EGYPTE MUSULMANE
des fenêtres en saillie^ des momharabis, dont legriUage fin et serré permtt de voir, de la maison, sans être vu. Il fallait enfin à la portée des oieli où. arrivent les négociants étrangers, les voyageurs, de larges auvents sous lesquels ils pussent attendre à l'ombre le déballage de leurs marchandises, le déchargement de leur bagage.
« Sans exagérer la part des influences de peuple à peuple, comme on le fait aujourd'hui, on doit reconnaître que c'est après avoir vu les moucharabis, les balcons des minarets et tous les autres encorbellemeuts de l'architecture arabe, que les croisés importèrent en France l'usage, si fréquent dans nos constructions civiles et militaires du moyen âge, des échauguettes, des m&obicoulis, des tourelles en saillie, des corniches à balustrade. Seulement, ce qui témoignait en Orient de la défiance des maris, accusait plutôt en Europe la prudence des hommes d'armes, l^es barbacanes de la jalousie et de la curiosité étaient devenues des meurtrières. Rompus à la science des encorbellements, les architectes arabes étaient tout préparés pour bêtir les coupoles à pendentifs qui dominent dans l'Egypte des khalifes et des Turcomans. » (I6idem, p. 84.)
On voit, d'après ce qui précède, que les Arabes, conquérants de l'Egypte, ' n'ont fait aucun emprunt à l'art des anciens Égyptiens, liCs temples sombres et mystérieux de l'ancienne religion ne pouvaient offrir aucun modèle aux sectateurs de la religion nouvelle ou tout se faisait au grand air. Si les Arabes ont emprunté des colonnes, des chapiteaux aux monuments grocs, romains ou byzantins, ils n'ont enlevé aux monuments égyptiens ni leurs colonnes massives, ni même leurs obélisques, recherchés à Rome et à Coostantinople. Probablement ils manquaient à l'origine des moyens mécaniques de déplacer ces énormes monolithes. Une autre raison qui aussi les empêcha d'en faire usage, ce sont les figures nombreuses dont les pierre» égyptiennes étaient décorées, figures qui devaient paraître aux musulmans de grossières idoles, sévèrement proscrites par les prescriptions de leur loi religieuse. L'instinct des races n'était pas le même. Autant l'ancien Égyptien semblait rechercher la solidité inébranlable des appareils, autant l'Arabe semble avoir goûté la légèreté des supports et la disproportion entre le plein et le vide. « Les différences étaient profondes, dit encore M. Charles Blanc {Voyage de la haute Égypie, p. 61), entre l'art des Égyptiens et celui des Arabes. Les premiers préfèrent la répétition du même motif; les autres ont le goût prononcé de l'alternance. Un peuple attaché au sol, plongé au sein d'une nature invariable, gouverné par ses prêtres, changeait peu par lui-même, et facilement il revenait aux mêmes lignes d'architecture, aux mêmes ornements, aux mêmes couleurs, aux mêmes figures. Au contraire, l'Arabe, constamment i cheval, toujours errant d'un pays à l'autre, d'un affreux désert à une oasis, a dû contracter l'habitude du changement, la variété du contraste suivi qui n'est que le plus haut degré de Talternance. Le même instinct qui lui a fait superposer dans ses constructions des assises alternativement en calcaire rouge de la haute Egypte et en calcaire blanc, ou bien employer des matériaux bicolores (vrais ou peints) dans les claveaux de ses arcades, ici en brique et en pierre, là en basalte et en albâtre, le même instinct, dis-je, l'a conduit à varier ses décorations intérieures, et comme l'absence de tout signe rappelant la vie am'male refroidissait et limitait ses moyens d'orner les surfaces, il a été amené fatale-
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Dent è la complication^ qui ost l'un des caractères les phis frappants de son art. De là ces enchevêtrements de figures géométriques, d'entrelaos inextricables, qui intriguent et charment le regard, et dont la contemplatîoB éonne le vertige. Et pourtant il est prouvé aujourd'hui, notamment dans le bel ouvrage de M. Bourgoin (let ÀfU aràbe§), que la c(«fusioh de ees trapèzes dispersés, de ces triangles interrompus^ de ces polygones eaunélée, de ces disques intermittents, n'est qu'une confusion apparente; il est prouvé qu'une méthode parfaitement simple a présidé i Tembrouillemot aimable de ces arides ilguresi et que l'on peut aisément retrouver le
il de ce mystérieni labyrinthe. » Un seul élément commun se retrouve; mais d'une manière inconsciente, dans l'architecture égyptienne et dans i'aichiteetare musulmane. C'est Vépigraphiê servant i la déooretion des maraillee. Tandis que les égyptiens gravent en longues lignes hiéroglyphi* qœs ka louanges de leurs dieux, de leurs rois, et l'histoire des gloires natîoaales, les Arabes inscrivent en longues bandes, avec les caractères majestueux de l'écriture coufique, les versets du Coran, les prières au Dieu ooique, et souvent aussi les dédicaces historiques qui nous apprennent le aoBi des souverains fondateurs des grands édifices. Mais cette corncidence des deux arts est fortuite : il est certain que les Arabes n'ont pas emprunté aux égyptiens l'idée d'écrire sur leurs monuments, car au moment de la conquête musulmane, l'intelligence des hiéroglyphes était perdue depuis» deux siècles au moins, et personne, parmi les vainqueurs comme parmi les vaincus, ne savait plus qu'il y avait là une écriture. On n'y voyait plus que des idoles ou des symboles cabalistiques.
Un autre élément architectural, dont la présence frappe tout d'abord à Taspect des édifices arabes de l'Egypte, est l'are en ogive ou arc briié. Ce genre de voûte, dont l'origine n'est pas bien connue, mais dont on remarque déjà la trace dans les couloirs intérieurs de la grande pyramide de Khéops, dans les constructions d'CBniad» et de Tirynthe, en Grèce (F. 1. 1, Griu et Twrquiêf p. 228 b et 254 è), et que l'on trouve complètement réalisée dans ceruins sarcophages antiques de la Lycie, dans ceruins édifices byiantins (Sainte-Irène à Constantinople, la mosquée d'Kl-Aksa bâtie par Justinien à Jérusalem), fût employé dans les plus anciennes mosquées du Caire, et dertnt d'un usage général dans les constructions élevées par les Turcs otto» mans à Brousse, à Andrinople, et enfin à Constantinople. On trouve déjà l'ogive dans les arceaux de la mosquée d'Amrou, au Vieux-Caire, laquelle date de l'an 2t de l'hégire (643 après J. C), et la mosquée de Touloun au Caire, datant de l'an 368 de l'hégire (969 de l'ère chrétienne), en présente de sopertiee exemples. L'arc en ogive a donc existé de tout temps en Orient. Il est du reste plus facile à concevoir et A construire que le plein cintre. 11 a pa nattre partout, sans que les peuples se le soient emprunté les uns aux autres. « Ceux qui veulent, dit M. Charles Blanc (ibtdm, p. 67), que raffcbitactare gothique nous soit venue d'Orient à la suite des croisades, De réfléchissent pas que l'aro brisé, l'arc aigu, n'est en lui-même qu'une forme aussi éléoMUtaire que le cercle et le triangle, et qu'il ne prend de l'importance que lorsqu'il joue un rdiecofwfmcftf en architecture, lorsqu'il entre dans un système de voûtes d'arêtes formant l'armature de l'édifice. Les ogives du Caire n'ont rien A voir avec l'invention de nos architectes du moyen Age, invention ingénieuse, poétique, hardiment conçue, patiern*
Ul ÉQYf>TE: MUSULMANS.
ment développée et menée à sa perfection dernière eous le lègne de Louis Du •
Un caractère plus particulier à ces arcades orientales, c'est Vwre outrepaui ou en /"er d chewiXy dont on trouve aussi le vestige dans les arceaux de la mosqnée d'Amrou (an 21 de Thégire), et qui, appliqué au galbe des coupoles, donnera plus tard les dômes légèrement étranglés à la base dont on admire Télégance aux tombeaux des kbalifes au Caire, et dont la courbe svelte et barmonieuse est bien supérieure à la fois aux cUoties spbériques surbaissées de Tart byzantin et aux coupoles tout & fait bulbeuses de l'art persan. L'arc outre-passé fut surtout employé par les Arabes maures en Afrique et en Espagne. Le renflement intérieur des coupoles a été adopté par les Persans à partir du xvi* siècle (F. Pascal Goste, Jfoniimentf itiodfrnês de la Pêne, p. 58 et planche LXXI). Les coupoles bulbeuses ont aussi passé dans Tarehitecture russe, mais toutes ces formes peuvent être considérées comme une exagération et une décadence, dans lesquelles l'art délicat des Arabes n'est jamais tombé.
S 2. Édifices arabes."- Mosq;néet, tnxl)és> bains, basan, khans , fontaines, etc. — Examinons maintenant le plan général des édifices arabes de TÉgypte. Comme dans tout l'Orient, ce sont les édifices religieux qui occupent le premier rang.
Les mosquées du Caire, qui résument toutes les mosquées de l'Egypte, présentent trois types. ou trois modèles essentiellement différents : les mosquées primitives avec vaste cour à ciel ouvert, les mosquées des sultans mamelouks, grands édifices fermés, mais conservant au moins une salle bypétbre, et les mosquées modernes entièrement fermées et couvertes, bâties sur le modèle de Sainte-Sophie et des mosquées de Constantinople.
La mosquée primitive a son modèle le plus parfait au Vieux-Caire. Elle fut construite par les ordres d'Amrou, le conquérant musulman de l'Egypte (l'an 21 de l'hégire), à peu près sur le plan de celle de la Mekke. C'est une vaste cour quadrangulaire (harem), entourée d'une muraille, et dans l'intérieur de laquelle des rangées de colonnes surmontées d'un plafond forment des galeries couvertes où les assistants trouvaient un abri contre le soleil, et d'où ils pouvaient entendre la voix de leur chef ou celle des docteurs. Au centre de la cour se voit la fontaine aux ablutions^ surmontée d'un dôme.
La mosquée proprement dite (sanctuaire) est une grande salle divisée en plusieurs nefs parallèles par plusieurs rangées de colonnes; c'est la partie du bâtiment qui est tournée vers la Hekke et qui forme un des petits côtés du harem; une niche ou vûhràb (9) surmontée d'une voûte et indiquant la direction de la Kaaba se trouve au centre du mur qui regarde la Mekke; le mihràbf qui est à la mosquée ce que le mattre-autel est à l'église catholique, est une simple baie ou niche pratiquée dans la muraille, et ornée ordinal, rement de colonnettes et de marbres précieux, mais ne contenant ni images, ni rien de semblable â un autel. A côté du mihrab est le menbèr (10) ou chaire à prêcher, surmontée d'un clocheton pyramidal ou conique qui sert d'abat-voix; on y monte par un escalier en pente rapide, à balustrade élégamment ornementée. En avant du mihrab, il y a souvent une autre tri* bnne,MioulbaJi(ll),ott l'iman prononce la prière, et une plate^forme carrée et