EGYPTE MUSULMANE
fois par jour sur leurs galeries extérieures pour appeler au loin les fidèles à la prière. Aux mosquées sont oirdinai rement annexés des établissements divers, des khant ou okelt pour les voyageurs, des médressés ou collèges, des iîMirets ou asiles pour les pauvres, des bains, des fontaines, le turbé ou tombeau du fondateur. Ces établissements sont entretenus au moyen de dotations pieuses. La mosquée primitive est bien, comme le remarque M. Charles Blanc {Md,, p. 64), le temple d'une race nomade. Loin d'être, comme Tancien temple égyptien, un sanctuaire mystérieux ouvert seulement à quelques initiés, et dont le peuple ne pouvait voir que Textérieur (F. oÎMlessus, p. 102), la mosquée musulmane est ouverte à tous les fidèles. Elle est une maison hospitalière en même temps qu'un lieu d*oraison : l'Arabe errant trouve à y reposer son cheval,, à s'y établir, à se rafraîchir par de largesablutiens, avant d'aller se recueillir et se prosterner devant le mihrab. Tout y est à l'air, au jour, tout y rappelle la vie errante. Ce caractère, si frappant dans la mosquée d'Amrou, qui est déjà presque isolée, se retrouve encore dans les mosquées d'EI-Hakem et de Touloun au Caire même, dans l'enceinte d'une ville immense.
Le second type des mosquées du Caire montre déjà, avec des progrès trèsréels dans la science de l'architecte, des goûts plus sédentaires chez les sultans mamelouks qui les élevèrent : au lieu des grêles édifices des premiers khalifes, qui semblaient éviter jusqu'aux apparences de la solidité, ils élevèrent des édifices d'une solidité réelle, dont la grande mosquée de sultan Hassan au Caire est le modèle le plus colossal. (F. le plan p. 145.) Désormais ce sont de vastes monuments rectangulaires à murailles élerées, surmontés de coupoles et de minarets, et dans l'intérieur desquels on pénètre par de hautes portes richement ornementées. Toutefois la conception primitive de la mosquée se retrouve encore dans la grande cour carrée, qui occupe à peu près le centre de l'édifice. Sur cette vaste cour à ciel ouvert, au centre de laquelle est la fontaine aux ablutions, s'ouvrent de larges haies 5,5,5, creusées de grands portails en ogive, et dont la principale forme le tanetttaire proprement dit. Ce sanctuaire, pavé de riches mosaïques de marbre, contient le mtr/ial>((>), le menbér (7) les divers moitabahs (8). De belles lanternes, des œufs d'autruche y sont suspendus à de longues cordes de soie qui descendent de la voûte. Enfin^ à la plupart de ces édifices est ajouté un ou plusieurs tombeaux monumentaux. Tels sont les tombeaux de sultan Hassan, de Kaît-Bey, de Barkouk annexés aux mosquées du même nom. 11 est à remarquer qu'en général la coupole est réservée aux tombes, et qu'à l'exception de deux, toutes les mosquées du Caire sont à toits plats. Ces coupoles sont en général d'une rare élégance; les plus anciennes sont simples et de forme hémisphérique, les coupoles allongées et ornées sont d'une époque plus mo derne, et quelques-unes do ces dernières présentent à la base ce lég^er étranglement dont nous avons parlé. Les plus remarquables se voient aux deux nécropoles du Caire, Kalt-Bey et l'Imam Schafey. Ce que nous devons surtout admirer dans ces charmants édifices, c'est la disposition des minarets, bien difi'érents par leur construction riche, élégante et variée, des mi. narets de Constantinople qu'on a comparés avec assez de justesse à des chandeliers recouverts d'un éteignoir, et dont la grande hauteur fait le seul mérite. Les minarets du Caire, dont le type le plus parfait est le grand m»-
ABCHITBGTDRE. — HOSOUËES.
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146 ÉaTPTE MCJSOLMANS.
lue sueeoMîon a^rteble d6 sailUes et 4e retraits, surtout si elle a pour amortissement un petit toit conique ou une coupole en miniature, reliée par un piédouche au dernier balcon. Cette tour svelte, allégée et comme qui dirait amenuisée, sera le clocher des églises mahométanes. Si maintenant TOUS la supposez brodée d'ornements tissus dans la pierre ou dans le stuc, gaufrée de soalptures 'à peine saillantes qui semblearont champlevées au burin; si tel étage est enveloppé d*un réseau de figures géométriques, tel autre composé d'une colonnade à jour ou percé de jolies fenêtres et d'une porte pour donner accès sur le balcon; si les encorbellements ont des profils divers et des saillies inégales, si les balustrades sont variées dans leurs entrelacs ou leurs découpures.... tous aurez le ^e accompli des minarets du Caire. » (Charles Blanc, ibidem, p. 83.)
Le troisième modèle des mosquées est celui de la grande mosquée de Mohammed-Ali au Caire, c'est celui des mosquées de Gonstantlnople, toutes copiées sur le plan primitif de Sainte-Sophie, c'est-à-dire sur le modèle de l'église chrétienne byzantine. On yoit avec étonnement à Constantinople plusieurs des plus grands temples de Tlslam (l'Abmédièh, la Hohammédièh) figurer à leur intérieur une croix grecque par la disposition de leurs piliers. La cour ou harem n'est elle-même que la reproduction de Vatrium des anciennes basiliques; la fontaine aux ablutions, qu'on j a ajoutée, et surtout les immenses minarets font seuls les diff^érences avec le plan byzantin. La grandeur des dimensions, le luxe des matériaux intérieurs sont | nécessaires pour produire ici l'eflet auquel atteignent ces édifices^ parce qu'on n'y a rien épargné. Mais les mosquées arabes du Caire l'emportent pour la pureté des lignes et la délicatesse des détails.
Malheureusement les ravissants modèles de l'art du xi* et du xn* s., ces i trésors artistiques qu'aucun architecte moderne ne pourrait sans doute reconstruire, tombent de Jour en Jour en ruine sous rindifférenee fataliste des musulmans. Il serait grand tempe que le prince éclairé qui gouverne le pays nommât un conservateur général du monumnUs wrahet de l'Egypte musulmane, comme son prédéeesseur avait nommé un consemtour des monuments de l'Egypte antique.
En dehors des mosquées et des nécropoles du Caire, nous n'avons plus que peu de chose à signaler sous le point de vue de l'architecture. Les hham, les earavaniiraik ou oMi , ne présentent pas d'édifices remarquables, comme à Constantinople. Les haxars, même le grand Khan Ktialil du Caire sont plus curieux par les marchandises qui y sont étalées que par les édifices qui les constituent. Ce sont de longues galeries voûtées, des rues en arcades, ou quelquefois môme seulement garnies de petites échoppes, dont nous aurons à décrire plus tard l'aspect pittoresque, mais sans mérite architectural. Il en est tout autrement des /bnlatnef {iébiU) ou abreu^ votrs pvMici {havou%) placés aux angles des rues. On ne trouve point au Caire de ces jolies constructions de marbres éclatants, à toits à la chinoise, et décorées de fines arabesques dorées comme à Constantinople ; mais il y a au Caire encore un certain nombre de fontaines arabes, semi-circulaires ou polygonales, qui, bien que construites en simple pierre, rappellent par leurs constructions légères, leurs colonnettes torses, leurs encorbellements et leurs sculptures gaufrées, les plus jolis motifs des tombeaux des khsilifes.
|« Caire n'a pas 4^ ^rai|ds (r^^y^ux hydrauliques, d'aqueduc»; ni de citer-
ARGHITECTUBE ARABE. 147
oeseoame U tU1« du Bosphore. L'«quciuc du vieux Caire date du moyen ige et a*a riea d'artistique. — Le barrage du Nil, édiftoe tout modorne» ot «a ooatraire une construction très-renuirquable.
Bêùu. -^ Les Orientaux ont construit partout des bains, qui ont conservé ipea près les dispositions des thermes antiques. Ils se composent de pluàeois aalJes avec des fontaines ou bassins entretenus à des températures différentes au moyen d'un hypocauste et de tuyaux de chaleur disposés dus répaisseur des murailles. Ces salles sont souvent recouvertes de coupoles élégantes, éclairées par le haut au moyen de nombreux verres rondji eochTés dans la coupole, mais aucun de ces édifices n*a d'aspect monumental, xlous décrirons plus loin (p. 199) les diverses opérations du bain arabe. Mêiiong, ^- FalaU. — Les maisons particulières dans les grandes villes dtgjpte sont en général d'une grande simplicité : construites en bois, revêtues d*Bn léger badigeon ou peintes à l'extérieur en couleurs claires var ôm, elles ont toutes à peu près la même hauteur, pour qu'on ne puisse pH voir de l'une dans l'autre. Elles sont divisées à l'intérieur en deux parties, i'one pour le mattre du logis, l'autre pour les femmes et la famille. Us fenêtres du harem sont garnies de grillages en bois nommés wumeharaitis (en arabe meehr$hiyih), Quelque»-uns de ces grillages sont de véritables merveilles de sculpture. Les palais des pachas ou du khédive renferiMDt dans leur enceinte des cours, des jardins avec des kiosques, des eaux jvlUssantes, mais l'aspect extérieur est toujours très-simple. A l'intérieur, âa i depuis plusieurs années multiplié les appartements et les ameubleoeots à Teuropéenne. Beaucoup de maisons modernes sont déjà tout k fait européennes, et copiées sur les quartiers les plus récents de Pi^ris; d'autres âfflud'un goût bixarre, lourd et disgracieux, qui fait un contraste déssgréablp ivec l'architecture orientale. Ces constructions n'appartiennent à aucun ttfle, ou plutôt tous les styles y sont confondus; nous n'avons donc pas à ^m en occuper ici, si ce n'est pour en exprimer nos regrets, car c'est une tiitbitiide qui tend à se généraliser dans tous les pays de l'Orient. Les mu- «iloans croient avmr fait un grand pas vers la civilisation quand ils oaX copié nos édifices, ou introduit chex eux nos meubles et nos costumes. Mal- ^«reusement le progrès s'arrête trop souvent à ces apparences. Il serait ^uib de prendre à l'Europe le confort qui la caractérise sans renoncer aux fdflDes gracieuses de l'Orient, qui s'harmonisent si bien avec l'aspect, la végétation, les mœurs du pays. Le progrès n'est pas dans les modes, mais daos les institutions de l'Occident; c'est toutefois ce qu'il est à. peu près impossible de faire comprendre aux Orientaux, et Ton peut prévoir que dans <u avenir assez prochain le pittoresque aura disparu à peu près partout. (y. pour plus de détails : Bourgoin, lei Arts ardbei, — Prisse d'Avesne: ^'Art arabe, d^apréi Us monuments du Caire. — Pascal Coste : les Manuswnit du Caire,)
S 1. — GonTememont. — Rapport! avec la Porte.— L'Egypte forme une vice-royauté, à peu près indépendante, sous la suzeraineté de la Porte. Lss rapports politiques de l'Egypte avec la Sublime-Porte oi^t ét#
réglés par les traités de 1840 et de 1841, ainsi que par le batti-chérif du 18 février et le firman du 1** juin 1841, qui en ont été la conséquence; le gouvernement général de TÉgypte a été reconnu héréditaire dans la famille de Hdhammed-Ali. La transmissibilité au fils du pacha régnant, par dérogation à la loi musulmane, qui confère le droit de succession à Faîne de la famille, a été concédée par la Porte au vice-roi actuel par un trad^ en date du 12 moharrem 1283 de Tbégire (17 mai 1866).
De plus, un firman du mois de juin 1867 a accordé à Ismaîl-Pacha le titre de Ithédive, qu'on peut comparer à celui de teignêur, et marque une extension de souveraineté au delà de la situation de vassalité caractérisée par le nom de vice-roi^ que les puissances étrangères donnaient dans leurs actes diplomatiques à ce prince et à ses prédécesseurs. Jusque-là, et notamment dans le hatti-chérif de 1841, la Porte avait eu la prétention de ne le reconnaître que comme un vali, gouverneur général de l'Egypte, assimilé aux autres gouverneurs généraux des provinces de l'empire, et subordonné au grand vizir et aux ministres de Gonstantinople. Toutefois l'hérédité garantie dans sa famille établissait une grande différence entre lui et les simples valis, différence que la force des choses a de jour en jour accentuée davantage. La dignité et l'importance du vice -roi se sont donc notablement accrues et ont été consacrées par ces dernières concessions. Il porte le titre d^Altette, il reçoit l'investiture du Sultan à son avènement ; il administre l'Egypte, moyennant un tribut de cent cinquante mille bourses (plus exactement 133 635 bourses, environ huit millions de francs), dont le chiffre a été fixé d'une manière permanente, mais qui s'accroît de dons gracieux que le khédive est dans l'usage d'offrir au Sultan à différentes occasions. Il perçoit les impôts et rend la justice; il a le droit de battre monnaie, mais seulement au chiffre du Sultan; enfin, la prière se fait aussi dans les mosquées au nom de l'empereur des Ottomans, et c'est là, dans toutes les monarchies musulmanes, ce qui constate la souveraineté politique.
Le contingent égyptien est fixé à 18 (XM) hommes par le firman du 1*' juin 1841 ; mais cet acte prévoit les cas dans lesquels une augmentation des forces militaires pourra être autorisée; en réalité, le khédive tient sous les armes le nombre d'hommes qu'il lui plaît ; et comme en 18&4 cet état de choses a permis à son prédécesseur d'envoyer au secours de l'empire oltoL man plus de 30 000 soldats, la Porte serait mal venue à lui reprocher cette infraction au traité de 1841. La flotte ne peut être augmentée de nouveaux vaisseaux sans autorisation spéciale. Le khédive ne peut nommer dans les grades militaires ou civib que jusqu'à celui de colonel (bey) inclusivement; pour éluder cette prescription, il a créé des beys dits de première classe^ auxqueb il confère des fonctions de pacha de deuxième classe (généraux de brigade). Dans l'ordre civil, il ne peut nommer que jusqu'au grade de rotUbé^anié (deuxième grade, en turc). Ces droits ont été très-nettement réservés par le firman de 1873 (juin), qui résume et complète tous les firmans antérieurs.
Mais ce firman a accordé au khédive le droit de conclure des traités de commerce et de douanes, ainsi que la complète autonomie pour l'administration intérieure du pays.
Enfin, malgré la faculté qu'il a d'administrer librement l'Egypte, le kbédiye
GOUVERNEMENT. — ADMINISTJEIATION. IM
doit en rétënr à Gonstantixiople pour tous les appels de justice (sauf les cas relatifs à la nouvelle organisation de la justice intarnaUonale),et demander riutorisation à la Porte pour les grands travaux publics qui seraient de QftUire à changer les voies de communication avec Tempire^ ou à amener des rapports complètement nouveaux entre l'Egypte et les autres parties de k Turquie. Ces concessions s'obtiennent ordinairement à Tamiable entre le khédive et le Sultan.
S 2. — ConatitnUon du goiiTememeni. — Administration. — Le goannement du khédive est encore un pouvoir absolu, bien que des concesawos assez nombreuses aient été faites dans ces derniers temps. Mohammed^ avait créé un grand conseil composé de dignitaires et de princes de Ji ikmilie royale, qui réunissait les attributions d'un conseil d'État etd'oiie cour de cassation; cette organisation a été abolie en 1860; aujour* dlkttj, il y a auprès du khédive une chambre consultative (Jfs^iw cÂora-eti- Stub), formée de délégués élus par les provinces, et un conseil privé, portant le nom de meglii khoggouiti. Ce dernier est composé do sept memi»m, ayant seulement voix consultative; il est présidé par S. A. ou, en son absence, par le prince héritier.
Le khédive a aussi près de lui un cabinet, nommé Mahyèh, sorte de ministère tTÉUt.
L'administration égyptienne est confiée à sept ministères; ce sont ceux de la guerre et de la marine,, de Vintérieur^ des affaires étrangères, des ^nonces f des Iravaus publies, de la juilics et celui de ïagrieuUwre et du commerce.
Le sol est divisé admlnistrativement en provinces ou moudirièhs, dont sotts avons donné l'énumération page 34; le moudir administre et lève les tmpéts; les moudirs correspondent avec le ministre de l'intérieur, ou au bewin avec le vice-roi. Il y avait autrefois des sous-gouverneurs (vékils) tvec circonscriptions administratives analogues aux sous-préfectures; ces eircooKriptions ont été abolies, et il n'y a plus d'intermédiaires entre les moudirs et les cheikh-el-Béled, sortes de maires représentant l'autorité dans chaque localité.
U chambre consultative des délégués s^ été instituée par un statut du mois de iepteml>re 1866, « pour délibérer sur les affaires intérieures du pays, ^nsi qae sur Içs projets que le gouvernement croira relever de ses attributions et au sujet desquels elle donnera une opinion qui sera soumise à l'approbation de S. A. le khédive. » Ainsi s'exprime le statut qui Ta institué, mais on conçoit qu'en l'état actuel des mœurs orientales, et avec le système non contesté des candidatures officielles, qui préside au choix de ces députés, c'est une représentation dans laquelle il est peu probable qu'une velléité sérieuse d'opposition puisse se produire . Pourtant dans les dix premières années de son existence, quelques-uns de ses membres ont déjà Qoiitré une certaine liberté de parole. Ce n'est qu'un indice, mais il peut iToir un jour son intérêt. En réalité, rien ne limite l'autorité absolue du pnnce sur ses sujets, si ce n'est sa propre modération et son amour du progrès, la véritable limite résulte de la nouvelle organisation de la justice pour les procès entre indigènes et étrangers.
Laprene, qui est d'ailleurs représentée surtout par des journaux que rédigent des Européens, ne jouit aussi que d'une liberté fictive^ limitée par
150 Ë6YPTB MODEHN£.
Tautorisation préalable, le régime des avertissements et la suppression arbitraire, pratiques commodes que tous les souverains absolus s'étaient empressés d'emprunter au gouvernement français du second Empire.
S 3. Religion. — La loi religieuse et civile et la hiérarchie religieuse sont les mêmes qu'en Turquie. Le sultan ou padichah a été jusqu'ici considéré comme chef du pouvoir spirituel ; les sultans de Constantinople devinrent héritiers de la dignité khalifale, seulement en 1517, lors de la conquête de l'Egypte sur Mohammed XII, dernier abbasside, par Séiim I*'; mais cette dignité était déjà dépouillée de Tautorité religieuse exercée par les successeurs immédiats du Prophète ; elle est aujourd'hui plutôt nominale que réelle ; la puissance religieuse et civile est exercée en fait par le corps des ottiémas qui, pour faire face aux exigences diverses indiquées par son double caractère, se divise en tmami (prêtres) eicadis (juges).
L'ensemble de la législation civile et religieuse est désigné sous le nom de Cheriat et se compose de quatre parties : 1* le Korun; 3* la Sunna: 3* Vldjmar-y^VmmBt (accord de la nation); 4* le JTyosr.
Le Koran (livre), recueilli et publié en langue arabe, en 635, deux ans après la mort du Prophète, est un mélange des doctrines juive et chrétienne et des traditions orientales. La partie dogmatique y tient fort peu de place, et les préceptes de cette nature, condensés en cinquante-huit articles tlans l'abrégé d*Omer-tfestéfij lequel est employé en Turquie comme catéchisme, peuvent se résumer dans les deux suivants : « Dieu est un et étemel; il n'a point d'égal, il n'a point enfanté et n'a point été enfanté. » En outre, les musulmans croient à la mission du prophète ; de là vient la formule employée par les muetMtnt (crieurs) : « Il n'y a de Dieu que Dieu, et Mahomet est le prophète de Dieu {la Ilaha il ÀUah vi Mohammed reçoul Allah). »
Les musulmans repoussent tout symbole et d'une manière à peu pi^ absolue les mystères, ou du moins la croyance en certaines dispositions mystiques de la loi ne contient pas une obligation rigoureuse, immuable de la loi. L'ensemble de la loi religieuse est le résultat de Tinspiration, laquelle peut rationnellement se justifier, et s'éloigne des religions dont le dogme s'impose par l'autorité de la foi. De ces notions sommaires, il est aisé de conclure que la doctrine de l'islamisme aboutit en réalité au déisme. Cependant la croyance (de provenance étrangère) aux anges, aux démons, aux saints, complique la conception primitive.
En politique, le Koran contient le germe de toutes les institutions libérales, de tous les grands devoirs sociaux ; l'égalité, l'assistance mutuelle, le respect des faibles, la soumission à la loi, qui de la religion est passée dans les mœurs. La société musulmane ne trouve dans aucun de ces principes un obstacle au progrès. Ces obstacles résident, selon certains observateurs, dans trois faits, conséquence de l'islamisme, ou mieux encore, des mœurs orientales, qui sont : la polygamie, le fatalisme et l'intolérance. Nous nous expliquerons plus loin sur l'état actuel de la polygamie, et son influence sur les mœurs musulmanes (F. p. 187-189). Pour le fatalisme, on doit dire que si la doctrine de la prédestination n'a reçu ni de Mahomet, ni de ses commentateurs, l'extension qui lui a été donnée ; si même elle a été combattue par les Cheikh- ul-Islam, son influence sur les musulmans est incontestable. Peut-être n'est-ce qu'une des formes de la nonchalance orientale. Quant à l'intolérance, on peut dire que si la loi religieuse coq-
HSU0IOM8. 151
ttent le piÉteà^ écrit du protélrtitiiM, «lie ranfenna «UMi dan «n texte oppoaé «tel éb la tolérance. In Ikit le contact jonmalier aTOo Jm dire-* deos a frit depuis longtempe dnfMuraitM de TÉgyple TUitaiéranee reli* fieme. Si elle existe encore dans quelques parties de la population, elle est ilmIameDt nulle de la part du gouTemement. Nous en donnons plus loin It preuire irrécusable (F. p. 168).
U Sonna {ir^dUkm) contient les conseils, les lois et les décisions orales du Prophète, et un Usiorique minutieux de sa vie et de ses habitudes, dont F»€iB^ est proposé avttt musulmans.
Lnd^îaa-y-Ummet oontient les décisicms sur certains points de droit ou de refigiott rendus par les quatre premiers khalifes.
le lyass, enfin, est un immense recueil de décisions de jurisprudence.
Les imams, nom générique des fonctionnaires qui s'occupent ou de linstroetion religion^ ou des pratiques matérielles du culte, acquièrent, par m kmg séjour dans les médnttét (coUéges), Pinstr action reli^euse, scten« biique et littéraire; le caractère sacerdotal ne leur est cooléré par aucuns ortination. Ils se divisent en cinq classes : 1* Les cheikhs (docteurs), qui o&l pour unique devoir la prédication; 2* les khattbSf chargés de faire le vendredi la prière officielle; 3* les imams, préposés au service de la mos* qvée, et qui accomplissent les cérémonies relatives aux mariages et aux enterrements; 4* les mMêxnns, chargés d'annoncer dnq fois par Jour la prière; &* les katms, auxquels sont dévolus les soins d'ordre intérieur et d« propreté de la mosquée. Les trois dernières catégories ne font pas partie do corps de l'ouléma. A cette sorte de clergé régulier se joignent les diverses espèces de derviches, qui sont à la religion musulmane ce que les ordres monastiques sont au catholicisme. On en distingue plusieurs variétés soit par le nom de leur fondateur, soit par l'exercice de dévotion auquel ils sont plus particulièrement adonnés. Les plus connus sont les derviches ^ur leurs et les derviches tourneurs, réunis dans les tMés (couvents) . Mentionnons encore les stMtons, sortes d'ermites populaires, qui vivent entièremen DOS, i la belle étoile, dans un état de contemplation, et que les musulmans révèrent comme des saints.
Outre la religion musulmane, religion d'État, plusieurs communions professent leur culte respectif en toute sécurité; les catholiques latins, les 9fecs orthodoxes et les grecs-unis, les coptes, les maronites, les proles- ^ts, les arméniens, les Israélites jouissent en Egypte, comme dans tout l'empire musulman, de la liberté du culte.
l* Église grecque. Le schisme qui la sépara de rËglise romaine date de ^}; toutefois il ne fut consommé que deux siècles plus tard, sous le pa- ^fiarche Michel Cérulaire. Il consiste à nier que le Saint-Esprit procède du ^Is, et à rejeter l'autorité du pape. Cette Église est divisée en trois frac-* ^^ : 1* Église orthodoxe; 2* Église monophysite ou eutychéenne ; 3* Église «slorienne. L'ensemble de l'Église grecque est partagé en quatre patriarcats : 1* celui de Constantinople, subdivisé en 192 diocèses ou éparcbies, *>ot 84 avec le tiUe de métropole; 2* celui d'Alexandrie, qui en compte 4 seulement; 3* celui d'Antioche, 20; 4* celui de Jérusalem, 16. Au point ^ vue de la hiérarchie religieuse, ces quatre patriarches sont indépendants les uns des autres; celui de (k>nstantinople n'a sur ses collègues d'autre avloiitè que celle qui dérive de son titre de chef civil de la communauté.
152 ÉGYPTJ5 MODERNE.
Il est aasMié, dans le règlement des afftires leligieufee, d'un tyn9de de 13 métropolitains, dont les membres nommés par lui sont renouvelables tons les deux ans; dans les afEsires civiles, d'un camteil naiiofial composé de 12 membres laïques, et de VasMemblée générale, formée de la réunion du synode, du conseil national et des notablet de la nation. Cette assemblée représente le pouvoir constituant dans la communauté. C'est elle qui, avec radjonotion des délégués des éparchies, élit le patriaxcbe. Celui-ci, après son élection, reçoit de la Porte un bérat (brevet) d'investiture. Les métro-. politains et évéques sont nommés et déposés par le synode. Ils reçoivent un traitement fixe, qui varié de 20 à 1 00 000 piastres, outre le casuel. Ijq patriarche reçoit une somme beaucoup plus considérable (plus de 80 000 £r. par an).
Les papas, qui composent le clergé inférieur, n'ont aucune rétribution fixe. Ils vivent du casuel et des aumônes des fidèles. Ils peuvent être mariés avant leur entrée dans les ordres, mais dans ce cas ils. aq ferment l'accès aux dignités supérieures de l'Église.
Il y a au Caire et à Aleiandrie plusieurs églises grecques, il y a plusieurs couvents grecs dans la vallée du Nil et dans la péninsule sinaîtique.
2* Églite arménienne. Sa doctrine s'éloigne en même temps de celle de l'Église latine et de l'Église grecque, mais plus cependant de la première que de la seconde. Elle nie, de môme que celle-ci, la primauté du siège de Rome et rejette l'addition du fUioque; mais elle ne distingue pas suffisamment les deux natures que Ton suppose en Jésus-Christ. Elle obéit à un chef suprême, qui porte le titre de Catholicos et réside à Echmiadzin dans l'Arménie russe.
Les Arméniens étant peu nombreux en Egypte, nous renverrons, pour plus de détails sur leur religion, au volume Turquie d'Europe, page 456.
U y a au Caire deux églises arméniennes, l'une au Vieux-(]aire, l'autre à Boulaq.
3* Église latine. On comprend sous ce titre tous les groupes religieux qui se rattachent, dans les États musulmans, à l'Église catholique romaine. Ce sont : 1* les Latins proprement dits; 2* les Grecs-unis et Blelkites; 3* les Syriens; 4* les Maronites; 5* les Arméniens-unis; 6* les Coptes-unis.
Chacune de ces communions religieuses est représentée en Egypte, en particulier au Caire et à Alexandrie.
On compte au Caire deux églises latines, une église aux Coptes-unis, une aux Maronites.
Les frères de la Doctrine chrétienne, les sœurs du Bon-Pasteur, les sœurs Clarisses, les sœurs de la Miséricorde, les Lazaristes, les Pères de Terre-Sainte, dirigent, en différents points de l'Egypte, des écoles, des pensionnats, des orphelinats, des asiles divers.
4* Protestants. Ils sont surtout représentés par des Anglais et des Allemands établis ou de passage en Egypte; la Société biblique s'efforce, mais sans avoir plus de succès que les autres communions chrétiennes, de con* vertir les musulmans à la foi évangélique.
Des chapelles protestantes existent dans les principales villes de l'Egypte ; le service s'y fait en allemand ou en anglais, mais le plus souvent en anglais.
HËLiaiOllS. -- JUSTICE. 153
La JCivioiis toasaisos, «mérkanm et aUaxnaiidw est éliUi dés Hew de coite et des écoles en différents points de TÉgypte.
(f ., pooi' plus de détails, les indications sur ce sujet oontMiuesdlans Iti Mnuiignem9fi4s généroÊUS, pour les principales villes.)
9* Les CopUt méritent une mention spéciale ; ils représentent en Sgypte raacioine religion chrétienne du pays, survivant à tant d'invasions et de caustrophes; ils ont vécu au milieu des musulmans, en conservant leur e&Ue, leurs traditions, leur rile; mais, opprimés, réduits aune Infime minoiiii, ils offrent aujourd'hui le spectacle d'une communion religieuse a&Uilie, dégénérée, ruinée ; leurs traditions semblent s'être momifiées sur ce rieox sol de l'Egypte qui a le don d'immobiliser tout ce qu'il touche ; kun églises, leurs écoles, la physionomie de leurs prêtres, produisent une flcheuse impression ; on est disposé à saluer en eux une race noble et Téaérable : la race est noble, il est vrai, mais les siècleS| la misèrej Tetat de dépendance où elle a vécu, l'ont dégradée.
Us Coptes se rattachent i l'ancienne secte monophysite ou eutyohéenne ; un grand nombre cherchent aujourd'hui, dit-on, à s'unir à l'Église latine: oeux'là forment le groupe des Goptes-unis. Ils ont un patriarche nommé par le vice*roi, et qui habite le Vieux-Caire. Il y a plusieurs couvents coptes dans U vallée du Nil.
Les israélite$ ne sont pas très-nombreux en Egypte. Us sont administrés civilement et religieusement par leurs rabbins, associés en xomeU .avec un nombre égal de laïques. La nation pourvoit au traitement des rabbins, elle se charge de payer les impositions des pauvres et d'entretenir les synago* guea. Coaime partout, les communautés Israélites d'Egypte sont particulièrement bien administrées.
Ces divers cultes, nous le répétons, s'exercent en pratique avec une entière liberté. Le dédain en est peut-être la cause plutôt qu'un véritable esprit de tolérance, dans le sens élevé où nous l'entendons, mais le fait est que depuis de bien longues années les musulmans ont renoncé compléte- BiMit au prosélytisme qui les avait Inspirés au commencement* Les cérémonies des cultes chrétiens se font publiquement et sans aucun obstacle. De plus, les cultes étrangers ont souvent ressenti les effets de la libéralité du gouvernement égyptien; ils sont non-seulement libres, mais protégés; ils reçoivent du khédive des terrains ou des sommes d'argent, notamment ceux des établissements religieux tels que ceuj^. des sœurs de Charité, qui élèvent les enfants, secourent les malheureux et soignent les malades : la pU^Mrt reçoivent une subvention annuelle en blé ou en argent.
U en sera d'ailleurs ainsi dans les pays musulmans où les chrétiens se borneront à faire la propagande de la civilisation, et non celle du dogme, les musulmans admettent facilement la supériorité de notre industrie ; ils respectent le caractère de nos juges, de nos comptables, de nos administrateurs; mais en matière religieuse, le dogme chrétien, plus compliqué que le dogme musulman, n'a aucune chance de prosélytisme parmi les races africaines ou sémitiques. La Trinité répugne à leur instinct monothéiste, et quand on leur parle du Christ, ils répondent qu'ils le révèrent comme un de leurs prophètes, mais que leur prophète à eux est le dernier et le plus grand. Ajoutons que si l'islamisme est en décadence du côté de l'Europe, 11 gagne du tenainen Asie et en Afrique, et de ce côtéi U constitue un progrès
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trèB-réel noii-<iSulflment sur le fétichisme des races ifricftines, niais encore sur les relfgions de TÂske.
$ 4. Justice. Les musulmans ne connaissent pas notre distinction -entre la législation civile et la législation religieuse; pour eux, il n'y a qu'une législation, qui est Texpression légale des Térités religieuses contenues dans le Koran; la loi religieuse est la loi suprême des sectateurs de Mahomet; elle est le fondement du droit ciyil et du droit criminel; tout délit, tout crime est une infraction à Tune des prescriptions du Koran; la Sunna, ridJma-y-Ummet, le Kyass ne sont que des recueils de décisions rendues conformément à la loi religieuse dans chaque cas particulier; la science du droit est donc assez complexe^ elle exige de longues études; il faut saisir le rapport qui existe entre chaque délit particulier, chaque contestation souieyée, chaque crime commis, et la loi religieuse, et s'appuyer sur quelque décision prise dans l'arsenal des décisions de jurisprudence ; cette science constitue une sorte d'empirisme subordonné à des principes généraux ; les différents cas n'y sont pas soumis à une classification métlkodique. La législation musulmane n'a pas à son service un ensemble de règles philosophiquement posées et déduites les unes des autres, un système complet, semblable à nos codes. Le mélange du spirituel et du temporel est le principal obstacle au progrès- des États musulmans.
Le juge est revêtu d'un caractère religieux, il s'appelle le eadt; chaque village important possède un cadi, sorte de juge de pait de sa commune ; celui-ci reçoit une redevance de toute personne qui a recours à son ministère; au Caire seulement, la justice est rendue par un eheikh-^Iilamy envoyé directement de Gonstantinople pour juger au nom du Sultan; le cheikh-ul-Islam a un seul assesseur; autrefois il jugeait les délits civils et criminels; aujourd'hui il connaît des délits religieux seulement; il est changé tous les ans, par ordre du Sultan; cette fonction s'achète et rapporte beaucoup.
L'organisation judiciaire comprend, outre la juridiction ordinaire des cadis dans chaque village :
1* Des tribunaux de première instance, institués dans les diverses moudirièhs et présidés par un cadi ; 2* des tribunaux d'appel; 8* une cour su* périeure de justice, le Heglis-el-Ahkam.
Dans le cours de Tannée 1873, le nombre des affaires présentées aux tribunaux de première instance avait été : affàiret ûivikt,' 1378; tnftrvction$ erimineltes, eorrecHùnneUes et eontrtneniions, 6129; le nombre des appels interjetés par les parties, 141 ; le nombre des arrêts rendus par la cour d'appel, tant au civil qu'au criminel, 1642 ; enfin, le Meglis-el-iJilcam avait rendu 576 arrêts.
ftibunaux miùttee. — Le caractère religieux de la législation musulmane rendait difficile son application aux délits commis par les chrétiens sujets de la Porte Ottomane et aux contestations élevées entre eux et les musulmans; François I*' put, à la faveur de ses bonnes relations avec le Sultan, obtenir que les nationaux français, sujets de l'empire Ottoman, seraient jugés par un tribunal spécial, présidé par le consul français; les conventions passées entre la France et la Turquie ont reçu le nom de sopiliila- Nonf ; peu à peu, les autres puissances demandèrent et obtinrent pour leurs nationaux la même juridiction; les contestations entre musulmans et chrétiens, les délits commis par ceux-ci relevèrent de tribunaux spéciaux, inati->