ALTITUDES
au-dessus de la
Méditerranée.
1. En Nubie, à Semnèh, au-dessus de la deuxième cataracte, des Inscriptioi hiéroglyphiques gravées sur le rocher montrent qae sous la xu* et la xiu* d^ nastie (il y a 40 siècles) le Nil montait à 7 mètres au-dessus do niveau actu< « Le ohangemont de niveau est-il dû aux grands travaux dliydrographie entr pi(is par les rois du Moyen-Empire, dans le but, aoit de régnlariser les inoad; tiens do fleuve, soit d'élever un rempart naturel contre les envahisseurs, i rendant la cataracte impraticable? C'est ce qu'on ne saurait dire. » (K. Marietii Bey, Bistoiri d'Éffypti, p. 35.)
VALLfiE DU NIL. 37
50» jaMterons surtout pour le moment sur la description 4e U vsUée du M dans l'Egypte proprement dite.
A^ l'endroit oà le Nil quitte la Nubie pour entrer en Egypte, en rnocàiaaotles rochers de la première cataracte, àAssouin (l'antique Syène), ie fietire coule dans une yallée tràs-étroite jusqu'à £snèh, c'est-à-dire sur Bie lûBgQeiir d'environ 40 lieues. Les sommets des deux chaînes qui Tenl'iTeiu à dr. et à g. ne sont séparés, au-dessus du Nil, que par un K?ie de 5 kii. en moyenne, et sur toute cette longueur, la substruction Ettàeibnutlon granitique: entre £snèh et le Caire, la formation est cal; c«« ot de grès tertiaire.
^ Esnëh, la vallée s'élargit sensiblement, mais sans guère dépasser
2 hiti jusqu'à Kénèh et un peu au delà. Une remarque générale, pour
<»jinauères parties de la vallée comme pour les suivantes jusqu'au com-
âoceoeat du DelU, c'est que la chaîne qui borde le Nil à dr. ou à TE.
[•idulne arabt^u^, comme on la nomme), serre le fleuve de beaucoup plus
pnsi;ae celle qui court sur la rive g. ou à l'O. (la chaîne libyque). La
duise arabique continue à s'élever depuis la rive du Nil, où elle forme
sooTeQt de hautes falaises, jusqu'aux rives de la mer Bouge, oii elle atteint
taie hauteur presque double. La chaîne libyque, dont la hauteur dans la
^atlé« du Nil diffère peu de celle de la chaîne arabique, s'abaisse au con-
tiaire rapidement sur son versant occidental, jusqu'à la dépression des
0^. On peut donc dire que l'Egypte, outre sa pente générale du S. au
■^M présente aussi une pente transversale de la mer Rouge jusqu'aux oasis.
'^ Nil en occupe la partie moyenne, et son niveau est plus élevé que les
<^<sis. A une dizaine de lieues au-dessous de Kénèh, l'écartement de la chaîne
..brque devient beaucoup plus considérable qu'il n'a été jusque-là. La vallée
frsad une largeur de S à 6 lieues, qu'elle conserve sans grandes variations
jusqu'aux approches du Caire. Cette largeur est presque tout entière sur la
gitiche du Nil, comme nous venons de le dire. Une dérivation du fleuve,
le Bahr-Tousef, qui commence à Farchoût, à une dizaine de lieues au-des-
^^is de Kénèh, y coule parallèlement au cours principal, et, alimentée par
dmres dérivations successives, se continue ainsi, sur une longueur de
plusda 90 lieues, jusque dans le Fayoum. Cette province n'est elle-même
•]u'uae plus large expansion de la vallée du Nil, renfermant un lac d'une
<^uzaiQe de lieues de longueur (le Birket el-Kéroûn), le seul que possède
1 Egypte (sauf les lagunes qui bordent la côte). Ce lac a été longtemps
confoDdu avec le Mœris, qui en était tout à fait distinct, et dont les traces
001 éié reconnues de nos jours par M. Linant-Pacha. Du Fayoum part une
violée appelée la vallée du fleuve sans eau, Bahr-héi4'md, qui va déboucher
iUc^te à une quinzaine de lieues à l'O. d'Alexandrie, et que l'on a cru
iToir servi d'écoulement au Nil à une époque antérieure à tous les sou-
v«mn historiques. Mais cette opinion a été reconnue erronée par les ezplo-
^Ucun qui ont récemment examiné cette vallée au poiut vue géologique.
^ Q'y a trouvé aucune trace du limon du Nil, et il est probable que cette
^pression n'éiait qu'un ancien lit de courant sous-marin, à l'époque où
^^te cette région était submergée par la mer. Une autre vallée, parallèle
>aBalir.bélà-mâ et située un peu plus près du Delta, porte le nom de Fol-
^^ tact de iVatron. Ces lacs fournissent un produit salin sur la composi-
^ et l'exploitation duquel nous reviendrons p. 57.
La tête du Delta était autrefois plus au S. qu'aujourd'hui. Le palais da^ Ghoobra, à 5 quarts d'heure au N. du Caire, en marque à peu près Templaeement. C'était non loin de là, un peu plus bas, que la branche FélusiaquG, la plus orientale de l'ancien Delta, se détachait du corps du fleuve et tour* naît au N. N. E. vers Bubaste. Maintenant le Delta commence à la jonction des branches de Rosette et de Damiette, à 4 lieues au-dessous du Caire. Ces deux branches sont actuellement les seules qui soient comptées dans le Delta; leur écartement à la côte est de 33 lieues. Les anciens en énuméraient sept principales. C'étaient, en partant de 1*0., la branche Canopique, qui débouchait à Canope, à 16 kil. d'Alexandrie, et à 2 kil. S. E. de la bourgade actuelle et des forts d'Aboukir. On l'appelle aujourd'hui le Ma'ddièh ; la Bottntique, qui est la branche actuelle de Rosette ; la S^benny^ tiqu/6i dont on reconnaît encore les traces dans le lac de Bourlos ; la Phatni^ tique, qui est la branche de Damiette; et enfin la Mendétienne, la Tanitique SàUique, et la Pélusiaque, trois branches dont les faibles vestiges vont se perdre aujourd'hui dans le lac Menzalèh. Toutes ces branches prenaient leurs noms des villes principales où elles passaient. La négligence des temps postérieurs ayant laissé se détruire les canaux et les digues, les eaux du fleuve ont abandonné une partie de ces anciennes bouches, et n*ont plus alimenté que les branches de Damiette et de Rosette, qui, du reste , même dans les anciens temps, semblent avoir été les deux plus considérables. Les grandes lagunes qui bordent la côte, depuis Alexandrie jusqu'à Péluse, existaient aussi dans les temps anciens, mais avec moins d'extension qu'elles n'en ont pris depuis que les travaux qui les resserraient ont été négligés. La plus grande de ces lagunes, le lac Menzalèh, s'étend sur une longueur de 15 lieues entre Damiette et Péluse. ^ La largeur du Nil s'évalue à 1200 met. dans la haute et dans la moyenne Egypte; elle est moitié moindre dans le Delta. Depuis Assouân jusqu'à la mer, il coule paisiblement à travers une plaine unie, recouverte de ses alluvions et légèrement inclinée vers le X.
Les berges du fleuve croissent en élévation à mesure qu'on remonte vers le S. Dans les parties inférieures du Delta, elles ne sont guère qu'à 2 met. au-dessus des basses eaux. A partir du Caire, elles ont 6 à 7 met., et leur élévation graduelle arrive à 11 met. dans la haute Egypte. II faut donc que, dans la haute Egypte, le fleuve, au temps des crues, s'élève de 20 à 21 coudées (11 à 12 lïièt.), pour que les eaux franchissent les rives, et de 24 coudées au moins (13 met J, pour qu'on ait une inondation suffisante. Dans l'Egypte moyenne, il faut quil marque au mékias du Caire
14 coudées (7 met. 56 c), pour qu'il sorte de son lit, et de 16 à 17 coudées (de 8 met. à 9 met. 40 c), pour donner une bonne inondation. Ces chiffres ne différent pas de ceux qu'indiquait Hérodote pour une époque éloignée de nous déjà de 3300 ans. Le niveau de l'inondation s'abaisse à mesure que le Ht moins reserré ouvre au fleuve une plus large surface, indépendamment de la masse d*eau que les terrains absorbent. Volney avait déjà très-bien expliqué le fait au ch. m de sa Relation d'Egypte, toujours bonne à lire, même après les meilleures du si&cle actuel. L'époque où les eaux atteignent la hauteur voulue est une grande fête pour le pays.
Crue du Nil. — Le fleuve croit régulièrement tous les ans depuis le
15 juin jusqu'au 15 octobre, 'et décroît depuis cette époque jusqu'en fé-
LA CHaB DU NIL. 39
rrier. Se fèwher en mai, il reste à peu près sUtionnaire. Ces changements caBstftaest, pour ainsi dire, trois saisons régulières en figypte, on, depuis la pin baute antiquité, tout ce qui regarde Tagriculture, etc., se règle 9Br ks variations du niveau du Nil.
Ta témoin ocalaire, l'ingénieur Lebas, qui a transporté à Paris et drwé SOT la place de la Concorde Tobélisque de Louksor, décrit ainsi r^^eel des eraea dans la moyenne Egypte : « L*eau perd d*abord peu à peu atzaKpuvnce; on remarque ensuite dé légères oscillations. Quelques :^n a^iès [mn le milieu de juin), elle prend une teinte verdfttre et la TSfiderient sensible. Plus tard la couleur passe au rouge foncé, la vitesse àk cKiraiit augmente, et les eaux charrient des masses de mousse. Le d*ascension a libu sans trouble, sans agitation, sans produire booleTersement des terres. Avant que les eaux aient atteint leur Banmiim, on ouvre les canaux de dérivation pour faciliter et étendre i^oodatioo. Communément tout le terrain de la plaine n*est pas couvert par les eanx ; les parties laissées à sec s'humectent par inilitration. >
Le principe de la fécondité du Nil est dû au limon qu'il charrie. Ce itoon se dépose partie sur le terrain inondé, partie dans le lit du fleuve ; le reste ee précipite dans la mer. Les premiers de ces dépôts, ceux de la vallée qui bordent le Heuve, sont visibles et faciles à constater. Le sol qui vient d'être arrosé est couvert d'une couche de terre noire, à laquelle cbaqve inondation superpose nécessairement une couche nouvelle. C'est ira phénomène palpable, que nul ne peut révoquer en doute. Le sol de l^Égyple éprouve donc nécessairement un changement séculaire d'éléva* tkm. Et cependant, d'un antre côté, comme nous avons la preuve historique, ainsi qu'on l'a vu tout & l'heure, que depuis Hérodote au moins rien n*est changé dans les conditions extérieures de l'inondation du sol èfvptfen, it s'ensuit nécessairement que la hauteur des crues restant la même, le lit du fleuve s'exhausse d'une quantité précisément ou à trèspeu près égale à l'exhaussement de la vallée. On peut discuter sur le plus ou moins d'épaisseur des dépôts limoneux, et de l'exhaussement qui en résulte; mais le fait en lui-même est hors de discussion.
On peut d'ailleurs le vérifier par l'observation directe. La base d'un grand nombre de monuments, dans toute la longueur de la vallée du ^il, se trouve aujourd'hui à plusieurs mètres au-dessous du niveau du fieave. Ainsi les socles qui portent les deux colosses de Memnon^ dans la pUine de Kournah à Thèbes, ont presque entièrement disparu sous les couches du limon; ils se trouvent à 5 met. au-dessous du sol actuel, qui cependant n'a pas cessé d'être annuellement inondé. Le temple de Karnak est actuellement inondé tous les ans, et il est à craindre que, si des précautions ne sont prises, et des travaux faits pour préserver cet admirable monument de l'antiquité, .ses fondements ne soient minés peu i peu par les eanx, et sa destruction certaine dans un avenir plus ou moins rapproché. K. Lebas a constaté que si l'édifice voisin des obélisques de Louksor était déblayé des décombres modernes qui l'entourent, il serait couvert aujourd'hui par les eaux Jusqu'à une hauteur de 6 met. Les ingénieurs français de l'expédition d'Egypte ont évalué à 126 millim. (4 pouces 1/2) Texhaussèment séculaire du sol par les dépôts du limon. Sir Gardner Wilkinson, dans un travail spécial sur cette question, arrive à un résultat presque
semb^Able. Le fait, néanmoins^ vari^ nécessaifremeni selon les localités, et on ne peut guère en tirer une conséquence certaine, absolue. On conçoit qu'il suffit d'un pli de terrain, d'une légère ondulation du sol, pour que tel édifice, construit sur u;i endroit un peu plus enfoncé, accuse à sa base une épaisseur de dépôt limoneux plus considérable, tandis qu'une autre construction, sur un point un peu plus élevé, en accusera une en apparence beaucoup moindre. Il n*y a en tout ceci que deux choses parfaitement irrécusables : Tune c'est l'exhaussement graduel du sol de la vallée du Nil et l'exhaussement à la fois simultané et proportionnel du lit du fleuve; l'autre, c'est l'extrême lenteur de ce double exhaussement.
Quand on creuse le sol de la vallée du Nil, cm trouve invariablement une première couche de terre végétale de 7 à 8 met d'épaisseur, et sou? cette couche un dépôt de sable de mer d'une profondeur indéterminée, descendant probablement jusqu'au roc.
Le limon déposé par le Nil est très-compacte et de couleur brune. 11 acquiert une dureté qui permet de l'employer dans les constructions au lieu de la pierre et de la brique. L'analyse chimique y a donné, sur 100 parties, 0,48 d'alumine, 0,18 de carbonate de chaux, 0,9 de carbone, 0,4 de carbonate de magnésie, 0,6 d'oxyde de fer, 0,4 de silice, 0,11 d'eau pure.
Veau du Hil a une douceur singulière au goût ; de grands voyageurs ont trouvé que nulle autre eau ne lui était comparable; soit trouble, soit filtrée à travers des vaisseaux de terre poreuse qui prennent toutes les dimensions et toutes les formes, depuis celle d'une gargoulette ordinaire jusqu'à celle d'une banque, l'eau du Nil conserve longtemps sa saveur, ou pourrait dire sa suavité : les habitants du pays ont l'habitude de dire proverbialement : t Qui a bu l'eau du Nil, reviendra forcément en boire. »
L'eau du Nil contient, pendant les crues, 4 parties de limon sur 1000 parties d'eau. Mais filtrée, elle redevient excellente pour préparer les aliments, comme pour les arts chimiques. Les savants de l'expédition d'Egypte avaient déjà constaté l'extrême pureté de cette eau, presque comparable à l'eau distillée. C'est un peu trop dire, mais nous devons i M. Robinet, qui l'a analysée au Caire en 1862, au moyen des nouvelles méthodes hydrotimétriques, un cbifl're précis : elle marque 7*,50 à l'hydrotimètre ; on sait que l'eau de la Seine, déjà si pure, marque 15* au pont d'ivry, l'eau d'Arcueil 20*, l'eau du Tibre 29^, l'eau du Danube 22*,50, l'eau de pluie à Paris 3*, l'eau déneige 2',50 (F. Boutron et Boudet, HydroUméiriey Paris, 1866, V' Masson).
La température de l'eau du Nil au Caire, observée en 1872, a oscillé entre 14%2, température minima (15 janvier) et 28*, température maxima (2 août).' La moyenne de l'année a été de 21*,4. (V. Statistique de VÉgypte.)
Régime de* eaux. — Le Nil, c'est la vie de l'Egypte, ou plutôt c'est l'Egypte même. S'il pouvait jamais arriver que le fleuve se détournât de son lit actuel, ou seulement qu'il cessât de répandre autour de lui le tribut de SCS débordements périodiques, la terre égyptienne redeviendrait aussitôt un désert inhabitable. Aussi Napoléon, dans un morceau très-remarquable dicté à Sainte-Hélène sur la géographie de l'Egypte*, a-t-il pu dire, avec une grande et forte raison : • Dans aucun pays l'administration n'a autant d'in-
1. Campagnet d'Egypte et de Syrie, Mémoires dirtès par Napoléon à SatrUe-He" Uns êtpubliii par U général Bertrand, Paris, 1S47; 3 vol.
RÉGIME DES EAUX. kl
iBCBeenirla prospérité publique. Si radministration est bonne, letoanaux KiBt hma ereosés, bien entretenus, les règlements pour l'irrigation sont ezér cuta aveejastiee, Tinondation est plus étendue. Si Tadministrationest mau- Tais^ vicieuse ou faible, les canaux sont obstrués de vase, les digues mal ^■treteoues, les règlements de l'irrigation transgressés, les principes du sysv»e d*iBODdatîoii contrariés par la sédition et les intérêts particuliers des in- ^idus on des localités. Le gouvernement n'a aucune influence sur la pluie ^ la neige qui tombe dans la Beauce ou dans la Brie ; mais, en Egypte, '± gDuvernement a une influence immédiate sur l'étendue de l'inondation {|â: en tient lieu. C'est ce qui fait la difl'érence de l'Egypte administrée sous la Piolémées, de l'Egypte déjà en décadence sous les Romains et ruinée lea ies Turcs. Pour que la récolte soit bonne, il faut que l'inondation ne sù: ai trop basse ni trop haute. «
• Le roi Mœris*, poursuit Napoléon, dont les souvenirs se reportent ici <2cs Hérodote, le roi Mœris avait remédié à ces grands inconvénients. Le iac qu'il fit construire était un grand réservoir où il faisait écouler le Nil lûisque l'inondation était trop forte. Il ouvrait le lac et venait au secours du >u dans les années où son inondation était trop faible. Ainsi, tantôt le Nil œalajt par le canal Joseph dans le lac Mœris, et tantôt les eaux du lac Xœns coulaient dans le Nil par le même canal. Il ne reste que de légères traces de ce beau et immense système. On se servait de ce réservoir pour foamir de Teau, pendant les basses eaux, aux pays qui en avaient besoin, et dans une proportion calculée. >
Une belle conception du règne de Méhémet-Ali, à laquelle notre compatnotCj ringéoieur Mougel-Bey a eu l'honneur d'attacher son nom, avait ete de construire à la pointe du Delta, sur le Nil, un barrage qui, permetuat de retenir les eaux du fleuve dans la saison où elles sont basses, aurait procuré ainsi à la basse Egypte le bénéfice d'une inondation artificielle. Le barrage a été construit à grands frais et forme un monument remarquable près du Caire, mais le système de canaux qui devait le compléter, aayant jamais été exécuté, ce beau travail reste abandonné.
Le lac Mariout ou Maréotis était encore fermé par un barrage, il y a moins d*un siècle; construit par les Égyptiens modernes, dans le but de retenir les eaux, il servait en même temps de digue au canal Mahmoudièh et «tait situé à environ 12 kil. S. £. d'Alexandrie. Les Anglais le détruisire&ten 1799 afin d'inonder le lac et d'empêcher les Français d'avancer dans celte direction. On voit encore des traces de cette brèche, très-imparfaitement réparée. Cette introduction de l'eau de la mer et le mélange de celleci avec l'eau douce ont eu un eflet déplorable pour la salubrité d'Alexandrie, en y augmentant beaucoup la graviié des fièvres marématiques.
La nécessité de régler ainsi, pour les besoins des terres, la distribution des eaux du fleuve au temps des crues, dut faire imaginer de bonne heure des échelles nilométriques propres à indiquer, jour par jour, le point exact de son niveau. L'existence des anciens nilomètres est en effet historiquement attestée; mais le temps les a tous détruits, à l'exception d'une partie
1. Le Téritable nom du prince qu'Hérodote appelle Moeris, est, diaprés les monomeata, Aménemb&t ill, de la dousiëme dynastie. Son règne remonte, à plos destM avant notre ère. (f. section ii, $1^ p. 7t.)
42 ÉarPTE.
de celui d'ÉIéphantine, près d'AssouÀn. Le nilomètre actuel de llle de Rodah, au vieux Caire, connu sous le nom de tfékyas (c'est le seul qui existe maintenant en Egypte), fut originairement construit par le khalife Oualid, de la dynastie des Ommiades, au commencement du vm* siècle de notre ère.
L'expression de la crue du Nil, au nilomètre de Rodah, a été relevée avec soin depuis 1825 jusqu'à 1872, par M. Tingénieur Tissot (V. SUUittique de VÉgypte), Les crues dites moyennes, sont de 6 & 7 met. Au-dessus de 7 met., jusqu'à 7 met. 50 c. ou 8 met., elle est dite abondante ou trég-ahondante ^ à 8 met. 30 c. ou 8 met 40 c, elle e^t très-forte ; au-dessus, elle serait dangereuse et produirait des inondations désastreuses. Les crues sont dites insuffUantis, au point de vue des récoltes, quand elles sont au-dessous de 6 met. En 1825, 1833, 1835-37, 1864 et 1865, elles ont été considérées comme telles sans s*abaisser au-dessous de 5 met. 80 c De 1835 à 1837, la crue ayant été insuffisante trois ans de suite, il y eut une disette de trois ans. (Y. Statistique de VÉgypte.)
g 3. — Agriculture. Produits du ioL — Les principaux produits agricoles de l'Egypte sont : le blé, l'orge, les fèves, le coton, les lentilles, les pois chiches, le safran, le mais, IMndigo, le riz, le chanvre, le lin, la canne à sucre, le café, le tabac, l'opium, les dattes, l'eau et l'essence de rose.
L'Egypte a été dans l'antiquité le grenier du monde. Si elle a perdu ce rôle dans les temps modernes, elle est encore d'une grande richesse en céréales. Les premières récoltes sur les terres inondées sont terminées en mars ou en avril. Sur les terres arrosées artificiellement, on obtient, par la continuité des arrosements, une seconde et même une troisième récolte. Les secondes récoltes donnent du dourah, du maîs, etc. ; les troisièmes, des concombres, des fourrages, des plantes potagères.
^ Nous avons déjà cité le beau morceau de Napoléon sur l'Egypte. Écoutons-le encore nous décrire, de son style ferme et concis, les travaux de l'agriculture et ses produits. Napoléon avait étudié le pays, pendant sa rapide campagne de 98, avec la hauteur et la sûreté de son coup d'œil, en organisateur autant et plus qu'en conquérant, et, à un certain moment, avec des vues d'avenir dont les événements détournèrent l'accomplissement, mais qui n'en ont pas moins gardé toute leur force et leur vérité.
« En septembre, octobre et novembre, dit-il, la terre est couverte d'eau : c'est la saison du repos; tout est suspendu. Le peuple a les yeux attachés sur le Nil; il attend le moment où le fleuve sera rentré dans les canaux pour se livrer aux travaux champêtres. Bans une contrée prédominée par de telles circonstances, le commencement de l'année a dû être fixé an 21 septembre. L'équinoxe d'automne est le milieu de la saison morte, la limite placée entre les deux années, le point de séparation des deux exercices....
I En Egypte, la terre produit sans engrais, sans pluie, sans charrue, » ou du moins, au moyen de charrues très-primitives, dont le soc, de bois trèsdur, est d'une forme grossière, le plus souvent à peine entourié d'une armature de fer. Il arrive fréquemment que cette pièce de bois, nue, est surmontée de pierres, vers sa partie supérieure, qui se rapproche du point où elle s'attache à l'attelage, de manière à lui donner un certain poids et de lui permettre d'égratigner le sol, qu'elle ne pénètre jamais bien profondément,