ou orientale), ce qui était, ajoute-t-il, le côté de la ville proprement dit; les autres, sur la place libyque (ou occidentale), qui était le côté du Memnonia. Il est clair par ce passage que ce dernier nom s'appliquait à toute la partie de l'ancienne Thèbes située à l'O. du Nil. Quant aux bourgades ou aux villages qui s'étaient formés des débris de Thèbes, c'est précisément ce qu'on voit encore aujourd'hui. Les vestiges qui marquent l'étendue de Thèbes, dit encore Strabon, sont actuellement répandus sur une longueur de près de 80 stades. On y voit nombre d'édifices sacrés, la plupart dégradés par Cambyse. Le narrateur ajoute : • Dans le Memnonium il y a deux colosses monolithes placés près l'un de l'autre. L'un est encore entier; la partie supérieure de l'autre a été brisée au-dessus du siège, et gît sur le sol, par l'effet, 'lit-on, d'un tremblement de terre.
On croit généralement qu'une fois !>ar jour un bruit, comme celui qui résulte d'un faible coup, sort de la partie de la statue restée sur le siège et sur sa base. Au-dessus du Memnonium sont les tombeaux des rois, au nombre de quarante, creusés dans le roc des cavernes; le travail en est admirable et bien digne d'être vu.
On y voit des obélisques sur lesquels sont gravées des inscriptions attestant la richesse des rois de cette époque, l'étendue de leur domina- . lion , qui atteignit jusqu'aux confins de la Scythie, de la Bactnane,de
rinde et de rionie actuelle, la quantité de leurs revenus et le nonibre de leurs soldats, qui montait à près d'un million d'hommes. » Diodore, de son côté, dit que les annales des temples mentionnaient 47 tombes royales, mais qu'au temps de Ptolémée Lagus, il n'en restait plus que 17, dont plusieurs, lorsque lui-même les vit, avaient été ouvertes et dégradées.
Strabon, comme Diodore, ne manque pas de citer les vers si connus de l'Iliade, où Thèbes est qualifiée de ville aux cent portes; et Diodore fait observer, à cette occasion, que, selon certains rapports, la ville n'avait jamais eu cent portes, mais qu'elle avait été surnommée ainsi à cause des nombreux propylées de ses temples.
Si complètement ruinée et déchue que fût Thèbes, le respect de sa grandeur passée, et la vénération traditionnelle dont ses temples et ses tombeaux étaient entourés, la maintenaient au rang des villes de la haute Egypte. Ce que l'on continuait de nommer DiospoUs Magna se composait sûrement d'un amas de chétiîa»
habitations principalement groupées autour des deux temples de la rire orientale. Louqsor, dans se» proportions réduites, peut en donner Tidéf .
Diospolis n'en figure pas moins daos les tables de Ptolémée (vers l'an UO après J. C.) comme la métropole du nome thébain.
La proscription dont Théodose frappa ce qui restait encore des temple de rÉgypte à la fin du iv* siècle (389), lui porta sans doute le dernier coup. Depuis cette époque jusqu'à nos jours, les seuls changements qui ont dû s'opérer sur l'emplacement di Thèbes, sont l'introduction des nomj arabes appliqués aux diverses locali' tés des deux rives, et sans dout< aussi la dégradation toujours plui grande de ce qui a résisté a< temps et à la main destructive d^ l'homme.