DE LANNION A MORLAIX
SI Itll. «- Route de poste, — 8frvl«ê de ToUorw*
N. B. — Lr ponrrier fnî* nctrellnmcnt Ifi trajet en 4 h., caries pentes do cette route pittoresque, jadis trèe-roides, tout presque tontes rtetifiéM.
Après avoir franchi le Léguer, la rùute monte en zigzags vers ro.j puis, se dirigeant vers le S. O.^ atteint 103 mèt. d'altit. et laisse à dr. (1 kil.) Ploulech (1174 hal) ). L'abside de I f'glîse de ce villa^:e date du xvi*' s. Les notnlireiix vrsLiges d'antiquités découvfîiies au itam. du Yandet, près de l'embouchure du Léguer, font supposer que ce hameau occupe remplacement d*un établissement gallo« romain.
On croise, à 8 kil. de Lannion et h 124 mèt. d'nldt., une route qui sg dirige à dr. vers (5 k 6 kil.) U pointe dê SeAar, et qui dessert à g. (2 kil. 1/2) PUmmiUiau (3763 hab., intéressante églite de 1608). — Descendant ensuite une longue côte au somm t de laquello se drosse, à dr. , un menhir de 5 mèt. environ de bauteur, on jouit d'un magnirique panorama sur la baie de Saint-Michelen-Grève.
11 kil. Saint-Michel-cn'Grèvef v. de 62fî li:ib., offre un *n:Tiroirr> pou étendu incliné vers la mer, sur les
bords de laquelle ofl trouve des pentes rapides couvertes de rochers. « L*é^ g lise, dit la Géographie départfmen"
talc des Côtos-du-Nord, décorée rî'uno jolie flèche de IG14, est, contrairement aux oratoires dédiés à l'archange saint Michel, lesduels sont toujours érigés sur des hauteurs, située dans un bas> fonds, sur le bord delà grève (5 mèt, d'allit.], et les flots viennent battre les murs du ciraetièipqui Tentoure. »
On remarque, à l'entrée de la nef, du côté g., deux arcades en plein cintre,
retombant sur des colonnes mono« cylindriaues d'une haute antiquité. '
[A 2 kil. au N. 0. de Saînt-Mlchel, se trouve Trédrez (1224 hab.), dont saint Yves fut recteur au xiii* s. l)ans l'église (xvr s.), habilement restaurée, on remarque des frises élégau* tes, un beau triptyque sculpté» un baptistère surmonté d'un baldaquin, des restes de ve^"i^res,
La route, descendant à 2 niêl.
d'altit., près de l'embouchure d'un ruisseau, côtoie, à dr., pendant plus de 4 kil , la lieue de grèie, vaslQ échancrure delà côte en forme de fer à cheval. Cette grève contient environ ()00 hectares de sable calcaire, formé de débris de coquillages, que les cultivateurs viennent y chercher de plusieurs lieues pour fertiliser leurs champs. L'emploi de cet engrais est ainsi que celui de la tangue , argile compacte , très-répandu en Breta* gne. La grève de Saint-Michel était jadis couverte d'utie vaste forêt, détruite, dit-on, en 709 par les envahissements de la mer. Quelquefois, dans les grandes marées ou après de fortes tempêtes, la mer, en balayant le sable, laisse apercevoir des débris de gros arbres, dont Oft peut encore reconnaître l'essence , en majeure partie de chêne et de bouleau.
Au delà du promontoire rocheux de Roc*heUas que l'on contourne sur la g. , et qui est célèbre dans les lé-
gendrs Idcalos, la route commence 4 remonter. La chapelle SairU-Ufflam^
[ROUTE 56] PLESTIN»
que Von retoaroue à dr. . & Vexixémité 0. de la grève, a été Mtie, sur remplacement de Termltage du saint dè ce nom qui, en arrivant d'Irlande, aurait abordé précisément au point signalé par une croix cjue la mer recouvre à touies les marées.
17 kil. Plestln, cb.-l. de c. de 4548 bab.y situé à g. de la route, offre une longue rue bordée de maisons récentes et bien bâties. VéglisCy de la seconde partie du xvr s flâTG), récemment agrandie dans Sun style primitif, renferme le tombeau de aaiitt £f(la m , également du zvt* s. ; la sta • tue du saint, revêtu des habita et des insignes de la royauté, est couchée sur un sarcophage décoré d^arcades gothiques.
Plesiin est à 4 kil. au S. du petit port de Toiil-an-Uéryj que forme le Douron à son embouohure dana la Manciie. Ce port exporte dea grains, des farines ei des matériaux divers.
On franchit le Douron (19 kil. 1/2) entre les hameaux de liosant et de Pont-Menou, en laissant sur la g. le château de Usinais, le Douron sépare, en cet endroit, le déparlement oea Côtea-da-Nord de celui du Finistère.
'i'f kil. Lanmeur, ch.-l. de c V.
de 21'2 liai)., dont le nom breton siginliii la Grande- Lande f occupe, dit-on, remplacement d'une très -ancienne cité, appelée Xer/^««nr«tm. Végliieôu doyenné de Saint-Mélar a remplacé, au commencement du xi' s., celle de Kerfeunteun dont la crypte existe encore. Cette crypte, au milieu de laauelle coule une fomainequi a servi, ait-on, aux baptêmes par immersion , et plus anciennement sana doute au culte druidique, est dédiée à saint Mélar, prince breton, rais à mort vers 538. Klle renferme .sa slatuv , qui le représente avec la maifi droite et lo pied gauche coupéti, mutilations qu'avant de se décider à le faire égorger, Kivod| comte de CtomouaDle, lui avait lait subir pour le rendre impropre, dit ta légende, à manier i'épée
LANM£UR. 435
et à monter à cbeval, et pour s*cmparer plus tellement de sea Etats.
Dans cette chapelle souterraine, le
courtes colonnes trapues, sur le fût desquelles S'-mt î;!:*!!!!!!^^ rîo^ serpents entrelacés , soutiennent des voûtes très-surbaissées au-dessous du pavé du chœur de Téglise supérieure; mais ce chœur n*a rien conservé de sa pre« mière construction, pas même le cercueil f!e p'^^rro qn'^ Ton voyait derrière le maître-autel et qui renferma le corps de saint Mélar jusqu aux invasions des Normands, au x* s. Il est donc probable que TégUse supérieure, nommée, dans une charte de 936^ Lanmeur-Mélar, fut détruite par les Normands, puisque les haf^io^raphes rapportent que les reli'jues de saint Mélar furent transportées à Paris, afin d'empêcher qu'elles ne tombassent aux mains aes b;trbares; mais la crypte pourrait bien dater de la fimdation première, et sa fontaine rappelle toujours l'ancien nom de Kerfeunteim (en hreton , le village de la fontaine) , qu'elle [tortaii avant d'ôlro dédiée a saint Hélar. D'après une croyance bizarre les eaux de la fontaine de Saint M '^Ur déborderont un dimanche dn la Trinité et détruiront 1 église; mais, pour préserver les habitants de ce dt'luge, c'est à la chapelle de Kernitron que se célèbre annuellement la grand'messe le jour de la Trinité.
De la réédiflcation de Saint Mélar nu XI' s., il ne reste que quelques arcades de la nef et le portail S.*" Ce portail a des colonnes et des chapiteaux romans supportant une arcade eu mitre, circonscrite par une arca-* ture simulée en cintre; il est précédé d'un petit porche aussi en cintre. La Hèctie etle reste de Téglise sont modernes.
Végliae du prieuré df Kernitron^ élevée sur l'emplacement d'un monastère de saint Samson et réuni par lui & révêché de Ool lorsqu'il monta sur ce siège au vi' s., dqiendait, au xu* s., époque de .sa recon*
436 D£ LÀNNIÛN
struction, de Tabbaye de Saint-Jacut.
La nef, éclairée par d'étroites fenêtres
n meurtrières, le portail S., dont l'archivolte est ornée de zigzags et d'étoiles, l'abside eti hémicycle et la tour carrée qui s'élève au centre des transseptS; datent de la fondation primitive. Le surplus de l'église appartient au XV» 8,
Une ancienne maladrcrie est devenue Vhôpit(il actuel de Xaomeur.
Bsoonim à MaMtn-^MM^
La petite ville le Lanmeur est bâtie dans une pl»^' ed'un aspect asseï
triste, maisjorsque l'on se rapproche de la mer du côté du N. 0., le paysage devient intéressant : on découvre, en effet la pointe élancée de Beg-an- Fri (le bout du Nez) en Guimaëc, les rochers de Primelf au N. de Plougaznou, les manotfs dont les toits aigus s'élèvent au-dessus des arbres, enfin des vallons couverts de verdure, entre autres celui de Trmnelfn^ qui mérite d être vi^sité , ainsi q ue les rochers de Pi-i mel. L'un de ces vallons, nouimé Traoïi-ilcriadeCf conduit à (8 kil. de Lanmeur) Saint- Jean-du-Doigt,gracieux V. de 1487 bab., resserré, à TE. et à ro., entre deux montagnes abruptes et borné au N. par la mer, dont les Mots viennent y mourir sur un lit de sable iin. Le site en est riant et agréable. Le ruisseau de Doimant, aux eaux vives et rapides, arrose, avant de se perdre dans la baie de Saint-Jean, de vertes prairies entoun'-es d'ormes, (là et là des haies d'épiiit^s blanches, (rrglantiers et de vignes sauvages (à Tvaonxiniec) entourent quelques vergers ou soutiennent des toits de chaume.
Le bourg de Saint^Jean-du- Doigt est ainsi appelé parce (juc son église conserve précieusement Vindvx de la main droite de saint Jeau-Buptiste.
Cette église, commencée en 1440, ftit achevée en lâl3. La tour^ dont les divers étages sont décorés de riches haîiistradcs , est percée sur cliaque lace de deux longues fenêtres et ter*
A MOKLÂIS;. [ROUTE 56] "
minée par une plate-'forme ceinte d'une rampe flamboyante, qui repose
sur une corniche à triple rang de
crochets. De celle plate-forme s'élance , entre quatre clochetons en plomb, une flèche octogonale du mémo métal.
L*édifice, sans transsept , se compose de trois nefs sous une seule
toiture. Le gable 0. a été tronqué au bas du collatéral S. pour élever la tour, tandis que, dans le coîl ilpral N., une porte ogivale, aujourdhui bouchée, mais dont les claveaux annoncent une époque plus reculée que les autres parties du monument, doit avoir appartenu à la chapelle primitive dédiée à Saînt-Mériadec. Du re'^tc, la majeure partie de l'édifice actuel remonte au xv*' s. Le chevet se termine par un mur droit. les trois nefs sont séparées, au-dessous du chœur, par des piliers prismatiques, soutenant des arcades légères et hardies. Les sablières offrent un cordon de pnrîipres cntremèlLS de pommes de pm et de grappes de raisin. La mauresse vitre, remarquable par tes nombreux compartiments de ses meneaux rayonnants, est ea partie Biasquée par un retable en marbre, ouvrage du xvii^s.
Dans le trésor de l'é^^li^e, pnricîii en 1505 des doiis de la reine Aniu', ^ont conservés une croix processionnelle, en argent doré et repoussé, et un petit calice orné de huit médaillons émaîUés, représentant autant d'Apôtres. Un second calice en vermeil , de 35 cont.de hauteur et du travail le pk!3 curieux, avec l'effigie de François I*"*" relevée eu bosse sur la patène et des figures de dauphins reproduites tant sur la coupe que sur le pied, parait remonter à Claude de France, fille d'Anne de Bretagne et femme de François 1*', et à l'époque de la naissance du Dauphin (1517).
Le doiyt de saint Jean-Baptiste est renfermé dans un étui de cristal monté en or.
Le cimehire possède deux monuments intcre^nts. L'un est une cha^
8ÂINT-JEÀN-DU-D0IGT.
pelle funéraire eu forme de reposoir, ouverte de trois côtés, avec ud autel ea piem adcosé au fond. L'aulre monument est une Itontaine ou château
dVau, objet journalier de la dévotion des pîMorins. Cetle charmante construclion de la Renaissance, dont la majeure partie est en plomb, se compose de trois vasques superposées, qu'une oolcmno réunit et soutient ; la base plonge dans un vaste réservoir en forme de coupe, reposant sur un socle et ayant des gueules de lion pour déversoirs. Le trop-plein des eaux des bassins supérieurs s'écoule dans les bassins inférieurs par un cordon de têtes d'anges de l'effet le plus gracieui. La statuette du Père Éternel coUronne la colonne centrale, à laquelle ^^nnt adossés d'autres anges qui se tiennent pir la main, tandis qu'entre les deux bassins du haut un second groupe de statuettes offre la scène du baptême de Jésus*Christ.
' On attribue cette fontaine à la munificence de la reine Anne et à un artiste venu d'Italie.
m te IPardon de Saint- Jean-du-Doigt,
dit M. Pol "le r.ourcy, offre une physionomie à pai t. Il n'est pas très-facile de bien voir la procession annuelle du 23 juin sans être Incommodé par la foale compacte qui encombre les pierres tombales à la *=^ortîe de l'église; mais il est surtout impossible de n être point assourdi par les glapissements de la plus affreuse réunion de mendiants et d'cstropins que la Bretagne i enferme, ëlalant toute rtiorreur de kurs plaies et nasillant leurs interminables complaintes. Beaucoup assurément <!f'scenfh'nt en ligne dit- cto des malandrins fumeux qui reçurent Pierre Gringoire dans la Cour des Miracles, et se sont transmis le secret de ces plaies hideuses et souvent factices, de ces contorsions de membres, de ces voix lamentables. Quant à leurs costumes, le crayon de (.allot pourrait seoi les rendre dans leur dé'^onstj pitînTefl'jue et le luxe de leurs haillons sordides.
« Pour embrasser dans leur ensemble toutes les parties de la fête, il faut monter jusqu'à ! t plate-forme d»- la tour, d'où part le drayon ou pièce d'artilice qui va allomer sur la montagne voisine le tanfad
ou feu de joie. De ce poste éiefé, on domine la foule bigarrée gravissant lentement, an chant des hymnes sacrées, le
coteau qui conduit au bûcher, pendant que les pèlerins se distribuent l'eau de la Fomaint du doigt pour la boire et poor s'en baigner les yeux. Au moment où le dragon communique son feu au bûcher, une décharge générale de mousqueterie se fait entendre, les tambours battent aux champs, la fumée de l'encens s'élève vi'vs le ciel mêlée h celle de la poudre, à celle du pétillant feu de lande et de la couronne de fleurs qui le domine, et la voix des prêtres entonne lliymne du Saint-Doigt.
CI La procession redescend easuite la montagne pour rentrer dans l'église, ayant, en téte, des porteurs de lourdes bannières berminées, qui se disputent l'honneur de les tain passer sous l'arc de triomphe du cimetière; des clameurs s*é«> lèvent de la foule en faveur du Trégorois, du Léonard ou du Cornouaillais qui réussira dans ce tonr de force, auquel peu de bras et de reins peuvent aspirer. A la suite des bannières et au milieu d'une flottille de navires pavoises, portes sur des brancards par des marias, se distingue le vaisseau la Cordelièrê , dont le nom rap* pelle la plus grande des nefs du xvi* s., que la reine Anne avait fait conâtruire au DoordufT, port voisin de Saint-Jean, et qui eut une fin si glorieuse en abordant la Hégenle d'Angleterre, au combat de Saint- Mathieu, en 1&12. De jeunes mousses impriment avec des rabans on mouvement alternatif île roulis et de tangage aux navires, et à chaque aiirt de la procession, un maître d équipage donne, par un coup de sifflet, le signal de charnier lespièees; au second coup de sifflet, les bâtiments font feu de tribord et de bâbord, et l'on se remet en marche. La vue se porte ensuite sur le défilé des ifi'raclov, C*est ainsi qu'on désigne les gens pucris dans l'année par l'attouchement du doigt et par l'eati de la fontaine. Pieds nus, en manches de chemise et un cierge à la main, ils sont tenus de venir remercier saint Jean, le jour de sa fête. Une multitude d*enfants, de tout âge, aussi guéris de maux d'yeux, par l'intercession du saint, font partie du cortège; les plus petits, cuilTés de bonnets dorés et enrubannés, sont sur les bras de leur mère; d*aatres ont adopté le costume que les peintres donnent à saint Jean, enfant, et conduisent un agneau en laisse. Vient enfin, derrière des porteurs et porteuses de